mardi 13 mars 2012

Les rats
























Un jour, un peuple de gallinacées
vivait dans un pays
Sur le berceau duquel, pourtant, il y a longtemps
les fées s'étaient penchées.
On semblait l'avoir oublié.
Ce peuple donc, jasant, caquetant et gloussant
gavés du corps et de l'esprit
s'apprêtait à choisir un roi pour son royaume.
En ce temps-là, les dieux étaient fâchés
Et dans la basse-cour régnait la gabegie.
Aussitôt alléchés par l'odeur des poulets
Beaucoup de rats se mirent sur les rangs
Chacun cherchant à trucider son concurrent
Chacun cherchant le mot qui ferait mouche
en crachant des serpents de sa bouche.
L'un trop petit, blessé, devenu ridicule
pour ne pas dire minuscule
tant son appât du gain et du pouvoir
soudain le desservaient
sentant bien que les gens lui donnaient du Messire
pour  pouvoir mieux l'assassiner
L'autre gonflé d'orgueil depuis que ses amis
l'avaient, comme on dit, coopté.
Entre ces deux gros rats cupides et pernicieux
s'agitait une faune étrange
l'un semble se complaire sur la voie du milieu
et en balançant sur la frange,
hésite jusqu'à l'infini.
Deux autres malotrus, une blonde femelle
et un mâle aux abois, en mots outrecuidants
s'injurient à l'envi,
Et autour d'eux, encore,
d'autres ratons grommellent
réclamant leur part du rata.

Que pensez-vous qu'il arriva ?
Lassé de tous ces marchandages,
Voulant mettre chacun d'accord
Maître Goupil fit un carnage
Et emporta le poulailler.

Moralité :
le gagnant
n'est pas toujours qui l'on attend.


Pour Jacques.
(Je reçus tantôt la visite de votre ami Jean, et voilà ce qu'il me dicta)

22 commentaires:

  1. Romancière, fabuliste, chroniqueuse, etc, et pas écrivain après tout ça ?! Les libellés "écrivain...moi ?" devraient se renommer "écrivain...pourquoi pas !". Dans tous les cas, auteure. J'adore cette intertextualité (en plus de ces dialogues et clin d’œil à distance) !
    La bonne soirée !

    RépondreSupprimer
  2. Il a raison Cédric, ça c'est une sacré chronique et tellement d'actualité. Bravo

    RépondreSupprimer
  3. Je me joins aux deux compères précédents : c'est franchement excellent et digne de figurer en Une de beaucoup de journaux !! Bravo Célestine !
    Solange

    RépondreSupprimer
  4. Et nul ne sait ce qu'il advint de leur électo-rat ! :~)

    Bravo, Madame de la Fontaine, c'est fabuleux !

    RépondreSupprimer
  5. Bravo, on ne pouvait être mieux servi. Parfois l'élève fait bien mieux que le maître.
    Jean

    RépondreSupprimer
  6. Monsieur de LA FONTAINE Quand l'élève connaît bien le maître, et aime son style, cela devient facile.

    TANT BOURRIN merci, excellent le jeu de mot!

    MISS SO tout le mérite en revient à Jacques, je ne suis qu'une sorte ne ..."nègre".

    ZOE oui, l'actualité politique peut vraiment donner l'impression de voir s'agiter les animaux d'une fable.

    CEDRIC Chut!ne ranimons pas la polémique yolandesque...et laissons nous bercer par la simple magie des mots.

    RépondreSupprimer
  7. ah non, ce n'était pas l'intention, la polémique n'était que pour vous. Fi des anciennes "querelles", le temps est trop court !

    RépondreSupprimer
  8. Bravo !
    Mais je suis inquiète, qui est ce Maître Goupil ?
    Il m'a l'air encore plus dangereux.

    RépondreSupprimer
  9. Le sens de la métaphore du fabliau m'échappe mais que c'est plaisant à lire !
    Je repense toujours à Fabrice Luccini qui pense que Jean de LaFontaine est le plus grand écrivain français !

