jeudi 15 mars 2012

Hyperactor

Je ne sais pas si vous connaissez des hyperactifs dans votre entourage...Je ne parle pas de cette étrange pathologie, dont souffrent un nombre croissant d'enfants, pathologie pas encore très maîtrisée par les médecins, qui se contentent d’asséner de la ritaline à ces pauvres petits et de les transformer, je le crains, en drogués.
Je parle de ces êtres bourrés de tonus qui ne s'arrêtent jamais. Je dis tonus, parce qu'à mon sens, l'énergie, c'est bien autre chose...une sorte d'élan vital qui se puise au coeur de soi, en harmonie avec l'univers.

Mais comment font-ils, ces agités du bocal ? Et qu'est-ce qui les anime, pour ne jamais parvenir à se poser plus de cinq minutes ? Après quoi courent-ils tout le temps ?
J'en connais pour qui ne rien faire est un non-sens. Un gros mot. Il leur faut brasser de l'air, dresser des listes interminables, remplir chaque parcelle de leur agenda jusqu'à ce qu'il explose. Cela me fascine. Moi qui suis une adepte de la sieste au soleil, de la méditation les yeux mi-clos, du doux rendez-vous avec un bon bouquin, des discussions à refaire le monde, je suis fascinée par les tornades, les courants d'air sur pattes que je connais. 


Que cache cette boulimie du "faire" ? Pourquoi ne parviennent-ils pas à s'asseoir pour discuter tranquillement, un jour où il n'y a rien de plus urgent à faire? Pourquoi se trouvent-ils toujours une tonne d'obligations et de prétextes pour ne pas accepter simplement de s'étendre sur l'herbe et regarder le vent jouer avec les nuages ?


Prenez un groupe d'amis rassemblés autour d'un bon repas. Vous repérerez notre hyperactif  au premier coup d'oeil : avant le dessert, il se sera déjà levé dix fois, et dès la dernière bouchée avalée, il commencera à desservir la table. Le même groupe d'amis se retrouve dans votre chalet à la montagne pour un long week-end. Pendant que vous vous prélassez au lit jusqu'à neuf heures , Hyperactor se sera levé à sept heures, il aura déjà repeint les volets, allumé la cheminée, réparé une porte qui ferme mal, acheté le pain, préparé le petit déjeuner, épluché les légumes pour midi et regonflé tous les vélos. Avec lui, pas question de "glander". On est à la montagne pour "en profiter" ! Et il parviendrait presque à nous culpabiliser, lui qui se couche tôt et rate la soirée astronomie parce qu'il faut "se lever tôt à la montagne" !


Alors, au final, Hyperactor est toujours seul sur sa planète tourbillon. Toujours en décalage avec les gens "normaux",  constamment projeté vers un "après" jamais atteint, il ne sait pas cueillir l'instant, goûter la fleur qui passe. Il ne lit pas, ou alors seulement des revues scientifiques. Les romans, c'est du temps perdu. Tout ce qui n'est pas immédiatement rentable en terme de gain de temps et d'efficacité ne sert à rien. Il gère, il court, il s'agite, il n'arrête jamais. Si ça se trouve, il est heureux comme ça. Je vous l'ai dit : il est fascinant.
Mais quand il s'éloigne, j'ai le sentiment, comme après le tournis, de me remettre doucement à respirer.

Dans "Les Petits Mouchoirs" François Cluzet campe un hyperactif bouffé d'angoisse particulièrement réussi. Dans cet extrait, il tente de lutter contre les fouines...Jouissif!

38 commentaires:

  1. Lire ton billet m'a tellement fatigué que je n'ai même plus l'énergie de laisser un com' digne de ce nom d:)

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  2. je présente quelques symptômes: levée à 6 heures et fatiguée avant les autres, le soir...
    faut-il que je me soigne, docteur?
    ;-)

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  3. Nous n'en avons jamais eu parmi nous. belle journée avec bises

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  4. J'en voudrais un comme ça un jour par semaine pour faire tout ce que je procrastine le reste du temps.

