18 décembre 2015

J'aime rire !

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Espoir, guimauve, comédie, musique, plage, liaison, mièvre, baragouinage, égalité, classique, chanson, inspiration, balai, essuie-glace, navet, louche, roman, abracadabrantesque, amoureuse et batifoler.


Pour les Plumes d'Asphodèle




« Sérieux s’abstenir ». 
Quand j’étais enfant, c’était le titre d’une émission fort drôle. Les sketches étaient parfois tirés par les cheveux, voire abracadabrantesques, mais on passait un bon moment en famille.
Mon père aimait rire. Il trouvait louches les  fâcheux qui rient chaque fois qu’ils perdent un œil, et se trimballent, disait-il, « avec un balai dans le cul ».
Oui, pardonnez-lui tant d’impudence, mon dabe puisait son inspiration picaresque dans la langue de Rabelais à égalité avec celle très fleurie de Frédéric Dard.
C’est en suivant son exemple que j’ai toujours aimé rigoler, et les gens qui savent me faire rire ont à mes yeux une grâce sans pareille.
Oh, certes, il m’est arrivé, par moments, de prendre l’existence comme une tragédie grecque, un drame classique à la musique languissante, telle une Walkyrie chevauchant de mornes plaines. J'ai traversé des plages sans mer qui ressemblaient à des déserts.  
Mais que c’est ennuyeux au bout d'un moment d’errer sans batifoler ! Alors, de plus en plus,  en vieillissant, je trouve plus sage de faire de la vie une comédie, un roman léger mais pas mièvre, et une chanson douce mais tonique sans être un navet à la guimauve.
En somme, je préfère les vaches qui rient aux Walkyries. Muahaha !

Je comprends qu'un Woody Allen ait eu plus d'amoureuses que ne le laissait supposer a priori son apparence physique.  Entre un  sketch de Devos, et le baragouinage verbeux et filandreux  d'un Finkelkraut, j'ai vite choisi.

On commence d’ailleurs à établir une liaison évidente entre le rire et la bonne santé, des études dignes d’intérêt le prouvent, comme en atteste cet article plein d’espoir : rire serait une thérapie imparable et à la portée de toutes les bourses, un prozac naturel et sans danger. On y apprend que les gens rient de moins en moins. On y trouve  la liste de toutes les vertus thérapeutiques dont ils se privent. Vous verrez, c'est étonnant. Alors, pour paraphraser un slogan célèbre :  « Riez ! Riez de ce que vous voudrez, mais riez ! »

En vérité, je vous le dis, à bon escient, le rire est un essuie-glace sur le pare-brise de la morosité.





Rire joyeux ou rire amer...à vous de choisir !

16 décembre 2015

Parachutes mordorés

Les fées de serre avaient allumé un soleil doux sur Lyon. 
Bien trop doux au regard des normales de saison, mais je n'ai pas réussi à bouder mon plaisir.

Et pour ceux qui marchent le nez en l'air, comme moi, le spectacle de rue était accroché au plafond céleste. 
Des dizaines de lampions multicolores balançant au vent telles de grosses citrouilles de satin, avec leur queue de comète en cordelette.
Comme une pluie de smarties  pour géants ou des montgolfières pour lilliputiens, alignées comme à la parade...
Comme un bouquet d'espoir et de magie qui m'a fait oublier les soldats en armes rue Victor Hugo...
En tous cas, c'est la première fois que j'aime des parachutes dorés...
C'était tellement joli que je voulais vous en faire profiter.


¸¸.•*¨*• ☆





13 décembre 2015

La puce à l'orteil

"C'est très intelligent, les pieds..."
Jacques Prévert


En enfilant mes bottines pour aller remplir mon devoir civique, j’ai ressenti une douleur fulgurante mais fugace dans le pied, plus précisément à l’orteil.
-L’orteil ? Oui, mais lequel ?
-Eh bien, euh…le…
Tiens c’est vrai ça, comment s’appellent-ils, ces doigts de pieds si utiles pourtant ? Je me suis empourprée, indignée : se pourrait-il que dans un monde où tout porte un nom, jusqu’au plus insignifiant astéroïde du fin fond de l’univers, certaines choses aussi banales que des... extrémités de métatarses dérogeassent à la règle ? A la place de ces appendices pédestres humiliés par tant de mépris, je déposerais un recours en justice à la cour européenne des droits de l’Orteil. Car il faut bien se rendre à l’évidence : les seuls qui portent un semblant de nom (mais en réalité, est-ce autre chose qu’un misérable sobriquet ?) sont le « gros » et le « petit ». Autant dire qu’ils sont largement discriminés sur leur apparence physique. 
C’est une honte, monsieur le président !
Et les trois autres autres alors ? C’est la lie du peuple ? Le Marais ? Le Tiers-Etat ? Le centre mou ? Les indécis ? Le modem du pied ?

