20 décembre 2016

Petit conte horrible


Sous-titre : l'humour est la politesse du désespoir.




Six roses du foie

Recette : prenez une vingtaine de mots familiers de Noël.
Mélangez. Obtenez un conte bien macabre.



Fête, sapin, étoile, huîtres, guirlandes, boules, rennes, cheminée, lutins, traîneau, grelots, gui, neige, dinde, foie gras, père Noël, cadeaux, bougies, lumières, cadeaux, champagne, houx.

***





Cette année ça sent le sapin ! Tante Morticia a décidé de nous pourrir la fête en faisant, entre le chapon et la bûche glacée, une crise de délirium très gros.
Son dernier verre de Pernod elle l’a bien senti passer dans son foie gras tout gonflé.
Ça l’a envoyée tout droit à l’hosto, en coma éthylique dépassé. Un réveillon cinq étoiles qu’elle nous a offert, la vieille, tu parles d’un cadeau ! Quand on est arrivés, à minuit, on s’est fait enguirlander par l’infirmière de garde, elle avait les boules  parce qu’on faisait trop de bruit dans les couloirs. «Debout les morts » ! braillait Oncle Hermann qui s’était déjà jeté trois coupes de Dom Pérignon derrière le nœud pap. « On va m’appeler le veuf Clicquot ! Hips ! »
Les jumeaux Jap et Jan ont fait les lutins,  avec leur Q.I. d’huîtres anémiées, ils ont allumé des becs bunsen en guise de bougies. C’était beau, ces petites lumières qui éclairaient le visage blafard de Morticia.  Pendant  ce temps, cette dinde d’ Hérégonde accrochait du houx aux montants du lit et enroulait du gui autour de la perfusion de la malade. Trop tard ! Le sifflement  bien connu de la machine avait un son lugubre en continu qui ne trompait pas.
« T’as l’air d’un renne avec ton nez rouge… Tu t’en es trop envoyé dans la cheminée, ma  vieille bique !  » A murmuré Hermann soudain morose comme un traîneau vide sur de la neige carbonique.
Puis il s’est secoué les grelots, et tout en fermant les yeux bouffis de la défunte :
« … Allez, de pleurer, ça la fera pas revenir, six roses pour la cirrhose,
et champagne pour les autres! C’est pas le tout, on a une bûche à finir »




¸¸.•*¨*• ☆







18 décembre 2016

Les Fourmis









Les « il faut » sont de drôles d’oiseaux qui se perchent sur notre épaule dès le matin.
Leur chant est désagréable. Et insistant. Parfois même insidieux.
Nous avons tous nos « il faut ».  Et ils ne nous laissent pas en paix tant que nous n’avons pas fait ce qu’ils demandent.
Une espèce plus pénible encore, ce sont les « il faudrait ». Ils nous engluent dans une sorte de torpeur molle appelée procrastination. 
Mais les pires sont les « il aurait fallu » qui laissent planer au-dessus de nos têtes l’amer et 
entêtant parfum des choses devenues impossibles.
Ces derniers mois, j'ai eu trop de ces vautours chaque jour sur moi.

Mue par le besoin de me reconnecter à mes désirs, j'essaie de remplacer ces injonctions contraignantes par des  
« j'ai envie de » ou  « cela me ferait du bien de ». 
Aujourd'hui, par exemple, où la caresse d'un pâle soleil doux m'a incitée à partir à l'aventure. 
Nez au vent, j’ai eu envie de laisser mes pas guider mon itinéraire. Je me suis dit que cela me ferait du bien.
L'air sentait la gaufre chaude et la voix de Dean Martin enrobait les rues de la sirupeuse mélodie de mon jeune temps. Let it snow, let it snow ...
Comme vous y allez, il fait au moins douze degrés, comment voulez-vous qu'il snow ?...
Les yeux des enfants brillaient de leurs vacances toutes neuves.
 J'avais envie de sourire. J'ai rencontré Naïma qui était dans ma classe il y a deux ans. On s'est subjuguées mutuellement, moi par mes cheveux roux et elle par ses quinze centimètres supplémentaires. Elle m'a embrassée comme une brioche moelleuse.
J'ai bu un chocolat au Commerce. Mais trop de bruit, décidément. 
Je me suis posée un moment à la bibliothèque pour fuir l'agitation. La salle de lecture domine la rue par de larges baies vitrées ensoleillées. On y voit tout sans rien entendre, c'est délicieux.
Moment exceptionnel, baigné de lumière chaude, lovée comme un chat, lisant quelques extraits de  « Enfance » de Nathalie Sarraute.
Le bibliothécaire qui a l'oeil qui frise m'a encore fait ses compliments badins, de ceux qui réchauffent le coeur par leur sincérité timide.
J’ai opté finalement pour Les Fourmis de Boris Vian, un livre de nouvelles que je ne connaissais pas. La première est macabre au possible, mais drôle. Je riais sous cape, comme dit Superman.

