18 novembre 2012

Interlude 2

(Allergiques à Céline, passez votre chemin...) 
Les autres, vous pouvez mettre le son (pas trop fort)...      ;)


Tombent les feuilles

Aux jours, plus courts

Qui retiennent

Mon corps et ma voix

Je voulais vous dire

Que je vous aime

Cocon qui s´éveille

Aux seuls parfums

Que j´attends

Au fond de mes rêves

Souvent

Quand mes yeux s´éclairent

Longtemps

Sur vos promesses blanches

Sans y voir le piège

Qui danse

Papillon éphémère


Aux ailes de verre

Prisonnière du fil de vos secrets


Papillon qui espère



Juste un peu de lumière


Pour sécher ses couleurs


Au feu de vos désirs








Si forte est ma fièvre


De vous, si doux

Mon prince

J´ai perdu les mots

Je voudrais vous dire

Combien je vous aime


Tout semble si beau

Du haut de vos épaules

Ou je m´imagine



Parfois



Pauvre chrysalide


Qui boit



Le miel de vos paroles

Pour s´ouvrir

Et quitter le sol

Papillon éphémère


Aux ailes de verre

Prisonnière du fil de vos secrets



Papillon qui espère


Juste un peu de lumière



Pour sécher ses couleurs


Au feu de vos désirs







Céline Dion


Bonne journée!





15 novembre 2012

Conditionnel passé

Tigibus, dans le film d'Yves Robert sorti en 1962 (Sipa)Je dis toujours à mes élèves que le conditionnel passé est le mode des regrets.
J'en profite évidemment pour leur raconter la cultissime phrase du film adapté de la Guerre des Boutons, et je dois hélas dans la foulée leur déconstruire le mythe, ne pouvant déontologiquement les laisser baigner dans l'erreur.
Il n'en reste pas moins que si la phrase "Si j'aurais su, j'aurais pas v'nu" est dramatiquement incorrecte sur le plan de la syntaxe, elle est délicieusement géniale du point de vue de la poésie cinématographique. Je complète ma leçon en leur faisant écouter l’inénarrable et néanmoins célèbre rengaine "J'aurais voulu être un artiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiste"

Le mode des regrets, donc. Le mode des choses qui n'auront plus jamais lieu, le mode de la désespérance absolue, du noir total.
C'est pourquoi je m'efforce de l'employer le moins possible. Je n'aime pas l'utiliser. Comme disait ma grand-tante Marcelline  "Mieux vaut avoir des remords que des regrets"...Marcelline, dans la légende familiale, était comment dirais-je? une joyeuse luronne (comprenez: la honte de la famille). Je crains que les substantifs qui s'attachaient  à la qualifier ne dépassassent le strict cadre de ce qu'il est communément admis d'écrire sur un blog.
-Putain, c'est bien dit, ça!
-Voila, c'est ça l'idée. Les gens honnêtes avaient tôt fait, à l'époque, de cataloguer les femmes libres, les Simone en pantalons, les Colette en fume-cigarettes, avec ces mots peu élégants et totalement inappropriés...mais je m'égare. Enfin bref, Marcelline ne s' était jamais embarrassée du conditionnel passé, et elle avait bien raison.

Il est pourtant des choses dont je suis bien obligée de reconnaître qu'elles font à jamais partie de celles que j'aurais aimé faire, mais pour lesquelles j'ai bien peur hélas, tout optimiste que je fusse, qu'il ne soit irrémédiablement trop tard....


Parmi les quelques grands regrets de ma vie (une autre fois, peut-être, je vous dirai les autres ...), il en est un qui revient cycliquement, chaque fois que je traîne du côté d'Arte un jeudi soir à minuit moins le quart:
J'aurais aimé être premier violon dans un orchestre symphonique international.
Rien que d'y penser la tête me tourne!
J'aurais répété des heures dans la solitude feutrée de ma loge à l'opéra.
J'aurais fait mon entrée en  robe de soirée d'or scintillant ou en long fourreau noir en panne de velours. J'aurais été évidemment sublime et hiératique, troublante et concentrée, sensuelle et lointaine à la fois... J'aurais été dirigée par Daniel Barenboïm ou Herbert Von Karajan, sinon rien.
Toute la salle aurait été suspendue à mon divin archet, et à mes doigts légers comme des libellules courant sur la surface de l'eau. Et après une bonne demi-heure d'ovations et de vivats d'un public en délire, et sous les applaudissements de tout l'orchestre, le maestro en personne m'aurait offert un bouquet de cent roses rouges.







