15 mars 2016

Des frissons dans les doigts

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Chère toi, 

Voilà, j'ai réussi. Je suis allée au bout de ce pari fou, et tu as vécu l'aventure de bout en bout. Cela fait des mois que tu me supportes sans en avoir plein la caisse de mes états d'âme. Et ce n'est qu'un début : car je compte bien renouveler l'expérience de nombreuses fois.

Tu m'as soutenue, tu m'as aidée, et rassurée chaque fois que je t'ai prise dans mes bras. Comme si c'était toi qui m'avait prise dans les tiens. Tu as vibré en même temps que moi, quand je suis entrée sur cette micro scène d'une petite ville du midi où j'avais rendez-vous avec moi-même. Avec mes fragilités, mes craintes.  Mon léger manque de confiance en moi. J'avais tellement besoin de me prouver que je pouvais y arriver. 

Toi seule a senti les tremblements nerveux de mon corps agité de mille pensées effrayantes quand je me suis avancée. Tu as fait en sorte de couvrir un peu les premiers sons un peu hésitants de la première chanson. 
C'était « Nous dormirons ensemble » d'Aragon. J'ai été étonnée d'entendre applaudir les gens...Titre non prémonitoire: personne ne s'est endormi, plutôt bon signe !

Peu à peu, j'ai pris de l'assurance, ma voix s'est envolée et j'ai pensé à ma prof de chant, et j'ai souri, libérée, et j'ai vu le public conquis pendant « Les passantes » d'Antoine Pol, ou « Si tu t'imagines, fillette, fillette » de ce cher Queneau. 
Un programme difficile. Prévert par Montand, Apollinaire par Ferré, et puis Richepin, Desnos, Eluard, Boris Vian, Barbara, en tout dix poèmes mis en chanson... 

Le point d'orgue: Les oiseaux de Passage de Brassens. Un texte habité. Sublime. Je me sens tellement oiseau de passage, au fond...

Ce soir je te remercie. Sans toi, rien n'aurait été possible. Merci pour ce plaisir immense que j'ai éprouvé à chanter, merci pour ma peur évanouie, pour ces retours gratifiants d'après spectacle, au moment de partager le fameux apéro. J'ai encore de délicieux frissons dans mes doigts et dans mon coeur. Ma chère guitare...


¸¸.•*¨*• ☆



12 mars 2016

Nouvelle Star

Afficher l'image d'origineVedette, fragiliser, fortune, film, projecteur, fumé, paparazzi, fanfreluche, réputation, prétention, chanteur, oublier, local, gros, météorite, étoile, talent, chaleur, lumineux, diva,  barricader, moi.





Pour les Plumes d'Asphodèle




Elle sort, fébrile, du local de débriefing.
 Elle s’avance,  électrique, pas de fanfreluches, juste un jean très serré et un tee-shirt blanc, elle s’avance avec aux tripes son urgence de chanter. La chaleur des projecteurs la brûle. Pourtant elle grelotte.  Le trac la fragilise. Elle ne se fait pas de films. Elle ne veut pas devenir une diva.  Il y a trop de chanteurs de talent ici, elle n’a aucune chance.
Les jurés la regardent, non, la jaugent. Surtout Manoukian, celui qu’elle adore, et qui se dissimule derrière les verres fumés de ses lunettes..
Elle tremble. Elle aime bien Sinclair aussi. Elle craint Joey Starr. Elle trouve Elodie belle et mystérieuse. Elle ose à peine les regarder, tétanisée. Quelle folie ! Quelle prétention elle a eue de venir ici !

L’émission a la réputation d’être impitoyable : un vrai laminoir à espoir. Chaque jeune arrive là le cœur en bandoulière, barricadé dans ses illusions floues. Avec, incrustée au front, la phrase « Moi je vais réussir ! je vais être une vedette !»
A l’un d’entre eux,  peut-être, la fortune sourira,  telle une météorite fugace sous les flashes des paparazzi,  et sera probablement oublié dans deux ans. Et tous les autres immoleront, en cinq minutes, leur destin de futures stars sur l'autel des gros marchés de dupes médiatiques.

Mais elle,  son chemin est lumineux : elle veut juste chanter sa chanson et s’en aller comme elle est venue, en pente douce.

Elle attaque « Sound of Silence » Elle ouvre la bouche, elle ouvre sa colonne d’air, elle respire par le ventre, elle calme ses doigts sur sa guitare, ça y est, elle est partie, la chanson sort, se déroule, coule, belle, impérieuse, vulnérable, un peu cassée, sur le fil. Un pur moment de magie claire. C'est fini. Elle a tout donné. Elle palpite.

Et puis…Elle sursaute...incroyable…ils applaudissent !
Elle a réussi à conquérir le jury, Manoukian a des étoiles dans les mots. Sinclair est sous le charme, Elodie essuie une larme...Les compliments fusent comme de petits éclairs au chocolat, des douceurs de crème. Et Joey en personne lui donne son passeport pour le rêve. 
Mais soudain, elle sent un éclair blanc dans sa poitrine. Elle s'écroule sur sa guitare qui fait un bruit de tonnerre. Elle a seulement le temps de se dire qu'elle ne sera jamais la nouvelle star. 

