Les traits du plafond descendent doucement vers lui comme un filet à papillon.
Il se sent comme pris au piège.
La voix du maître raconte une histoire d’oiseau qui s’envole de sa cage, une histoire de cage qui s’efface, de peinture et d’arc en ciel.
Le petit garçon mélange les histoires comme les couleurs de ses crayons.
Il dessine un oiseau dans la marge de son cahier de brouillon, à côté des multiplications, et l’oiseau, le bel oiseau bleu porte-plumes quitte les lignes Séyès et s’envole sur le rebord de la fenêtre, il a un petit œil doré de pigeon, et un grand sac de voyage sur le dos.
Et de belles plumes bleues un peu mâchouillées au bout.
Et le petit garçon arrondit sa bouche et le pigeon sourit.
Quelle différence y-a-t-il entre un pigeon ?
Viens avec moi, viens ! dit le pigeon.
Viens loin du sol, parsemer de vent les nuages, vient faire éclater tes poumons de l’air du vent.
Mais le petit garçon doit encore revoir sa conjugaison.
Je vais venir, je voudrais venir, je viendrai, je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.
Vingt culs ? dit le pigeon, peut-être pas, mais tu as la bouche en cul-de-poule, tu vas gober les moucherons !
Et le pigeon s’envole.
Pourquoi faut-il toujours que tout s’envole ? se dit le petit garçon.
-As-tu fini ta rédaction ? dit le maître.
Et le petit garçon se souvient que le sujet de la rédaction était le rêve.
A ma petite maman qui m'a donné depuis toujours le goût des belles histoires, et qui est repartie vaciller à l'hôpital...
En hommage à Robert Doisneau, Jean Rivet, Coluche, Jacques Prévert, Maurice Druon, Selma Lagerlöf, Richard Bach, Jean Richepin, Jean Cocteau et quelques autres grands poètes que j’aime.
Dans mon enfance, il y avait ce
merveilleux feuilleton, l'Âge Heureux, avec ces ballets de petites filles en
tutus égayés sur les toits et les coupoles de l'Opéra. Une féérie en noir et
blanc qui a gravé à tout jamais dans mon cœur des
sensations haletantes et un souvenir merveilleux.
Elles franchissaient, ces polissonnes
désobéissantes, une porte interdite restée malencontreusement (ou fort
heureusement ?) ouverte un soir de première, et découvraient avec des cris de
chouettes la splendeur d'un Paris nocturne et lumineux...je ne sais vous
décrire la poésie de ces images irréelles, de ce vol de danseuses se
dispersant sur les toits comme des lucioles en tulle blanc.
Vous imaginez, de nos jours, dans notre
monde de contrats d'assurances, procédurier et rigide, si des petites filles
couraient sur des faîtières en chaussons de satin, à cinquante mètres au dessus
du sol ? Tout bonnement impensable.
Delphine, l'héroïne, se faisait piéger
par la méchante Julie, qui refermait la porte d'un air mauvais en laissant
tomber la clé dans un seau de peinture blanche...
Il m'en est resté une grande
fascination pour les toits. Et pour tous ceux qui s'y promènent avec
aisance, moi qui ai le vertige en montant sur une échelle. Les couvreurs, les
ramoneurs, les hussards et les chattes (quand ils sont brûlants).
J'aime vraiment beaucoup les scènes de
films qui se passent sur les toits, du petit ramoneur espiègle de Mary Poppins
aux magnifiques toits de Paris d'Une vie de chat. Les délicieux frissons de
capes et d'épées virevoltant au-dessus du vide. Quand on tremble pour le
héros...
Un sentiment de liberté, sans doute. Un
symbole d'altitude, d'ivresse et de prise de risque. Avec en plus, le plaisir
d'embrasser les choses d'un seul regard et de se sentir, l'espace d'un instant,
roi ou reine sans couronne d'un monde prodigieux.
Ça ne vous indispose pas un brin,
cette sarabande événementielle dont on nous rebat les pavillons auditifs à
longueur d’année ? Epoque épuisante que celle-ci, vraiment, où l'on ne prend plus le temps de vivre, où l'on veut toujours ce qui n'est pas encore, et où les choses ont toujours
deux ou trois longueurs d’avance. ( Et encore, je crois que je suis en deçà de la vérité. Ces chers politocards ont entamé leur campagne électorale trois ans avant l'échéance...qui dit mieux ?).