14 novembre 2012

Fichues suppositions

La supposition, quand elle n'est pas dans une démarche scientifique, est au cerveau humain ce que le robinet qui fuit est à l'oreille.
Un petit bruit lancinant qui finit par emplir complètement la tête. Une véritable plaie d'Egypte.
On suppose tout le temps, et à propos de n'importe quoi. On se bouffe le tempérament. On se perd en conjectures. Quelle mère ne s'est pas rongé le sang en attendant le coup de fil rassurant du fils prodigue, au bout de son voyage en train? Pourquoi n'appelle-t-il pas?  Et s'il avait loupé son train? Et si le train avait déraillé?
Quel scénario catastrophe n'échafaude-t-on pas avant même d'avoir les résultats d'une analyse médicale? 
A quoi va-t-on penser en laissant seuls pour la première fois nos ados tout un week-end?
N'interprète-t-on pas de la pire façon les tics nerveux, le moindre haussement de sourcil du banquier ou du notaire, ou celui de l'échographe en train de balader sa "scannette" sur notre gros ventre badigeonné de gel?

Les relations humaines génèrent constamment des montagnes de suppositions. Pourquoi elle m'a dit ça? Qu'est-ce qu'elle croit que je pense? Qu'est-ce qu'elle croit que je pense qu'elle pense? Et lui, pourquoi il m'a regardé de travers? Et elle, qu'est-ce qu'elle a voulu dire par là? Est-ce qu'il est au courant pour...? Que sait-elle exactement? Peut-être qu'il est fâché? Peut-être qu'elle m'en veut...Il va sûrement croire que je...Ils ont dû croire que...

Certes, on n'est pas dans la poire, ni dans le melon, on ne peut donc que supposer qu'ils vont être bons, juteux, et bien mûrs.

On n'est pas non plus dans la tête ou le coeur des gens. 
Mais la grande supériorité des êtres humains sur les poires ou les melons, c'est que l'on peut  leur parler, nom d'un caramel mou de chèvre à plume! leur demander des éclaircissements, dissiper des malentendus, reformuler ce que l'on n'a pas compris, mettre à plat, expliquer, comprendre. Et surtout, leur faire un minimum confiance. Faire confiance à la Vie, à la Providence ou au Destin, appelons ça comme il vous plaira. Le pire n'est pas toujours la seule issue envisageable.
Mais la plupart du temps, on préfère supposer, se morfondre en supputations qui nous minent et nous empoisonnent. Amplifier la difficulté de communiquer.  Et triturer jusqu'à ce qu'il saigne le petit comédon boursouflé de notre orgueil mal placé et de nos incertitudes. 

photo internet

11 novembre 2012

Ouvrez la parenthèse!























- Maîtresse, parle-nous de la ponctuation.
- Eh bien, la ponctuation, voyez-vous, c'est le sel et le poivre. Si vous l'oubliez, votre texte sera fade.
J'aime la  ponctuation particulière que la vie pose sur nos phrases.
Les phrases que nous choisissons afin de remplir la page blanche dont chaque jour nous fait le cadeau.
Ne froncez pas les sourcils, voyons! C'est évident...Ecoutez:
La vie est faite de pleins et de déliés, de longues phrases et de mots isolés, d'exclamations  joyeuses ou effrayées et d'interrogations curieuses ou inquiètes, de pauses ténues comme des virgules,et  de points sur les i. L'avenir est suspendu au-dessus de nos têtes comme au bout de trois points de... suspension, comme un souffle momentanément retenu. Jusqu'au point final.
- Pas tout de suite, le point final, maîtresse!
- Non, pas tout de suite, mes chers enfants. Il vous faudra d'abord développer de longues années votre sujet...
Et de temps en temps, ne pas oublier d'ouvrir une parenthèse. Ce mot est un peu austère. On dirait le nom d'une technique médicale ou d'une figure de style. Il recèle pourtant des trésors et sa musique est douce à mon oreille. 
Comme deux jolis bras arrondis levés vers le ciel.
C'est l'escapade imprévue avec une amie, alors que l'on broyait du noir, le jeu de société qui s'improvise avec vous les enfants, alors que maman  avait trois tonnes de travail très important, mais pas tant que ça finalement...c'est un invité que l'on n'attendait pas et qui arrive à l'improviste. On ouvre la porte et l'on oublie les obligations. Il est là, on est bien. La vie prend du sens, la vie prend du sel.

Parfois, au hasard d'une promenade, on tombe en arrêt devant deux mouettes qui picorent insouciantes sur le sable mouillé. Ou un arbre centenaire. Ou une fourmilière qui s'agite. Le temps s'arrête. On rêve une demi-heure devant un tableau, seul dans le Musée, les yeux noyés de brume. Quand on se "réveille", on a l'impression de ne plus savoir l'heure qu'il est.

Les parenthèses, il faut se les octroyer, se les offrir comme une récompense, parce qu'il est bon de se cajoler soi-même.