Le producteur coupera son décès au montage. Trop voyeur. Mauvais pour l'audience.
Mais les journaux titreront sur elle, la petite étoile morte avant d'être née...


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09 mars 2016

Et soudain...



Et soudain…
Il aura fallu un échange de mails avec l’un d’entre vous, qui me mette un grand coup au plexus, au point que j’en ai vu des étoiles, pour que je réalise une chose toute bête : c’est vrai que je ne vous parle plus trop de moi…Enfin de ce qui m’anime et me fait vibrer. Ma famille, ma mère, mes enfants, mes passions...
 Pourtant, j’avais l’impression de n’avoir jamais arrêté, d’être toujours de fièvre et de miel, comme avant …Comme c’est bizarre, mon cher cousin…
Que s’est-il donc passé ?
Et soudain je réalise…
Je réalise que je continue à raconter ma vie, mais « là-bas, de l’autre côté ». 
Dans mon  blog « En cent mots ».
Je vous explique. Le 4 mai dernier, je me suis lancée dans une aventure, un marathon d’écriture, appelé « les 366 réels à prise rapide de Raymond Queneau » ou comment raconter chaque jour un peu de sa réalité, tout ça en cent petits mots.
Toute à la passion de mon défi, qui me pompe tant d’énergie, je ne me suis pas aperçue qu’ici, je tombais peu à peu dans le « général ou l’anecdotique » ayant tellement peur de vous gonfler par des redites intempestives…Oh la la...et si mon blog que j'aime tant était devenu un espèce de chronique bobo-intello ?
 J'ai simplement oublié que là-bas, vous n’étiez qu’une poignée d’aficionados à me suivre.
Alors aujourd’hui, alors que je viens de dépasser mon trois-centième réel, il est temps que je vous dise combien je suis toujours la même.
Je vais aller au bout de ce marathon, ça oui...
Et ensuite… vous ne serez pas déçus. D’abord, j’ai pris la décision d’éditer mes trois-cent-soixante-six billets. Pour garder une trace papier de cette aventure. Pour tous ceux qui voudront savoir  ce qui s’est passé dans ma vie tumultueuse pendant un an, et se connecter à mes états d'âme et mes émerveillements de petite fille... 
Pour les pressés, ou les curieux, vous pouvez toujours aller voir là-bas et remonter le fil du courant comme des saumons. J’y suis tous les jours, et presque à toute heure…
Et puis, comme avant, mes mots de fièvre et de miel retrouveront leur place ici. Une place qu’ils n’auraient jamais dû quitter.
Parce que je suis toujours brûlante et fantasque, passionnée et cyclothymique, subtile et bavarde, subtile et étourdie, désirable et inconstante. Une belle emmerdeuse, en somme.
Au bonheur de vous retrouver, ici, là-bas, partout où vous voudrez...

 Je vous aime, mes précieux…
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07 mars 2016

Mystère à Mers

Photo Andiamo

Mers les Bains. Vous connaissez ?  Haut lieu de la côte d'Albâtre. Une merveille architecturale au pied de falaises vertigineuses, face à une mer de jade. Une splendeur dont mon ami Andiamo vous parlerait des heures avec des tremoli dans la voix. 
Or un mystère aussi épais qu'un dictionnaire agite depuis quelques jours cette sémillante bourgade. 
Mystère dont les journaux, toujours à l'affût d'un truc fumant, se sont emparés avec la délectation d'un vautour fauve extirpant d'un bec goulu l'oeil d'un cadavre de hyène. Mais poursuivons.
Sur la falaise, vous n'êtes pas sans savoir que l'on trouve là-bas d'anciens blockhaus datant  de la dernière guerre, du temps où les allemands se planquaient pour jouer à cache-cache avec les mouettes.
Celui-ci, par exemple: 





Or, ne voilà-t-il pas qu'en une nuit, le vieux bunker se retrouve mystérieusement décoré de cette magnifique et très judicieuse fresque. Une adorable inconnue endormie, dans des draps blancs, sous sa chaude couverture en herbe,  symbole de la paix retrouvée et de l'innocence avec son nounours en peluche...



Je trouve ça très beau. On dirait moi, quand je dors...Oui je sais, je sais, je me la pète...j'aime bien...
Mais pourquoi,  au lieu de contempler ce pur chef d'oeuvre, le coeur empli de gratitude pour la main de cet artiste anonyme qui enjolive leur paysage et donne un cachet artistique à cette vieille casemate désaffectée ne rappelant que de mauvais souvenirs, les Mersois...les Mersiens...euh...les Mersiniens... (Andiamo, aide-moi !) ne pensent-ils qu'à retrouver le gars qui a fait ça, au point de diligenter une enquête de police et d'ameuter la presse nationale?
J'espère que c'est pour le remercier pour l'ensemble de son œuvre, et pas pour le mettre en cabane pour dégradation de monument historique...sait-on jamais, dans ce monde détraqué ?


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