Prenons Noël. Au hasard. Fête magique et étoilée s’il en est. Pauvres de vous, si vous vous avisez de préparer vos cadeaux fin novembre… vous risquez de ne plus trouver dans
la hotte les présents dont vous rêviez. Le
vieux passeur de rêves à barbe blanche, qui illuminait et transfigurait
votre salon pendant le sommeil des enfants ou l’insomnie des adultes,
n’est plus qu’un redoutable marketeur, qui prépare ses (mauvais) coups bien en amont. Eh oui, de nos jours, bon an mal an, Noël commence le
premier octobre. Ça me défrise. Le jour-même où nos grands
parents, jadis, faisaient la rentrée des classes, dans le calme silence d’un
petit matin frileux d’automne. Après un long été joyeux de pêche aux coques, de
confitures et de confidences.
Pour nous, pauvres victimes
consentantes (ou pas) du consumérisme de haut vol, les trousses et les cartables
débarquent début juillet dans les rayons, sitôt l’année scolaire terminée. Pas
le temps de se ressourcer, c'est déjà reparti !
Mais enfin, vous n'allez pas tout d'même pas avoir des envies de plage et de
soleil au mois de juillet ? Non parce qu'autant vous le dire tout de suite: il sera trop tard pour débarquer
chez « Des cats longs », le sein voluptueux et la fesse alerte, avec l'idée saugrenue de vous
choisir un nouveau maillot. Il fallait venir en mars, au moment où, derrière
les vitrines, de pauvres mannequins dénudés se pelaient les miches sous les
giboulées pour présenter la collection d’été. Les mêmes, d’ailleurs, se chopent des suées, sous des manteaux
de vison blanc pur synthétique, en plein cagnard. C'est que ma brave dame, un voyage au ski, ça se prépare dès l' août, foi d'animal, tout le monde sait cela!
Ô ! tempora ! ô mores !
ô ivresse et solitude du consommateur dans ces ténébreux égarements du calendrier...
Chaque année, c’est la même
chanson, l'éternel recommencement.
Mais je ne perds pas espoir. A force de prendre de l'avance, l’épilogue finira par arriver fatalement avant le
prologue, et le chat se mordra la queue. Peut-être, alors, tout rentrera dans
l’ordre, les reines tireront les rois le six janvier, et pis Fanny sera très contente.
Les vapeurs qui s'exhalent du fond des boulevards me noient dans leur fiel.
J'étouffe! Ça fétide, ça dioxyde, ça monoxyde, ça peroxyde. Je ne sais plus. J'ai oublié. Mes souvenirs s'entassent à l'entrée de mon cortex, dans un désordre indescriptible, cherchant à qui ils peuvent bien appartenir, comme des réfugiés massés dans une gare. Je ne parviens plus à les trier. Et mon cerveau, salle des pas perdus, des pas trouvés, résonne du frottement incessant de ces effilochements de mémoire qui s'accrochent, comme des lambeaux de peau morte, aux branches tordues de mon esprit qui divague. Je ne sais plus où je vais, dans ce Paris sournois où m'égarent mes pas. Sans bruit. Tout est en noir et blanc comme les cris urbains. Comme les trottoirs vides. Comme le coeur des hommes. Et je marche au passé.Et je marche au présent. Au hasard. Sans futur. Le nez sur mes DockMart's, grise comme le ciel, grise comme ma vie. Bleue comme ma douleur. Mais ni triste ni gaie. Paris est un cendrier et je suis consumée. Egarée. Ereintée.
Texte inspiré par la très belle photo d'Antiblues. Toute ressemblance etc etc...ne ferait que confirmer que tout est littérature...
J'observe ma maîtresse. Elle reste, de longues heures, assoupie sur sa méridienne de Greenwich. Je sais qu'elle s'est battue pendant trois jours contre une espèce de virus saugrenu, et qu'entre le sirop "qui fait dormir" et les pilules "à ne prendre que le matin sous peine de faire des bonds" son horloge biologique s'est un peu affolée. Mais ce n'est pas ça. Ce n'est pas non plus seulement la moite torpeur post-prandiale que vous nommez sieste.
Je crois qu'elle nous fait une crise d' introspection. Dans ces moments-là, en plus de comater sur le sofa, elle s'enferme souvent dans sa voiture, sa cage de farfadet, comme elle dit, bien à l'abri, seule, et elle médite longuement. Les embouteillages n'ont pas l'air de la déranger...