Ce sont des instants volés à la routine, aux conventions, à la lassitude, aux devoirs. De petits grains de poivre dans le plat un peu fade des jours gris. Des étincelles de magie pure dans un monde rectiligne et qui manque parfois sérieusement de fantaisie. Il n'est que de regarder la tête triste du présentateur du journal télévisé pour avoir envie de partir très loin...( en courant dans un champ de coquelicots, courir au milieu des fleurs, les cheveux défaits avec dans l'air un parfum de foin coupé et de bergamote et de pin cembro, à respirer en riant comme si c'était un gaz hilarant, en sentant les abeilles vous frôler doucement et tout l'univers se pencher pour vous faire une révérence... )
Voilà, c'est cela, une parenthèse.
Quelques grammes de poésie qui ne demandent qu'à jaillir.
Il est des parenthèses enchantées, des parenthèses étoilées, des parenthèses secrètes. Cela demande parfois un peu de courage, de l'audace même, et une bonne ouverture d'esprit. Quelque part, cela se mérite.
Personnellement, certaines parenthèses m'ont laissé un souvenir ébloui, et, par une sorte de persistance rétinienne, l'empreinte de ces bonheurs furtifs reste à jamais gravé sous  mes paupières.
Je ne saurais trop vous conseiller d'ouvrir les parenthèses, avec bonheur, avec fougue, avec joie. Et sans l'ombre d'une hésitation, ou l'once d'un sentiment coupable. Simplement parce que vous le valez bien...
Et quand vous les refermerez, je vous l'assure, il vous semblera que l'air se soit empli soudain de menthe et d'aneth. 
On respire. On repart plus jeune, et grandi(e) à la fois.
 (Jusqu'à la prochaine parenthèse...)


       photo internet

09 novembre 2012

Vacances parisiennes (fin)

Sinon, se promener à Paris, on ne s'imagine pas comme c'est physique! Quand je pense qu'il y en a qui paient une fortune pour faire des steps, alors qu'il suffit d'arpenter les trottoirs, et les couloirs et les escaliers du métro pour se forger des mollets et des cuisses en acier...
En contrepartie de tout ce sport, souvent, de fait, il faut manger. Les nourritures culturelles, historiques, spirituelles se révélant nettement insuffisantes pour graisser les bielles et les cardans de la machine humaine. Surtout celle de mon zado, sorte de ventre sur patte à l'appétit démesuré.
Grâce au site "la Fourchette", on obtient de bonnes adresses avec des réductions intéressantes. 


Tour à tour, et pour ne pas faire de jaloux, nous avons mangé français, japonais, italien, américain, et marocain. Chez ce dernier, le patron nous annonce d'un air très sérieux que notre réservation est pour demain, qu'il doit y avoir une erreur. Il est dix heures du soir, et on salive depuis une heure sur ce tajine qu'on va déguster à s'en faire péter la sous-ventrière. Devant nos mines consternées, il se met à rire, tout content de sa bonne blague. 
Petit canaillou, va. 

A Saint Michel, le serveur a tapé 256,60 au lieu de 25,60. Grand moment de solitude, le lendemain, en retrouvant cet incongru ticket de carte bancaire dans mon portefeuille.Je n'avais pas vérifié, ça n'arrive pour ainsi dire jamais ce genre de choses... Le patron m'a heureusement remboursée en cash, et a conseillé à son serveur de consulter pour son parkinson précoce.
J'aime bien aussi regarder les affiches dans le métro. Les théâtres, les scènes parisiennes, et les publicités. En ce moment, une jeune demoiselle très dénudée s'offre aux regards des voyageurs et surtout aux courants d'air qui sont assez terribles dans certaines stations. Brr, la pauvre, mais qu'on lui refile un pull-over!

Pour les pauses techniques, pas facile de dégoter des toilettes sans être obligés de mettre la main au porte-monnaie. Le summum, c'est au Printemps (encore!) où la dame pipi demande 1,50 € ! A ce prix là, on a droit à du papier parfumé avec couleur au choix (voir photo), une hôtesse vient vous chercher pour vous indiquer votre "cabine". Je m'attends à trouver une lunette en or, au bas mot.(Hein, non j'ai pas dit Obama)



Pour finir sur une note moins triviale, en tous cas plus appétissante, je vous dirai que le macaron tient toujours la vedette dans les vitrines des pâtissiers.
Après ce petit tour d'horizon de ma semaine parisienne, je vais m'arrêter là. J'aurais encore beaucoup à dire et à montrer. Mais comme je le soulignais dans un commentaire de mon billet précédent, le genre "diaporama de vacances" doit se manier avec d'infinies précaution et une grande parcimonie...Nous avons tous le souvenir de ces soirées diapos où l'on s'ennuie à mourir devant les trois cent cinquante photos du voyage au Tyrol de Tatie Lucette et Tonton Paul...
Non, je n'aimerais pas vous infliger ça.
Allez, dans trois jours c'est la rentrée, on va reprendre le fil quotidien. 
Youpi.

Photos Célestine (sauf la dame très déshabillée...)

