21 janvier 2017

Hier encore

« Hier encore, le ciel était l'arène du bruit ; des chars, des cavales aux sabots de fer y passaient dans un grondement de galop et des hennissements de colère. Aujourd'hui, le silence. 
Le vent a dépassé la borne et court de l'autre côté de la terre. Pas d'oiseaux. Silence. 
L'eau, elle-même, ne chante pas ; en écoutant bien, on entend quand même son pas furtif : elle glisse doucement, du pré à la venelle, sur la pointe des pieds. »


Jean Giono, Colline

*









Hier encore, je dévalais les pentes de l'insouciance, mon cartable serré sur mon coeur. 
Les cailloux du chemins fusaient sous mes souliers en feu comme des flammèches échappées d'un brasier. 
Je buvais l'air à m'en soûler avec cette innocence de ceux qui se croient éternels. 
Parfois, quand je mordais dans une pomme, un morceau de sa peau se glissait entre mes dents. Ça faisait un mal de dingue. 
Ça me parcourait du frisson de la mort, c'était délicieux. 
Avec les copains on jouait à mourir. 
Tu me tuais, je te tuais bang-bang !
Je ne savais pas encore que la mort n'a pas un goût de pomme. 
Elle n'a le goût de rien, la mort, elle a juste le goût du plus rien. 
C'est la vie qui possède cette odeur fabuleuse, entêtante et mortelle.
Les choses s'enfuient, d'autres viennent. 
Belles ! Plus belles encore de leur fragilité.
Je bois toujours l'air, mais comme on déguste un grand cru, à petites lampées, laissant couler chaque goutte sur ma langue et pénétrer dans mes veines cet arôme fugace et subtil qu'on appelle la joie.

Hier encore je sentais une bouche avide boire le lait de mon sein, ça tirait là-dessus, mon vieux,  comme pour m'extirper la moelle, t'aurais senti cette vigueur , et je serrais cet être fragile lové contre moi tel un koala tombé de l'arbre. 
Je devenais la terre nourricière, la source originelle, l'origine du monde.

Enfin, bref,  comme dit je ne sais plus quel grand philosophe
 « Faut l'admettre, on ne peut pas être et avoir tété. »






A mon premier koala qui va avoir trente ans fin avril ...


18 janvier 2017

Sincérité

J'avais sept ans...mais je n'ai toujours pas l'âge de raison !

Etre sincère, cela s’apprend-il ? Ou est-ce un de ces traits lumineux que des fées bienveillantes ont posés sur nos berceaux, un matin de miracle ordinaire ?
Toujours est-il que j'appelle ainsi  la connexion à mes pensées et à mes ressentis profonds. Et surtout ma façon de les exprimer au plus près de ma vérité, sans faux-semblants.
Une écoute continuelle de ce qui sonne juste, comme on écoute le son d’un cristal, ou celui d’un violon. Comme on vérifie l’eau d’un diamant.
Voyez comme les gens faux nous griffent le tympan tels des instruments désaccordés.

L'idée, c'est de ne pas trahir ce qui fait notre essentiel. De ne pas tricher avec soi-même.
La sincérité se promène en nous habillée d'un frêle tissu diaphane. Elle a quelque chose de ses soeurs, la spontanéité, la candeur, la vérité sortant du puits. Mais elle est audacieuse et sait être une force, elle donne une assurance tranquille. Je ne me sens jamais plus sereine que lorsque j'ai dénoué des malentendus pris dans les rets de l'illusion. 

Alors que mentir ne donne qu'une force de façade, un château de cartes sur du magma visqueux. Nos politocards adorés feraient bien d'y réfléchir.
Ainsi que tous ces gens qui obéissent à des diktats de modes ou de pensée et sont incapables d'esprit critique. Rien de plus ridicule que de s'empêcher d'aimer Sardou ou le petit salé aux lentilles par peur de passer pour un ringard. J'aime Jean-Pierre Bacri dans le Goût des Autres.
Je ne crie pas forcément au chef d'oeuvre avec la meute.

J'ai sans doute gardé cela en moi depuis l'enfance,  cette époque fugace où les postures et les calculs n’ont pas encore trop envahi l’espace relationnel. Vous savez, comme l’enfant dans le conte « les habits neufs de l'empereur » qui énonce avec un naturel confondant :
 « Mais le roi est nu ! » 

Dompter ce cheval fou tout en le laissant gambader, pas facile!
La maîtriser et la bichonner en même temps, car à force de la retenir, de la filtrer à l'aune du politiquement correct, de la politesse de bon aloi voire d'une hypocrisie sociale convenue, on risque de l’affaiblir. On devient frileux et moins franc du collier.

