«
La perfection est atteinte, non pas quand il n’y a plus rien à ajouter, mais
quand il n’y a plus rien à enlever. »
Antoine de Saint-Exupéry
| Photo Céleste |
Toute
l'existence des Van Gujjar tient dans
un sac posé sur un âne.
Ils
n’ont rien, et pourtant, ils sourient.
La
joie coule, telle une onde bienfaisante, dans chacun de leurs gestes…
Ce
peuple berger vit au cœur de rudes contrées himalayennes, parmi les buffles et
les chevaux, accrochés entre l’ubac des torrents fougueux et l’adret des verts
pâturages cernés de sapins noirs. Ils dorment dans la poussière, serrés autour
du feu. Le soleil éteint la lumière chaque soir, et la rallume le lendemain.
Leurs
ciels de nuit sont époustouflants…
J'ai
regardé « Terre Inconnue ». Je me suis régalée, une larme émue aux cils,
d'assister à l’immersion de cet homme occidental, beau, souriant et tout pétri
d’émotions, dans cet univers singulier, dépouillé, loin de tout repère, et
surtout loin des réflexes consommateurs de notre monde fou…
J’aime
cette émission. Ses détracteurs crient peut-être à la mise en scène, à la
manipulation d’images, aux bons sentiments. Je les laisse aboyer leur amertume et leur mépris.
Ah,
les facéties du hasard… il se trouve que dans le même temps, un
ami à qui je faisais visiter, en quelques photos choisies, mon havre de
simplicité, s'étonna :
«
Mais tu n’as rien ! »
Moi,
je n'ai rien ?
Qu’en
penseraient les Van Gujjar ? Ils
seraient sans doute surpris par la relative élasticité du concept de « rien »…
Cela
m’a néanmoins titillée au niveau de l'hippocampe. J'ai l'impression d'être
immensément riche, à côté d'eux. J'ai conscience de cette chance. Mais tu as raison, mon ami, j'ai réussi mon
détachement.
Je
me suis séparée des choses inutiles, encombrantes. Je me sens riche
de choses impalpables, subtiles, profondes, et mon univers familier s’est
allégé du superficiel, du futile, de l’anecdotique. J’ai choisi la fluidité
sobre, plutôt que la pesanteur pâteuse du superflu et de l’envahissement matériel.
Je
ne pourrais imaginer un retour en arrière. Mon petit trois-pièces, tel qu'il
est, serait un palais pour les Van Gujjar, puisqu’il y fait chaudouillet, que le sol brille et que
l’eau sort en abondance des robinets.
Mais c'est un palais idéal comme le
paletot d'Arthur : où que se pose mon œil, la sobriété des lignes me réjouit
l’âme. Chaque chose a un sens. Une histoire. Quelques objets à valeur sentimentale, des
cadeaux, deux trois photos auxquelles je tiens. Mes livres fétiches. Quelques
ustensiles indispensables. Peu de meubles. Beaucoup de lumière.
Mes
chamades sont d’une autre essence désormais. Mon cœur ne vibre qu'à Être, loin
de la passion obsédante de l'Avoir.
C’est
sans doute mon grand point commun avec ces gens du bout de la Terre : nous sourions aux mêmes étoiles et cela nous rend heureux.
Et ce soir, de surcroît, l'énorme super lune nous éclaire de toute sa beauté et réjouit nos cœurs. L'Amour, la Vie, les étoiles. Que demander de plus ?
Et ce soir, de surcroît, l'énorme super lune nous éclaire de toute sa beauté et réjouit nos cœurs. L'Amour, la Vie, les étoiles. Que demander de plus ?
Musique: Adagio Trio - Wayfaring
Pour l'atelier d'Olivia, il fallait placer les mots:
ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre – chamade.



