20 février 2011

Y croire encore

 A FD et Aux Petits Bonheurs


Je viens de lire le billet de FD  et le commentaire des petits Bonheurs sur mon dernier billet, j'ai senti mes poings se serrer presque aussi fort que ma gorge.

Résumons la situation. On ne sait pourquoi, "on" a décidé en haut lieu d'attaquer l'Education Nationale, non pas au rasoir pour un petit défrichage de printemps, non pas au marteau et au burin pour un ravalement de façade, mais au bulldozer pour une destruction en règle et définitive.

Qui est ce "on" ? Nul ne le sait vraiment. Les politiques, au premier chef, bien sûr,  mais en sous-main, des forces occultes, des intérêts privés, des lobbies...Des gens, en tous cas, qui ont intérêt  à ce que le peuple ne soit plus instruit correctement. Et par la même occasion, des gens qui craignent terriblement cette race perfide et à abattre que l'on appelle "les profs", les intellos qui réfléchissent et manipulent les élèves, et leur apprennent à penser et à avoir l'esprit critique. Lors, tout devient clair: il faut récupérer l'enseignement à des fins mercantiles et remplacer peu à peu les profs par des logiciels ou des vacataires qui seront aux ordres et feront tout pour obtenir un cdd.Et supprimer des programmes la philo, l'histoire, l'art,  et peu à peu tout ce qui peut rendre intelligent.

Toujours est-il que  depuis quelques années, nous subissons ces coups de boutoir, ces coups de casserole en fonte sur la tête qui nous sonnent , et nous continuons à aller au travail tous les matins, en nous disant avec un peu de culpabilité que c'est déjà super d'avoir un travail...Mais est-ce une raison pour tout accepter, et pour regarder se déliter l'école sans rien faire?
Pourtant, je me répète , c'est le plus beau métier du monde...Mais que c'est difficile! 
"On" dresse les gens les uns contre les autres, les agrégés contre les certifiés, les pions contre les profs, les profs contre les bibliothécaires, les jeunes contre les vieux, les mères de trois enfants contre les célibataires, les instituteurs contre les profs d'école, les EVS contre les  animateurs...pour diviser, pour mieux régner,  on multiplie les primes individuelles de façon à ce que plus personne ne touche le même salaire, on ferme des  dizaines de milliers de postes, on supprime des structures importantes, des aides, des dispositifs, on introduit le vocabulaire de l'entreprise dans l'école.
Résultat, rentabilité, performance, efficience, pilotage...Les enseignants sont suspectés, dépouillés de leur autorité, mis en examen, condamnés, pilonnés, harcelés, découragés, abattus , déprimés. Il y en a même qui se suicident. La seule question  qui  vient aux lèvres est "Pourquoi?"

Pourquoi  anéantir ce potentiel d'énergie merveilleux? pourquoi ne pas utiliser ce formidable creuset de connaissances, d'enthousiasme, de réflexion en le valorisant? Pourquoi faire payer à la grande majorité des profs, consciencieux, motivés, et cherchant constamment à bien faire,  l'incapacité et le je m'en foutisme de quelques uns ? Sans compter qu'on trouve pas mal d'incapables parmi les décideurs, beaucoup plus que sur le terrain...
Par ailleurs,  un des piliers d'une économie productive bien menée repose sur le bien-être des ouvriers: tous les japonais savent ça.Un ouvrier heureux est bien plus productif.
Ainsi, "on" voudrait  nous passer au laminoir de l'entreprise, et on n'est même pas foutus d'être à la pointe du progrès en matière de ressources humaines. Humilier et dénigrer la main d'œuvre, voila qui fleure bon son dix-neuvième siècle esclavagiste.

En vérité, je vous le dis, les profs sont en train de crever à petit feu, et  les jeunes hésitent à s'engager, après cinq ans d'études, pour 42 ans de bons et loyaux services, pour une administration qui n' a que faire de leurs états d'âme. Un enfer très bien décrit par FD , les yeux cernés des profs, la tension palpable, la démotivation, la rage impuissante de voir des gosses sacrifiés par défaut de structure adaptée, les classes surchargées, les établissements mal entretenus pour ne pas dire vétustes, les vacances remises en cause régulièrement,  parce que ces cochons de profs sont tous des fainéants et des nantis. Ah,  j'oubliais: des incapables aussi, puisque de tous les échecs, de toutes les erreurs, de toutes les errances de notre société, la responsabilité leur incombe.

Pourtant autour de moi, et notamment depuis que je fréquente les blogs, je rencontre des enseignants formidables. Petit Belge, porté par l'amour de son pays,  les "anciennes" qui se sont tirées au bon moment doit-on leur dire régulièrement (Marie Madeleine, Catherine, Mammilou, ) FD, Zenondelle, Epistyle, Berthoise, Adrienne, ce sont des gens fins, qui manient bien le verbe, qui réfléchissent, des artistes sensibles, des âmes fortes, des personnalités. De l'or pour les enfants, nos enfants. Pardon si j'en oublie, la blogosphère est remplie de profs, et c'est logique: l'amour des mots est leur fonds de commerce...

