21 mars 2015

Eclipse scolaire

Image du net




Le soleil polissait ses rayons pour un énième rendez-vous avec la lune. Il savait que ce moment était fort attendu sur terre, par les astronomes de tous poils.
Ils en voulaient, du spectacle ? Ils allaient en avoir.
La lune arriva pile à l’heure. Elle avait beau être lunatique et vagabonde, elle connaissait quand même ses obligations envers le soleil et n’avait jamais fait faux bond au maître du système éponyme.
Après les formalités d’usage, la lune commença à se glisser voluptueusement devant son bel amant de lumière. Elle connaissait sa partition par cœur. L’accord était parfait.
Soudain le soleil poussa du coude sa sélène amie.
Mais que se passait-il ? Eux qui se réjouissaient d’avoir choisi pour leur petit ballet une matinée de classe, afin que d’ouvrir les jeunes esprits des futurs scientifiques en herbe, s’aperçurent avec stupeur que les enfants étaient restés confinés derrière les tristes volets clos de leur salle de classe. Apparemment, de vieux barbons en costard (à moins que ce ne fussent de jeunes technocrates butés) avaient décidé qu’il serait extrêmement dangereux d’observer à l’œil nu leur pas-de-deux, pourtant bien au point depuis la nuit des temps. Comme s’ils n’avaient pas pu le prévoir, ces imbéciles,  et fourguer à chaque enfant une paire de lunettes magiques. Cela aurait été plus utile que ces fameux vaccins qui avaient coûté un oeil, et dont le surplus n'avait jamais été épongé...
Contre toute attente, une forêt de parapluies administratifs s’étaient ouverts sous leurs yeux ébahis, sur lesquels on pouvait lire «communiqué ministériel » « principe de précaution » « services de santé » « protection sanitaire »  et autres fadaises issues du cerveau tordu de politiques pusillanimes, cédant aux exigences d'une société procédurière et liberticide. 
-Ça me rappelle, dit le soleil empreint d' une certaine inquiétude,  cette époque obscurantiste où les hommes craignaient les phénomènes célestes, parce qu’ils ne les comprenaient pas. Tu te souviens, ma grosse blafarde ?
-Il me semblait pourtant, dit la lune un peu déçue, que les enfants ont toujours été  curieux de nous… 
Oh mais, regarde, là, ne vois-tu pas, à l’opposé du septentrion, une école d’irréductibles Gaulois qui ont osé bravé l’interdiction institutionnelle ? Il semblerait que leur maîtresse ait eu la bonne idée de prévoir notre rendez-vous suffisamment à l'avance pour se procurer des lunettes de protection pour tous.
-Ah, oui, je la connais, celle-ci, répliqua le grand radiateur joufflu, c’est Célestine…Une de mes grandes amies. Une vraie passionnée d'étoiles...eh bien, j’en suis fort aise, ces élèves-là développeront une vraie curiosité rationaliste, plutôt qu’une espèce de terreur tremblante tels de pauvres manants du Moyen-Âge.
Les deux corps célestes terminèrent leur danse et se donnèrent rendez-vous en 2081. 
Les élèves de Célestine auraient alors 77 ans. 
Ce serait jouable. Et c'est avec grand plaisir qu' ils leur feraient la totale. 


17 mars 2015

Tante Hilda





Photo Alain X



Elle me ressemble, Hilda. Avec ses grands bras, ses longues jambes d'asperge. Elle parle aux arbres, elle parle aux fleurs,  il y a, dans tous ses gestes respectueux, un véritable amour du vivant. 
Comme moi, elle soigne ses vieux parents qui perdent un peu la carte, et ne la reconnaissent pas toujours: émouvante fragilité de vieux enfants.
Hilda vit dans sa bulle, une immense serre qui abrite sa maison et des jardins fabuleux. Elle aime un savant fou, pas très beau, un peu russe, un peu Tryphon Tournesol, un peu Auguste Picard.
Elle se bat, elle est écolo, Hilda. Elle écrit au Président, elle roule à vélo. 
On l'emprisonne quand elle s'avise d'arracher quelques plants de maïs d'un bleu suspect.
Et lorsqu'elle sort de sa bulle, elle se bat contre la Dolo, une multinationale carnassière, puissante, qui déclenche une catastrophe en peuplant la terre d'une espèce mutante et transgénique dénommée "Attilem"(!)  détruisant tout sur son passage. 
A la tête de ce Monsanto imaginaire, et tellement vrai pourtant, une espèce de Cruella version XXL, qui se nourrit exclusivement de miel et mène le monde au gré de sa mégalomanie. Pour endiguer la plante trop vorace, on invente "Attilox" un remède qui s'avère pire que le mal. Les épandages sauvages mettent à mal la biosphère. La terre devient un grand désert...Ça donne froid dans le dos.
Heureusement, Hilda est là, sous sa bulle accrochée à la montagne telle une arche de Noé moderne...

En sortant, j'ai regardé mes élèves. Certains étaient sérieux, pensifs. D'autres riaient insouciants.
Oh mes schtroumpfs... quel monde on vous prépare?  Serez-vous assez forts pour lutter,  comme Hilda, pour sauvegarder le fragile équilibre de notre point bleu ? Saurez-vous arrêter le bras de ces bûcherons criminels, ces industriels cupides, ces oncles Picsou assoiffés de dollars ? Cesserez-vous de cautionner par vos comportements irréfléchis, les ravages de l'agro-alimentaire, les massacres des espèces, la destruction des abeilles ? Trouverez-vous encore du poisson dans la mer, des arbres dans la forêt et de l'air à respirer ? On y arrivera, dites ? 