08 novembre 2012

Ne m'oubliez pas



Ma rencontre avec Myosotis fut une des plus jolies surprises du séjour parisien. 
Elle est belle. Beaucoup plus jolie que sur la plus jolie de ses photos. Comment vous décrire la douceur de son visage, ses traits juvéniles ayant gardé cette part d'enfance qui transparaît dans ce qu'elle écrit ? De l'émerveillement pour les petites joies quotidiennes, beaucoup d'amour pour ses enfants, une certaine candeur, de la bienveillance dans ses gestes, une silhouette de jeune fille, la même petite touche de naïveté que moi, et surtout, une grande propension au bonheur! 
Et avec ça un caractère bien trempé : tout ce que j'aime ! On se ressemble bien plus que je l'avais imaginé.
Nous nous installons dans une brasserie -so romantic, one more time !- tandis que la pluie tente une de ses rares percées en faisant luire l'asphalte derrière les vitres. Le ciel est bas comme un couvercle aurait dit le poète. Bien au chaud, bercées de chocolat et d'éclats de rires, nous discutons pendant...ce qui nous semble cinq minutes mais cela fait deux heures et demie, la matinée est déjà passée et nous allons continuer notre conversation autour d'un délicieux plat de poisson, dans ce "Bercy Village" que je vous ai déjà raconté. Elle me parle de mon livre, qu'elle a adoré, je bois du petit lait. Je lui parle de ses billets, listes de petits bonheurs à déguster comme du miel quand la vie est trop grise. Nous achetons du thé dans une boutique raffinée et somptueuse.
Elle me confie, de sa  voix calme, être plutôt une oreille qu'une bouche. Il me semble que du coup, je parle un peu trop...jusqu'à craindre de l'étourdir.
Myosotis est de ces êtres que l'on aimerait voir habiter à côté de chez soi. Pour faire de petites virées improvisées, un shopping, un théâtre. Sans trop prévoir. Mais elle est bruxelloise, huit cent quarante kilomètres nous séparent et nos rencontres, futures, forcément, seront rares, hypothétiques et obligatoirement programmées: qu'importe, elles n'en seront que plus appréciées.
Nous avons traversé le jardin du Luxembourg en riant comme deux collégiennes, loupé Soutine et ses toiles mais pas Pouchkine et son célèbre café.
En langage des fleurs, myosotis, la petite fleur bleu de lin, c'est « ne m'oubliez pas »
Crois-tu vraiment, Myosotis, que je pourrais t'oublier après une telle rencontre ? J'ai dans les mains le livre de Bobin que tu m'as offert, et cette lecture vibrante et habitée m'éblouit depuis lors.
Décidément j'aime la vie et ses fondantes surprises...
(à suivre...)

Photos 1 et 3 internet
Photo 2 Célestine

06 novembre 2012

Vacances parisiennes (suite)



Chaque jour de cette semaine parisienne, la pluie annoncée par les costards-cravates de la tv n'a fait que de brèves tentatives pour nous gâcher la promenade, aussitôt remplacée par un soleil généreux bien que jouant à chat avec les nuages. Ah ! la la ! ces journaleux de la météo et leurs sourires niais...toujours en train de nous berner, pires que Madame Soleil.



Ainsi, c'est sous un ciel d'un bleu étourdissant que j'ai découvert Vincennes. Gratuité pour les touristes d'un dimanche de novembre : chic, allons-y !
Styles. Murailles. Mâchicoulis et tourelles. La Sainte Chapelle et ses vitraux offerts à la lumière de l'après-midi.









Puis le Parc Floral , havre ivre de verdure...Au lac, mouettes et bernaches se disputent les quignons de pain que leur jettent les enfants . Match noir et blanc pour une maigre pitance.
Sur un banc, je crois apercevoir Valérie Kaprisky. J'hésite. Finalement, je décide de la laisser dans sa tranquille incognitude.

A deux pas de la Grande Bibliothèque, je découvre un lieu sympa et animé : Bercy Village, un alignement de façades en pierre, toutes semblables, où l'on flâne comme dans un village. Des rails témoignent de l'activité ancienne du lieu, sans doute une usine désaffectée qui a donné des idées à des architectes inventifs (oh le pléonasme!)

Sur l'esplanade de Beaubourg, qui étais-tu, bel et facétieux jongleur, charmant acrobate haranguant la foule en anglais, et rassemblant deux cents personnes en une demi-heure ? Qui étais-tu ? Je n'ai pas retenu ton nom. Mais tu m'as fait rire, et m'envoler avec toi.
Etait-ce la sculpture-buzz de Zidane dans un de ses faits d'armes les moins héroïques, (j'ai nommé son célèbre coup de boule) qui avait attiré tant de monde devant le Musée aux cent tuyaux ?

J'ai préféré quant à moi le Dialogue de Sourds des Alcoolytes à l'Auguste Théâtre, une petite salle de poche chaleureuse comme un tripot clandestin. Je vous recommande non moins chaudement cette troupe de loustics joyeux.