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  5. Pfff... c'est le genre d'individu qui doit passer son temps à se retourner dans sa tombe ! :~)

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  6. Ah !!!!!!!!!!!!
    j'adore , j'en connais , oui , j'en connais , homme et femmes de ce genre
    Attention , poussez vous : rando ,bricolage , confitures , conserves ( oui faut du rendement ) et de la culture
    L'hyperactif consomme la culture , il va voir plein d'expos , il fait des trecks à Katmandou ou au Népal , il va voir de vraies pièces de théâtre ( parfois quand même il pique du nez ) et , il a une capacité à culpabiliser celui qui se vautre devant une série télé , ou pire , les gens qui tiennent un blog , les gros paresseux de la blogo , pff ...
    Ce billet me parle beaucoup , y'en a plein dans ma belle famille , plein je te dis !!

    merci pour ce billet Célestine

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  7. J'en suis! Mais en voix de rémission... c'est un vrai travail sur soi... car comme vous le soulignez à la fin, cela cache souvent une angoisse terrible du "vide" , un manque de reconnaissance et une pression de culpabilité parfois très ancienne de n'être capable de rien... ;)

    A force de solitude et de fatigue, certains parviennent à envisager les choses de la vie autrement : moins donner inutilement, moins se disperser, se poser de temps en temps petit à petit apprendre à savourer le temps qui passe sans lui courir après... Oui, un vrai travail!

    Yolanda

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  8. "Voie" de rémission ;)
    yolanda

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  9. Ben il en faut des pareils, sans quoi qui repeindrait ton chalet à la montagne ? Le tout c'est de bien choisir le moment où on l'invite.
    C'est vrai que c'est étonnant ces mecs (ou filles, je ne suis pas sexiste) dont l'activité débordante ne fatigue que les autres...

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  10. Magnifique description !
    Ce que ça cache ?
    Tu donnes la réponse dans ton paragraphe en italique :
    des grands angoissés !
    S'arrêter c'est faire monter l'angoisse.
    Assez curieusement, ils "s'anesthésient" par la suractivité…

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  11. Je n'ai jamais réussi à me coucher tôt pourtant....
    Mais c'est vrai que la phase réveil (avant d'être pleinement opérationnel) se limitait au temps nécessaire pour lever les paupières.
    Mais rassure-toi, ça se soigne avec le temps ;-)
    Ouis ça devient jouissif de se dire "qu'avant j'aurais déjà fait tout ça" ce matin, et que ça reste encore à faire.....
    Bises
    Blutch.

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  12. Oui, bon .... passer des vacances avec des gens, de bons copains pourtant, qui ne se soucient jamais de qui va préparer le pique-nique, qui trouvent normal qu'il y ait toujours du pain pour le petit déjeuner, qui se précipitent pour la sieste, et oublient qu'il faut aussi laver la vaisselle ...
    On peut essayer d'organiser la vie matérielle pour qu'elle ne repose pas toujours sur les mêmes, sans pour autant être totalement agité et stressant pour tout l'entourage !

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  13. Nous revenons de Normandie, nous sommes restés au soleil, à contempler la mer, puis terrasse toujours face à la mer, un demi-panaché pour moi, un chocolat pour ma douce...
    Qu'il est doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de soi...

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  14. Ma filleainée en est et je t'avoue que je n'en suis pas loin, même si depuis que je suis à la retraite je prends plus le temps de me poser!!

