Mercredi 4
Se lever en pleine nuit devient une habitude. Aujourd'hui, à 4 heures, tout le monde est sur le pont. Mais la promesse d'assister à un lever de soleil au milieu du désert stimule l'endurance du groupe. Pour ma part, la motivation est double. Je ne vous l'ai pas dit, mais ma fille chérie, ma prunelle, mon étoile, fait la croisière en parallèle sur un autre bateau, avec son petit mari. Et pour cette excursion, ils ont obtenu de notre guide préféré l'autorisation de se joindre à nous. Quatre heures entre Assouan et Abu Simbel. Quatre heures d'autocar, sur une route toute droite, au milieu de nulle part. Du sable et des cailloux à perte de vue. Et à mi-chemin, au moment où le ciel commence à projeter des lueurs sur la cime des dunes, le bus s'arrête dans la seule station du trajet. Quelle chose merveilleuse, que de découvrir cette immensité , de regarder le Dieu Soleil émerger de l'horizon sur sa barque rougeoyante, et de pouvoir partager ça avec ma fille. J'ai conscience que plus jamais je ne ferai de selfie en plein désert avec la chair de ma chair. J'en ai encore des frissons de joie et de gratitude. Il est dans la vie des moments complètement unique d'une saveur indicible.
Mon nilomètre personnel est près de déborder. Trop de bonheur ! J'ai les yeux qui fuient, ce doit être le vent chaud qui souffle déjà à 6 heures du matin.
Et pourtant, j'aurai encore une dose d'émotion brute en découvrant les célébrissimes statues géantes de Ramsès II. Tout comme à Philae, que des êtres humains aient pu déplacer ces colosses de 20 mètres de hauteur est tout simplement impensable. Et pourtant...ce sont deux temples entiers, et la colline qui va avec, qui ont été reconstruits... A pharaon, pharaon et demi.
Le temple principal est dédié à la gloire de Ramsès, et le « petit temple » est consacré à Nefertari, l'épouse d'icelui. Un couple aussi emblématique qu'Angelina Jolie et Brad Pitt.
Savez-vous que « nefer » en égyptien signifiait « belle » ? Ainsi, Nerfetari, Nefertiti, mais aussi Neferhotep, Neferusobk, Neferkare et bien d'autres...Ces gens-là avaient une haute idée d'eux-mêmes.
A l'entrée du temple, une « clé de vie » en or, cette sorte de croix terminée par un anneau que l'on retrouve sur beaucoup de représentations, est fichée symboliquement dans la serrure. Le gardien semble très fier de la surveiller.
Sur l'esplanade, malgré l'heure matinale, les touristes sont déjà nombreux. Et la chaleur est déjà étouffante. A quelle heure faut-il donc se lever pour avoir la paix ?
A l'intérieur, on retrouve de nombreux épisodes de la bataille de Kadesh, gagnée évidemment par Ramsès. Je me demande si ces merveilles résisteront longtemps au Co2 et à l'humidité dégagés par ces millions de gens qui transgouttent à grosses spires chaque jour que Râ fait.
Au retour, nouvel arrêt à la station du désert. Le thermomètre indique 45 degrés. J'ai repoussé mes limites, je suis fière de moi. C'est dans ce vaste espace désolé que les Egyptiens modernes ont entrepris un projet pharaonique : faire « verdir le sable ». Par un vaste système d'irrigation en cercles, les cultures de dattiers et de maïs commencent à voir le jour. C'est ahurissant. Hasardeux. Epique. Homérique. Aventureux. Humain, quoi...Planter d'un côté, et détruire de l'autre. Je me répète, mais c'est pourtant cette lutte constante du bien et du mal qui mène le monde.
En fin d'après-midi, le souk d'Assouan nous fera passer une heure sympathique au contact des autochtones.
La journée s'achève par un son et lumière exceptionnel dans le temple d'Isis à Philae. On ne s'en lasse pas...Avec les voix de Jean Topart et Suzanne Flon, toute une époque...et un texte d'une qualité littéraire perdue de nos jours. Pas de grands effets stroboscopiques avec musiques assourdissantes. Pas de lasers, de jets d'eaux ou autres images en surimpression sur les façades. Juste quelques lumières choisies pour mettre en valeur la perfection des lignes, des voix, et susciter la magie. Superbe.
(A suivre)


