Ou encore, la visite du nouvel espace du Louvre dédié aux arts de l'Islam, avec son toit en forme de tapis volant et ses mosaïques géantes. Un grand bonheur des yeux et du cœur...

(à suivre)

photos Célestine

Vacances parisiennes


Bien décidée à conquérir de nouveaux horizons de Paris, à me laisser bercer par la musique ineffable de la ville enviée du monde, j'ai choisi d'y rester un peu plus longtemps que d'habitude. Pour la laisser me prendre au charme hypnotique de ses lieux et places.

 
Tiens celui du passage de l'Odéon, par exemple, une ruelle méchamment pavée (je dis méchamment pour les chevilles, car j'ai vu devant moi une dame se tordre violemment les pieds) une ruelle donc que je ne connaissais que de nom. De nuit, on pourrait y rencontrer Alphonse Allais ou Sacha Guitry, en tous cas un homme en chapeau noir et long écharpe blanche. Une rue so romantic comme disent outre-Manche ou Atlantique les amoureux du Paris éternel.








Je n'avais jamais poussé la curiosité jusqu'à la Grande Arche.
Elle m'a tendu son piège de béton et de verre et sous la pluie qui faisait scintiller le pavé, paru belle et démesurée. Belle parce que démesurée. En une ébauche, un croquis , un embryon de Manhattan faisant la révérence autour de la grande esplanade, les gratte-ciel de la Défense ne parviennent qu'à lui chatouiller le bas du dos. Au ciel, je veux dire. Mais l'ambiance y est. Avec l'Arche, ils forment un ensemble parfait. La perspective vers les Champs et l'Etoile rétrécit le temps en reliant sur un même axe rectiligne des siècles d'histoire. L'oeil de mon architecte de fils me permet de dissocier la beauté de l'édifice de l'idéologie qu'il représente : le diktat de l'argent, les hommes d'affaires pressés, stressés, les traders qui font et défont des vies d'un clic de leur ordinateur insensible aux drames humains.

Restons légers.
Les grands Boulevards s'apprêtent déjà, comme des coquettes, à jouer de leurs brillances de Noël. Trop tôt, beaucoup trop tôt pour moi. Mais là encore, il faut reconnaître que c'est beau, toutes ces lumières.
Au Printemps, plus on s'élève dans les étages, plus les prix baissent. Je n'avais jamais remarqué cette curieuse équation. Peut-être que dans les combles, il est une soupente où l'on finit par vous donner le manteau que vous avez repéré au premier, découragée par une étiquette à quatre chiffres...Exorbitant ! Saint Martin aurait sûrement hésité, à ce prix-là ...
(à suivre)

photos Célestine

02 novembre 2012

Pensées matinales



Asphodèle relance une nouvelle version des Plumes, sans alphabet mais avec un mot clé déclenchant par association d'idées une liste de mots. Cette semaine, le mot cortège a inspiré la liste suivante:






funèbre – larme – ribambelle – cheminement – fleur – manifester – foule – costumes – rose (couleur ou fleur) – atmosphère – succession – carnaval – piquer – bleuté – attelage – embaumer – ancolie – cérémonie – tête – défiler – abattre – admirable – acclamation.




***

Je regardais mon chat se nettoyer , avec cette admirable succession de gestes étudiés, sa petite langue rose et râpeuse passant méthodiquement sur sa patte pour l'humecter de salive. La cérémonie de la toilette, immuable et sans manifester chez lui la moindre hâte, le moindre agacement, mêlée à la radio qui diffusait en sourdine les dernières informations, firent défiler dans ma tête une ribambelle de sensations .

Le cortège funèbre des pensées absurdes s'empara tout d'abord de moi. Dans une de ces espèces de méditations négatives où tout vous semble soudain idiot et inutile.
Je trouvai qu'au regard de cette sagesse féline, le carnaval des vanités humaines avait quelque chose d'indécent. Qui sommes-nous, au juste?  Une foule de masques hypocrites et de costumes prétentieux, des gens qui font sans cesse semblant, semblant de vivre, de croire, d'aimer et qui se piquent pourtant d'être heureux. Un attelage ridicule. Des êtres pensant tenir le monde au bout de leurs mains, et qui, au final, ne sont que des momies embaumées dans les étroites bandelettes de leurs bassesses ou de leurs ambitions. De faibles moutons ou de petit chefs ivres d'acclamations...

Je laissai rouler une larme amère. Dans ma rêverie, il me sembla voir éclore, à l'endroit même où cette larme avait touché le sol, une fleur, une ancolie, frêle et chargée de symbole. Cette vision me fit réagir. Allons, devais-je interrompre mon cheminement et me laisser abattre par l'atmosphère délétère dans laquelle m'avaient plongée mes pensées?  Je fixai résolument mon regard sur l'horizon bleuté de l'aube. Plutôt que d'être  un mouton, je préférais faire l'autruche et regarder la beauté des choses simples. Le chat s'était installé pour dormir, content de lui.
Je le remerciai en souriant.