    RépondreSupprimer
  10. je ne sais comment éviter une maladresse, des mots malheureux qui pourraient blesser
    et surtout ne pas chercher à ressortir le nazisme ou le fascisme à tous les coins de blogs
    mais l'image de rats pour des personnages politiques dans une République me gêne
    ces rats ont été trop récupérés pour symboliser par exemple les juifs (voir le Juifs Suss)
    mais mes réticences ne sont que personnelles et nullement agressives

    RépondreSupprimer
  11. JEA certes, tu as raison, cependant c'était l'idée de Jacques et je la trouvais très bonne pour qualifier des gens qui, par exemple, ne reviennent jamais sur leurs avantages acquis (les députés ont rejeté à une écrasante majorité la proposition de Noël Mamère d'aligner la retraite des parlementaires sur celles du commun des mortels. Cela aurait été pourtant un bon moyen de mettre leurs actes en conformité avec leurs belles paroles) Alors oui, c'est vrai, la plupart (pas tous, il y a sûrement quelques purs) sont des rats assoiffés de pouvoir et de privilèges. Mais je n'ai pas du tout pensé aux juifs contre lesquels je n'ai rien, bien évidemment. Désolée de t'avoir choquée, ce n'était pas mon but.

    RépondreSupprimer
  12. ANTIBLUES n'as-tu point vu la métaphore politique dans ce fabliau? Encore une fois, j'ai mis en mot l'idée de mon ami Jacques, et la fin reste assez mystérieuse. Qui est, comme le demande BERTHOISE, ce Goupil qui met d'accord tout le monde? Une sorte de "deus ex machina" qui n'existe que dans nos rêves: un homme politique intègre, épris de justice soiciale et de liberté, sans calculs, sans cuisine politicienne, sans compromis ou compromissions, incorruptible, bref un "pur" ? Les quelques exemples de ce genre de personnage dans l'histoire ont tous été assassinés... Ça fait réfléchir!
    Et à l'horizon, je ne vois hélas personne.

    RépondreSupprimer
  13. Post Scriptum réflexion faite, il faut espérer très fort que Goupil ne soit pas un dictateur qui prendrait le pouvoir par un coup de force...On n'en est pas à l'abri, et là encore, l'Histoire nous fournit des exemples funestes.

    RépondreSupprimer
  14. Sincèrement La fontaine n'aurait pas à rougir de son élève
    Et pis tes petits écoliers et écolières se régaleraient à apprendre cette fable
    Bravo célestine c'est du tout bon :-)

    RépondreSupprimer
  15. Bon, et bien dis donc , j'en frémis d'avance , et j'ai les plumes esbouriffées...Rat ou Renard ça commence par la même lettre..
    Que le ciel nous garde d'un Requin!!

    RépondreSupprimer
  16. Je cherche quel candidat à son nom ou prenom qui commence par un G ;)

    Je me suis régalée, merci pour ce moment de fable.

    Ici mon fils est à fond dans les fables en ce moment , je recommande la fontaine aux fables. La Fontaine est un plaisir à lire et déclamer ! Et je recommande également les fables en argot !
    Comme c'est drôle !

    NB/ POUR le comm précédent, je crois, les rats sont tout de même très présents dans les Fables !Et vu le nombre de candidats au gâteau empoisonné, le rat se prete particulièrement à cette fable !

    RépondreSupprimer
  17. Surtout ne pas chercher au delà de la fable. Si Goupil s'était appelé Raminagrobis de qui alors aurait-il été question ? Non juste savourer ce texte si bien écrit et se dire que souvent les gens de talent font mieux que soi-même.
    Bravo Célestine.

    Jacques

    RépondreSupprimer
  18. Chère Célestine,

    Cela fait trois fois que je tente de te déposer un message depuis ce matin, trois fois interrompue ... Et bien je voulais juste rendre grâce à ton talent véritable, à ta célérité, à ta légèreté ... Bravo !
    Bises

    RépondreSupprimer
  19. Chère ZENONDELLE Ca me touche beaucoup , merci. Mais qui a bien pu t'interrompre dans ton élan, et trois fois en plus?
    ;)

    Merci Jacques tout simplement, de m'avoir donné la terre pour semer mes graines...

    RépondreSupprimer
  20. Je ne vois pas non plus celui qui mettrait tout le monde d'accord (l'homme providentiel) d'où ma réflexion précédente !

    RépondreSupprimer
  21. ANTIBLUES certes! il n'est pas encore né cet homme providentiel... Voilà pourquoi je déteste cette période de préélection où de toutes façons, on a l'impression de ne pas pouvoir vraiment voter pour qui on veut...et on ne peut pas rêver non plus à l'union nationale...

    RépondreSupprimer
  22. Cette fable me parle : tout occupés à des querelles qui ne nous font pas grandir ! nous négligeons un bien plus grand danger, celui qui nous éloigne définitivement de notre humanité.
    Merci, Célestine pour cet écrit.

    RépondreSupprimer

Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.