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  15. Je connais ce "mal" pour l'avoir vécue des années durant durant ... J'ai commencé à le cibelr lorsque je lus "l'espace vide" de Peter Brook, ce fut pour moi un claque métaphysique ... et le début d'un changement, car au fond, j'avais peur du vide ...
    Bises

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  16. Facile à dire, Maîtresse. Vous savez avec tant de grâces gérer mille activités et le repos aussi. Pensez à nous, les moins heureux, les besogneux, qui oscillons sans cesse entre mille tentations et entre mille appels. Notre choix : l'échec ou la trop grande activité qui rattrape seule nos imperfections. Alors ne nous en veuillez pas maîtresse, si le jardinier qui tond la cour, l'oiseau qui passe sous la fenêtre, le petit papier passé par le copain, et surtout le parfum suave et sucré de la maîtresse passant dans les rangs, nous attirent, nous dissipent.
    Un bon week-end qui s'annonce, malgré un temps incertain, cent châteaux à défendre, cent princesses à sauver, cent crocodiles à combattre, cent chemins à arpenter....pas de temps pour le repos.
    Est-ce cette odeur de printemps par la fenêtre mais je crois bien , maîtresse, que j'ai envie d'un de ces petits baisers qui nous récompense parfois d'un bon devoir, ou d'une heure de sagesse.
    Le petit nouveau

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  17. J'ai été vaseuse toute la semaine, tu n'arranges pas mon cas là, tu me donnes le tournis ! Moi, non, plus, j'ai du mal avec les hyper !:) s'activer en douceur, tel est mon credo, la joie et la bonne humeur n'ont pas besoin d'explosions ! :) bisous et bon week end ♥

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  18. Tu t'en souviens? l'homme de moi est comme ça! Je dois parfois me protéger de lui;-))

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  19. Moi les hyperactors me fatiguent rien qu'à les regarder. Ma soeur est ainsi. Et j'ai longtemps culpubalisé. Ou plutôt non, je devrais dire que je l'ai longtemps enviée. Car moi c'est l'inverse. Je sais très bien prendre mon temps, repousser à demain les choses, nettoyer une des 6 fenêtres par jour au lieu de faire les 6 en un seul jour, regarder les grues migratrices passer, viser lentement les minuscules bestioles du jardin avec mes jumelles, observer un épervier déchiqueter sa proie pendant des heures... Parfois oui j'envie ceux qui vont vite, ceux qui vont FAIRE tout le temps. Car moi, je ne sais vraiment pas FAIRE tout le temps. Parfois, le matin, un mercredi par exemple, je me dis "allez tu vas faire ça ça ça ça et ça et tu ne t'arrêtes pas tant que tu n'as pas fini". Eh bien, mes bonnes résolutions s'arrêtent souvent au deuxième "ça" et je repousse la suite à plus tard car finalement, je m'aperçois que ce n'est pas urgent et qu'une bonne balade dans les bois, c'est bien mieux. Parfois je me dis paresseuse. Mais bien d'autres fois je me dis relax, coole. Je ne sais pas vivre autrement. Et ça me plait. Je prends énormément de recul sur ce que je fais et je me dis que je suis bien ainsi. Voilà mon petit point de vue sur le hyperactors!!!!! Je suis donc une hypoactor!

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  20. J'adore me lever tôt. Si, ça peut être un plaisir. Entre autre pour pouvoir glander seule. Quand ils sont encore tous au lit. Et j'adore me coucher tôt. Les discussions de fin de soirée, où ça s'engueule sec en refaisant le monde m'emmerdent. Pourtant, crois-moi, je n'ai rien d'une hyperactive. La glandouille ça me connait, la preuve, j'ai un blog. :)

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  21. BERTHOISE je n'ai pas dit que tous les gens qui se lèvent tôt ou se couchent tôt sont des hyperactifs. J'ai juste dit que les hyperactifs se lèvent souvent tôt... ;)

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  22. LES PETITS BONHEURS ceux que tu décris sont exactement ceux que j'aime. Prendre son temps, remettre en perspective les choses importantes: ne cessera-t-on jamais de le crier aux autistes du bonheur?

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  23. COUMARINE bien sûr que j'y ai pensé...ces tourbillons risquent de nous aspirer comme dans un siphon si nous n'y prenons pas garde...