J'aime à penser que rien n'est perdu. Mais mon optimisme ne me fait pas oublier que d'autres vivent les choses de manière beaucoup plus cruciale. Les zones sensibles des banlieues,  où la violence est le seul mode de communication, les classes uniques au fin fond de campagnes déshéritées, les écoles où les collègues ne se soutiennent pas , se tirent dans les pattes, se crêpent le chignon, les quartiers où les parents vous prennent pour des larbins et vous toisent d'un air méprisant. Les débuts de carrière angoissants, avec un triple niveau, des enfants à problèmes, un manque de moyen, loin de sa famille, seul en face de ses cahiers, dans la poussière âcre de la craie, le soir...

Et pourtant je suis comme FD: je n'ai pas envie de faire un autre métier. Est-ce pour cela qu'on n'a pas le droit de se plaindre? Courage, dans une semaine, on pourra souffler.Et préparer, qui sait d'autres lendemains qui chantent plus qu'ils ne pleurent...

Edit du 21/02 à 9 h 30
Adrienne et Catherine: j'ai corrigé mon erreur et mon oubli!

17 février 2011

Des gens précieux

Dans le magma informe et quotidien des mauvaises nouvelles, de la sinistrose, des déprimantes petites phrases des matins blêmes, des faces de carême des grincheux, des mécontents, des bilieux, des teigneux,  émergent parfois des capsules de positivité qui transfigurent le quotidien. Des gens souriants, dévoués, gentils, reconnaissants. Des gens précieux. Des pépites ténues mais étincelantes que l'on collectionne comme autant d'objets rares.
Elle est de ceux là, Véronique. Une merveilleuse petite femme pleine d'énergie et de bonheur. Une tendresse, un cœur gros comme ça.
Dévouée ? ce n'est rien de le dire! Toujours prête, comme un boyscout, ne reculant devant aucune montagne, bravant les épreuves avec un indéfectible sourire. Des yeux pétillants et malicieux.
Véronique, c'est une maman d'élèves comme on n'en fait plus beaucoup. Respectueuse, admirative du travail des instituteurs, elle défend le service public, elle propose toujours les siens, de services, ne râle jamais, s'investit,fait des gâteaux, accompagne les sorties,  écoute, s'intéresse,  en souriant tout le temps.
Ses enfants sont des soleils qui éclairent les  classes où ils passent: bien élevés, polis, gentils, travailleurs,  motivés, toujours contents, toujours constants, appliqués, à l'image de leurs parents. Des modèles.
Elle s'ingénie, Véronique, à les rendre curieux de tout, esthètes, les emmenant de musée en château, d'exposition en village médiéval, avec un sens de l'humour très fin, et des qualités humaines exceptionnelles. Toujours prêts à donner leur chemise, un esprit sportif impeccable, beaucoup de respect...et surtout une philosophie de vie magnifique: "on a peu mais on est heureux, et ça vaut tout l'or du monde".Elle n'est pas ministre, ni avocate, ni pédégé, non, elle n'est pas blindée de tunes. Elle est mère au foyer, Véronique. Mais l'associatif et le bénévolat tiennent une grande place dans sa vie, c'est dire si elle est chouette! A l'heure du bilan de ma carrière, dans quelques années, elle tiendra assurément une place de choix.
Quand la troupe des parents attend, serrés et pressés sous leurs parapluie, la mine renfrognée, la sortie des élèves, je regarde Véronique et soudain il fait beau.

14 février 2011

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Alors, pourquoi le 14 février?       ♥                                          ♥                                      ♥
Pour les gens qui sèment, la Saint Valentin, c'est tous les jours...
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08 février 2011

Deux ans


Rien n'a changé en apparence. Quelques demi-millimètres de bourgeons ne vont pas bouleverser l'ordre du monde. 
Et pourtant rien n'est comme hier, un frémissement délicieux m'a prise au fond du ventre en respirant, ce matin, l'air qui entrait dans ma chambre et dans ma tête.
Une envie de chanter (bon là c'est une figure de style car je suis aphone) une envie de sauter en l'air comme un cabri.
Et déjà deux ans que j'écris ce blog, avec vous tous, mes amis, avec qui je partage tant de points communs, de découvertes, de réflexions, et dont certains ont déjà passé le pas de la virtualité pour devenir de chair et de tendresse..
Le printemps s'annonce , le Titipu se remet à chanter. La vie tourbillonne et je l'aime de plus en plus.