Elle pense à sa vie. Elle pense à son nombril. Elle a des milliers d'idées et de pensées qui traversent son esprit. Elle pense aux êtres qui l'entourent, à ses rencontres, aux relations qu'elle tissent avec chacun. Elle a l'air heureuse, et puis son regard s'assombrit. Et à nouveau, il s'illumine. Son visage semble une plaine de fin d'été où le soleil et les nuages se disputeraient la lumière. Elle trace mentalement la carte de ses espoirs et de ses doutes. Elle s'afflige et se réjouit.
C'est que dans les méandres de nos intériorités, le chemin n'est jamais tranquille. Certains événements extérieurs la contrarient ou la soucient, mais elle refuse désormais de s'en sentir responsable. Ce n'est pas sa faute si sa mère se retrouve à l'hôpital une nouvelle fois. Ce n'est pas sa faute si elle ne voit pas assez souvent sa soeur, ou ses frères. Si certains de ses amis ne donnent plus de nouvelles. Ce n'est pas sa faute si l'évolution de son métier s'éloigne de jour en jour de ses convictions profondes. Ce n'est pas sa faute si les gens en face d'elle réagissent par des émotions incontrôlables ou démesurées. Elle n'est responsable ni de la tristesse de l'un, ni de la joie de l'autre. Personne ne détient le pouvoir de faire naître des émotions chez les autres.
Elle n'est pas parfaite. Elle n'est pas toute puissante. Elle n'est donc pas coupable. Elle a le droit de se tromper. Elle s'accepte, elle s'accueille, elle se cajole, ça lui fait un bien fou.
Alors ce doux rendez-vous avec elle-même, je le sens, l'apaise et la fait progresser. Les orages professionnels s'éloignent. Elle se sent de plus en plus prête pour son changement de cap. Elle accepte mieux l'idée de vieillir. Elle ne se ronge plus de culpabilité pour des choses indépendantes de sa volonté. Le lâcher-prise détend ses os, ses ligaments, ses muscles. Elle n'a plus mal au dos ou à l'épaule. Elle est sûre que tout cela est lié. Ses boyaux ne se font plus des sacs de noeuds. Ses traits se lissent. La vie allume le feu en elle. Elle peut se tourner vers les gens qu'elle aime, vers ceux qui l'aiment. Certaines voix qui la font chavirer, certains êtres qui lui donnent de la lumière. Et cette lumière qui coule en son coeur, elle a envie de la partager avec ceux qui ne se sont pas ennuyés, à lire ce billet un peu "chiant" d'intime investigation, jusqu'au bout.
Allez, je vous laisse. Je crois qu'elle est contente que je vous aie un peu parlé d'elle. Je crois voir qu'elle vous sourit. Du coup, je vais peut être avoir double ration ce midi...
La prochaine fois, je vous raconterai ma tendre et douloureuse inclination pour la voisine d'en face, une belle minette des Chartreux hélas mariée à un Bobtail du Japon...mais là, j'ai vraiment plus le temps.
J'aurais aimé naître à Bora-Bora, dans l'air précieux chargé d'ylang-ylang et au son des tam-tams. Seulement, mes parents, qui n'étaient ni bobos, ni prout-prout, m'ont fait mes premiers guilis-guilis dans un boui-boui du quatorzième. Ce n'était pas Sing-Sing, quand même, bien qu'un peu cracra,
mais mon enfance s'est passée sans chichis, à manger du couscous et à jouer au
yoyo. Tonton Riri et Tata Zaza, pas fute-fute, m'ont élevé à coups de panpan-cucul :
pas question d'être gnangnan !
Heureusement, j'étais le chouchou de manman, et papa m'a appris
bien vite à faire le kéké avec des nanas un peu olé-olé.
Et puis un jour, je suis parti à Pago-Pago. Là, j'ai rencontré
une petite pépée toute mimi sous son bibi, j'ai aimé ses lolos, ses
frous-frous, elle a aimé ma gueule de titi, on a fait crac-crac.
