Lundi 2
Le bateau a vogué toute la nuit. Quel bonheur de dormir bercée par le ronron du moteur. Cela m'a ramenée à des plaisirs d'enfants, quand mon frère et moi nous partions pour de folles aventures dans notre lit, qui devenait navire. Hier soir, on a passé l'écluse d'Esna, et nous étions sur le pont pour admirer le savoir-faire des mariniers. L'air était très doux, le vent délicieux, et les lumières de la ville scintillaient.
Au matin, nous étions à Edfu, où nous attendait le Temple d'Horus, le dieu-faucon. Une star absolue au panthéon égyptien, cet Horus. Son épouse Hathor, la déesse aux cornes de vache, trône en bonne place à ses côtés. Par une de ces magies du quotidien qui n'apparaissent qu'aux regards attentifs, un vrai faucon s'est mis à tournoyer au-dessus du pylône. Clin d'oeil temporel de toute beauté. Mais qui l'a vu ?
Et puis, le lent voyage à fleur de Nil a repris. Le ciel s'est voilé légèrement, permettant de mieux distinguer les abords des berges, les troupeaux de buffles, les pêcheurs, les felouques, et ce groupe d'enfant qui nous ont fait de grands signes en souriant : très émouvant.
Vers 17 heures, nous accostons à Kom-Ombo, dont le temple domine la rive. On s'y rend à pied, pour une visite superbe au soleil couchant. Le temple est dédié à Sobek, le dieu crocodile, et à Haroëris qui est en fait...un des nombreux noms d'Horus, toujours lui !
Ici, deux choses attirent mon oeil : la description des instruments médicaux, impressionnante, qui prouve que les Egyptiens étaient très avancés scientifiquement, et savaient par exemple pratiquer des césariennes, des curetages, des ablations et des accouchements aux forceps.
Et le nilomètre, sorte de puits dans lequel le grand prêtre descendait pour mesurer la hauteur du Nil et calculer, en fonction de celle-ci, celle des impôts.
Il reste que les visites nocturnes ont quelque chose de féerique, comme si les âmes flottantes des Anciens étaient plus sensibles à la nuit tombée.
Le musée du crocodile, en contrebas du temple, ne m'a pas laissé, en revanche, un souvenir impérissable. Voir tous ces sauriens empaillés, ayant plutôt, pardonnez-moi l'image, l'apparence de gros étrons humides, m'a plutôt soulevé le coeur. Même si les momies de crocodiles m'ont quand même fait sourire. J'ai préféré sortir et croiser le regard profond d'un enfant qui vendait ses babioles avec application, comme s'il s'était agi de trésors précieux. Son sourire m'a transpercée.
Au retour à bord, nous avons eu droit au cocktail de l'équipage, suivie d'une soirée barbecue au bord de la piscine. Demain, nous serons à Assouan.
(A suivre)
































