29 juillet 2018

Comme des diamants sous la pluie



Nous étions quatre amis, accablés de soleil, hier après midi. La main collait à la tasse et les bonbons au papier. Un de ces après-midis caniculaires, pas tibulaires mais presque, où l'on prend chaud même à agiter l'éventail qui nous donnerait moins chaud. Vous savez, quand le moindre mouvement devient un Annapurna...mais un Annapurna sans la fraîcheur coupante des glaciers et la bise gelée des névés.
Le petit village écrasé de pierres et de tuiles brûlantes semblait un gros chat assoupi sur la margelle de sa rivière vide. Pas un filet d'eau dans ce coin d'Ardèche. 
Il me semble qu'à un moment, dans la torpeur de mon assoupissement, à l'ombre de la bastide, sur le banc de bois, j'ai rêvé un instant que j'enfilais des bottes et sautais dans des flaques avec ravissement.
 « On va balader  ? »
Qui des quatre a lancé cette proposition, trouant notre silence qui nous faisait ressembler à quatre vieux Corses à l'heure de la sieste ? J'avais le cerveau si ramolli que c'est peut-être moi, mais je ne m'en souviens plus.
Peu importe, on s'est dit que c'était ça, ou on allait finir comme du stoquefiche sur le Vieux Port en plein midi. 
On est descendus par le sentier sous les chênes, jusqu'au poulailler coopératif. C'est là que certains habitants du village, en échange d'un tour de garde et de corvée de nettoyage des fientes, viennent chercher leurs bons gros oeufs à double jaune. Comme ceux que j'allais cueillir, enfant, au cul de la poule.
 Les gallines avaient l'oeil torve. Elle devaient se demander pourquoi on ne restait pas bien tranquilles, comme elles, au fond de nos poulaillers, à bouffer du maïs bio.
J’ai même cru lire, dans le regard d'une grosse blanche, une sorte d'effarement devant le crétinisme des humains...
En remontant vers la bastide, j'ai avisé le lavoir banal. L'eau en était fabuleusement fraîche et transparente. Nous nous y sommes plongés tout habillés, c'était extraordinaire cette sensation de froid, qui plus est, délicieusement transgressive. 
J'ai pensé à ce que diraient nos élèves s'ils nous voyaient, comme des gosses, rire de nos robes et de nos chemises trempées comme des soupes. 
J'ai pensé au concours « miss tee-shirt mouillé » que j'avais gagné il y a quarante ans sur la plage de Villefranche. Quand mes seins picotaient plus fièrement qu'aujourd'hui sous le coton perlé. 
J'ai pensé que notre amitié si vraie, si belle, si dégagée de toute entrave, dans la simplicité de cet instant, nous donnait l'éclat de diamants sous la pluie. 
Et puis j'ai arrêté de penser, j'étais juste divinement bien, rafraîchie à coeur par l'eau des collines et la sensation d'être au bon endroit, au bon moment.



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21 juillet 2018

Tintamarre









Faire taire les idées qui s'entrechoquent, des réticences, des doutes, des interrogations, des élans, des désirs, des envies, des peurs...Tous ces fantômes qui rendent la vie si compliquée, ces choses qui entravent tellement les existences, alors qu'elles sont si futiles. 
Accepter d'osciller, de n'être sûre de rien, parce que je suis comme ça. Ne pas me précipiter, mais avancer sans trembler. Prendre ma vie dans mes bras. Convoquer mon énergie solaire au creux de moi.
Savoir que d'autres écueils m'attendent, inévitablement. De gros rochers, certains coupants.
Ecouter la petite musique du coeur, celle qui dit que vivre, c'est simple comme cette goutte d'eau qui glisse sur sur cette feuille, ce matin. Me dire que partout où je serai et où j'ouvrirai des yeux pleins de gratitude, elle sera là.
Accepter les cadeaux de la vie quand ils passent. Cerner l'essentiel. 
Me souvenir que, où que je sois, quel que soit mon choix, les bonheurs de ma vie, les êtres que j'aime et qui m'aiment, ne me quitteront pas. Ne me jugeront pas. Et se réjouiront pour moi. Voilà une pensée apaisante dans ce tintamarre.