Elle était pom-pom girl, je fabriquais des pousse-pousse, je lui
ai proposé une association fifty-fifty. Elle a dit tchin-tchin ! Mais un
matin, elle me dit, tout-à-trac : « Bye-bye, je vais danser le chacha à
Ngoro-Ngoro! »
Plus tard, à Baden Baden, je suis devenu toc-toc d'une baba russe nommée Zizi qui avait fui Zorzor après la révolte des Cocos. Elle promenait son
chow-chow et ses manteaux de fourrures dans une vroum-vroum dont
les initiales étaient « R. R. »
Je suis maintenant le roi du bling-bling, je vais mollo-mollo et
je thésaurise à qui mieux-mieux.
Les mots doubles m'ont toujours porté bonheur, j'en suis
gaga !
Quand ma bougie
vacillera comme dans les contes symboliques.
Quand mon corps presque raidi, sera devenu
camisole, avachi par la décrépitude et par un quotidien trop lourd.
Quand mes yeux
qui ont tant pleuré et tant contemplé, lutteront sans force pour rester ouverts.
Quand mes membres craquants comme des brindilles ne
me porteront plus. Quand de ma peau chiffonnée le sang se retirera.
Alors seulement je te dirai. Alors seulement
tu sauras.
Dans mon cerveau s’ouvrira une petite fenêtre de
projection.
Sur l'écran du souvenir défilera le plus beau
film qui fût. Un film en cinémascope. Un
truc à rendre zinzin Hollywood et Cinecitta. Un condensé d’extravagances et de
douces joies.
Le biopic d’une bergère naïve qui se croyait princesse, amoureuse
de rêveurs qui l’emmèneraient en escapade, comme on se prend le coeur dans
un tapis volant, sur le bleu velours sombre d’une nuit de Chine…
Je te dirai mes abandons sensuels, telle une tige un bambou ondulant au fil du vent qui passe, au fil des mains
qui pansent. Je te dirai en riant mes erreurs idiotes d’apprentie artiste, mon univers un peu lunaire. Ma fuite de ce monde aliéniste, outrageux, incompréhensible, dont la violence scarifia mon cœur par endroits comme des épingles rouillées. Mes espoirs de jardinière cultivant sans relâche des graines d'enfants.
Et ma maîtrise bien maladroite des déferlements
d’émotions, de désir, de révoltes qui agitèrent mon âme et mon corps de tremblements. Jusqu’à parfois
se demander si la psychose, ou un grain de folie, ne me grignotaient pas sournoisement la cervelle de
leurs dents de sabre. Comme des tigres furieux.
Tu sauras alors ma
recherche obsédante du bonheur. Dans chaque note de jazz, chaque étoile, chaque regard ami. Comme tout le monde ici-bas. Pour oublier le
malheur d’être simplement un homme ou une femme ordinaires, sur sur cette planète échouée sans conséquence...Un être humain aux poings serrés, impuissant. Absurde point de
suspension précipité dans un bain d' acide.
Pourtant, au dernier souffle exhalé de ma bouche, que tu abreuvas de tant
de baisers et de mots fous... je te dirai, la Vie, combien je t’ai aimée.
Les vacances se sont terminées en
apothéose avec un formidable week-end dans la ville de Guignol...
Quelle
merveille que cette ville, sous le ciel pur de cette saison hors norme !
Quel
bonheur que ces escapades, comme un grand coup de vent ravigotant dans les cheveux
...Peut-être un des secrets de mon éternelle joie de vivre, qui sait ?
J'aime
changer d'air. J'aime changer tout court. Tiens, vous ne l'avez peut-être
pas remarqué, mais j'ai passé un coup de peinture par ici...et j'ai refait la
déco. Ne sentez-vous pas cette délicieuse odeur de plâtre frais et de colle à
tapisserie ?
J'adore
depuis toujours déplacer les meubles, faire bouger les lignes, me renouveler
quoi... Et en ce début novembre, que peu à peu d'année en année je me
décide à ne plus détester autant, cela fait partie de ma stratégie. Ma stratégie anti-morosité. Lutter
contre le cafard pédalant du manque de lumière, avec l'énergie d'un soleil
intérieur qui ne me lâche pas...
Figurez-vous,
lecteurs chéris, qu'Olga Laxie me demande hier à brûle-pourpoint un ou deux
titres de films d'horreur, pour la soirée halloween de son ado de fille.
J'avoue que
malgré une descente rapide mais organisée dans mes souvenirs (avec piolet
et corde de rappel car il m'a fallu aller profond !) rien ne remonte
spontanément à la surface granuleuse de mon cortex embrumé...
