Sous-titre : l'humour est la politesse du désespoir.
Recette :
prenez une vingtaine de mots familiers de Noël.
Mélangez.
Obtenez un conte bien macabre.
Fête, sapin, étoile, huîtres,
guirlandes, boules, rennes, cheminée, lutins, traîneau, grelots, gui, neige, dinde,
foie gras, père Noël, cadeaux, bougies, lumières, cadeaux, champagne, houx.
***
Cette
année ça sent le sapin ! Tante Morticia a décidé de nous pourrir la fête
en faisant, entre le chapon et la bûche glacée, une crise de délirium très gros.
Son
dernier verre de Pernod elle l’a bien senti passer dans son foie gras tout
gonflé.
Ça l’a
envoyée tout droit à l’hosto, en coma éthylique dépassé. Un réveillon cinq
étoiles qu’elle nous a offert, la vieille, tu parles d’un cadeau ! Quand
on est arrivés, à minuit, on s’est fait enguirlander par l’infirmière de garde,
elle avait les boules parce qu’on
faisait trop de bruit dans les couloirs. «Debout les morts » ! braillait
Oncle Hermann qui s’était déjà jeté trois coupes de Dom Pérignon derrière le
nœud pap. « On va m’appeler le veuf Clicquot ! Hips ! »
Les
jumeaux Jap et Jan ont fait les lutins, avec leur Q.I. d’huîtres anémiées, ils ont allumé
des becs bunsen en guise de bougies. C’était beau, ces petites lumières qui
éclairaient le visage blafard de Morticia. Pendant
ce temps, cette dinde d’ Hérégonde accrochait du houx aux montants du
lit et enroulait du gui autour de la perfusion de la malade. Trop
tard ! Le sifflement bien connu de
la machine avait un son lugubre en continu qui ne trompait pas.
« T’as
l’air d’un renne avec ton nez rouge… Tu t’en es trop envoyé dans la cheminée,
ma vieille bique ! » A murmuré Hermann soudain morose comme un
traîneau vide sur de la neige carbonique.
Puis il
s’est secoué les grelots, et tout en fermant les yeux bouffis de la défunte :
« …
Allez, de pleurer, ça la fera pas revenir, six roses pour la cirrhose,
et champagne
pour les autres! C’est pas le tout, on a une bûche à finir »
Pour les Impromptus Littéraires.
¸¸.•*¨*• ☆