28 octobre 2012

L'heure d'hiver a sonné...

Hier, les vacances ont commencé comme ça.
Belle promenade vivifiante d'automne.Couleurs. Odeurs de sous bois et de prairies.






Ce matin, je vois ça en ouvrant mes volets:
L'hiver qui entre sans frapper, comme un sauvage, sur mes vacances à peine entamées.

-Nanméo, la neige, qui t'a permis? Veux-tu bien vite retourner d'où tu viens,
 et attendre sagement ton heure ?





-Mais...mais...c'est l'heure d'hiver, je croyais bien faire, répond la neige.
-C'est pas faux!

photos Célestine

24 octobre 2012

Grandes joies et petits bonheurs



Ce matin, j'ai reçu des nouvelles d'un ami que je n'ai plus vu depuis très longtemps. De bonnes nouvelles.
Je suis partie au travail en chantant. Un papillon s'est posé sur mon épaule. J'ai souri.

***

A midi, dans la cour il faisait 25 degrés. L'air sentait encore le miel comme en été le soir.

***


Cet après-midi, en classe c'était un moment de pur bonheur comme je les aime.
Mes élèves ont découvert Matisse.

Cet instant où chaque enfant est complètement investi dans son travail, au point que les respirations semblent se suspendre. Où je regarde ma ruche qui bourdonne en souriant. J'ai mis le paquet : Mozart en filigrane pour que les sons et les couleurs se répondent, une préparation béton, avec des dizaines de reproductions savamment sélectionnées pour les faire entrer dans l'univers du peintre.
 Je regarde ces enfants peindre, découper, coller, et voir naître de leurs doigts la beauté...et je n'ai rien à dire. Tout coule, tout roule, je roucoule, même Kevin est concentré, c'est pour vous dire!

***
Ce soir, ma fille m'a annoncée qu'elle était prise pour son stage aux USA. Et devinez où? A Harvard, Boston,  Massachussetts!  Oui, vous avez bien lu. HARVARD mesdames messieurs. 
En Amérique.
-Oh bonne mère! mais c'est loin l'Amérique! 
-Eh oui, Escartefigue, à Boston, il y a au moins quarante Canebières! 
-Quarante Canebières...ha ha ha !et on dit que c'est les Marseillais qui exagèrent!

Je galèje, mais c'est pour cacher mon émotion. Je suis comme Jacques: trop fière!


18 octobre 2012

Rendez-vous

Tu marcheras dans le matin poudré de givre, et le soleil naissant fera briller tes yeux. 
Tes doigts auront toute la nuit tracé des vitres et des coeurs de buée brillante pour apaiser tes tam-tams intérieurs .
Tu ne comprendras pas très bien ces sursauts tremblants de ton corps, cet envol de tes pieds sur le chemin,  ces si petites ailes invisibles accrochées à tes chevilles...
Tu ne comprendras pas pourquoi le monde ce matin te semblera aimable et scintillant. 
Pourquoi les blés paraîtront d'or au milieu du mois de novembre.
Mais à quoi bon analyser tes sensations, tes sentiments? 
Tu te laisseras porter par une silencieuse jubilation.
 Bien sûr le doute empoignera tes os, te transira comme une pluie glacée. 
La lente valse hésitation te saisira dans ses bras gourds, et soufflera sa musique fade.  
Bien sûr, tes pieds bégaieront un retour, ralentiront ton pas.
Mais tu penseras à sa lumière. 
Tu imagineras ses yeux. 
La dernière étoile de la nuit jettera sur ta trace une poudre d'airelle et de cumin fleuri pour donner un parfum à ton envie de bonheur éphémère. 
Les arbres se pencheront vers toi pour te pousser de leurs longs bras grisâtres, et toi, tu les verras opalescents.
 Les boutiques auront froid et toi, tu transpireras de ce sentiment flou 
qui te malaxe et qui t'étreint. 
Le monde s'arrêtera, tout entier suspendu à tes lèvres impatientes, à ton ventre palpitant. 
Au fond d'une salle qui vibrera de ta hâte, et résonnera de murmures et de bruits de fourchettes, tu apercevras ton rendez-vous. 
Alors, ton regard aura l' éclat du diamant,  juste pour ces  quelques heures volées à l'absurdité.




A  tous ceux dont le coeur bat en allant à un rendez-vous.

16 octobre 2012

Les enfants sont merveilleux

A la pause de midi, Chloé et Thalie, six ans, discutent sous mes fenêtres. Trop-mi-gnon!

-T'es déjà rentrée dans la salle des maîtres, Chloé?
-Non, on a pas le droit! C'est que pour les maîtresses.

-Moi j'aimerais bien savoir ce qu'il y a dedans...c'est la seule pièce que j'y suis jamais "y allée"dans toute l'école.