02 février 2011

Confiance

Je me suis souvent demandé, lors de ces rêveries intellectuelles dont les jeunes filles ont le secret, lorsqu'elles ne pensent pas aux garçons ou à quelque autre sujet faisant rosir les joues , quel était le plus joli mot de la langue française. Je n'ai jamais réussi à répondre à cette question, comme il m'a toujours été malaisé de dire ma couleur préférée, ou mon auteur favori. Comment choisir quand le monde entier est à vos pieds, prêt à être recueilli au creux des mains comme l'eau d'une source ? Pourtant l'un d'eux mériterait une place toute particulière au panthéon des mots. Il s'agit de "confiance".
Quel joli mot que la confiance! Un mot-écrin, un mot bijou. Un mot brillant, chatoyant, plussoyant. Prononcez-le et aussitôt vous sentez un frôlement comme celui d'une plume d'ange  qui vous effleure en silence.  Un frémissement, une vibration au plus intime, nous emporte dans un étourdissement de valse lente. Confiance! on se laisse tomber en arrière, les yeux mi-clos, dans un ravissement proche de l'extase, en sachant, oui, sans raison, en étant persuadé que des bras forts et tendres vont rattraper au vol ce corps alangui, abandonné.
La confiance déjoue toutes les règles scientifiques, en établissant des liens parfaitement inexplicables, irrationnels pour tout dire.
Par exemple, je me demande encore souvent comment de parfaits étrangers, que je ne connais  que si mal au final, et le plus souvent  ni d' Ève ni d'Adam, m'accordent ce blanc-seing qui m'honore et m'étonne à la fois. Ce qui, dans mon visage, ou mes yeux, ou un je ne sais quoi dans le son de ma voix, ou peut-être les trois à la fois, les incite à me raconter des choses de l'ordre de l'intime absolu, comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Cela m'arrive si souvent, de recevoir des confidences, et j'ai tant appris à écouter et à écouter encore, que cela fait partie de moi, et que sans doute , par un cercle vertueux parfaitement logique, la confiance appelle la confiance.Et je recueille tous ces secrets comme des objets précieux sur lesquels on me demande de veiller. Embarrassée, parfois, mais étourdie le plus souvent. 
Dans le même temps, par une contradiction singulière, je n'ai guère confiance en la valeur de mes propres révélations intérieures, et j'ai toujours l'impression que mes secrets n'intéressent personne. D'où peut-être ce goût immodéré pour l'écriture, grâce auquel,  depuis l'âge de quinze ans, dans la solitude de l'écrivain, j'épanche sur le papier , peu à peu, le tréfonds de moi-même en espérant secrètement être lue.

26 janvier 2011

Zone de turbulences et avis de grand frais

Ah la météo de l'âme! Elle en  fait couler de l'encre! Autant que l'autre, la "vraie"... Une météo avec son vocabulaire si étrangement semblable...Tempête, tornade, ouragan, mais aussi dépression, nuages noirs, petite bise aigre, zone de turbulences et avis de grand frais.
 Heureusement, chère Comtesse de Ségur! Après la pluie  le beau temps...
Me voilà donc sortie de cette mauvaise configuration atmosphérique. Le cockpit un peu secoué par les cisaillements du quotidien et de la méchanceté ordinaire. Mais vivante et plus forte que jamais. 
Au boulot, il faut tenir le cap, pas toujours facile dans les conditions actuelles de déliquescence de notre Education Nationale. Recevoir des parents d'élèves hargneux et pleins d'a-priori contre l'école, prêts à défendre leur progéniture contre vents et marées. Une progéniture de plus en plus déstructurée, sans repères, sans limites, et pas du tout disposés à entendre émettre une quelconque émanation de quelque autorité que ce soit.
"Main de fer dans gant de velours", la formule  a pourtant fait ses preuves, mais même avec le sourire, même en enrobant ses propos du miel de mille précautions, qu'il est difficile de faire entendre à raison à celui qui ne veut pas entendre...et qui n'est venu que pour "casser du fonctionnaire".
Semaine d'Evaluations Nationales...Ah! la douce musique des 1, 9, 9, 1, 0, 1, 1, codages abscons s'il en est (les connaisseurs savent de quoi je parle) où le 1 est la bonne note et le 9 la mauvaise...Cent codes par enfant, multipliés par 30 égale 3000 chiffres alignés dans des tableaux, censé donner une "photographie" du niveau des élèves. Que de temps mal employé, pendant lequel on aurait pu étudier une page  du dernier livre de Frank Prévot "Rien à voir", apprendre "Y'a d'la joie" de Charles Trenet,  distinguer les strato-cumulus des cumulo-nimbus, réciter "le Cancre" de Prévert  et comprendre enfin pourquoi zéro n'est pas le plus petit nombre qui existe...Mais il faut du chiffre, des résultats, ô la culture du résultat! La mise en équation de nos chères têtes blondes...Alors que dans le même temps, on se récrie contre les notes à l'école. Comme si les pourcentages n'étaient pas des notes...Quelle hypocrisie!
L'acharnement méthodique pour ne pas dire chirurgical avec lequel l'oligarchie dirigeante s'applique à mettre à terre l'Ecole Publique est de plus en plus lourd à supporter. Entendre le ministre parler d' "entreprise" au sujet de l'école, de primes au mérite pour les recteurs et les proviseurs (pour leurs bons et loyaux services , c'est à dire le nombre de postes supprimés, d'économies substantielles réalisées sur le dos des élèves et des professeurs) voir presser, presser toujours plus le citron des personnels,  pousser les profs à la faute, au découragement, au désespoir, au suicide ,  leur fermer la bouche, les diviser en créant des situations de plus en plus individualisées, voilà des épines bien acérées dans le cœur d'une institutrice attachée à des valeurs surannées  comme la solidarité, la laïcité, le Service Public...
La phrase mise en exergue dans mon profil n'a jamais été autant d'actualité. Je suis dépitée. Je crois que durant ces quelques jours, je suis devenue une instituTRISTE... Triste , très triste de devoir se battre contre l'inhumanité des services académiques qui retirent froidement des journées de paie , par erreur, à des collègues en difficulté, et refusent de reconnaître leur faute, triste de devoir rappeler quotidiennement aux collectivités locales que les murs, les fenêtres, le toit, les sanitaires , bref, l'état général d'une école de 40 ans demande un peu de soin, de rénovation, de considération, et en retour?  L'indifférence des décideurs, la négligence des services concernés, qui laissent des enfants travailler depuis des mois dans des classes où il fait à peine 15 degrés, où le vent s'engouffre dans des interstices de fenêtres de plus en plus inquiétants, avec de lugubres plaintes de château écossais. Ce pourait être romantique si ce n'était pas surtout pitoyable. Pas un jour sans une fuite de radiateur, un court-circuit électrique, un verrou coincé, un mécanisme grippé, une peinture en lambeaux, un wc bouché,  pendant que nos élus se pavanent dans des bureaux climatisés, des locaux flambant neufs et posent leur  cul sur des fauteuils de cuir...Certains petits événements de la semaine en seraient presque comiques. Comme ce collège privé qui demande effrontément aux écoles de la ville d'imprimer et d'afficher leur publicité pour leur "journée portes ouvertes" . N'importe quoi. Inconscience ou perversité? Toujours est-il que les réponses (unanimes) des collègues à cette ineptie me prouvent que même agonisante, l'école publique n'est pas encore morte. Elle a même du punch. J'ai saisi cette embellie comme une planche de salut...Sur fond de révolution tunisienne, la moindre étincelle est un espoir à saisir.
Oui, il faut bien admettre que mon enthousiasme naturel, mon optimisme légendaire, toujours là  en temps normal, ont cédé la place momentanément à un certain ras-le-bol. Mais c'est comme au poker, je vais me refaire! Je sens que je vais déjà mieux...