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15 juillet 2018

Un soir d'été empreint de paix








Je roulais sur une petite route ourlée d'arbres d'or, le ciel ouvrait le soir comme un cadeau, en manteau de nuages. La nuit virait à l'écarlate au dessus des tilleuls. Le soleil suspendait sa boule rouge au trapèze céleste.
Mes pensées vagabondaient. Je repensais à cet extraordinaire reportage diffusé par Arte. Un monde hors du monde, dans une vallée perdue de l'Himalaya belle à couper le souffle. Un désert de neige somptueux troué par la traîne turquoise d'une rivière.
Mes pensées allaient vers ces petits moines bouddhistes d'à peine cinq ou sept ans, vers leur sourire lumineux comme des jardins d'avril.
Je me remémorais leur monastère accroché au vertige, hanté par les choucas. Les croûtes de glaces faisant déraper leurs sandales aux pieds nus. Leurs fagots de brindilles accrochés à leur dos fragile. Leurs jeux. Leur philosophie. Si jeunes...
C'est là que j'ai constaté que l'aiguille de mon compteur s'était calée toute seule sur quatre-vingts. Sans aucun effort ou agacement.  Presque naturellement.
C'était comme si l'énergie de Kenrap, le petit moine solaire, coulait en moi et me soufflait à l'oreille : 
« Mais où courez-vous, frères occidentaux, avec votre folie de la vitesse ? 
Que croyez-vous gagner en catapultant vos ascenseurs, vos bolides, vos fusées, votre vie tout entière contre le grand mur du son de votre vanité ? Qu'est-ce qui vous grise dans cette fuite en avant, ce stress perpétuel d'une bagarre contre le néant ? »
Ah...la rapidité médicale, quand il s'agit de greffer un coeur, est prépondérante et peut sauver une vie. Il y a des moments où il faut gagner la course contre le temps.
 Mais la plupart du temps, quand même, la vitesse finit par arracher la vie avec un fracas de mâchoires d'acier. 


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ICI le reportage en version gratuite.

09 juillet 2018

Peindre ou faire l'amour















Dans la plaine, l’été brûle les moissons épicées de coquelicots, taches de sang éclaboussant épis et chaumes. Un été bleu de mirabelles.
 Mes pas me mènent jusqu’au pied de Sainte-Victoire éternelle, là où le feu du zénith fend les pierres en éclats de poudre. Le ciel blanc comme un regard d’aveugle coule sur les oliviers centenaires, détrempe les calcaires des dentelles de roche, ravive l'argile des coteaux quand tombe la foudre sèche de ses rayons.
Il flotte un parfum de cannelle et d’arbousier. J’emprunte la passerelle au-dessus du vallon des Ombrées, la ritournelle des cigales lancine l’air.
C’est un matin tiède de promesses. Les oiseaux lancent leurs voyelles stridentes et mystérieuses, corbeaux et guêpiers dansant au-dessus des champs de blé. J’ai croisé Vincent là-haut. Il me dit qu'il va venir. Je rentre au mas.
On l’attend pour le repas.
Sur la stèle de craie, à l’entrée, Elle a fait naître une aquarelle du bout de son pinceau. Dans sa salopette à bretelles elle ressemble à une adolescente. On a acheté, elle et moi, ce mas perdu, lové au creux de la colline. Un coup de cœur partagé. On y reçoit les amis, ils y viennent en ribambelles, de leur pas lent de randonneurs. La fontaine chante sans bruit son murmure d’eau glacée.
Je l’observe quand elle peint. Elle est belle. Sur la table, un pot à eau joue avec l’ombre des feuilles, jaunes et vertes comme le limbert qui avachit son ventre froid sur le muret de pierres grises. Le ciel claque de chaud.

Peindre ou faire l’amour ...la question se pose à chaque instant où les corps vibrent.
Alanguie dans la balancelle, le pied traînant dans un cresson ni frais ni bleu, je sens le souffle de Paul sur ma nuque fébrile. Il m’embrasse. Il a accroché son chapeau à une branche du pin courbé. Pour l'heure il est infidèle à ses huiles et ses pinceaux, il continuera plus tard son tableau : la Victoire dominée par le Mistral, cabrée comme un gros animal sous un azur beau à mourir.
L’âme des pierres suinte... 
Mais on ne ne boira pas l’absinthe. Et puis quoi encore ? On nage déjà dans en plein cliché pagnolesque et cézanien, vous ne voudriez pas qu'en plus on se déchire le ventre à coup de fée verte...
Nous irons écarteler le temps dans la moiteur lente des persiennes, Elle avec Vincent, Paul avec moi, ou peut-être l'inverse...Arrêter le temps, le sublimer, l'onduler dans nos draps de toile et de lavande. Le laminer comme une tresse de métal. Oublier que rien ne dure. Saisir l'instant comme on peint, tour à tour artistes et modèles.
La chatte, trop maternelle, a mangé un de ses petits. 
« Meurtre à Aix » titre bizarrement le journal, abandonné sur une chaise. 
Allez, on va déjeuner en paix.
A l’ombre du vieux figuier,  avec un bruit mat, tel celui de la chair entamée par une lame, quelques illusions ont chu sur l'herbe grillée. Tout est bien.