-Eh ben moi,  la chambre de mes parents, j'ai pas le droit d'y entrer tu sais pourquoi?
-Non?
-Eh ben parce que mon papa il fait des bisous à ma maman tout nu. Hi hi hi!  I font l'amour en fait, ça s'appelle.
-...ah! ben... Moi mes parents ils sont divorcés, alors...
-Tu crois qu'i font l'amour dans la salle des maîtres?
-Mais non, les maîtres et les maîtresses eh ben, c'est pas des parents quand même!

C'est vrai, quoi, quand même! Ça se saurait si on était des parents! Heureusement, d'ailleurs, j'y pense, parce qu'il s'en passerait de belles dans la salle des maîtres...

14 octobre 2012

Petit matin froid

Petit matin froid d'automne. L'été indien s'escape, comme on dit chez nous. J'arpente mon jardin vivifiant de plantes légères. Elles vont brunissant à vue d'oeil. Le bouleau se couvre d'or dix-huit carats. L'herbe perd son vert ripoliné, dans deux mois elle sera grise. Les ombres hanteront la pelouse glacée, et les moineaux grelotteront dans le vent aigre, la plume hirsute.
L'heure n'est pas encore aux tourments de l'hiver. Mais il fait déjà frisquet, c'est la bande-annonce du programme qui nous attend.  "On se les gèle" dirait mon père. En restant comme  toujours équivoque sur ce que remplace le pronom personnel complément d'objet direct de cette phrase... En attendant, les après-midis nous consolent encore, de leurs tiédeurs d'octobre. "On va le payer" dirait ma mère, toujours suspendue au bras vengeur d'une quelconque et étrange justice immanente...

Je me penche sur un spécimen de joubarbe "sempervivum". Celle qui vit tout le temps. L'éternelle... Elle me tend sa corolle charnue et somptueusement ordonnée. Elle oriente aux rayons du matin sa petite tête frêle, comme si elle était heureuse de projeter la vie hors de ses feuilles, et de m'en éclabousser. Comme si elle possédait une pensée propre.

 Et je sens tressaillir quelque chose au plus profond de moi-même. Une sorte de soupir primal, comme si toute la beauté universelle se retrouvait tout à coup concentrée dans cette simple et parfaite combinaison végétale. Comme si tous les mystères du monde m'étaient apparus furtivement, l'espace d'un clignement de paupières. 
Submergée par l'émotion, je laisse couler d'inexplicables larmes. Il me semble la voir frémir sur sa tige comme un encensoir (Ah non, flûte, c'est déjà pris, cette métaphore...sorry, Charles)
Puis la petite voix de la raison me susurre "Non mais ça va pas, ma vieille, de t'extasier ainsi sur une plante grasse?"
Mais je m'en fous: pour un instant, dans mon jardin, la terre a ralenti, doucement  le temps s'est arrêté, rien que pour moi.
"What else?" comme dirait l'autre.

12 octobre 2012

Jeanne

Je crois qu'il est tombé au bon moment, ce texto. 
Sa douce petite musique a résonné comme une salutaire sonnerie de récréation. 
Il était 22 h 29 et je comatais* entre la télé et mes copies à corriger... Qui dira la solitude du prof devant son tas de copies doubles, le soir au fond des bois?
C'était un texto de Jeanne. Nous nous sommes mises à essemesser* comme des petites fofolles. Echanger des riens, échanger des tout...
Un jour, je lui ai donné mon numéro de portable en semant des indices sur son blog. Et comme elle est malicieuse, elle a trouvé tout de suite ma géniale astuce: les numéros des départements...Un truc que je tiens de ma chère grand-mère...
Soi-disant qu'il y aurait une vie "virtuelle" et une vie réelle! Ce n'est pas vrai: à ce moment précis, Jeanne est bien plus réelle que certaines personnes qui se disent de mes amies et qui ne donnent signe de vie que lorsqu'elles ont besoin de moi... 
 Magie des nouvelles technologies! Je suis en train de papoter avec quelqu'un qui se trouve à...814 km si l'on en croit Sir Google Earth*,  et j'ai l'impression qu'elle est assise à côté de moi sur le canapé. A moins que je ne sois sur le sien...
M'enfin, la vie virtuelle nous ferait trembler, nous ferait palpiter, nous ferait rêver, et ce ne serait pas la vraie vie, ces battements de cœur?

On rit, on s'échange des photos, des applis* de smileys*. On parle de nos points communs: trois enfants dont on est si fières, le même genre de boulot (pompant mais passionnant), nos chats, notre sens de l'humour...Ah! l'humour, ce remède imparable au désespoir!
Et comme une femme peut faire plusieurs choses à la fois, nous tchattons* en même temps,  avec nos filles respectives...
J'essaie juste de ne pas m'emmêler les pinceaux entre les lol* et les mdr*, et de ne pas répondre à Jeanne que je lui ai viré 200 euros pour payer son trimestre de danse. Nos filles sont étudiantes, belles et loin du nid. Trois points communs de plus.

