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Le soleil polissait ses rayons pour un énième rendez-vous
avec la lune. Il savait que ce moment était fort attendu sur terre, par les
astronomes de tous poils.
Ils en voulaient, du spectacle ? Ils allaient en avoir.
La lune arriva pile à l’heure. Elle avait beau être
lunatique et vagabonde, elle connaissait quand même ses obligations envers le soleil et n’avait jamais fait
faux bond au maître du système éponyme.
Après les formalités d’usage, la lune commença à se glisser
voluptueusement devant son bel amant de lumière. Elle connaissait sa partition
par cœur. L’accord était parfait.
Soudain le soleil poussa du coude sa sélène amie.
Mais que se passait-il ? Eux qui se réjouissaient
d’avoir choisi pour leur petit ballet une matinée de classe, afin que d’ouvrir
les jeunes esprits des futurs scientifiques en herbe, s’aperçurent avec stupeur
que les enfants étaient restés confinés derrière les tristes volets clos de
leur salle de classe. Apparemment, de vieux barbons en costard (à moins que ce
ne fussent de jeunes technocrates butés) avaient décidé qu’il serait extrêmement dangereux d’observer à l’œil
nu leur pas-de-deux, pourtant bien au point depuis la nuit des temps. Comme
s’ils n’avaient pas pu le prévoir, ces imbéciles, et fourguer à chaque enfant une paire de
lunettes magiques. Cela aurait été plus utile que ces fameux vaccins qui avaient coûté un oeil, et dont le surplus n'avait jamais été épongé...
Contre toute attente, une forêt de parapluies administratifs
s’étaient ouverts sous leurs yeux ébahis, sur lesquels on pouvait lire «communiqué ministériel » « principe de précaution » « services de santé » « protection sanitaire » et autres fadaises issues du cerveau tordu
de politiques pusillanimes, cédant aux exigences d'une société procédurière et liberticide.
-Ça me rappelle, dit le soleil empreint d' une certaine
inquiétude, cette époque obscurantiste où
les hommes craignaient les phénomènes célestes, parce qu’ils ne les
comprenaient pas. Tu te souviens, ma grosse blafarde ?
-Il me semblait pourtant, dit la lune un peu déçue, que les
enfants ont toujours été curieux de nous…
Oh mais, regarde, là, ne vois-tu pas, à l’opposé
du septentrion, une école d’irréductibles Gaulois qui ont osé bravé
l’interdiction institutionnelle ? Il semblerait que leur maîtresse ait eu la
bonne idée de prévoir notre rendez-vous suffisamment à l'avance pour se
procurer des lunettes de protection pour tous.
-Ah, oui, je la connais, celle-ci, répliqua le grand radiateur joufflu, c’est Célestine…Une de mes grandes amies. Une vraie passionnée d'étoiles...eh bien, j’en suis fort aise, ces
élèves-là développeront une vraie curiosité rationaliste, plutôt qu’une espèce de terreur tremblante tels de pauvres manants du Moyen-Âge.
Les deux corps célestes terminèrent leur danse et se
donnèrent rendez-vous en 2081.
Les élèves de Célestine auraient alors 77 ans.
Ce serait jouable. Et c'est avec grand plaisir qu' ils leur feraient la totale.