Aussitôt, face à cette interrogation existentielle aussi urgente qu'angoissée, j’ai plongé dans les arcanes wikipediesques pour ne pas tarder à découvrir que, ouf ! ces mignons petits bouts de petons avaient tout de même un nom de baptême.
Hallux, Secundus, Tertius, Quartus et Quintus…
Ainsi, chaque été, depuis toutes ces années d'ignorance, j’enfile dans mes spartiates un quarteron de légionnaires romains et je ne le savais pas…
 Et comme à toute chose malheur est bon, j’ai appris de surcroît que j’avais le pied égyptien, de par l' alignement de mes orteils en ordre croissant de lune comme des poupées russes, il m’a semblé soudain que quarante siècles d’histoire me contemplaient du fond de mes chaussures
J’en ai éprouvé un petit rosissement de fierté.


En revanche, il paraîtrait, à en croire la médecine chinoise, que se cogner le tertius est signe d’inquiétude pour l’avenir…mais là, je ne vois vraiment pas le rapport. Sont fous ces Chinois !

¸¸.•*¨*• ☆

10 décembre 2015

Points de vue

Photo Katy L


Bébé
T’as vu, maman, comme ze suis grand ? Z’ai monté tout seul sur le banc et z’aime bien les gouttes dans mon cou qui me font des guilis…

Moi
C’est bien mon bébé, bravo ! Tu es champion ! Regarde l’arc-en-ciel comme il est joli !

Copine angoissée
Mais ça va pas non ? Tu n’as pas peur qu’il tombe ? Il va prendre froid, tu es complètement inconsciente ! Et s’il se prenait la foudre ?

Copain procédurier
Il n’est pas du tout aux normes, ce banc ! Tu devrais intenter un procès à la mairie !

Maire de la ville
Par mesure de sécurité, il est interdit de laisser les enfants grimper sur les bancs sous peine d’amende.
Bébé
T’as vu, maman, mon parapuie comme il est zoli ?


Moi
Oh oui, mon amour, il est magnifique ton parapluie !

Copine angoissée
Tu es sûre qu’il est aux normes ce parapluie ? Tu n’as pas peur qu’il se pince les doigts, ou qu’il se pique avec le bout pointu ?

Catalogue vitrine magique, page 169
Kit de sécurité pour bébé : chaussures à semelles antidérapantes, vêtements anti-allergéniques, rembourrés avec coques de protection en kevlar spécial genoux et coudes, casque anti chute, parapluie en plastique ignifugé avec fermeture de sécurité indéréglable et pointe protégée par une boule en caoutchouc.

Copain procédurier
Il faut porter plainte contre le fabricant de parapluie !

Maire de la ville
Par mesure de sécurité, les parapluies seront interdits.

Montaigne
Il est bon que l’on fasse trotter l’enfant devant soi pour juger de son train…N’escoutez les sophistes, leur savoir n'est que besterie, et leur sapience n'est que moufles, abastardissant les bons et nobles esperitz, et corrompant toute fleur de jeunesse.

Maire de la ville
Par mesure de sécurité, faire des enfants sera interdit.

Moi
Allez, viens mon bébé, on va manger une crêpe.

Copain et copine
Tu es sûre qu'elles sont aux normes, ces crêpes ? 

Moi
Oh mais...vos gueules les mouettes  !!!

  

07 décembre 2015

Médian et aérien

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Photo du net

Avez-vous déjà regardé le monde autour de vous comme si vous deviez le peindre? Avec le regard embrassant et aigu de l’artiste, saisissant, dans le moindre détail, la matière même de la vie ? Captant les nuances dans ce qu’elles ont de plus subtil et simple à la fois ?
J’aime l’infinie palette du monde. 

L’autre jour, au restaurant, j’observais, avec  le regard d’anthropologue d’un Renoir avant de peindre son déjeuner des Canotiers, un couple de splendides spécimens d’homo peniblus chiantissimus en train de faire devenir chèvre un pauvre serveur, en posant mille questions sur la carte, en refaisant les plats parce qu’il fallait à tout prix enlever tel ou tel ingrédient, ou changer avec tel autre, sous prétexte que la dame était végétarienne et que le monsieur avait du cholestérol.
Grosso modo, dans le coq au vin, il aurait fallu enlever le coq et si possible le vin…