Mais parler vrai ne signifie pas forcément parler cru, sans ménagements, ou méchamment.
Et choisir ses mots pour amortir les meurtrissures ne signifie pas obligatoirement dissimuler ou manipuler.
Tout est toujours une question de nuances. Ces merveilleuses palettes d’émotions et de pensées... que seul le langage structuré nous permet d’exprimer sans foncer tête baissée dans des réactions épidermiques...

Enfin, sincérité de l’instant ne signifie pas non plus vérité absolue et sempiternelle gravée dans le marbre. On peut avoir un coup de cœur à un moment précis de notre vie, et ne plus comprendre ensuite, ce qui avait motivé cet élan. S'emballer sincèrement pour quelque chose (ou quelqu'un), et le trouver complètement insipide dix ans après. 
La météo de nos paysages intérieurs  est changeante et parfois surprenante. Elle fluctue avec nos saisons vitales, nos tempêtes et nos grands beaux.


La sincérité, alors, c’est peut-être de garder en soi le thermomètre, (oups, il y en a qui vont adorer cette métaphore !) et de rester simplement fidèle à soi-même.

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Omar Sye, sincère ou trop spontané ?

15 janvier 2017

Espace temps


Sous-titre : petit délire sans gravité.





                                                 
Pour l'agenda ironique de Janvier, organisé par Carnets paresseux
le thème est « Espèces d'espaces » et le texte devait contenir les mots imposés suivants : 
hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert.





- « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie… » disait Pascal.
- Pascal… le fontainier * ?
- Mais non Marcel, tu n’y es pas, Pascal, c’est le type qui prenait le frais en regardant les étoiles en bonnet de nuit et qui se tourmentait l’hippocampe à échafauder des théories compliquées aux tentacules alambiqués…
- Ah oui !
- Tu ne connais pas sa petite histoire ? Un jour, à force de cogiter son ergosum, suivant les conseils avisés de son ami René, et de prendre des paris sur tout et n’importe quoi, il a eu un éclair de génie des Carpates, et il est entré comme un seul homme dans une faille spatio-temporelle. Enfin disons plutôt qu’il s’est pris les pieds dans sa chemise de nuit, ou dans la queue du chat… bref, il est tombé dans une espèce d’espace-temps spécial et spacieux.
- Diantre ! C’est spécieux !
- Oui, il s’est retrouvé dans un grand champ de possibles. Rempli de fleurs de l’âge, d’arbres à Camantêtes et de mi-mosas. (Oui, ce sont des mosas qui n’ont pas fini leur croissance) Et dans le ciel, quelques nuages de lait qui s’amoncelaient au-dessus du Mont de Vénus.
- Sans blague ! Et ensuite ?
- Ensuite...Il s’est assis un moment à l’ombre d’un doute, histoire de réfléchir.
- Et là tu vas me dire qu’une pomme …
- Mais non, tu confonds avec Nioutonne, l’arboriculteur !
- Autant pour moi.** Et donc ?
- Ne m’interromps pas tout le temps !
Là, donc, il a bien été obligé de demander son chemin de Damas. -Vous voyez ce pont d’or, là-bas ? Lui ont répondu en chœur le passant qui passe et le chaland qui chiale. Eh bien, prenez-le, longez la rivière de diamants jusqu’à la mine de six pieds de long. Vous pourrez peut-être y arriver par un train de vie élevé, ou encore en prenant un ballon d’essai. Mais le plus sûr reste quand même l’autoroute de l’information. Marchez longtemps,  traversez la forêt de saules meunières, escaladez le plateau télé, laissez les moulins à paroles sur votre droite, avec de beaux bouquets thématiques sur votre gauche. Marchez encore, tout droit, sur la crête du succès, et si vous êtes épuisé, trouvez l’œil de la nuit, et fermez-le dans un lit de Procuste, à l’auberge du cul tourné, non sans avoir au préalable mangé une bonne assiette fiscale assaisonnée au citron vert.
- Et alors ? Et alors ?
- Et alors, surgissant de nulle part, Jean-Claude Vandamme est arrivé. Et il a eu cette phrase magnifique : « Si on enlevait l'air du ciel, tous les oiseaux tomberaient par terre » En entendant ça, pas très à l’aise Blaise a renoncé à son périple à Tétitienne, et il est remonté dare-dare dans son XVII° ciel. Il lui fallait trouver une phrase exceptionnelle, qui marquerait l’histoire et ferait oublier cet imposteur du XX° qui risquait de lui voler la vedette des garde-côtes. C’est là qu’il a pondu sa phrase, la phrase qui me permet de faire de ce texte d’eunuque décapité (c’est-à-dire sans queue ni tête, mais vous aviez compris, vous êtes sagaces) une splendide, spéciale et spatiale antépiphore :
« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie… »


¸¸.•*¨*• ☆






* Réplique de Marcel Pagnol dans Jean de Florette.
** On devrait d'ailleurs écrire « au temps pour moi » mais ça fait tarte.