Enfin, rien de
récent et de décemment épouvantable à proposer à une fille de quinze ans, mais
quinze ans de maintenant, de cette époque mirifique de ce début de siècle où
plus rien ne fait peur à ces garnements, habitués qu'ils sont aux effets
spéciaux gore en trois dimensions, et aux jaillissements d'hémoglobine à tous
les coins de jeux vidéo.
Il faut
dire que je n'ai jamais trop aimé ce genre de réjouissance. Je m'arrangeais
toujours, ado, pour avoir autre chose à faire quand on me proposait d'aller
voir ce bon vieuxFreddieet sa sympathique tronche d'écorché
vif en putréfaction. Ou encore La Nuit des Vers Géants...Quelle horreur
! (ah ben oui, c'est le cas de le dire, je suis bête...)
Alors moi
qu'un chat perdu fait pleurer, comme dit le poète... au prix d'un gros effort, j'extirpe
de ma mémoire refoulée quelques uns des plus effrayants souvenirs de mon
existence.
Mes
premières vraies chocottes remontent à Belphégorque je regardais furtivement et sans
permission, quand j'avais cinq ans...
Ma trouille
bleue devant lesEnvahisseurset leur auriculaire
hypertrophié.
AvecHitchcock, ses corbacks et sa
scène de la douche, j'étais au taquet, et le Silence des Agneaux,
que je n'ai pas vu, m'a donné des cauchemars rien qu'en écoutant un collègue de
boulot le raconter à la cantine entre la passecrassane et le reblochon.
Impressionnable, Célestine, hein...une vraie petite nature.
Il faut
dire que j'arrivais à me foutre les jetons toute seule sur mon lit avec des
nouvelles comme le Horlade
Maupassant, oula Peau de
Chagrinde Balzac, alors vous
imaginez...
Je ne vous
parle pas du clip de Mickael Jackson,Thriller,
et de son effroyable ballet de zombies...Tout ça n'avait à mon avis pour
but que de terrorriser les filles pour qu'elles se jettent dans les bras des
garçons. Enfin, moi, c'est comme ça que je le comprenais...
Bref, pas
de quoi impressioner la nymphette 2014 en recherche de sensations fortes.
Et puis, en
grattant bien, je me suis quand même rappelé avoir vu deux trois beaux
monuments dont je suppose que j'ai dû les enfouir au fin fond de mon
inconscient tellement ils m'ont glacée d'épouvante en leur temps.
Certains
devenus un peu anecdotiques par leur côté vraiment trop paranormal, commeAmityvillela maison du diable, oul'Exorciste,d'autres trop fantastiques par leurs effets
spéciaux absolument vomitifs, je pense àla
Mouche, sorte d'avatar
effroyable de laMétamorphose de
Kafka, ouAlien,bestiole mi-homme mi-machine qui
m'a empêchée de dormir pendant quelques nuits...
Mais à côté
du grand-guignol sanguinolent, dont les célèbresMassacre à la Tronçonneuse,Shiningoules Dents de la Mer, d'autres
films moins spectaculaires m'ont impressionnée bien plus fortement, en
triturant à l'acide les méandres honteux de mon cerveau reptilien, laissant
apparaître en moi, à mon grand dam évidemment, une fascination morbide
universellement partagée pour les choses indicibles en marge de notre
raison.
Je pense à
des chefs d'oeuvre du genre, Possessionde Zulawski, le célèbreRosemary's baby,Le Locatairede Polanski ou encoreles Diaboliquesde Clouzot. La palme du mal absolu revient pour moi sans conteste à l'ignoble, l'innommable Orange Mécanique, qui m'a laissée longtemps éperdue de terreur. J'étais trop jeune, et pas du tout préparée.
Le train
fantôme a encore de l'avenir. On aime se faire peur, c'est humain...
Ah, je vous
laisse, on sonne à ma porte... un Dracula de moins d'un mètre de haut et une
Momie sur le retour me réclament des bonbecs à grands hululements sinon je vais
périr dans d'atroces souffrances...
Asphodèle revient enfin avec un thème très fécond, puisqu'il s'agit de complicité. .. Regard,secret, main, larrons, tiroir, drap, couverture,partager, (se) tramer, connivence, confident, bêtise, proche, rival, neige,empathie, ensemble, amants,nacrer,nomade, noir.
***
Ah, mes fidèles confidents, laissez-moi donc vous narrer la désagréable mésaventure qui m’est
arrivée dernièrement.
