La
voix synthétique, sépulchrale, résonna dans les haut-parleurs à
propagation d’ondes tribenniales. Les visiteurs rechargèrent leurs
cartouches d’oxygène artificiel saturé aux distributeurs automatiques à
l’entrée. Il régnait une atmosphère délétère dans cette partie du grand
Mémorium Galaxial. Seuls quelques privilégiés parmi les Citiziens
avaient été autorisés à voir les salles interdites, et pour un temps
très court. On était en 3012. Ensuite, le muséum fermerait ses portes
car seul le Grand Ultime avait le droit d’y accéder.
Un
murmure frissonnant parcourut l’assistance. Ces temps immémoriaux
semblaient complètement irréalistes aux Citiziens. Les mots eux-mêmes
appartenaient à un passé oublié. Au fur et à mesure que la Voix
décrivait les mœurs cette époque troublée et triviale, le dégoût
devenait palpable.
« L’élément
central du tableau représente une rose, appartenant à une catégorie
d’objets oubliés de nos jours. Ces objets dits « naturels » s’appelaient
des fleurs. Les objets naturels dans leur ensemble ont disparu à la fin
du 21° siècle, avec la découverte des matières tribenniales et
extra-synthéticoïdes que nous connaissons aujourd’hui, et surtout
l’invention des organismes de substitution plurimétabiologiques … »
Les
visiteurs se regardèrent hébétés, abasourdis, cependant que la Voix
continuait son monologue ahurissant. Il était impensable d’imaginer des
êtres obligés de se nourrir d’organismes vivants pour vivre, de se
reproduire, de se battre pour des territoires. Seuls les rats et les
fourmis avaient continué à suivre ces schémas ancestraux, mais cela
avait causé leur disparition. Certains mots restaient parfaitement
incompréhensibles : "démocratie, vote, lutte des classes, capitalisme, socialisme..."
Le
Grand Ultime avait tout prévu. La vie était linéaire. Douce et sans
faille. Sans rides. Sans luttes. Jusqu’au jour du Grand Convoi Programmé
, où l’on devait partir pour une planète sans oxygène. Chaque jour les
ordinateurs calculaient le nombre exact de naissances, et de là, celui
des Citiziens en partance. Le nombre idéal de Citiziens avait été fixé
pour toujours à 25 milliards. Ils acceptaient la règle.
Ils sortirent du Mémorium et passèrent dans une Salle de Réajustement, afin de se faire laver le cerveau. Les Soleils brillaient. Tout était Bien.
Pour le défi du samedi n° 170
Edit de 15 h 00: Le "Grand Ultime" m'a certainement punie de mon audace: mon blog est en plein bug! Les paramètres deviennent incontrôlables! Pitié, prenez patience et persévérez pour poster vos commentaires, malgré cette tempête solaire...




L'accordéon... J'aime ce tourbillon de la mélopée un peu triste-amère et à la fois joyeuse de la boîte à frissons, plongeant profondément dans les souvenirs enfouis, dans notre inconscient collectif empli de musique lentes, de mélancoliques bals-musette du quatorze juillet, de premiers émois adolescents, l'odeur des bals populaires, un mélange de sueur, de frites et de joie forcée, de femmes tournant ensemble et de pétards dérisoires fêtant la liberté...

