A FD et Aux Petits Bonheurs
Je viens de lire le billet de FD et le commentaire des petits Bonheurs sur mon dernier billet, j'ai senti mes poings se serrer presque aussi fort que ma gorge.
Résumons la situation. On ne sait pourquoi, "on" a décidé en haut lieu d'attaquer l'Education Nationale, non pas au rasoir pour un petit défrichage de printemps, non pas au marteau et au burin pour un ravalement de façade, mais au bulldozer pour une destruction en règle et définitive.
Qui est ce "on" ? Nul ne le sait vraiment. Les politiques, au premier chef, bien sûr, mais en sous-main, des forces occultes, des intérêts privés, des lobbies...Des gens, en tous cas, qui ont intérêt à ce que le peuple ne soit plus instruit correctement. Et par la même occasion, des gens qui craignent terriblement cette race perfide et à abattre que l'on appelle "les profs", les intellos qui réfléchissent et manipulent les élèves, et leur apprennent à penser et à avoir l'esprit critique. Lors, tout devient clair: il faut récupérer l'enseignement à des fins mercantiles et remplacer peu à peu les profs par des logiciels ou des vacataires qui seront aux ordres et feront tout pour obtenir un cdd.Et supprimer des programmes la philo, l'histoire, l'art, et peu à peu tout ce qui peut rendre intelligent.
Toujours est-il que depuis quelques années, nous subissons ces coups de boutoir, ces coups de casserole en fonte sur la tête qui nous sonnent , et nous continuons à aller au travail tous les matins, en nous disant avec un peu de culpabilité que c'est déjà super d'avoir un travail...Mais est-ce une raison pour tout accepter, et pour regarder se déliter l'école sans rien faire?
Pourtant, je me répète , c'est le plus beau métier du monde...Mais que c'est difficile!
"On" dresse les gens les uns contre les autres, les agrégés contre les certifiés, les pions contre les profs, les profs contre les bibliothécaires, les jeunes contre les vieux, les mères de trois enfants contre les célibataires, les instituteurs contre les profs d'école, les EVS contre les animateurs...pour diviser, pour mieux régner, on multiplie les primes individuelles de façon à ce que plus personne ne touche le même salaire, on ferme des dizaines de milliers de postes, on supprime des structures importantes, des aides, des dispositifs, on introduit le vocabulaire de l'entreprise dans l'école.
Résultat, rentabilité, performance, efficience, pilotage...Les enseignants sont suspectés, dépouillés de leur autorité, mis en examen, condamnés, pilonnés, harcelés, découragés, abattus , déprimés. Il y en a même qui se suicident. La seule question qui vient aux lèvres est "Pourquoi?"
Pourquoi anéantir ce potentiel d'énergie merveilleux? pourquoi ne pas utiliser ce formidable creuset de connaissances, d'enthousiasme, de réflexion en le valorisant? Pourquoi faire payer à la grande majorité des profs, consciencieux, motivés, et cherchant constamment à bien faire, l'incapacité et le je m'en foutisme de quelques uns ? Sans compter qu'on trouve pas mal d'incapables parmi les décideurs, beaucoup plus que sur le terrain...
Par ailleurs, un des piliers d'une économie productive bien menée repose sur le bien-être des ouvriers: tous les japonais savent ça.Un ouvrier heureux est bien plus productif.
Ainsi, "on" voudrait nous passer au laminoir de l'entreprise, et on n'est même pas foutus d'être à la pointe du progrès en matière de ressources humaines. Humilier et dénigrer la main d'œuvre, voila qui fleure bon son dix-neuvième siècle esclavagiste.
En vérité, je vous le dis, les profs sont en train de crever à petit feu, et les jeunes hésitent à s'engager, après cinq ans d'études, pour 42 ans de bons et loyaux services, pour une administration qui n' a que faire de leurs états d'âme. Un enfer très bien décrit par FD , les yeux cernés des profs, la tension palpable, la démotivation, la rage impuissante de voir des gosses sacrifiés par défaut de structure adaptée, les classes surchargées, les établissements mal entretenus pour ne pas dire vétustes, les vacances remises en cause régulièrement, parce que ces cochons de profs sont tous des fainéants et des nantis. Ah, j'oubliais: des incapables aussi, puisque de tous les échecs, de toutes les erreurs, de toutes les errances de notre société, la responsabilité leur incombe.
Pourtant autour de moi, et notamment depuis que je fréquente les blogs, je rencontre des enseignants formidables. Petit Belge, porté par l'amour de son pays, les "anciennes" qui se sont tirées au bon moment doit-on leur dire régulièrement (Marie Madeleine, Catherine, Mammilou, ) FD, Zenondelle, Epistyle, Berthoise, Adrienne, ce sont des gens fins, qui manient bien le verbe, qui réfléchissent, des artistes sensibles, des âmes fortes, des personnalités. De l'or pour les enfants, nos enfants. Pardon si j'en oublie, la blogosphère est remplie de profs, et c'est logique: l'amour des mots est leur fonds de commerce...
J'aime à penser que rien n'est perdu. Mais mon optimisme ne me fait pas oublier que d'autres vivent les choses de manière beaucoup plus cruciale. Les zones sensibles des banlieues, où la violence est le seul mode de communication, les classes uniques au fin fond de campagnes déshéritées, les écoles où les collègues ne se soutiennent pas , se tirent dans les pattes, se crêpent le chignon, les quartiers où les parents vous prennent pour des larbins et vous toisent d'un air méprisant. Les débuts de carrière angoissants, avec un triple niveau, des enfants à problèmes, un manque de moyen, loin de sa famille, seul en face de ses cahiers, dans la poussière âcre de la craie, le soir...
Et pourtant je suis comme FD: je n'ai pas envie de faire un autre métier. Est-ce pour cela qu'on n'a pas le droit de se plaindre? Courage, dans une semaine, on pourra souffler.Et préparer, qui sait d'autres lendemains qui chantent plus qu'ils ne pleurent...
Edit du 21/02 à 9 h 30
Adrienne et Catherine: j'ai corrigé mon erreur et mon oubli!
Edit du 21/02 à 9 h 30
Adrienne et Catherine: j'ai corrigé mon erreur et mon oubli!












