15 juin 2016

Injuste




















Je n'ai jamais oublié le jour où Eliette Beauchamp, cette pimbêche mielleuse qui empoisonna ma classe de septième, avait caché dans mon cartable ses pièces en plastique (qui nous servaient à apprendre à compter la monnaie) pour me faire accuser de les avoir volées. Ou pire : quand un prof m'avait punie parce que j'avais trouvé la réponse à un problème et que j'avais osé dire que c'était facile... péché d'orgueil, sans doute. 
Une blessure terrible en tous cas. Quand tu essaies de faire de ton mieux,  c'est dur à encaisser.
Le sentiment d'injustice qui m'agita alors, me secoua de tels spasmes, et ma souffrance fut si terrible, que je n'en suis pas encore tout à fait guérie...
Je n'ai jamais supporté l'injustice. Devant tous les films où le héros est accusé à tort, manipulé,  roulé dans la farine, je pars en vrille, tel un Don Quichotte moderne. Et quand justice lui est rendue, j'éprouve une espèce de satisfaction béate.
Adolescente, j'aimais par exemple le comte de Monte-Cristo. Je m'identifiais tellement à lui, trahi par ses amis, accusé à tort, et emprisonné...J'aimais que la vérité éclate au grand-jour, et que les veules, les perfides, les affreux soient punis à jamais. 
Si tu ne viens pas à Lagardère...A moi comte, deux mots ! Courbe-toi, fier Sicambre ! et toutes cette sorte de choses... 

Maintenant, forte de ma vieille expérience, dans ma vie personnelle, je tente toujours de clarifier les situations avant de ressentir l'arbitraire douloureux d'une mauvaise compréhension. Pour me préserver. Parce que je connais la souffrance générée par les malentendus, les interprétations, les suppositions erronées. Et la sourde colère qui me trouble alors.
Je n'aime pas trop me plaindre, vous en conviendrez, je ne suis pas du genre Calimero, mais parfois, de vieux démons viennent me chatouiller, telle l'ombre d'Eliette Beauchamp. Et je sens ma gorge se serrer. Et mes poings dans mes poches.

Et quand se rajoutent les injustices dues à la folie des hommes, ou celles du destin...j'ai parfois envie de hurler comme une louve.



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13 juin 2016

Moskito




J'allais m'endormir, quand soudain...



- Dis-donc, sale bestiole, tu voudrais bien me laisser dormir ?
- C'est que j'ai l'instinct de survie, moi aussi. 
Et ma survie à moi, c'est de te pomper l'hémoglobine !
- Tu te rends compte que tes congénères et toi, vous êtes notre pire plaie ? On croit que l'extinction de l'espèce humaine sera due à la montée des eaux ou des intégrismes radicaux. Mais si ça se trouve, on va tous crever radicalement du Chikungunya.
- Pas mon problème.
- Tes cousins brésiliens ont même failli faire annuler les JO...ça fait causer !
- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Zika vous en prendre à vous-mêmes et à votre appât du gain ! Annuler ? ça me ferait rire...
- Mais enfin, vous êtes des monstres assoiffés de sang ! Vous  provoquez des millions de morts depuis la nuit des temps, avec votre sale manie de nous transfuser toutes sortes de saloperies...le palu, la fièvre jaune, la dengue, et maintenant le chikungunya...
- Vous vous êtes vus, vous, avec vos génocides, vos gaz moutarde, vos gaz sarin, vos bombes A, vos bombes H et tout le toutim ? Et tu crois qu'on en a pas marre, nous aussi ? Quand on ne sert pas de sandwiches aux grenouilles et aux caméléons, il nous faut subir vos pesticides, vos baygon jaunes, vos baygon verts, vos calandres et vos pare-brise ...

(Mince, j'avais affaire à un moustique connecté, qui avait réponse à tout...)
J'ai tenté un truc fou : 
- Faudrait qu'on fasse la paix, en fait...
- C'est ça, même pas en rêve !

