17 juillet 2015

La maison



La maison nous a vus grandir, mes frères et sœur et moi, et grandir nos enfants. Longtemps elle a été la maison des vacances, remplie de rires, de bruits joyeux, de patins à roulettes, de raquettes. On baignait dans un parfum de chèvrefeuille, de friture, d’ambre solaire. Mes souvenirs olfactifs sont intacts.
Et c’est une chose bien étrange que de revenir toute sa vie, année après année, dans des lieux hantés par son enfance. Surtout quand rien ou presque n'a changé. Bien sûr on a fait quelques travaux d’aménagement, de rénovation, d’isolation. Mais les meubles sont les mêmes, le vieux buffet du salon, le placard de la cuisine, si peu pratique et contre lequel maman râlait déjà il y a quarante ans, l’évier en porcelaine blanche,  la hotte au dessus de la cuisinière, dont mon frangin avait commencé à scier l'angle, un jour où il en avait eu marre de s'y cogner le front ! Le grenier de nos fou-rires. Le couloir sombre qui mène à la salle de bains. Et la grille du jardin qui grince toujours de la même façon...
Des milliers de petites madeleines de Proust qui titillent nos neurones et nous chatouillent comme des plumes sous le nez.
Certains objets, je les ai toujours vus là, témoins muets des événements... On dirait qu’ils se reposent, maintenant. D’où vient que l’on sente sourdre de ces vieux murs silencieux, une tristesse presque imperceptible ?

C’est comme si, après avoir vu naître tant de petits bonheurs en langes roses ou bleus, et tant d'émois adolescents, la maison, dans sa sagesse,  se préparait bien avant nous,  à accueillir pour la première fois, un peu de crêpe noir. Celui de la résignation devant l’inéluctable, celui des illusions enfuies. 
Comme si elle veillait à nous dire ce que nous nous refusons encore à considérer, accrochés que nous sommes aux odeurs sucrées de l'enfance.


13 juillet 2015

Astr'am

Tableau de Chinou
Il faut que vous le sachiez, mes amis. Ma première expérience d’intervenante en tant qu' astronome amateur (astr'am pour les intimes) a été un franc succès. Les auspices n’étaient pourtant pas au mieux de leur forme à la base : journée noire annoncée par bison futefute, météo d’enfer avec les températures idoines. Scrutation inquiète du firmament à peine légèrement agacé par une brume moite de chaleur, mais qui, si elle se prolonge, risque de compromettre grandement les choses.
Je prends la route direction Salon de Provence et là, première surprise : quid des bouchons annoncés ? Ça coule fluide comme dans un syphon débouché au Destop. J’arrive donc bien plus vite que ce qui était prévu par les branques de Rosny sous Bois.

Un mas dans les pinèdes. On est chez Giono. Chez Mistral. A l’intérieur, une formidable bibliothèque jouxte la cuisine. Le bonheur des papilles et du néo-cortex.
Les nourritures du corps et de l’âme dans un embrassement de regard… Je biche.
Je suis accueillie comme une reine, ce qui ne gâte rien.
La suite, c'est une soirée délectable, où je vais de charisme en sillage, à la rencontre des amis de mes amis. Mets délicats, vin généreux, mélopée lancinante des cigales, plus petites mais tellement plus bruyantes que celles en porcelaine décorant les façades. Chats  indolents qui se vautrent sur les sofas, sous la tonnelle. 
Là, tout n'est que calme et volupté…luxe, douceur et foie gras truffé.

Après les agapes, je sors ma guitare et d’une voix qui susurre j’entonne quelques airs connus du moustachu sétois. La mayo prend. Les convives reprennent en chœur les refrains. Je flashe sur Mumu, une fille pétrie de braise ibérique. Nous laissons tomber la nuit en douceur sur nos duos enflammés. Avec cette impression persistante de s’être connues à la communale.

Enfin, tels de grands enfants joyeux, nous voilà partis en rando nocturne jusqu’au champ où Pierre avait tendu des moquettes pour adoucir nos fesses. La végétation méditerranéenne tenant davantage du piquant acéré que du moelleux doucereux.
Et là, mes amis, j’emmène tout ce petit monde en voyage intersidéral, à l’aide de ma baguette magique à rayon vert lézard, euh…vert laser…je ne vous dis que ça. Une heure de pur bonheur.

Alors voilà. Si ça vous intéresse, je viens vous faire une lecture de ciel. Il me faut juste un ciel bien noir, sans lune, sans nuage et sans pollution, ni chimique ni lumineuse. Et une chaise pour poser mes fesses quand je chante.
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A Pierre, Sabine et quelques autres.