Et on décide d'écrire ce billet à deux mains...Une idée subtile de Jeanne! J'ai hâte de voir comment elle a vécu ce moment de partage... Je trouve qu'elle me ressemble. C'est une fille avec un coeur énorme.
Elle s'appelle Jeanne et on s'est promis qu'un jour on se rencontrerait...


* si vous ne connaissez pas la signification de ces mots, tant pis. Désolée, vous n'aurez pas votre Brevet Informatique et Internet, (B 2 I) appelé aussi bédeuzi. Et donc, bien que vous ayez plus de douze ans, vous redoublerez votre CM2. Na!

06 octobre 2012

Le chaudron


Résultat de recherche d'images pour "mick jagger"Il faisait une chaleur à crever. Nous attendions, Brigitte et moi, depuis des heures, en plein soleil, les lèvres sèches de soif et de fébrilité. Il y avait des fleurs dans nos cheveux et nos jeunes corps vibraient sous la soie indienne.
La file d'attente n'en finissait pas. Mais rien n'aurait pu nous atteindre. Nos quinze ans avaient triomphé de nos parents, de leurs appréhensions, de leurs peurs de la drogue, des garçons, des mauvaises rencontres. Nous avions nos billets « for heaven ».
Nous pénétrâmes enfin dans le chaudron incandescent, le cœur battant. Un incroyable couvercle de fumée âcre flottait au-dessus de la foule en délire. Des substances plus ou moins licites qui piquaient les yeux et enrobaient nos pensées d'un voile flou. Enfin, quand je dis nos pensées...le peu de raison qui nous restait s'avanouit dans la rumeur sourde de ce creuset infernal.
La tension était palpable. La scène restait désespérément vide. Les énormes enceintes grésillaient dans l'attente. Des filles se pâmaient au premier rang, étourdies de leur douce folie et de longues heures de jeûne forcé.
Une brume artificielle tenace et opaque avait investi les moindres interstices de l'espace. Brigitte se ferait sûrement une élongation des mollets à force de se hisser sur la pointe des pieds. Moi, j'appréciai pour la première fois mon mètre soixante-quinze qui me permettait d'apercevoir les projecteurs sous lesquels Il ne tarderait plus à apparaître.
Les sifflets se firent plus stridents, la rumeur enfla, un tremblement agita les gradins derrière nous. Des milliers de pieds frappaient le sol en cadence comme des marteaux-pilons. L'air s'emplit d'adrénaline.
Et soudain, au paroxysme de la surexcitation, les premières notes de guitare s'élevèrent...
Il apparut, mythique, dans son halo de brouillard qui le nimbait d'une sorte de divine aura.
Ce fut la seule fois où je vis Mick Jagger.

03 octobre 2012

Après la tempête


Sur la grève.
 Enluminée, envahie, investie par les cris des mouettes blafardes, elle marche en respirant la mer.
Il y a juste elle. Et la mer.
L'automne a éclairci le sable,  les couleurs vives de l'été, les matelas, les parasols rouges  verts bleus jaunes, sont remisés pour la morte saison. C'est le temps des grisailles fades, où les embruns reprennent leurs droits, piquants, salés, et froids. Le temps est unichrome.
Elle marche droit devant, la plage imprimant à son corps un rythme ondulant, elle se sent échassier, elle se sent  mammifère marin échoué, coquillage, araignée. Elle est cette algue mauve et verte, elle est ce rocher apaisant mais furieux sur lequel gronde l'eau. Elle est la ligne imperceptible entre l'onde et le ciel.
Elle ramasse un couteau, une praire qu'elle glisse à son oreille. Elle a toujours ses gestes d'enfant, des rires perlés, des cheveux rebelles qui lui fouettent les joues.  Elle grandira plus tard.
Là, pour l'heure, elle médite, seule et calme et lumineuse.
Elle sait qu'elle ne sait rien, elle est sûre de n'être sûre de rien. Tout ce qu'elle voit, c'est sa vie se dérouler, éphémère, interrogative, mystérieuse.
Elle connaît les fêlures, les plaintes, les défis, les prudences, les envies, les descentes, les traits, les désirs, les sommets, les révoltes, cette pâte à modeler des jours qui se ressemblent, et d'autres uniques et précieux comme l’Elixir.
Elle a appris à apprivoiser ces sautes d'humeur du destin.
Elle a appris à faire fondre lentement sur sa langue les instants de bonheur  comme des berlingots.
Elle sait qu'il ne faut rien attendre, juste cueillir, ouvrir les bras, donner, aimer.

L'air fraîchit. Le soleil s'effondre sans un bruit.
Elle sait que l'eau effacera la trace de ses pas. Elle sait que ses os deviendront un jour ce sable, que son corps mugira son dernier cri dans l'hiver sidéral.
Après tout, elle préfère en sourire:
Il fait bon, il fait bleu. Il fait or.
Tout baigne.