22 juillet 2026

Fourmidable !




« Lentement mais toujours en avant... »
Bernard Werber 
( Les Fourmis)




Ce matin, je me laissais aller à rêvasser quelque peu après mon petit déjeuner, quand mon attention fut attirée par une fourmi (appelons-la Simone) qui tentait de soulever une miette de pain quatre fois plus lourde qu'elle. 
Quand je dis « tentait de » je devrais plutôt dire « réussit à » .
En effet, Simone souleva l'énorme masse et entreprit de traverser la table. Après un rapide calcul, il s'avère qu'une fourmi de 5 mm environ est 348 fois plus petite que votre Célestine. 
( Les plus matheux d'entre vous auront ainsi trouvé ma taille). Selon le même calcul, une table de deux mètres de longueur représente donc pour elle une distance de six cent quatre vingt seize mètres.

Imaginez-vous donc soulever une vache à bout de bras, traverser une place de 696 mètres, pour vous retrouver au bord d'un ravin à-pic de 278 mètres. 
Et là, contre toute attente, Simone attaque le surplomb la tête en bas. Par quelle vertigineuse magie tient-elle collée au bois de la table ? 
 Là, elle croise une congénère qui -ô stupeur !-au lieu de lui donner la patte, monte sur la miette de pain alourdissant son fardeau.  Héroïque, Simone tient bon, s'accroche à sa vache, et  finit...

 ...par se laisser tomber dans le vide, toujours sans lâcher son précieux chargement et se retrouve sur le carrelage de la terrasse. 
C'en est fait d'elle, adieu Simone...
Adieu ? Que nenni. Elle se relève sans une égratignure.
 Ebouriffant, n'est-il pas ?

Prise d'un intérêt hautement scientifique pour ses tribulations, je décide de suivre Iron Fourmi dans son périple afin de voir jusqu'où elle va aller. Ne doutant pas qu'elle ait dans l'idée d'amener la bouftance at home. Allez Simone, courage !
En chemin, elle croise d'autres congénères avec qui elle échange de mystérieuses informations. En réalité, elle doit leur dire : « Les gars, y un filon, là haut, des tas de miettes laissées par la grande rousse. Allez-y, c'est Byzance. » 

Et en effet, d'autres fourmis arrivent sur la table pour passer la balayette dans mes reliefs de tartines. Leur système de com marche mieux que whatsapp.
Mais revenons à Simone. Au ras du sol, mille dangers la guettent.  
Les joints du carrelage doivent ressembler pour elle aux rues de New-York, mais sans leurs célèbres numéros, toutes pareilles, sans aucun repère. De quoi devenir dingue. 
Simone, non. 
Elle trace sa route, évite soigneusement un gendarme rouge à taches noires, une flaque d'eau aux dimensions du lac du Bourget, passe par-dessus un tuyau d'arrosage de 8 mètres de haut, aux parois lisses et glissantes.
Sans vaciller, Simone et sa miette traversent leurs 1,566 km de terrasse et pénètrent dans la jungle de l'herbe. Des pissenlits comme des baobabs, du chiendent aux lames coupantes, des brindilles de bois grosses comme des troncs, tout s'enchevêtre en un dédale qui découragerait plus d'un d'entre nous. 
Et soudain, enfin, elles arrivent, avec pour seul GPS leurs phéromones bien affutées,  en vue de la fourmilière-patrie, gardée par quelques copines armées jusqu'aux mandibules. Ma miette disparaît avec Simone dans les entrailles du gazon. Mission accomplie.

Sans jouer les Werber, je reste subjuguée par les capacités de ces chétifs insectes, excréments de la terre, comme les nommait La Fontaine. A n'en pas douter, ils survivront tous à notre malade humanité. La moindre sauterelle saute dix fois plus haut que le champion olympique pourtant aidé de sa perche. Les écureuils escaladent en courant des arbres plus hauts que la Tour Eiffel. L'oeil des éperviers repère une souris à cent mètres d'altitude. Les fourmis ont un sens aigu de la vie en société et de la solidarité. 
Et on se croit les rois du monde parce que l'on peut donner bêtement un coup de pied dans une fourmilière...
Chaque coin de nature recèle une leçon de vie et d'humilité. 
Quand je serai ministre de l'éducation, je rendrai obligatoire l'observation des fourmis.