Coïncidence, peut-être mue par un besoin cathartique, j’ai écrit un conte macabre et drôle, hier, le genre de truc qui te casse ton image, comme dit Souchon quand il veut du cuir. 
Ça vous dirait de le lire ?
¸¸.•*¨*• ☆


15 décembre 2016

Saint Martin Vésubie


Sous-titre: ballade des gens qui sont nés quelque part...









C'est un petit village adorable. Même en période de sècheresse,  là bas, les nuages font trempette dans la méditerranée, et puis ils prennent le funiculaire céleste et vont se rafraîchir sur les montagnes environnantes, ce qui provoque automatiquement chez eux un épanchement aquatique d'importance. 
Bref, il y pleut beaucoup. Il y neige aussi l'hiver.
Et comme le village est entouré de deux rivières...en conséquence, c'est toujours vert. 
On appelle cela les Alpes Maritimes. 
Délicieux oxymore géographique.




Photo Marie-France Mellone 




Ma mère la Niçoise a passé le plus clair de sa vie dans  cet endroit à la lumière exceptionnelle, dans cette maison dont je vous ai parlé ici ...






...à part dans la parenthèse où elle a suivi mon père pour son travail. Ils y sont revenus pleins d'usage et raison quand il a pris sa retraite. Pendant des années, Saint Martin a donc été pour moi synonyme de vacances, d'amours d'été, de montagne un jour et de mer le lendemain, d'insouciance et de bonheur.






Gabin y a tourné « le cas du docteur Laurent » et mon grand père était très fier de tutoyer Gabin, à l'époque. C'était l'histoire de ce médecin qui a lancé envers et contre tous, la méthode de l'accouchement sans douleur ...







La rue principale est ornée d'une magnifique rigole, que l'on appelle « le ruisseau ». 








« La maison du coiffeur » est la plus ancienne du village. Elle date du Moyen-Age.














La montagne y est somptueuse été comme hiver.










La mairie est un pur joyau de style italien...




Mon quart de sang rital vibre toujours quand j'arrive dans la région. Certains villages des alentours ne renient pas cette influence italienne ancestrale...






Vous avez peut-être entendu parler des loups du Mercantour, de la Madone de Fenestre ou de la Vallée des Merveilles... ce sont des sites très prisés par les touristes, les montagnards, les skieurs.
C'est une région vraiment magnifique, pleine de surprises et d'enchantement.
Chaque maison y murmure une histoire. Chaque arbre, chaque rocher me parlent.

J'éprouve une grande joie à vous faire partager un peu de ce joli coin de terre et de ciel, où mon cher père repose désormais. Je sais qu'il y est bien, bercé par les torrents et les abeilles. 

*



Allez visiter la galerie de Marie-France Mellone, talentueuse photographe du coin.
Pour en savoir plus: Saint Martin Vesubie le site de l'office du tourisme.
Et sur Wikipédia.
Musique : Yiruma, River flows in you


13 décembre 2016

Première classe






- Quel âge avez-vous, mademoiselle Célestine ?
- Dix-neuf ans, monsieur le directeur.
J'en avais dix-neuf, certes, mais avec mes tresses, ma jupe plissée et mon chemisier sage, j'en faisais seize. J'ai toujours fait plus jeune que mon âge. 
Je n'oublierai jamais son regard mi-amusé, mi-suspicieux, se demandant s'il pouvait vraiment confier une classe de trente élèves à une enfant. 
Je n'ai rien oublié, d'ailleurs,  de cette première année, l'odeur de la craie, l'accueil des collègues, mes déboires sentimentaux qui me faisaient parfois arriver en retard,  rougissante et essoufflée, l'indulgence un peu paternelle de ce sacré directeur, le prénom de chacun de mes premiers élèves... Leur regard clair. Leurs difficultés. Leur éclat de vivre. L' amour infini que je lisais dans leurs yeux, et qui me troublait, moi qui n'avais que huit ans de plus qu'eux. Comme une grande soeur... 
Aujourd'hui, j'ai rencontré Nancy, l'une de mes premiers petits schtroumpfs. A vrai dire, c'est elle qui m'a reconnue, elle servait les clients dans une boutique de confiserie où je ne m' attendais pas à un tel choc.
En un instant j'ai vu en superposition une petite fille vive et charmante, dont j'ai gardé une image très nette, et une femme épanouie qui m'a semblé avoir mon âge. 
Par quel sortilège le temps a aboli les écarts, comme faisant de nous deux amies heureuses de se retrouver ?
Elle était vraiment émue de se répandre en souvenirs et en compliments, les yeux mouillés.  Moi aussi, je l'avoue. Ça m'a touchée. Beaucoup. Comme à chaque fois que l'on a le coeur saisi par son passé. 

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10 décembre 2016

Coquin de Sor

Sous-titre : J'aurais pas dû écouter Sor, c'est malin.