Il mettait vraiment de la mauvaise volonté dans la négociation...Avec son vrombissement hargneux qui commençait à me crisper, je lui ai même trouvé un petit air mauvais et provocateur. 
Alors j'ai pris ma tapette à mouches, et j'ai fait mon impérialiste. 
Et bam !
 J'ai sûrement dézingué un innocent. Mais la vie est une dure lutte. 




10 juin 2016

Le bonheur est dans le sac





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Ce mois-ci, la consigne de Filigrane était d'écrire à propos de ces petits bonheurs qui étoilent une vie. Chaque retour à la ligne devant commencer par les lettres de l'alphabet dans l'ordre, en partant de la lettre que l'on veut...



Dans mon premier texte, vous reconnaîtrez peut-être un couple médiatique célèbre en son temps...
Le second puise à mes racines.



*

Acte I.
Ici




Alors Maryse, que nous proposez-vous aujourd’hui ?
Bonjour Pierre ! Aujourd’hui nous vendons… le sac à collecter les petits bonheurs !
C’est très bien, ça, Maryse, mais qu’est-ce que c’est exactement ?
Déjà, c’est un objet, vous en conviendrez, un objet charmant !
Eh oui, Maryse, évidemment, ce n’est pas un moulin à vent !
Franchement Pierre, vous êtes trop drôle !
Généralement, c’est effectivement ce que l’on me dit ! Alors, cet objet du jour ?
Ha ha ! Moi on me dit que je suis blonde, mais je le vois bien que je suis blonde, pas la peine de me le dire !…
Il y a des gens étranges, Maryse… mais nos téléspectateurs aimeraient savoir ce qu'il en est de ce très bel objet !
J’y viens, Pierre. Le sac à petits bonheurs est donc un sac, comme tous les sacs…
Logique !
Mais à l’intérieur, vous y placez délicatement tous vos petits bonheurs du jour.
Non ? Je pensais qu’on y mettait des boulons et des clés de douze…
Oh, Pierre ! Si vous m’interrompez tout le temps !
Promis je vous laisse parler, Maryse !  Alors ce sac ?
Que voulez-vous savoir, Pierre ?
Redonnez-nous son prix, par exemple…pour nos amis téléspectateurs.
Si vous voulez, Pierre.
Totalement, Maryse, totalement !
Un article que vous acquerrez pour la modique somme de…
Vite, dites-nous, Maryse ! On n’en peut plus !
Wouais ben, voilà, vous m’avez interrompu, j’ai plus envie de le dire ! Je m’en vais ! 
Ah ben ça alors, Maryse !





Acte II.
Là-bas




Ô le sac à petits bonheurs, aubaine des jours qui filent comme des trains.
Pour le remplir de la rosée du matin, et des nuages
Qui caracolent au-dessus des monts, là-bas, à l’horizon ouest…Je veux
Rougir tomate et rosir bonbon, en caressant ta peau tiède au réveil
Saisir la note bleue du bout des doigts en écoutant un air de flûte
Trembler en regardant la pluie étoiler les landes, et le givre emprisonner dans
Une gangue translucide et glacée les fils électriques.
Voir le ciel devenir orange ou violet sous l’orage.
Alors ouvre avec moi le petit sac à bonheurs, le sac à petites joies douces, gorgé de bière sombre
Brandis ton diamant à découper les nectars de l’instant.
Cramponne-toi aux ailes du vent des falaises, la cueillette est ébouriffante,
Désirs fous, parfums, odeurs de bruyère, couleurs éclatées, rouge sang des fleurs,
Elans, soupirs, frémissements.
Flammes qui dansent devant l’âtre sur un long tapis de laine de mouton noir, un tapis volant qui
Gravite, comme un vaisseau des corps célestes enlacés
Hé, toi qui sens le souffle des choses,
Indicible, ineffable, dans ton petit sac à bonheurs
J’ajouterais baisers et caresses, un petit coin de parapluie
La langueur des vagues océanes sur une verte plage d’Irlande
Mêlées aux sons troublants des Uilleann pipes.
N’entends-tu pas le long sanglot des cerfs qui brament, et mon coeur qui ne désemplit pas ?
Oh…le petit sac à bonheur…