photo empruntée à ce blog

17 janvier 2011

Attendre

 Petit éloge des préliminaires...

  Alain X nous a écrit un beau billet sur  l'attente. Certes, il faut jouir de l'instant présent , le Carpe Diem, le "Hic et Nunc" sont à la mode. Pourtant c'est vrai que beaucoup d'entre nous passent leur vie à attendre, à languir, à avoir hâte...et ne se rendent pas compte que ce qui fait la Vie, ce n'est pas ce qui est au bout du chemin, mais le chemin lui-même.
Certes, certains instants présents sont durs à avaler, certaines épreuves pénibles, et personne ne songerait à se délecter de séance chez le dentiste, ou de vivre un deuil.
Quand les temps sont durs, il est doux d'espérer en des lendemains qui chantent.
Bien sûr, on aimerait que les enfants ne grandissent pas trop vite, qu'ils ne prononcent pas toujours ces phrases-aiguilles qui nous piquent le cœur: " Vivement les vacances!" , "Quand je serai grand"  , "Quand j'aurai dix-huit ans" , " je languis mon nouvel Ipod"  , "c'est quand Noël? ", "J'ai hâte d'être sur mes skis!" ...Sales gosses! Toujours pressés, jamais contents...Et le pire, c'est  que si on les appelle,  ils  répondent invariablement "Attends!"

On se dit, à juste titre, que les moments où l'on n'attend rien sont des moments de pur bonheur, d'équilibre parfait, où l'on ne regarde ni en arrière , ni en avant...
Mais pourquoi semblent-ils si rares, ces instants merveilleux? Peut-être parce que notre nature profonde fait de nous des êtres toujours en mouvement, toujours en questionnement, peut-être parce qu'attendre fait partie de notre souffle originel. Attendre , c'est être vivant, c'est se dire qu'il y aura un après, à Saint Germain des Prés, un demain,  un ailleurs, c'est se situer dans la ronde folle du temps en ayant l'impression d'en tenir un petit peu  les rênes. De maîtriser notre destin.
Attendre, c'est s'habiller le cœur, comme le renard l'apprend au Petit Prince. C'est l'attente qui fait monter le désir, c'est l'attente du repas longuement mijoté qui en fait la saveur,  c'est l'attente qui prépare à être mère durant neuf longs mois. Certains gestes essentiels de la vie ont besoin de temps.
Attendre du plaisir, c'est déjà du plaisir. 
Mais gardons nous de passer à côté de l'essentiel , et de prendre la proie pour l'ombre en courant après des chimères.
Merci cher AlainX de nous le rappeler.

Photo internet

13 janvier 2011

Le monde se partage en deux catégories...