En rentrant à l'école, Hilda marchait à côté de moi d'un pas énergique.
Les arbres nous souriaient, bienveillants. J'ai eu envie d'y croire.




Tante Hilda 1h29. Film d'animation des studios Folimage, France, 2014
En cliquant sur le lien vous accédez à la version intégrale du film sur YT...
pour tous les enfants de 7 à 77 ans... et même plus !

15 mars 2015

Acte loupé

Douceur, printemps, déserter, sommeil, chaleur, renaissance, air, bernard-l’hermite, édredon, paresse, plume, aile, volupté, insouciance, liberté, vaporeux, virevolter, cigogne, nuisette, ubac, univers, urgence.


 ***


Ben oui, quoi, je paressais sous l’édredon, je goûtais à la volupté de ne rien faire, en nuisette  vaporeuse, je profitais avec insouciance des premières douceurs de printemps. 
Du coup, j'ai déserté les Plumes. Croyez-le ou pas, j'ai carrément loupé la collecte d'Asphodèle. Et pourtant, vous savez comme j'aime l'univers des défis d'écriture...Toute occupée que j'étais à prendre l'air, à voir les fleurs de pêchers virevolter au doux vent des vergers, je me suis envolée, tel Nils Holgerson sur les ailes de sa cigogne...(Oui, bon, c’était une oie sauvage, mais allez donc  placer « cigogne »…)  Je me suis lovée, comme un bernard-l’ermite dans le sable, j'ai fait une cure de lumière et de chaleur humaine, de famille, une cure de liberté, une cure de rire, une cure de sommeil aussi. (Bon, j'admets que mon heure de publication ne parle pas en ma faveur, sur ce coup-là... mais j'ai fait des siestes, c'est ce que je voulais dire)
Marre de ma montagne de dossiers et d'urgences, j'ai délaissé l'ubac pour flâner à l'adret, au soleil...Et ce fut comme une renaissance !
Dites, vous ne m'en voulez pas trop ? 

Pour les plumes, avec beaucoup de retard.
160 mots






Domenico Scarlatti-Sonata for keyboard in E major, K. 135 (L. 224) by Domenico Scarlatti on Grooveshark

12 mars 2015

Cinéma de Minuit






C'est l'heure ronde. Quatre bulles bien alignées clignotent sur l'écran de mes songes.

C'est l'heure secrète où les loups se font garous, l'heure des sorcières en sabbat, et des carosses en citrouilles. La pantoufle de vair redevient galoche et les rêves s'envolent...
J'aime ce discret passage de relais des journées, mercredi tout essoufflé et rougeaud tend la perche à jeudi, freluquet guilleret. J'aime être encore éveillée quand le lendemain devient le jour et que le jour devient la veille.
Le temps s'arrête en vol, se suspend. Au village, là-haut, le maire a dû interdire aux cloches de sonner. Mais dans le salon, la pendule égrenne toujours ses douze coups.

C'est l'heure magique où soudain, d'un jour à l'autre, par une étrange alchimie, inaccessible au commun des ménagères de moins de cinquante balais, les yaourts se périment. Le général en chef des bactéries a décidé du moment précis où ses troupes vont envahir le produit afin de le rendre impropre à la consommation. Il est là, planqué, il attend minuit pour lancer l'attaque. Le dernier coup...fatal !

Woody Allen, nous entraîne dans l'aventure spatio-temporelle la plus folle. Folle comme les années folles où se plonge son héros un peu barré.
C'est l'heure où je me fais mon cinéma. D'une voix douce de séraphin. L'heure des amants. L'heure des enlèvements, de Sabines ou d'encombrants. (oui, je sais, c'est une heure indue pour ces derniers, et pourtant...)
Il est minuit dans le jardin du bien et du mal,  l'heure peut-être de prendre un bain...mmmh...la douceur de l'eau quand l'air de la mer fraîchit...
Autour de minuit, tout peut arriver. Les rencontres d'après minuit gardent alors tout leur mystère, pour peu qu'on ait la permission de franchir ce cap Horn virtuel. Cette fichue permission de minuit qui, à seize ans,  m'obligeait à quitter la fête toujours trop tôt.
Les démons de minuit, eux, se foutent pas mal de Cendrillon et de ses problèmes de godasses. Ils grimacent en sarabande.



Sonate in G minor, K 450 by Domenico Scarlatti on Grooveshark

06 mars 2015

Second degré

Photo du net



 Et si ça ne suffit pas, on sortira deux ou trois grand-mères de derrière les fagots, un cul-de-jatte et quelques femmes enceintes. 
Parce que les femmes enceintes ça compte double.


                                                                          ***
Bon alors, que je vous explique un peu. Ce matin, j'ouïs dans l'étrange lucarne que le maire d'un petit village de Bourgogne aurait fait preuve d'humour... Aussitôt je tends l'oreille. Mais oui, c'est bien lui l'initiateur de ce panneau jubilatoire. J'en suis toute ébaubie.
Tout aussitôt après, je me trouve sur le chemin de l'école, respirant par la vitre entrouverte les premiers effluves printaniers, quand soudain, une espèce de gros malotru nanti d'une non moins grosse bagnole, assez hideuse il faut bien le dire, genre version automobile de la chaussure pour pied bot, débouche comme un pas poli et me brûle la priorité en fonçant comme un malade alors que l'on est en zone 30. Vous savez que votre Celestine a failli être pliée en deux ? (Enfin, sa caisse...)
Vous me direz encore que tout n'est que hasard après ça ?