Imaginez-vous,
donc, que je me suis retrouvée soudain
dans le box des accusés, au fond d’un lugubre tribunal de province chichement
éclairé.
-Mais enfin, que me reproche-t-on ? M’entends-je
bafouiller d’une voix mal assurée.
Le président me lance un regardnoir. Il s’adresse au procureur qui entame alors une
impressionnante diatribe.
« L’on vous accuse…Euh…l’on vous accuse
de troubler l’ordre public. Parfaitement. Par vos écrits subversifs et
sulfureux. Votre… blog... (à ce mot, le président esquisse une moue
nauséeuse comme s’il s’agissait d’une crotte de nez collée sur son calepin)... ce
blog dont vous êtes si fière, n’est qu’un ramassis de bêtises, voire d’inepties
sans nom. D’incitations à la rêverie, au farniente, à la gourmandise et toutes sortes de péchés capiteux.
-Mais, monsieur le Procureur…
En outre, vous faites preuve d’un insupportable
narcissisme, un égotisme échevelé qui frise l’indécence, allant jusqu’à étaler pleine page vos
yeux de poisson mort et vos cheveux teints. Affirmez donc, après cela, que vous ne cherchez pas à tirer à vous la couverture ! Je
vous demande un peu, mesdames et messieurs les jurés, si vous trouvez cela
correct, cet aguichage permanent, et cette
connivence que l’accusée établit avec
ses lecteurs…poussant l’empathie, qui sait, jusqu’à partager leurs secrets de draps et d’alcôve…Cela, bien sûr, si l’on doit en
croire les commentaires de certains de ses aficionados les plus proches, qui s’entendent comme de sacrés larrons, à
moins que ce ne soit qu’une façade pour mieux évincer chaque rival…
-Mais…monsieur le Président…
-Vous tramez, dans votre officine de bas étage, des textes
parfaitement malséants que vous ne sortez de vos tiroirs que pour inciter le peuple à réfléchir, sur les problèmes d'éducation ou d'écologie, et, pour exciter les folliculaires, vous
osez émettre des « opinions » sur des sujets aussi divers qu’épineux, alors
que vous savez bien que c’est parfaitement interdit ! Vous écrivez des billevesées
sur la magie des flocons de neige, les galaxies lointaines, les fils d’araignée que « nacre le soleil
frémissant de l’aube », et autres calembredaines qui se veulent poétiques
ou spirituelles, évanescentes en un mot…mais, tombant dans une pathétique
dichotomie bipolaire, vous vous mettez soudain à
parler avec virulence dans une langue fleurie de mots grossiers à la Frédéric Dard,pour fustiger à corps et à cri une vénérable institution nommée Eduknatt...à moins que, comble du ridicule, vous ne grattiez votre guitare pour faire semblant de chanter et arracher les oreilles des passants…
Qui croyez-vous duper, mademoiselle Troussecotte? Nous savons bien, nous,
que tout cela, ce ne sont que codes et noms d’emprunt, dissimulant une
redoutable organisation anarchiste sur laquelle, heureusement, nous avons mis
la main…
-Mais…mais…
-Cessez donc de bêler comme une bique ! Je
n’ai pas terminé !
Pour
finir, donc, votre blog n’est en réalité qu’un sombre repaire d’amants de Vérone, de fleurs du mal, d’oiseaux nomades ou de visiteurs du soir. Vous y usurpez des
identités variées, capitaine de bateau, maîtresse ou violoniste. N'importe quoi, vraiment! Vous y fomentez sans cesse la révolution. Vous y distillez des idées de paix et d'amour parfaitement incompatibles avec la logique implacable du monde actuel. Le simple fait que vous vous réclamiez de dangereux
complices comme Pierre Dacque, Boris Viyand, Léof et Ré, Georges Brassince, Ray Monqueno ou Zazie Danlemétro, et Jean Passe... prouve définitivement
votre culpabilité. Je requiers la peine maximale, et vous condamne à être enduite de sel et léchée par une chèvre jusqu'à ce que mort s'ensuive.
La parole est à la défense ! »
C’est à ce moment-là que je me suis réveillée,
évidemment. Je ne doute pas qu’ensemble ou
séparément, vous auriez quand même trouvé deux ou
trois arguments pour m’éviter la corde. Enfin, le supplice de la bique, je veux dire. ^ ^ Photo du net