***





 Quelle bonne idée a donc eue l'ami Mind The Gap de faire revivre un instant les Plumes d'Asphodèle, qui ont eu tant de succès à une époque ! Il fallait donc inclure ces quatorze mots dans un texte. Des rimes en ailes comme Asphod'aile, bien sûr ! De quoi s'envoler haut et loin... Merci Mind.

Aquarelle, Voyelle, Mirabelle, Maternelle, Stèle, Eternel, Bretelles, Ribambelle, Infidèle, Dentelle, Cannelle, Passerelle, Balancelle, Ritournelle.

(Le titre est emprunté à ce film des frères Larrieu.)


Edit du 10 juillet

Mon ami Xoulec, qui n'a pas (encore) de blog, s'est essayé à l'exercice, et ma foi, c'est réussi. Mais je vous laisse juger.

C'était dans une brocante qu'il la vit pour la première fois. Elle était debout près d'un scribanc, belle! fut le premier mot qui lui vint à l'esprit. Assurément , elle l'était.
Sur ce stand, tenu par un vieux monsieur, tout était en désordre. Objets hétéroclites disséminés çà et là. Sur une balancelle d'un autre âge, trônait un violoncelle avec son étui, un piano à bretelles côtoyait des aquarelles, de la vieille vaisselle, des livres, des napperons en dentelle.
D'un vieux magnétophone sortait un air qu'il reconnut instantanément : RENAUD, le chanteur s’éraillait la voix sur "marche à l'ombre"...
Sur ce,  vieille bourgeoise bêcheuse, maquillée comme un carré d'as, FAUDEL fit son apparition, enfin, son nom, écrit en grand avec des clous dorés plantés sur le cuir d'un blouson que cette fille était en train d'enfiler.
Cinq euros, dit-le marchand !
En partant, elle le frôla et il sentit un doux parfum de cannelle ou de mirabelle l'envahir. Il était troublé. Il l'a suivi jusqu’à la passerelle, où exposait un artiste peu connu : Henri Tournelle. Spécialisé dans les paysages languedociens aux tons pastel.
Homme affable qui s'exprimait dans sa langue maternelle, en avalant un peu les voyelles ; pour faire plus rustique, plus authentique, comme il aimait à le dire. Le visage empreint d'une éternelle jeunesse quand il s'exclama, en la voyant :
-Ah, te voilà, ma fille !
Elle s’appelait Anna, belle ! Elle l'était encore plus et il craignit pour le coup d'être infidèle...

05 juillet 2018

Sibylle








Tu es là. Paisible, confiante, lovée dans l'indicible candeur de l'oeuf qui vient d'éclore, petit poussin fragile et pourtant si forte déjà. Tu es la clé ultime du barrage qui déferle en moi, qui laisse s'épancher mes eaux tourbillonnantes en un lac superbe.
Douce et belle, si belle, Sibylle, petite-fille venue caresser l'âme de ma Petite Fille intérieure,  je te reconnais, je me reconnais, j'ai entendu distinctement le petit « clic » discret de la boucle qui se boucle. Une boucle soyeuse comme tes premiers cheveux de bébé. Un petit bruit charmant qui accroche un sourire béat à mes lèvres.
Cela fait neuf mois que je t'attends, que j'arrange mon jardin intime, que je le débarrasse des scories, des mauvaises herbes, des flaques de sang noir, des cailloux blessants pour en faire un lieu apaisé, où chacun de mes sentiments scintillera, dans le miroir de mes rêves et de mes désirs, comme un diamant dans la verdure humide.
Tu n'es que symboles.  Tu es femme en devenir, petite graine fertile, la première-née de mon premier-né, j'aime déjà ton prénom magnifique et mystérieux, ton prénom de devineresse, de fée antique aux yeux sublimes. Tu sauras désormais me montrer le chemin mieux que quiconque. Mes souffrances, mes difficultés, sont tombées au fond d'un puits, avec les querelles, les songes vains, les soucis cuisants. 
Le vrai Sens est là, flamboyant, et me parcourt tout le corps de frissons comme une fièvre. C'est la joie. Cela a quelque chose de divin, d'éthéré, de magique. C'est comme une sorte d'accomplissement. Une évidence. Comme si rien n'avait plus d'importance que de suivre tes pas désormais. Dors. Hier, j'ai bercé ton père, aujourd'hui il te berce. Du fond de son éternité mon père me regarde devenir grand-mère avec un sourire ému et narquois. Apprendre mon rôle de mamie-fée.  Tu réconcilies, tu abolis le temps du bout de tes petits doigts d'hirondelle, et tu éclaires mon printemps. La gratitude, la plénitude, la vie, font dans mon coeur un doux froufrou d'étoiles. 