Connaissez-vous la cultissime réplique du film non moins cultissime "Le Bon, la Brute et le Truand"
"Le monde se partage en deux catégories: ceux qui ont un pistolet, et ceux qui creusent"?
Pour la paraphraser, je dirais volontiers que le monde des blogs  se partage en deux catégories: ceux qui lisent les commentaires des autres avant d'écrire le leur, et ceux qui postent d'abord et qui regardent ensuite.
J'avoue que les deux positions se défendent. Les premiers ne veulent pas donner l'impression qu'ils ont bêtement copié l'opinion des autres, et dans un souci bien légitime de ne pas lasser le lecteur, ils essaient alors d'être originaux, d'utiliser d'autres mots, d'appuyer sur un autre point du billet, de donner un éclairage nouveau. Ceux-là font partie des prudents qui ne sauraient aller voir un film ou lire un livre sans avoir visionné la bande-annonce ou lu moult critiques.
Les seconds écrivent d'abord, sans considérations pointilleuses de sémantique ou de vocabulaire, exprimant naturellement  leur ressenti, et trouvent ensuite très divertissant de regarder ce que les autres ont écrit, constatant parfois des convergences de vue et d'expression extraordinaires, ou au contraire des divergences inattendues. Ils préfèreront ne rien savoir d'un film ou d'un livre et ne craindront pas de  s'en faire une idée personnelle.
J'avoue qu'entre les deux mon coeur balance. Et vous, de quel côté du pistolet êtes-vous?

08 janvier 2011

"Tout passe..."

Il y avait eu le temps sublime de la Rencontre. Un temps d'oiseaux et de fleurs. Un temps de miel. Tout était neuf, tout était possible, on s'émerveillait l'une de l'autre, on aurait dit l'aube du monde. 
Il y avait eu cette apprivoisement progressif, comme dans une histoire d'amour. D'ailleurs, cette connivence, ce goût d'être ensemble, ce partage de tant de folies, d'éclats de rire, de découvertes, ressemblaient beaucoup à une histoire d'amour. Elle, et l'Autre.  Comment, par quel miracle , par quel lien obscur et lumineux, se pouvait-il qu'elles fussent à la fois si semblables et si différentes? Pourtant cela fonctionnait malgré les réticences de certains , toujours enclins à penser à votre place, à vouloir malgré vous votre bonheur. 
Elle n'avait jamais cédé aux mises en garde, elle aimait cette Autre tout simplement, comme Montaigne aimait La Boétie. Parce que c'était ainsi.
Il y avait eu le temps des premiers nuages, des brouilles passagères auxquelles Elle n'accordait pas plus d'importance que ça, persuadée de la constance forcément éternelle de ce genre d'indéfectible relation. Son cœur tout mou en sortait bien un peu égratigné, à chaque fois, mais l'Autre revenait, et d'une fleur, d'une parole,  effaçait les malentendus. N'était-ce pas le plus important? Elles reprenaient le fil,  comme on rattrape, d'une aiguille experte, quelques mailles perdues dans un tricot.
Il y avait eu , enfin, le temps de la Rupture, un orage plus fort et plus implacable que les autres et qui avait tout raviné sur son passage. Il fallait maintenant qu'Elle apprenne à vivre sans son Autre. Cette Autre qui avait pris le risque de la perdre, une fois de plus. Une fois de trop.
Il fallait qu' Elle l'oublie. Qu' Elle apprenne à rencontrer l'Autre par hasard au détour d'une rue, et à n'être plus rien pour elle qu'une vague relation que l'on salue, que l'on embrasse  machinalement avant de tourner les talons en vous plantant là, hagarde et désemparée, le cœur ravagé une fois de plus. Une fois de trop. Il fallait du temps pour qu 'Elle s'habitue.
Elle aurait dû prêter plus d'attention à une phrase que l'Autre disait souvent. "Tout passe..."
C'était une phrase assassine. Naïvement, Elle n'aurait jamais pensé que ces deux petits mots s'appliqueraient un jour à leur histoire.

03 janvier 2011

On en rêvait, Sven l'a fait

Mon homme du jour s'appelle Sven Svebak . Bon d'accord, il a un nom à coucher dehors,  et par les temps qui courent ce n'est pas une sinécure...Alors c'est qui ce Sven Tructruc? Mais c'est un chercheur, mazette! Un chercheur norvégien. Il a très sérieusement cherché l'influence du rire sur la longévité. Et il a trou-vé. Si, si, c'est officiel. Le sens de l'humour  augmente l'espérance de vie de 20%,  prolonge la vie de sept années. Sept années, mesdames messieurs, c'est énorme! Et même pas besoin de rire à gorge déployée: un pétillement dans le regard suffit...
Voilà une petite nouvelle bien anodine, perdue dans le fatras des sinistres annonces coutumières. Mais elle a attiré mon oreille, comme par hasard. Et elle m'a mise en joie.  Je le savais, j'en étais sûre, mais une caution scientifique, ça a de la gueule dans les soirées, pour défendre un point de vue."International journal of psychatry in medicine", ça en jette quand même...
 Aujourd'hui, c'était la rentrée. Et bardée de ma bonne nouvelle, je suis allée au boulot le coeur léger. Et franchement, pour partir dans le froid et la nuit, affronter sa majesté le Mistral dans ses déchaînements frénétiques, il fallait ce matin une bonne dose d'humour ! De quoi gagner au moins une semaine d'existence.
En même temps, si j'ai le choix, les sept ans supplémentaires, je préfèrerais que ce soit sept ans d'été...

