« Hier encore, le ciel était l'arène
du bruit ; des chars, des cavales aux sabots de fer y passaient dans un
grondement de galop et des hennissements de colère. Aujourd'hui, le silence.
Le vent a
dépassé la borne et court de l'autre côté de la terre. Pas d'oiseaux. Silence.
L'eau, elle-même, ne chante pas ; en écoutant bien, on entend quand même son
pas furtif : elle glisse doucement, du pré à la venelle, sur la pointe des
pieds. »
Jean Giono, Colline
*
Hier encore, je dévalais les pentes de l'insouciance, mon cartable serré sur mon coeur.
Les cailloux du chemins fusaient sous mes souliers en feu comme des flammèches échappées d'un brasier.
Je buvais l'air à m'en soûler avec cette innocence de ceux qui se croient éternels.
Parfois, quand je mordais dans une pomme, un morceau de sa peau se glissait entre mes dents. Ça faisait un mal de dingue.
Ça me parcourait du frisson de la mort, c'était délicieux.
Avec les copains on jouait à mourir.
Tu me tuais, je te tuais bang-bang !
Je ne savais pas encore que la mort n'a pas un goût de pomme.
Elle n'a le goût de rien, la mort, elle a juste le goût du plus rien.
C'est la vie qui possède cette odeur fabuleuse, entêtante et mortelle.
Les choses s'enfuient, d'autres viennent.
Belles ! Plus belles encore de leur fragilité.
Je bois toujours l'air, mais comme on déguste un grand cru, à petites lampées, laissant couler chaque goutte sur ma langue et pénétrer dans mes veines cet arôme fugace et subtil qu'on appelle la joie.
Hier encore je sentais une bouche avide boire le lait de mon sein, ça tirait là-dessus, mon vieux, comme pour m'extirper la moelle, t'aurais senti cette vigueur , et je serrais cet être fragile lové contre moi tel un koala tombé de l'arbre.
Je devenais la terre nourricière, la source originelle, l'origine du monde.
Enfin, bref, comme dit je ne sais plus quel grand philosophe
« Faut l'admettre, on ne peut pas être et avoir tété. »
« Faut l'admettre, on ne peut pas être et avoir tété. »
A mon premier koala qui va avoir trente ans fin avril ...