14 commentaires:

  1. J'ai trouvé ton article adorable. Je l'ai tellement aimé que je l'ai lu à mon homme qui l'a aimé aussi. Vivement que tu sois ministre de l'éducation, la vie sera si belle et ensuite présidente de la république, promis je voterai pour toi !

    RépondreSupprimer
  2. Simone a une vie aventureuse. C'est passionnant de regarder les fourmis. Je le fais souvent. Elles sont entreprenantes et courageuses. On apprend beaucoup du monde animal. Tous les soirs j'ai droit à un concert de chant par un merle situé sur la cheminée du voisin.

    RépondreSupprimer
  3. Fascinant et quel que peut angoissant le monde des fourmis.
    Quelle que soit la teneur de vos billets, votre écriture reste élégante, séduisante, fluide et vraie.
    Merci.
    Doria

    RépondreSupprimer
  4. Quelque peu angoissant, c’est mieux.
    Doria

    RépondreSupprimer
  5. J'ai un grand respect pour ces animalcules. D'ailleurs, mon attitude que je décris comme celle du mari soumis (tête penchée vers l'avant fixant le sol à force de répéter en l'inclinant "oui chérie ! oui chérie !"), je la dois en fait à l'attention que je porte à ne pas écraser les fourmis en promenant le chien qui est une chienne !
    Le dit chien, lui, s'en fout comme de la première culotte qu'il n'a jamais eue et les piétine nonchalamment. Avec pour seul effet d'ailleurs de les faire s'encourir presto sans autre conséquence fâcheuse semble-t-il...

    RépondreSupprimer
  6. En voiture, Simone, c'est toi qui conduis ! J'adore ton ode à la fourmi. Hier, justement, l'Homme/grand-père disait aux deux pioux qu'il nous reste cette semaine: "Vous n'avez pas idée de la force d'une fourmi, en deux heures, il n'y aura plus de miettes en dessous de la table".

    RépondreSupprimer
  7. Quelle belle aventure que celle de Simone l'éclaireuse. Quand j'étais ado, la mode était au terrarium avec deux plaques de verre avec un espace de trois centimètres.
    J’ai donc observé le quotidien des cousines de Simone pendant un moment.
    Leur vie sous terre est passionnante. Finalement je les ai relâchées. J'espère avec le recul que ce n’était pas une espèce invasive comme je l’ai lu quelque part ce mois-ci. Car certaines espèces font partie de la liste invasive en métropole.
    Sinon , oui elle vont nous succéder, elles sont bien plus corporate 😉

    RépondreSupprimer
  8. Excellent ! Il y a quelques jours de cela, une Simone portant sa lourde miette s'était égarée sur le tapis bouclé de la salle de bain. Pour qu'elle fasse demi-tour, je l'ai avertie qu'elle n'allait pas dans la bonne direction. A ce moment, comme un éclair, une énorme araignée noire a surgit de dessous le meuble de la salle de bain et l'a emportée avec sa miette sous le meuble ! L'horreur ! En plus j'ai peur des araignées ! Bisous ma Célestine ;-)

    RépondreSupprimer
  9. Et autre chose, Octave le chat se roule souvent dans les fourmilières. Peut-être par instinct pour se débarrasser d'éventuels parasites grâce à l'acide formique des Simones ?

    RépondreSupprimer
  10. Fabuleuse synchronicité entre cigale hardie chez Pierre, et la brave fourmi ici ! Mme la Ministre 😊
    Adorable leçon d'observation admirative du plus petit que soi, bien que les fourmis agacent cette année...
    Bisous Célestine 😘

    RépondreSupprimer
  11. Que j'aime ce "lentement mais toujours en avant : c'est un peu moi en ce moment et la vaillance de cette petite fourmi me rassénère. Très très joli texte !

    RépondreSupprimer
  12. Joliment raconté et très interessant.
    Les "miennes" de fourmis de la cour ont transporté des noyaux de cerises sous des tuiles , percé un trou dans les noyaux et extrait l'amende sous forme de poudre...

    RépondreSupprimer
  13. Effectivement s'intéresser à tout ce qui est relatif à l'ordre du vivant est systématiquement un plaisir enrichissant.
    Belle narration vivante. Merci

    RépondreSupprimer


Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.