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  24. ELLA désolée de t'avoir donné le tournis...j'espère que tu as passé un week-end tout doux.

    PETIT NOUVEAU je commence à te connaître. Bientôt tu ne mériteras plus le nom de nouveau...Tu fais partie de la classe, de mon paysage familier et je ne pourrais pas imaginer de ne plus voir tes grands yeux un peu rêveurs et tes besoins de caresses...Ne t'inquiète pas, je ne pensais pas du tout à mes gentils petits diables en écrivant ce billet.

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  25. ZENONDELLE un livre que je devrais conseiller aux "hyperactors" qui m'entourent...

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  26. MAMMILOU j'espère que les lecteurs qui se reconnaissent (comme toi ou Fille Ainée) ne voient pas de ma part un jugement de valeur.Mais il me semble que tu sais quand même te poser pour déguster un beau paysage ou un bon roman sans te dire que tu es en retard sur ton planning...

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  27. ANDIAMO arrête, tu me fais rêver!
    tu n'as pas rencontré Marie Madeleine:
    http://blog.mariemadeleine.info/post/2012/03/16/joies-simples
    là bas, au bord de la mer?

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  28. ANNE** attention, il ne s'agit pas non plus de jouer les pique-assiettes, les parasites, les "tape-l'incruste"...mais de faire les choses ensemble, et à un rythme ralenti (c'est les vacances, quoi!)ce qui est parfaitement impossible pour un hyperactif qui s'interdit le farniente par principe.

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  29. BLUTCH encore une fois, je n'ai rien contre les gens qui se lèvent tôt. Si c'est pour profiter de la vie, du lever du soleil ou de la douceur matinale. mais j'en connais qui ont trop la tête dans le guidon pour profiter de quoi que ce soit. Ils "rentabilisent", c'est leur mot.

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  30. ALAINX cette angoisse est hélas communicative et ce genre de personnage m'électrise et me stresse. D'où ma dernière phrase...

    WALRUS tu as raison, il y a autant de femmes que d'hommes dans ce cas. Et ils sont fatigants, c'est le mot.

    YOLANDA j'admire beaucoup ceux qui parviennent à faire cette démarche du travail sur soi. Cela signifie qu'ils ont réalisé que leurs angoisses empoisonnent leur entourage. Mais il y en a hélas qui ne veulent meme pas entendre parler d'un psy. Pour eux, ce sont les autres les malades...merci de votre témoignage.

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  31. JEANNE Mes plus sincères condoléances! Ça ne doit pas être facile tous les jours...;)

    TANT BOURRIN oui, peut-être bien que ça continue six pieds sous terre...

    CATHERINE un jour par semaine suffit!

    PATRIARCH heureux homme!

    ADRIENNE Si tu es capable de teposer sans culpabiliser, alors tu n'es pas vraiment atteinte!lol.

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  32. SAOUF oh mon pauvre, je suis désolée vraiment de t'avoir épuisé par mon propos.

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  33. Ce texte me touche beaucoup. Qui n'a pas connu ces personnes en éternel mouvement ? Je suis comme toi, j'apprécie le temps qui défile calmement et les choses qui se rythment. Mais notre époque est ainsi.

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  34. Attention , les hyperactifs également mettent en route plein de projets qu'ils ne menent jamais à terme et d'autres petites choses ainsi.
    Je connais un hyperactif traité à la ritaline, il a 43 ans!

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  35. Houla! Je ne me suis jamais considérée comme "malade" :D et je n'ai pas eu besoin d'un psy pour faire ce travail! :)
    Je crois qu'avant l'entourage, il faut réaliser que c'est soi-même qu'on empoisonne! ;)
    Yolanda

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  36. Vous êtes très forte alors. Cela dit le mot malade n'est absolument pas péjoratif dans ma bouche.Pardonnez moi si vous l'avez pris comme ça.

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.