13 janvier 2017

Marie






Marie était une amie d'enfance de ma mère. Mieux que cela: Marie était l'Amie, celle qui partage tout, les fous-rires, les galères, les joies et les peines comme disent les ados dans leur journal intime.
On ne sait pas comment l'annoncer à notre fragile maman. Marie s'est éteinte doucement cette semaine. Après une longue vie, dont la moitié donnée à ce service public magnifique qui s'appelait La Poste.
Marie avait gravi un à un tous les échelons, jusqu'à celui de Receveuse. Une receveuse humaine et aux yeux pleins d'étoiles. Une receveuse d'étoiles en somme.
Elle était née en 1926. Imprégnée de cette époque où le Courrier était sacré, où la poste se démenait pour acheminer les lettres, même mal adressées, même mal affranchies. L'époque de l'Aéropostale de Latécoère, de Saint-Exupéry, de Blériot, de Mermoz, où des hommes courageux perdirent leur vie, dans des traversées périlleuses de l'océan. Où il allait de l'honneur des postiers qu'une lettre arrivât à son destinataire.
Elle était de l'époque où Gabin dit à ses complices dans « Le cave se rebiffe »
« Nous allons donc confier notre petit trésor aux seuls gens qui n'égarent jamais rien… Aux employés de cette administration que le monde entier nous envie, j’ai nommé les PTT…» 
 Marie a quitté la Poste au bon moment. Depuis sa retraite, elle ne cessait de regretter que sa « grande maison » à elle soit devenue une banque inhumaine comme les autres, minée par des mots qu'elle ne comprenait pas, concurrence, rentabilité, résultats...

Sur un blog ami, j'ai lu cette phrase : «.: «Elle aurait dû arriver pour Noël mais plutôt que d'être confiée au Père Noël, qui l'aurait certainement livrée dans les délais, elle fut postée et vous savez que la poste... 
Oui, monsieur Jacques, je sais, ils sont terribles, ces petits points de suspension, ces petits points de suspicion...
Oui, je sais que la Poste n'est plus ce qu'elle était. Mais à qui la faute ? 
Je sais que les personnels sont pressés comme des citrons, mal formés, trop peu nombreux, payés à coup de lance-pierres, que les cadres sont débordés, harcelés, poussés parfois au suicide, qu'il faut être toujours plus performant, lucratif, fructueux, juteux et que les mots de service public ne veulent plus rien dire.
 Je sais que l'on ferme de petits bureaux de poste campagnards, comme on ferme des écoles, des maternités, des postes de police de proximité et tout ce qui faisait la grandeur du service aux petites gens...
Marie aurait pu tout aussi bien être infirmière, chef de gare, policière ou institutrice. Son amertume aurait été la même.
Marie et Gabin ont quitté la vie au bon moment : ils ne verront pas le démantèlement final, annoncé par ses fossoyeurs,  de ce modèle social que « le monde entier nous enviait » et qui n'est plus déjà qu'un souvenir tremblant, comme ces pétales de rose sur la tombe de Marie.





11 janvier 2017

Comme des lianes nouées de stress...

Sous-titre: Respirez, vous êtes filmés.





Les grandes personnes ne savent plus respirer...Moi du haut de mes soixante centimètres, je pourrais vous en apprendre ! Il vous suffirait de vous souvenir comme c'était bien de dormir comme un bébé, calme, détendu de la pamper's....
- Ben oui, choupi, mais nous, on n'est plus des bébés...Tu n'imagines même pas tout ce qu'on a à gérer dans une journée...Des monceaux, des tonnes de soucis ! Des trucs de grands, quoi. Sans compter la situation internationale...
- Oui c'est sûr. Mais regardez-vous, vous êtes tout étriqués de la cage, on dirait que vous respirez à crédit. Ouvrez-moi tout ça ! 
- Comme ça ? 
- Oui, voilà. Inspirez cinq secondes. Et puis expirez cinq secondes. Recommencez l'opération pendant cinq minutes. Vous n'avez qu'à suivre la petite boule qui monte et qui descend !
- C'est vrai...ça détend...
- Vous venez de découvrir la cohérence cardiaque, une technique qui fait son chemin contre le stress en diminuant le cortisol. N'hésitez pas à lire l'article, c'est vraiment intéressant...
- Ah oui...je lis ici que ça donnerait entre quatre et cinq heures de bien-être, une sorte de remise à zéro du système neuro-végétatif. Aussi efficace que les vacances, le yoga ou faire l'amour...Eh ben dis donc !
- Rien ne vous empêche d'essayer, et si vous êtes sceptiques, laissez-donc Descartes cinq minutes au vestiaire ... Juste cinq minutes !