   

01 janvier 2011

Souhaits de bonheur

Quelques notes de musique   ♪♫♫♪
Le parfum d'un bol de café dans le silence du matin
Le vol d'une mouette
Un sourire d'enfant

Un rayon de soleil, un petit nuage blanc jouant avec la lune
L'odeur d'une nuit d'été pleine de chants d'insectes
Un parapluie couleur arc-en-ciel
une bonne nouvelle
un livre haletant
cueillir des coquelicots, danser sous la pluie, tricoter des chaussettes
faire sauter des crêpes, gagner un concours,
rire
sourire
danser
courir
flâner

Que 2011 soit pour vous l'année des petits bonheurs
et que leur somme vous apporte
Tout le bonheur du monde

29 décembre 2010

Non, décidément

J'ai craqué. Je n'ai pas supporté plus d'une journée SA tronche sur MON blog.
Pour ceux qui veulent quand même jeté un oeil à la vidéo, (qui est très bien faite techniquement, au demeurant) c'est ici.
Moi je ne peux plus. J'aurai essayé, mais le commentaire de Catherine m'a fait prendre conscience que c'était effectivement une erreur.

27 décembre 2010

Mystère et boule de gomme

J'ai toujours adoré le mystère. La sonorité de ce mot déjà m'émoustille. 
M Y S T E R E......D'où me vient ce goût pour les énigmes, les détectives, les armoires à double fond, les malles mystérieuses? Aussi loin que remontent mes souvenirs, je crois, je pense que c'est mon père qui m'en donna le goût. Je l'entends encore kiffer grave aux aventures du commissaire Bourrel qui trouvait la solution dans les cinq dernières minutes. "Bon sang, mais c'est bien sûr!" 
Mes héros d'enfance s'appelaient Mandrake le magicien,  Fantomas, Belphégor, Fantômette, Alice la détective. Je me rappelle avoir passé des heures roulée en boule dans mon lit, jusqu'à m'arracher les yeux à la lampe de poche, quand je devais dormir et  éteindre la lumière, et que je suffoquais planquée sous mes draps pour terminer l'enquête de la blonde Alice et de ses amies Marion et Bess. Sans oublier son chevalier servant, le beau Ned Nickerson...Fantômette (ah ce que j'aurais aimé être comme elle aventurière la nuit, et écolière  le jour !) flanquée de ses deux copines, la grosse Boulotte et la grande Ficelle, ça ne vous dit rien? J'aimais aussi les sagas des bandes de potes, le Club des Cinq, les Six Compagnons et le Clan des Sept, qui résolvaient des affaires compliquées avec l'air de pas y toucher. Et, tonnerre de mille sabords, j'allais oublier Tintin!
Adolescente, entre deux parties de Cluedo, je dévorais Agatha Christie , ses ambiances familiales pesantes, ses châteaux hantés, ses énigmes passionnantes au dénouement inattendu et implacable . Ah! le flegme d'Hercule Poirot, la fausse innocence de Miss Marple...c'était pas rien! Sherlock Holmes, élémentaire, et puis, Alfred Hitchcock, et ses petits détails qui tuent ...Ou comment rendre épouvantable le quotidien le plus banal. Une paire de ciseaux, une poignée de porte, une pendule...La mort aux trousses, le crime était presque parfait, sueurs froides...et bien sûr ses satanés "oiseaux" qui me firent regarder ensuite d'un  sale œil la moindre perruche, le plus misérable petit canari, autant de films qui m'ont scotchée dans mon fauteuil, et ce  d'autant plus qu'au scénario haletant s'ajoutait toujours une histoire d'amour entre deux êtres beaux comme des dieux... Cary Grant, Grace Kelly, James Stewart, Kim Novak.Le mystère et l'amour...cocktail à la réussite jamais démentie.

Alfred Hitchcock, c'était aussi un choix de nouvelles hallucinantes réunies sous le titre "Alfred Hitchcock présente", petites histoires très effrayantes ciselées au scalpel et terriblement efficaces.
Et les séries!  Rhooo! Vous vous souvenez? "Chapeau Melon et Bottes de cuir, tout en humour anglais et raffinement," Amicalement Vôtre" et ses deux héros antinomiques mais si attachants...
"Le Saint" avec le somptueux Roger Moore, et Columbo l'excellent anti-héros au costard élimé, voilà qui me procura des heures de  suspense et de frisson cérébral.
En France, nous n'étions pas à la ramasse avec  Rouletabille, Chéri-Bibi, Arsène Lupin-Georges Descrières, le gentleman cambrioleur, et Vidocq-Claude Brasseur et sa délicieuse amie Roxane de Saint-Gély-Danielle Lebrun qui se tiraient la bourre, pendant que les Brigades du Tigre montaient dans les sondages... Ce que j'ai pu tomber amoureuse de tous ces gars-là! Même Nestor Burma et son charme latino-parigot, Maigret et sa pipe, et Navarro et ses mulets...De quoi se mettre  du beau monde sous la dent pour une affamée de mystère comme moi. Jusqu'à Joséphine Ange gardien qui résout des mystères épais comme une crêpe mal cuite...(les mystères, pas Joséphine)