A toutes les fées et tous les mages que vous êtes et qui allez vous pencher sur son berceau.



01 juillet 2018

On dirait le sud







Photo : Céleste


C'est un endroit qui ressemble à la Toscane, ah Nino, tu as raison...Une douceur de vivre, un calme d'olympe, une transparence de l'air. Et cette sorte de pulsation intime qui entre en résonance avec la mienne, comme si soudain tout le cours du temps se mettait à couler dans mes veines. 
Comme si des siècles d'histoire se rejoignaient au coeur de l'âme, hors du temps, à l'endroit où les Athéniens s'atteignirent, où les Satrapes s'attrapèrent en de viriles effusions.
J'ai bien eu besoin de ce vagabondage philosophique après les émotions du jour. 
Au coeur des vignes, un domaine viticole sous les pins, une réunion d'amis, un repas plein de joie et de musique. Et soudain, au milieu du jour, quand le soleil écrase l'heure de son or fondu, notre hôte s'écroule. Terrassé par l'émotion, le stress, la chaleur ? Qu'importe. 
Les pompiers mettent des plombes à le réanimer. Le pressentiment s'insinue en moi. Comme une sorte de lave mauvaise et épaisse. Je n'aime pas ce que je ressens.
Deux heures après, comme un éclair noir, dans l'église où le concert se préparait, la nouvelle s'affale avec un bruit d'orage, comme une masse de fonte sur le marbre froid. 
Il est mort. 
Au même instant, dehors, dans la courette noyée de lumière, par une de ces coïncidences du destin qui me laissent toujours songeuse, des mômes radieux poussent des cris de joie. La France a gagné. 
Ils sont vivants.
Au bout de longues minutes où flottent, palpables dans l'air, l'abattement, la consternation, l'hésitation, la tristesse, le chef de choeur décide de donner le spectacle quand même. Sur la demande expresse de la famille. Parce que le mort n'aurait pas voulu que tout s'arrête, c'est ce que l'on dit toujours dans ces moments-là. The show must go on, c'est une règle de sagesse universelle.
Je veux qu'on rie, je veux qu'on chante, je veux qu'on s'amuse comme des fous...Oui mais l'espace d'un instant, c'est vrai, on a envie de s'excuser d'être en vie, c'est humain. On se dit que c'est indécent de sourire. L'évidence que tout peut s'arrêter à tout instant, nous la savons et pourtant, elle nous gèle, elle nous pétrifie. On se sent englués comme des albatros mazoutés par ce rappel implacable. 
Alors les voix tremblent un peu. C'est terrible de chanter avec la gorge nouée. C'est terrible de ne pas entendre d'applaudissements sur les trois premiers morceaux. Le silence porte vraiment l'empreinte furtive et glacée de la silencieuse à la faux. Je sens son haleine fétide.
  Mais peu à peu, l'alchimie de l'émotion brute fait monter des harmoniques extraordinaires sous les voûtes romanes. C'est beau comme jamais. Les bravos éclatent en hommage brillant. Ça et là, j'entends les anciens prononcer ce puissant oxymore que, plus je vieillis, plus je comprends : « Il a eu une belle mort ».
Ils ont raison. A mourir pour mourir, partir au soleil, droit sous un ciel de Toscane embaumé de cyprès, au son d'une polyphonie basque, ça a quelque chose de sublime.