Je n’aime pas les intégristes de l’hygiène de vie. Ils ont une courte vue.
Je fais attention un peu à ma ligne, mais j’aime mes deux trois rondeurs bien placées, et les sportifs de haut niveau, avec leur régime de spartiates, m’ennuient puissamment. Je ne suis pas spécialement carnivore, et je sais qu’il y a beaucoup trop de vaches qui pètent sur terre, et qui squattent les terres arables, mais quand je suis invitée chez des amis, je fais honneur à la blanquette de veau préparée avec amour. 
Je ne suis pas portée non plus sur l’alcool, mais je ne dis pas non à un verre ou deux de Saint-Joseph ou de Pommard en bonne compagnie.
Bref, vous saisissez l’idée générale. C’est comme pour l’art, la mode ou la littérature. Ou les nouvelles technologies.  De la mesure avant toute chose...
Attention, je vous entends d'ici: ça veut pas dire être mièvre, ou fade, ou pire : indécise ! Mais qui me penserait ainsi ?
J'ai juste envie de m'emballer pour des choses diverses et variées... Nuance!
J’aime ce qui me parle au cœur, ce qui me transperce d’un frisson de l’âme aux tripes, et si c’est Michel Sardou, eh bien, c’est Michel Sardou. Et pi c'est tout.
Les snobs aussi, m’ennuient puissamment. Les diktats me gercent. Les « must », les « in », les « incontournables »…

Ma grand-mère disait qu'il faut goûter un peu de tout, en évitant l’excès en tout. Ça me convient, moi qui suis une bonne vivante qui essaie de me garder en bonne santé.
Purée, heureusement qu’elle est morte, la pauvre. Si elle voyait ce qu’on voit…

 A table comme dans la vie, je marche sur mon chemin médian et aérien,  loin des monomaniaques et des intégristes de tout crin, et vraiment, je vais vous dire, je me sens bien, à ne pas me cantonner à une seule sorte de riz.

¸¸.•*¨*• ☆

04 décembre 2015

Apocalypse ? No !


Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part...
(St Exupéry.)





Cher Petit Prince,

Je ne te le cache pas, depuis que tu es reparti sur ta planète, la mienne est partie aussi, mais en quenouille, pour être polie. En quenouille complète. Et c'est dur, surtout ces jours-ci, alors que l'on ne parle que de ça, oui, vraiment dur de rester optimiste et espérant, sur fond d'apocalypses annoncées. On a beau retrousser ses manches pour tenter de réparer notre beau vaisseau bleu, il prend l'eau de toutes parts. On a beau transporter dans nos becs de colibris les gouttes d'espoir qui feront peut-être basculer les choses, bien plus sûrement en tous cas que si l'on ne fait rien, essayer de transmettre la beauté du monde aux enfants, les vraies valeurs et mettre de la magie dans chacun de ses gestes, on se fait moquer. Ou traiter d'inconscients. Pire, on ne se sent plus crédibles...
Tu serais ahuri, mon ami, toi qui mets tant de soin à t'occuper de ta rose, de voir ce que les hommes font de leur Nature Nourricière. Et combien ils ont oublié ton regard clair et tes aphorismes tous simples. Ils ne voient plus avec le coeur. Ils s'aveuglent. Ils s'emballent. Ils oublient leur humanité. Ils ne lisent plus Sénèque. Il poursuivent de vains desseins, s'entre-déchirent, s'oppriment, se haïssent, s'égarent, se corrompent, se tuent et courent après l'argent ou la gloire en oubliant où se trouve la vraie richesse. 
C'est la gabegie. 
Tu ne voudrais pas revenir un moment, leur dire qu'ils possèdent en eux des trésors de force et d'énergie qui leur vient tout droit des étoiles ? Leur parler des choses simples ? les aider à se souvenir des belles choses ?
Tu ne voudrais pas, toi, aller murmurer à l'oreille des "grands" de ce monde ? Les regarder droit dans les yeux et leur poser les questions qu'aucun journaliste ne leur posera jamais ?Aller dire à tous les businessmen, les Monsanto, les Mac Do et autres ravageurs d'humanité qu'ils empoisonnent bêtement mais méthodiquement la terre de leurs petits-enfants ? Leur demander comment ils parviennent à se regarder dans une glace en tant que grand-pères ?

Moi je t'avoue qu'aujourd'hui, j'ai une petite baisse de forme. La perspective de plonger dans d'abominables ténèbres ne m'emballe pas plus que ça...ne plus pouvoir aller voir mes enfants, ou mes parents, ne plus pouvoir ni leur écrire, ni leur téléphoner, ne plus pouvoir communiquer faute d'électricité, faute d'internet, rester plongée dans les affres de l'ignorance, et, si l'on en croit d'autres prédictions tout aussi abominables, être enfermée sous une burqa...Mourir de faim dans les décombres de nos vies ravagées par des cyclones, des sècheresses ou des inondations... J'ai vraiment raison de penser que la peur englue et immobilise. Tiens, rien qu'à penser à tout ça je reste prostrée. Avec l'énergie d'une huître anémiée. 
Mais ne t'inquiète pas, c'est passager chez moi...Demain, je repartirai à l'assaut des idées reçues du genre "tout est foutu, dormez, braves gens, le monde s'écroule et vous n'y pouvez rien."

Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part...quelle belle parole d'espoir et de lumière. 
Espérons que ce ne soit pas qu'un puits de pétrole. Mais plutôt celui dont un jour, un jour d'épaule nue, un jour couleur d'orange, jaillira la vérité.
Je t'embrasse, Blondinet. 


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