07 juillet 2015

Jubilacion

Je suis assez surprise de la diversité des réactions dans mon entourage quand j'ai annoncé que je me retirais gentiment mais sûrement de l'Eduknatt. Les plus surprenantes étant sans doute, pour moi, les mines défaites ou carrément attristées. « Tu es sûre ? » « Tu ne vas pas regretter ? » « Tu ne vas pas t’ennuyer ? »
Tssss…D’abord je ne me retire pas sur mon rocher comme un ermite. Mais seulement d’un métier prenant, usant, avant d’en être blasée.
Sans doute ne connaissent-ils pas assez bien ma fureur de vivre et mon goût de la découverte… Certes le travail est une reconnaissance sociale importante. Une manière de s’accomplir, de s’affirmer, de se positionner. Mais j’ai suffisamment travaillé, en amont, sur l’estime de soi et le développement personnel pour me sentir assez armée contre la mélancolie. Etre soi, c’est n’être ni un état-civil, ni une fonction, ni un âge.
Etre soi, c’est sentir ses globules faire leur footing permanent dans ses veines, leurs petites bulles d’oxygène sous le bras, et distribuer, tels de petits facteurs essentiels, l’énergie vitale à travers tout son corps.
C’est se sentir exister, vibrer, comme une fleur sur sa tige.
C’est s’ouvrir au vent de tous les possibles, et goûter avec frénésie et sérénité l’ivresse d’une liberté nouvelle.
C’est comprendre comme un signe la mort de mon amie. Juste ma dernière semaine. Un message si lumineux que j’en ai la gorge serrée. Elle est partie, je reste, je n’ai pas le droit de pleurer sur mon sort.
C’est une libération d’un carcan horaire, en essayant de ne pas s’enfermer dans un autre, par peur de l’  « ennui ». Me sachant contemplative et non hyperactive, j’ai envie de me faire confiance sur ce plan-là. Je ne me suis jamais ennuyée, à regarder une fourmi ou le vol des mouettes sur la mer, pourquoi commencerais-je ? J’ai envie de me câliner, me connecter à mes aspirations fondamentales, et pour ne pas me perdre, faire de ce temps qui m’est offert comme un présent, une recherche active et réfléchie de ma respiration intérieure, de ma vie profonde. En essayant de ne pas me perdre en chemin. Et surtout, j’ai envie de continuer à aller vers les autres, de goûter à l’existence comme à un fruit mûr, d’aimer à perdre la raison et tout cette sorte de choses.
Les Espagnols disent « Jubilacion » au lieu de retraite. Ils ont tout compris.


03 juillet 2015

Sans me retourner

Tableau : Evelyne Batier-Genève


29 juin 2015

Qu'elle est verte notre vallée...

Photo Walrus

Tu es venue comme d’habitude sans faire de bruit, sans prévenir. Oh, tu le sais bien, que tu ne fais royalement que ce que tu veux. Tu en profites, hein, de cette toute-puissance. Tu sèmes la désolation, le chagrin, le grand bordel chez ceux qui restent, et ton méfait accompli, tu pars en te glissant dans un souffle, ou dans un tuyau  d’hôpital. Tu es tapie dans l’ombre, et tu ricanes en cherchant sur qui tu vas fondre. Ça t’amuse, sûrement, de te faire les ongles sur ta sinistre faux.
Aujourd’hui, tu as choisi une amie de mon âge. Tu l’as balayée comme un peu de poussière d’or avec une paille. En trois jours. J'en ai été glacée jusqu'aux os.
On est vivant, et pouf, on est mort. Impensable. Et pourtant...
Tous les problèmes se délitent devant ta terrible logique.

On n’y pense pas suffisamment en regardant notre nombril. Rien n’est plus merveilleux que d’être vivant. Entre mes cils, entre mes larmes, j’ai eu envie de hurler. Et dans mon cri silencieux il y avait la rage sidérée contre l’absurdité. Le chagrin. Mais aussi la gratitude extatique de mon cœur qui bat toujours. Miraculeusement.

26 juin 2015

Vortex

En temps normal, tout enseignant plongé dans le mois de juin subit une poussée de haut en bas égale au poids des épineux dossiers qu'il lui reste à régler.
Mais pour une dirlette qui vit sa dernière année, ce principe d’archi-raide se voit accéléré dans un vortex-spatio temporel qui ne laisse que peu de place aux billevesées blogosphériennes...
La spirale des « dernières fois » s’enchaîne implacablement.
Les larmes coulent, les cadeaux pleuvent. Il me faut tenir le cap jusqu’au quai, quand mon esprit vagabonde déjà dans ma prochaine vie.
Les bilans et les projets s’entrechoquent dans ma tête. Bilan d'une carrière. Projets d'avenir. Convictions et incertitudes...

Demain, j’emmène mes élèves aux sources de l’humanité. Quelque chose me dit que cela va apaiser ce tapage.

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