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24 juin 2018

Un vent d'aventure






A l'adolescence, qu'est-ce qui peut bien vous décider à traverser le désert central de l'Islande à vélo, pendant que d'autres se contentent d'aller au bout de la rue faire du skate avec les copains ? Sans doute une fièvre très particulière, qui vous saisit pour ne plus vous lâcher, faite d'un besoin incessant de donner du sens à l'existence. De questionner son rapport au monde. A la vie. Au temps. 
Cette fièvre, c'est l'Aventure.
Faire le tour du monde en pédalant, à vingt ans,  traverser les cinq mille kilomètres  de l'Himalaya à pied à vingt-sept , arpenter en tous sens la Mongolie, la Chine, le Tibet, l'Inde à trente...  et pour finir, dernièrement, vivre six mois en ermite au fin fond de la Sibérie...Six mois de cabane...
Vous aurez reconnu Sylvain Tesson, l'homme qui allait au bout de ses rêves. Et quel homme ! Ecrivain talentueux, voyageur infatigable, stégophile audacieux, ce qui lui a coûté une paralysie faciale « qui lui donne un air de lieutenant prussien de 1870 »... Penseur, philosophe, essayiste, conteur, il foisonne. Il sait tout faire. Avec une fougue et un détachement métaphysiques dignes de Goethe. En équilibre instable sur les toits comme dans la vie...



Sur ses traces,  il y a quelque temps, c'est une bande de merveilleux fous du guidon sur leurs drôles de machines qui ont pris le départ pour rallier Lyon à Canton en vélo solaire. Ils ont un mois pour effectuer douze mille kilomètres. Ouh pinaise, c'est pas la porte à côté... Mais canton y pense, c'est un pari contre soi-même, une lutte de chaque instant pour repousser ses limites...et ça c'est admirable. Un vrai projet de vie.
 Parmi eux, se trouve le fils de notre amie Mel. Je partage l'inquiétude de la mère mais je félicite vraiment le fiston...
Rendez-vous ICI pour suivre leur progression.

Ça me titille la calebasse sérieusement, tout ça. Bon, quand est-ce que je me lance un défi, moi ? Histoire de me dire que j'ai fait un truc sensas, genre faire l'Ardèche en trottinette ? Traverser le champ des possibles, ou aller m'asseoir à l'ombre d'un doute ?




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18 juin 2018

Prends garde à la douceur des choses




« Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses. »

Paul-Jean Toulet




Photo : Céleste



Imaginez un week-end que vous placeriez presque entièrement dans votre « boîte secrète de moments divins et parfaits »...

Vous savez, une somme de ces petits instants goûtus, nappés de béatitude un peu molle, où vous vous dites que décidément, la vie est formidable. Des concerts sublimes, des expositions magnifiques, des jardins délicieux, des rues animées, colorées, chaudes, des artistes étonnants, des comédiens merveilleux, les superlatifs vous manquent. Vous avez remarqué combien la langue française peut être pauvre pour exprimer la superbitude des choses et leur suréminente merveillosité  ?

Bref, une flânerie de tous vos sens, le ciel brillant, le soleil bleu, et en charmante compagnie, ce qui ne gâte pas la sauce.
Au comble de la joie, et par le jeu de connaissances de connaissances, et d'un certain népotisme de bon aloi, vous vous retrouvez invitée au pince-fesses d'inauguration de ce superbe festival, admise dans le saint des saints de ce que la culture a fait de meilleur en ce bas monde. Un dessus de panier plein de beau linge « qui passe à la tv ». 