09 juin 2016

Je jubile en juin



canicule on Behance:


La semaine dernière, rappelez-vous, je courais, Parc Monceau, sous une pluie froide emmitouflée dans mon écharpe. L'automne parisien collait à mes souliers.
Et puis l’été est venu me percuter de plein fouet ces trois derniers jours, sans crier gare. J'ai senti l'appel puissant de la mer. Je suis partie trois jours avec mon amie Chinou,  goûter le plaisir subtil de la Grande Bleue hors vacances scolaires. Avec Chinou, on s'est connues par blogs interposés. 
Partir en juin: un plaisir inédit pour moi, pauvre maîtresse d'école, enchaînée depuis toujours à sa fonction comme une moule à son rocher. 
Pour un peu, tiens, vous me plaindriez, je suis sûre...
Si vous saviez quelle émotion c'est pour une ex-dirlette, que de vivre pour la première fois un mois de juin sans stress. Sans évaluations, sans répétitions de la chorale, sans spectacle de fin d'année, sans dossiers d'entrée en sixième, sans élèves survoltés et collègues épuisés, sans commandes de matériel, sans organisation pédagogique de la rentrée suivante...J'ai une petite pensée sincèrement et complètement émue pour mes collègues restés sur le bateau, là-bas...Non, c'est vrai. Je compatis. Comment ça, vous ne me croyez pas ?
En juin, la plage est quasi déserte, surtout un mardi.  On trouve des places de parking sans peine. Les policiers ne verbalisent pas. Les commerçants sourient, détendus. Les moustiques, pris de court, n'ont pas eu le temps encore de planter la tente sur votre housse de couette.  



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Vert fluo
Vallée de l'Hérault
Vert jade et bleu de lin
Port Ariane
Bleu roi
Palavas les Flots
Bleu pâle et rose flamant
Etang du Mejean
Vert émeraude et bleu outremer
Plage de Maguelone






Rose fuchsia et corail
Fontaine Molière à Gignac
Ocre beige et bleu électrique
Place de la Comédie Montpellier
Blanc doré
Rue de la Loge

Noir ébène
Rue de l'Argenterie
Jaune paille
Place Saint Ravy

     
Gris souris et ocre brun
Eglise romane de Saint Guilhem le Désert

Vert pomme et blanc cassé
Saint Guilhem



Merci à Chinou pour avoir ajouté ses couleurs à ma palette.
Et ce matin, un clin d'oeil sur son blog de photos insolites... C'est chinouï, cette histoire !

05 juin 2016

Petits cailloux



Cliquez sur les photos pour les agrandir
Sur une plage du nord, des femmes, des hommes, des enfants attendent que l'on décide de leur sort. Comme des oiseaux migrateurs, sans ailes. Des êtres humains victimes de la guerre.
Le sculpteur syrien Nizar Ali Badr ramasse des cailloux. Et il invente des histoires qui parlent des souffrances et des joies, des  peurs et des espoirs des peuples obligés de fuir.
Avec mon amie Françoise, nous avons aimé cet art simple, profondément humain et empli de sens.
Découvrez sur son blog ses autres créations.









En racontant leur détresse, il semble nous dire :
« Chers Européens connaissez-vous vos richesses ? »


La Liberté

La Nourriture
L'Insouciance




L'Art
Les Vacances
La Santé



La Famille
Le Sport
L'Education
L'Amour
La Joie
L'Entraide




















Edit de 9:00:
Enthousiasmée par ces images, j'ai fait confiance à l'ami qui me les a transmises  sans vérifier leur source. (Oh l'erreur de débutante ! mais je crois mon ami de bonne foi, et lui aussi a été abusé) 
Il s'agit bien, en fait, de l'oeuvre d'un artiste syrien, j'ai rectifié et je m'excuse d'avoir véhiculé une information erronée. 
Le message de mon billet n'en reste pas moins le même: nous possédons des richesses matérielles et humaines inestimables dont nous ne réalisons pas toujours l'immensité.
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