Dis-moi, est-ce que tu pleures ? 

Dis-moi si tu laisses parfois les larmes,  ces perles d’eau douces ou amères,  dévaler tes joues en cascade, creuser comme qui rigole des rigoles de tes yeux à ta bouche qui s’entrouvre, accueillant du bout de la langue le sel de ton chagrin, ta joie ou ton émerveillement. Je ne pleure pas que de tristesse.
Mais quand la boue recouvre l’herbe, et puis l’injustice, et la folie, et toutes ces déraisons humaines où s’engouffre le mal comme un vent froid de tombe dans un tunnel... Ah, oui, faire péter la bonde, lâcher le barrage des conventions et des murs de pierres sèches dont on se barricade le cœur, les dénis, les forfanteries stupides, blindés dans le blockhaus de notre orgueil...comme si on était des super-héros...

T'es pas retourné, labouré jusqu’au tréfonds parfois, par les embûches de la vie qui t'ébahissent ? Quand tu entends une musique qui te déchire de l'intérieur, comme moi, ce soir. Ce putain de Sor me transperce. Mon père aimait Devos. Devos aimait Sor. Et moi j'aimais mon père.

Faut faire sortir le jus noir des rancunes, des peines, des désespoirs, des émotions. Sinon, jamais exprimées, ça te pourrit le corps de l’intérieur et ça ressort un jour en verrue, en furoncle, en abcès qu’on doit crever ou pire encore. 
Les larmes, c'est la douche de ton âme quand tout te sort par les yeux. C'est frais, c'est sauvage comme une averse de printemps. Tu sors de l'oeuf. En acceptant de montrer tes failles, ton humanité nue, sans fausse pudeur, tu te colmates. Pizzicato sur le violon du coeur.
Mais peut-être es-tu de ceux qui pensent que c’est faiblesse, enfantillage, aveu d’abandon misérable, lâcheté, dégradation de l’esprit... ou mode d'expression des crocodiles.
Si j'ai le choix des larmes, j'hésite pas.
Dis-moi que tu pleures aussi, quand t'as un trou béant devant toi.
Quand je suis triste, j'ai envie de consoler quelqu'un. 


Musique: études de Sor, Narciso Yepes.

08 décembre 2016

Toujours en vertu des grands principes

Sous-titre : Aimez-vous les uns les autres, à Clochemerle comme ailleurs. Et sans poil à gratter. En vertu des grands sentiments.





Cliquez sur l'image pour écouter la chanson


A la chorale, le chef de choeur a décidé de mettre au programme du concert de Noël la (vieille) chanson des Hermanos Rigual interprétée par Los Machucambos :
« Cuando Calienta el sol »
Seulement voilà : cette chanson du diable a reçu un veto de don Padre, elle ne pourra pas entrer à l'église, parce qu'elle parle d'un homme et d'une femme qui s'embrassent sur une plage... C'est pourtant un texte bien anodin, le style slow de l'été pour adolescentes romanesques pré-pubères.
Ouh! la la ! Pensez donc, mâme Michu !... et patati et patata, voilà les bigotes chères au grand Jacques les parangons de vertu, les duègnes qui s'avancent à petits pas et confondent l'amour et l'eau bénite !

Cuando calienta el sol aqui en la playa
Siento tu cuerpo vibrar cerca de mi
Es tu palpitar, es tu cara, es tu pelo
Son tus besos, me estremezco, oh oh oh

Je traduis pour ceux qui ne sont pas en ibère nation (de rien, le Goût, de rien)

« Quand le soleil chauffe la plage
Je sens ton corps vibrer autour de moi
C'est ta respiration, c'est ton visage, et tes cheveux
Ce sont tes baisers, qui me font frémir, oh oh oh ! »

A mon avis, ce doit être les « oh oh oh » qui posent problème...les anges qui soupirent, quel son affreux ! Vive le son du canon, c'est plus clair.
Et pourtant, quelle différence avec le cantique des Cantiques ? 

« Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche !
Tes caresses sont plus douces que le vin (livre I du Cantique des Cantiques )
Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de
Myrrhe, il va reposer entre mes seins. » (livre 5 du Cantique des Cantiques)

Tout ce pataquès pour une chanson de trois minutes en espagnol, à laquelle personne ne va rien capter, en fait, et qui parle juste d'amour...
« Je ne comprends rien à ce monde où l'on se cache pour faire l'amour alors que la violence éclate au grand jour » comme disait le grand philosophe du XX° siècle, John Les Nonnes.

Dans le même temps, Don Padre a protesté quand Peppone a voulu enlever la crèche de la mairie...Je trouve ça beaucoup plus grave. 
Que de querelles, bisbilles, noises, chamailleries, dissensions, litiges, différends...
C'est petit, tout ça. Tout petit. 
Moi non plus, je ne comprends rien à ce monde. 



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