Il y a un an, presque jour pour jour, on était le neuf, je m'apprêtais à partir voir mon père qui était à l'hôpital.
J'avais à peine passé les portes de ma ville que je reçus un coup de téléphone m'annonçant qu'il n'était plus. Il avait quitté cette vallée de larmes après son petit déjeuner, demandant aux infirmières de le laisser seul. Ainsi font les vieux éléphants quand ils sentent leur heure arriver.
Je n'oublierai jamais ce trajet long de quatre cents kilomètres, seule dans ma cage de farfadet *, le coeur baigné de tristesse et le visage bouffi de larmes.
Je n'oublierai jamais les pensées qui me traversèrent comme des aiguilles durant ces longues heures qui me rapprochaient de mon père, endormi à jamais, parti, disparu, envolé, je n'arrivais pas à prononcer le mot « mort », pour moi c'était inconcevable. Je n'oublierai jamais son dernier visage, apaisé, avec ce petit sourire caustique qu'il a toujours eu...
Ni l'enchaînement implacable des événements qui devaient se succéder le jour de l'enterrement, mais aussi durant les longs mois suivants. De longs mois de difficultés et surtout d'emmerdements tous azimuts. Délices administratives que vous connaissez déjà ou que vous connaîtrez un jour, venant enfoncer leur dard dans le chagrin, comme s'il y avait besoin de ça pour « faire le deuil »...
Mais fait-on jamais complètement le deuil d'une part de soi aussi importante ?
Peu à peu, quand même, j'ai remonté la pente. J'ai passé les sept étapes dont parlent les psychologues, une à une. Choc, déni, colère, tristesse, résignation, acceptation, reconstruction...
L'onde de choc s'est ralentie, espacée. J'ai recommencé à sourire, puis à rire, bien que la tristesse soit quand même quelque chose de terriblement prégnant, comme un truc qui colle au fond de la casserole...Mais souvent, je parle à mon père, et souvent on se marre, connectés en wifi céleste. Parfois je sens même ses grosses mains me frôler.
Pour autant, depuis quelque jours, je ne vous cache pas que je ne vais pas trop bien. Comme si ce premier anniversaire ressemblait à une sorte de « réplique » selon le vocabulaire des séismes.
Je me sens fragile, faible, comme amoindrie, avec un besoin immense de douceur, de chaleur, d'amitié, d'amour...En recherche incessante d'une épaule compatissante, d'une oreille attentive pour endiguer ces débordements émotionnels, ces flots, ces vagues qui me dévastent. En demande de caresses d'âme. Je pleure pour un rien...Je suis à fleur de peau.
L'ouragan antillais, étrange coïncidence, percute douloureusement mon coeur depuis hier. Sans parler de mon lot de petites contrariétés ordinaires et de gros remue-méninges existentiels qui accompagnent constamment cette satanée hypersensibilité si handicapante parfois...Je crois qu'il me manque, tout simplement. Et tout douloureusement.
Il est probable que désormais, chaque année, à la même époque, je traverse longtemps un champ d'astéroïdes perturbants. Mais il paraît que le temps adoucit tout...
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* J'avais expliqué dans un billet que c'est ainsi que je nomme ma voiture...
Musique : You're just a ghost, Thomas Enhco.