¸¸.•*¨*• ☆







Pour ceux qui voudraient essayer, c'est ici...

09 janvier 2017

Quatrième de couverture

Sous-titre:  Je participe à l'atelier du lundi de Lakevio. Pour la première fois. Avec une joie non dissimulée derrière une tenture.







Elise a un secret. Un lourd secret qui englue et fige sa vie depuis l'enfance, et qui semble ne lui laisser aucun répit. Malgré son visage agréable et son corps de rêve, elle vit seule. 
En dépit d'une intelligence remarquable, elle se gaspille dans un emploi subalterne de bourreuse d'ours dans une usine de jouets ringards. Elle partage son existence morne entre ce travail captivant comme une rediffusion de Derrick en noir et blanc, et son pimpant deux-pièces à Montreuil, existence entrecoupée des monotones trajets en bus pour se rendre de l'un à l'autre. Sa différence inquiète les gens. Comme elle ne parle jamais d'elle, elle suscite les interrogations. Qui est-elle ? Que veut-elle, la fille aux bas nylon ? 
Qu'est-ce qui se cache derrière ce front triste, cette figure sculpturale de madone ?
Mais un jour, elle pénètre par hasard dans une étrange boutique nébuleuse...
Un roman sombre et flamboyant à la fois, qui vous accrochera tel un manteau miteux  à la patère de l'émotion tout en vous collant, comme une mouche, au plafond granuleux d'une intrigue haletante, menée de plume de maître par la célèbre romancière bien connue du monde entier et des environs.


¸¸.•*¨*• ☆












La Boutique de l'Outremonde, par Célestine Troussecotte.
255 pages. Editions Irrégulières.
Dans toutes les bonnes librairies.

08 janvier 2017

Laisse couler











Dis-moi, poses-tu les armes parfois, cesses-tu le combat, panses-tu tes griffures de matelot, laisses-tu les épissures épuisantes de tes cordages contre les vents contraires ? 
Fais gaffe, ne te perds pas dans cette lutte constante, elle est sans répit et sans fin. Laisse un peu les autres mesurer le fond de la mer. 
Oublie un peu tout ça, les peurs, les obligations. 
Prends le temps, décroche-le de ses aiguilles d'acier, délicatement mets-le sur tes genoux, caresse-le comme un gros chat qui aurait envie de filer, mais que tu apprivoises sous tes doigts, pour le sentir doucement lâcher prise, ralentir, ronronner. 
Rien ne presse. Attrape tes priorités, regarde-les briller entre ton pouce et ton index, pierres précieuses translucides au fil de l'air. Rien n'est plus primordial que de les recompter comme on compte ses billes, enfant, en les serrant sur son coeur tel un trésor. Dis-moi ce que tu caches tout au fond de ton âme, rince-toi, lessive-toi comme un linge frais que l'on aère au vent, tu verras, c'est bon ! 
Respire. Ecoute, sens, touche, regarde, goûte. Jouis de tout. Laisse couler.


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Musique: Joshua Hyslop, Let it go

06 janvier 2017

Météorite




Depuis quelques temps, il y avait une étoile singulière qui brillait, chez le voisin. Enfin, disons plutôt au-dessus du jardin du voisin. Juste là, par la fenêtre de ma chambre, entre le cèdre du Liban et le peuplier. Un éclat particulier, un scintillement fascinant. 
Pourpre. Ou bleuté. Comme irréel. 
Depuis que je la regardais chaque soir étinceler doucement, j'avais fini par m'habituer à sa présence. Elle me faisait rêver. Son étrangeté sans doute, et en même temps, une sorte de complicité familière. 
Et puis, soudain, elle a disparu. D'un coup d'un seul. J'ai scruté le ciel, un long moment, me demandant si je n'avais pas tout bonnement imaginé sa présence. Une sorte de berlue, pour parler comme au XIX° siècle.
Ainsi en est-il de certains voisins, parents ou amis,  qui descendent acheter des cigarettes, et qui, sans que rien puisse le laisser deviner, changent de vie subitement, déménagent,  divorcent, ou décident d'un coup qu'ils en ont assez de nous voir. Pour qui nous n'étions sans doute pas assez importants pour qu'ils nous informent de leurs projets de départ.
Des êtres qui brillent un temps dans notre ciel, et puis s'éloignent ou se volatilisent sans donner d'adresse, dans les confins du cosmos, comme des météorites.
On ne peut s'empêcher de se perdre en conjectures farfelues ou absurdes, on est triste ou dubitatif, bien avant de se résoudre à les oublier.
Les étonnements de l'existence ne s'arrêtent jamais.