N'oublions pas le Da Vinci Code, et dans la même veine mais à mon avis largement supérieur , l'inénarrable "Nom de la Rose" ...Et très récemment, Huit Femmes d'Ozon, Petits Meurtres en famille avec le charmant Antoine Duléry, et les très délicieusement british Prudence et Bélisaire Beresford, Catherine Frot et André Dussolier au mieux de leur forme. Loupe et kilt à tous les étages...Mon sang anglais ne fait qu'un tour.
J'aime les secrets impénétrables, les phrases sibyllines, les affaires ténébreuses... Les meurtres inexpliqués, les codes indéchiffrables, les détectives intrépides et perspicaces, les trésors dissimulés, les clés de l'énigme, les cryptes enfouies et  les aiguilles creuses, les signes cabalistiques et les empreintes digitales.
Et le tout, bien sûr, sans jamais voir verser une goutte de sang. Tout en suggestion et en finesse. Rien à voir avec les thrillers modernes à la sauce tomate, les experts FBI à la mords-moi-le-nœud, légistes aux mains sales, violeurs pédophiles et autres psychopathes en série...
J'ai dit mystère, pas grand-guignol...


Maintenant, qui saura  retrouver tous les personnages cités dans mon billet ? Mystère...




Bidouillage internet Célestine



24 décembre 2010

Rêves de Noël

Je me penche au balcon du monde et je vois la rosée de l'amour perler sur chaque branche.
Les possibles deviennent palpables, chaque cœur respire, chaque regard compte,  chaque voix s'élève. Les peurs s'envolent, les rancœurs s'évanouissent, les amis se retrouvent.
On partage des bonheurs simples, on oublie de se quereller, on vise plus haut et plus juste. 
Il n'y a ni vainqueur ni vaincu, ni haut ni bas, ni faim ni froid. Seulement une joie étale et sans mélange.
C'est Noël.
On a le droit de rêver.
Je vous souhaite à tous une parenthèse de chaleur humaine et de valeurs vraies. 
Je vous souhaite à tous le plus beau des rêves de Noël.

21 décembre 2010

Repos

Je suis dans mes montagnes.
Je regarde la neige tomber.
A bientôt.

15 décembre 2010

Sainte Luce, les jours allongent du saut d'une puce...

Je l'ai déjà dit plusieurs fois. La lumière me fait cruellement défaut à cette période de l'année. Mais voilà que nous avons passé Sainte Luce, la patronne de la lumière, et déjà, dans ma tête, un micronésime changement est en train de s'opérer... Euh... ne cherchez pas ce mot, je viens de l'inventer. Quelque chose à mi-chemin entre infinitésimal et microscopique . En somme on va vers l'été...Vous avez le droit de vous moquer de mon optimisme serin. Oui, serin. Au sens de niais. On peut dire que je suis une serine sereine. Je sais que les jours vont se remettre à allonger, que la planète  va inverser doucement son inclinaison et que dans quelques jours, mon transat sera exactement au soleil à l'heure de la sieste. Derrière la vitre, hein, pas dehors, faut pas exagérer! 
 Exit le sapin du voisin qui me fait de l'ombre depuis deux mois .  Les  bénéfiques rayons viendront caresser ma peau délicatement, à travers les carreaux,  me chauffer comme un vieux chat , mes cellules vont se remettre à frétiller, elles auront leur dose quotidienne de photons, youpi, alléluia! Ça va être bien.    ♪ ♫ Il en faut peu ♪pour être heureux, ♫♫la la la la ♪ la la la...☼


bidouillage photo: Célestine

10 décembre 2010

Etre ou avoir?