Soudain, vous apercevez l'instigatrice, que dis-je l'âme de ce prestigieux événement, une actrice très connue bien qu'un peu sur le déclin,  dont je tairai le nom, par magnanimité. Appelons-la Anita Furieuse, par respect pour ses initiales. Vous n'avez qu'une envie, c'est d'aller lui présenter vos hommages et lui dire toute votre admiration pour la femme et la comédienne qu'elle est. 
Las ! je commets l'erreur de lui confier que mon père l'aimait beaucoup, enfin je suppose que c'était une erreur tactique de ma part. Les actrices sont si chatouilleuses sur leur déroulé de carrière comme sur leur descente de certains escaliers...
Ce à quoi, me toisant d'un oeil noir limite charbonneux, elle me répond : « Qui êtes-vous ? Vous n'êtes pas sur ma liste d'invités, je connais ma liste... ». (Merci mon chien,  me roumégué-je en moi-même ! Je m'en vais t'en faire encore, des compliments, vieille bique !) 
Mais passablement interloquée, ou intimidée, ou mortifiée, je me contente de lui répondre :  « Je ne suis qu'un un être humain, une simple blogueuse...»
-Quoiii ? (Elle a le ton de Coluche quand il parlait du nouvel Omo) Quoiii ? Vous êtes  journaliste ? éructe-t-elle suspicieusement. (D'où je déduis premièrement qu'elle ne connaît pas les blogs, et donc les blogueurs, et deuxièmement qu'elle n'aime pas trop beaucoup les journalistes) Je la rassure en lui affirmant que non, je ne suis pas journaliste, mais elle ne consent à me lâcher la grappe que lorsque je lui décline l'identité de celui qui m'a cooptée dans cet aréopage de célébrités triées comme des petits pois. 
Ah, mes amis, je me suis sentie jaugée et humiliée, comme si j'étais entrée en crochetant la serrure du vestibule. Certaines personnes savent vous mettre à l'aise, il n'y a pas à dire...Genre : nous ne sommes pas du même monde. Le fleuron contre la lie.  C'était comme si tout le poids de siècles de lutte des classes me tombait sur le râble en une minute.
J'ai savouré ensuite son discours au cours duquel, d'une voix toute miel, elle susurra dans son micro : « J'ai besoin de vous et de votre amour de l'art, pour que vive ce festival » Ah que c'était beau...la rose avait rangé ses épines. Elle flamboyait.

Heureusement, j'ai fait plus tard d'autres rencontres beaucoup plus enthousiasmantes, dont une merveilleuse sculptrice belge avec qui j'ai sûrement dû être soeur dans une vie antérieure. 
Lui ayant évoqué mon petit dialogue convivial avec A.F., j'appris que je ne devais pas me formaliser : tout le monde sans exception passait au laminoir de son sale caractère, de sa colère permanente de dogue allemand à qui on a volé son os. 

Je la plains, finalement. Que sait-elle de la douceur des choses ?




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12 juin 2018

Traces


- C'est joli ces traces légères sur le sable, Célestine... C'était où ?
Au pays des Thraces, justement. Là-bas, dans les Balkans,  où leurs vestiges vieux de plusieurs millénaires restent encore visibles, d'Egée au Pont-Euxin, du Danube aux Carpates...










La mer faisait des cloques de bulles, telle la bave d'un escargot géant, escamotant à mesure de mon passage les moulages fragiles de mes pieds... et je me mis à songer soudain à toutes ces traces subtiles ou diaphanes qui peuplent nos vies.
Un peu de lait ou de confiture sur la lèvre gourmande d'un bébé, les reflets irisés de l'essence dans une flaque... Empreintes de doigts, de pas, de roues dans le sable ou la boue... Herbe couchée après le passage du campeur.
Oreiller portant encore l'odeur des cheveux aimés au matin. Un peu de rouge à lèvres sur le bord d'un verre, un peu de cendre sur le tapis. 
Tous ces objets que nous oublions, comme autant de traces de notre passage, et peut-être notre envie de revenir. Un parapluie, un mouchoir, le stylo avec lequel, fébrilement on a griffonné un numéro sur notre bras. 
Notre émotion en retrouvant celles de notre passé, vieilles photos d'enfance, lieux parfumés de larmes ou de fous-rires, graffitis, coeurs entrelacés avec deux initiales sur un arbre, stigmates, vermoulures, fresques à demi effacées...
Indésirables parfois pour qui veut maquiller un crime affreux, et très moches quand on pose nos gros cacas de prétendus « civilisés » industriels, bidons toxiques, canettes plastiques sur la mousse tendre de la forêt ou sur la neige vierge des sommets.
Et si le temps laisse les siennes sur nos visages et dans nos âmes, celles que nous nous appliquons à laisser sont de petits morceaux de nous que l'on sème à la postérité comme des plumes au vent de l'oubli. Des lettres à plus tard. Des petits bouts de nos coeurs qui sècheront comme des fleurs entre les pages d'un livre. Chacun laisse sa griffe, sa marque, son estampille dérisoire ou futile au regard du cosmos. Certains grands de ce monde laissent une oeuvre, une conquête, ou un palais. Pauvres rois pharaons...
J'y pense, parfois, quand la mer me rappelle mon impermanence et ma finitude.  Que restera-t-il de moi ? Et de toi ?  Y penses-tu, aussi, à tes moments perdus ? Un peu d'écume sur la grève ?


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Musique: Lisa Ekdahl, Daybreak.