¸¸.•*¨*• ☆

04 janvier 2017

Déclaration d’humour


Sous-titre: 
Être ou ne pas être, telle est la question sinusoïdale de l'anachorète hypocondriaque.








Bon alors écoutez...Célestine me demande de vous parler, mais moi je ne vois pas trop ce que je pourrais dire de mieux qu'elle, pour remettre un peu d'ambiance ...
Vous savez, je crois, qu'on va tous mourir dans d'atroces souffrances, mais ça, on le sait depuis longtemps, hein...Je crois même que les Grecs anciens avaient déjà peur des ravages de la guerre et de la folie...Voltaire lui-même disait : « Les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. » Ce n'est donc pas nouveau, ce sentiment que l'humanité court à sa perte !
Alors évidemment, en ce moment, ce n'est pas la joie. On va tous crever, la mer monte, la glace fond,  le processus est en marche.  Mais oui, messieurs dames, en vérité je vous le dis, il n'y a pas de « planète B ». Tout va se jouer là, entre la banquise et le désert, dans la décennie qui arrive. Un chambardement dont on n'a pas idée...

Mais le rire, enfin bon sang...Le rire...L'humour, quoi. Vous n'avez pas oublié, tout de même ? Je ne sais pas, moi...Je peux vous le dire poétiquement. Accrochez des sourires en étoiles soyeuses sur les murs gris du découragement, aux lanternes de la désillusion. Etirez-moi ces commissures, mettez-vous l'âme en paillettes. Là comme ça.
Mais non, vous n'êtes pas ridicules. Les ridicules, ce sont les gros messieurs rouges en cravates bouffies et costards de croquemorts qui hypothèquent le monde avec des gros billets. Ceux qui croient que tout s'achète, les cons ! 
Mais nous, nous on chante la vie, on danse la vie, on n'est qu'amour...
Ré-écoutez ma tirade, tiens. Qu’est-ce que vous risquez, au pire ? Une entorse du zygo, une foulure de la rate, un déchirement de la sous-ventrière ? Au point où on en est...
Ou alors, mieux encore: ré-écoutez Les Inconnus. Leur chanson est un bijou de surréalisme perpendiculaire qui devrait vous dérider. 
Moi je dis que notre espoir n'est pas si désespéré, à condition d'analyser que l'absolu ne doit pas être annihilé par l'illusoire précarité de nos amours destituées.
Et vice et versa.





02 janvier 2017

La voix de Paul






















Soudain, la voix de Paul, celle qui me donne envie de danser. 
Me reviennent dans le nez des effluves de romarin, les embruns des salins, immenses tas de gemmes immaculés sous la danse des flamant roses, et dans l'oreille le clapotis cabotin des pointus qui rentrent au port. Une image floue de ma folle jeunesse inconsciente. La mer. La nuit. Un dancing. Un homme. Shall we dance ?
Il me tenait serrée contre lui, trop serrée, trop fort. Chaud comme un pain. Je sentais sa bosse des maths sous son pantalon de lin...j'étais trop jeune. Et puis... Black out. Tout ce que je peux dire, mais c'est douloureux, c'est que j'ai bien failli y perdre un bout de moi-même. Un morceau de mon âme jeté inconséquemment à un pourceau.
Souvenir fugace, refoulé, venu se caler sur les sensations présentes, les mille traits de cette première journée de l'an, comme des flèches piquées dans mon cortex. 
Aujourd'hui, avec Olga, on a regardé le film de Maïwenn, Mon Roi. Je ne l'avais pas vu encore. Ténébreuse histoire d'emprise, de pervers manipulateur. J'en suis sortie légèrement nauséeuse, ayant eu affaire à ce genre d'araignée tueuse dans ma vie. Qui vous enroule dans un film gluant façon sushi, jusqu'à ce que vous ne puissiez presque plus réagir. 
De beaux parleurs qui vous bouffent tout cru, comme les plantes carnivores qui ne font qu'une bouchée d'une pauvre mouche désarticulée.
Décidément,  les fantômes du passé ont besoin que je leur torde le cou un à un...




Paul Mc Cartney
You gave me the answer