La question se pose. Et plutôt urgemment ces temps-ci. Peut-on avoir sans être? Peut-on être sans avoir? Version plus moderne de l'ancienne maxime moliéresque:
"Faut-il manger pour vivre ou vivre pour manger?"
On approche de Noël, la fête aux mille contradictions. Tant de bonheur dans les yeux des enfants, d'espoir dans les messes dites,  tant de générosité dans les dons, tant de lumières, de luxe, de cadeaux, d'attentions, de promesses.
Mais aussi tant de gaspillage, d'orgie de consommation, de déballage de richesses indécentes. Tant de mercantilisme vaniteux et oublieux des vraies valeurs de la fête.
Et par un contraste implacable, toute la misère du monde qui n'en est que plus accrue, comme les éclats de silex de la route sont rendus soudain terriblement coupants par la pluie fine du matin.
Des tonnes de nourritures, des monceaux de mets raffinés, de dindes farcies, de poulardes rôties, de homards et de fruits de mer, des montagnes de chocolats,  et derrière les fenêtres , toujours des petites marchandes d'allumettes qui tremblent, des petits ramoneurs qui meurent de faim et de froid.
 Des tentations à profusion dans les vitrines chatoyantes comme des gerbes d'étincelles, des ordres publicitaires péremptoires: "N'attendez pas, courez acheter votre voiture avant le 31 décembre!" et devant ces vitrines, des gens qui n'ont pas de quoi s'acheter une paire de chaussures...
Depuis toujours, c'est cette contradiction qui m'étouffe un peu à Noël, comme une arête qui a du mal à passer. Alors j' avale de la mie de pain, je bois un grand coup et je m 'amuse quand même, parce qu'il y a les enfants, les étoiles, le sapin, la magie...Les vacances en famille, les jeux de société, les feux de cheminée, la buée qui coule sur les vitres quand cela sent si bon dedans, et qu'il fait si froid dehors...
On a beau faire, on a tous cette petite voix qui nous agace, qui nous titille, qui nous oblige à chanter, à crier bien fort pour ne pas l 'entendre. Cette petite voix qui  s'appelle culpabilité. Qui de nous ne l'a jamais entendue?

Alors arrive à notre secours la bonne conscience.  On se trouve toutes sortes de bonnes raisons d'oublier notre honte et de profiter de notre bonheur. Et on a raison, quelque part. On a travaillé dur, on a gagné notre croûte à la sueur du front (avec ou sans clim) on a donné aux pauvres, on a donné au téléthon, au sida, aux handicapés, aux restos du cœur, on mérite bien de faire un peu la fête, de gâter les enfants, de faire quelques agapes. 
Mais, quand même, la petite voix est toujours là. Elle continue son ostinato lancinant, en sourdine, et ressort de temps à autre pour nous rappeler qu'il est urgent d'être, plutôt que d'avoir...Moi, c'est aujourd'hui, en traversant les boulevards illuminés de ma ville enrubannée dans ses paillettes, dans les effluves de parfums chics et de crêpes chaudes, que j'ai croisé un sdf dont le regard m'a glacée parce qu'il n'exprimait plus aucun sentiment: ni peur, ni haine, ni même résignation. Juste rien. Le vide intégral. Comme déserté par son humanité.

Bon voilà, ça , c'est fait, je voulais écrire ce billet suffisamment tôt pour ne pas trop vous plomber l'ambiance. Désolée, fallait que ça sorte...

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01 décembre 2010

J'veux du Soleil

Il y a très longtemps j'étais une princesse sumérienne. J'avais un nom à quatre syllabes qui faisait rêver les princes jusqu'au bout du monde civilisé. J'ouvrais le matin des yeux immenses cernés de noir,  sur un paysage désertique, écrasé de soleil jaune, des jardins exubérants suspendus entre ciel et terre, des palmiers ondulants penchés vers des crocodiles lascifs, de frêles embarcations sillonnant sans bruit la surface de l'Euphrate... Oui enfin, c'est vrai que ça fait plutôt égyptien, ce que je raconte. Mais j'ai envie de dire sumérien, parce que j'aime bien. De toute façons, c'est MA vie antérieure, je fais ce que je veux.  Le Tigre , l' Euphrate ou le Nil, ne chipotez pas, ce qui est certain, c'est que j'avais chaud. Très chaud. De dociles et silencieuses suivantes  s'évertuaient à m'éventer avec des feuilles de lotus , tout en versant des jarres de lait au miel dans ma baignoire. Je passais de longues heures à adorer le Soleil, les paumes des mains tournées en un geste altier et un peu mystérieux vers l'astre flamboyant, et c'est à peu près tout ce que je faisais , d'ailleurs. Une vie contemplative en somme. 
C'est sûrement pour me faire payer ce luxe (non je n'ai pas dit luxure, quoi que...)pour me faire payer cette profusion de lumière et de plaisir  paresseux que les dieux babyloniens se sont ligués contre moi et m'ont autorisée à naître, pour cette vie-ci, dans un village de montagne, sous la  neige, avec treize petits degrés pour accueillir mon premier cri.  C'est sûrement pour cela que mes premières années, je les passai à dormir et à contempler ce monde sans parler, soupirant silencieusement à la pensée de ce paradis inexorablement perdu sous trente centimètres de neige, au point que ma mère se demanda soudain avec angoisse si je n'étais pas muette. (Je me suis bien rattrapée par la suite, certes, comme si j'avais à lui prouver encore aujourd'hui qu'elle s'était fait du mouron pour rien!) 
Quoi qu'il en soit, il me reste de mes années chaldéennes  un amour inconditionnel du soleil, de la chaleur et de la luminosité supérieur ou au moins égal à la somme de ma haine du froid, du gris et de l'humidité multiplié par dix au carré. Et même au cube, n'ayons pas peur des mots.
Il paraîtrait que dans une autre autre vie, j'aurais été une otarie sur la banquise, mais là, c'est plus flou, je ne me souviens pas aussi précisément. J'ai une mémoire sélective , c'est affligeant!