08 septembre 2017

Comme un ouragan































Il y a un an, presque jour pour jour, on était le neuf, je m'apprêtais à partir voir mon père qui était à l'hôpital.
J'avais à peine passé les portes de ma ville que je reçus un coup de téléphone m'annonçant qu'il n'était plus. Il avait quitté cette vallée de larmes après son petit déjeuner, demandant aux infirmières de le laisser seul. Ainsi font les vieux éléphants quand ils sentent leur heure arriver.
Je n'oublierai jamais ce trajet long de quatre cents kilomètres, seule dans ma cage de farfadet *, le coeur baigné de tristesse et le visage bouffi de larmes. 
Je n'oublierai jamais les pensées qui me traversèrent comme des aiguilles durant ces longues heures qui me rapprochaient de mon père, endormi à jamais, parti, disparu, envolé, je n'arrivais pas à prononcer le mot « mort », pour moi c'était inconcevable. Je n'oublierai jamais son dernier visage, apaisé, avec ce petit sourire caustique qu'il a toujours eu...
Ni l'enchaînement implacable des événements qui devaient se succéder le jour de l'enterrement, mais aussi durant les longs mois suivants. De longs mois de difficultés et surtout d'emmerdements tous azimuts. Délices administratives que vous connaissez déjà ou que vous connaîtrez un jour, venant enfoncer leur dard dans le chagrin, comme s'il y avait besoin de ça pour « faire le deuil »...

Mais fait-on jamais complètement le deuil d'une part de soi aussi importante ?
Peu à peu, quand même, j'ai remonté la pente. J'ai passé les sept étapes dont parlent les psychologues, une à une. Choc, déni, colère, tristesse, résignation, acceptation, reconstruction...
L'onde de choc s'est ralentie, espacée. J'ai recommencé à sourire, puis à rire, bien que la tristesse soit quand même quelque chose de terriblement prégnant, comme un truc qui colle au fond de la casserole...Mais souvent, je parle à mon père, et souvent on se marre, connectés en wifi céleste. Parfois je sens même ses grosses mains me frôler.
Pour autant, depuis quelque jours, je ne vous cache pas que je ne vais pas trop bien. Comme si ce premier anniversaire ressemblait à une sorte de « réplique » selon le vocabulaire des séismes.
Je me sens fragile, faible, comme amoindrie, avec un besoin immense de douceur, de chaleur, d'amitié, d'amour...En recherche incessante d'une épaule compatissante, d'une oreille attentive pour endiguer ces débordements émotionnels, ces flots, ces vagues qui me dévastent. En demande de caresses d'âme. Je pleure pour un rien...Je suis à fleur de peau.
L'ouragan antillais, étrange coïncidence, percute douloureusement mon coeur depuis hier. Sans parler de mon lot de petites contrariétés ordinaires et  de gros remue-méninges existentiels qui accompagnent constamment cette satanée hypersensibilité si handicapante parfois...Je crois qu'il me manque, tout simplement. Et tout douloureusement.
Il est probable que désormais, chaque année, à la même époque, je traverse longtemps un champ d'astéroïdes perturbants. Mais il paraît que le temps adoucit tout...


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* J'avais expliqué dans un billet que c'est ainsi que je nomme ma voiture...
Musique : You're just a ghost, Thomas Enhco.

04 septembre 2017

A bicyclette


« On était tous amoureux d'elle 
On se sentait pousser des ailes 
A bicycletteeeeuh...»




Alceste à Bicyclette, excellent film...











Je vous ai déjà dit mon bonheur d'aller à bicyclette, la jambe légère et l'oeil polisson ? Ah...la campagne à bicyclette ! 

Cheveux au vent, comme dans les films de Rohmer ou de Claude Sautet, pas de casque surtout, c'est trop moche, ça fait une tête de martien globicéphale, horrible ! Tant pis, je mourrai d'une affreuse fracture du crâne, les os pilés, fauchée dans la beauté tragique de ma jeunesse ensanglantée...
Mais...ah ! Suivre de petits chemins herbeux le long des étangs vaporeux, comme ceux de l'île de Ré, bordés d'oyats et de roseaux, croiser Alceste sur son vélo un peu amoureux de  Lucia. Ou Francesca. J'ai oublié. 
Sentir le vent dans la cotonnade légère de mon corsage, et le soleil brûler mes cuisses...
 Chanter Paulette avec Montand, suivre Catherine, Jules et Jim dans la fraîcheur des fougères d'une forêt de hêtres ou encore Antonella Lualdi au crépuscule flambant d'une falaise noyée de brume rose.
Aller à un rendez-vous secret, sur une plage déserte...Poser son vélo contre une cabane en bois peint, le coeur ivre de promesses.
Que voulez-vous, j'ai le vélo cinématographique et la pédale romantique...

Mais en ville, c'est une autre histoire, une quête du graal, un parcours de santé, un chemin de Damas...
En fait, je cherche une ville dont la bicyclette serait vraiment la petite reine, voyez-vous. On est en deux mille dix-sept. Il serait temps que les bouffis qui nous administrent sortent de leurs 4X4 et réalisent que c'est notre tour : après des siècles juchés sur des vélos, les Chinois nous ont refilé le guidon. S'ils découvrent la bagnole, cela signifie que nous devons impérativement redécouvrir le biclou. Sous peine de mourir peu ou prou dans d'atroces souffrances, asphyxiés par nos déjections atmosphériques carbonifères.
Je cherche une ville où je pourrais relier un point A et un point B sans risquer de me faire couper en rondelles comme un saucisson d'apéritif ou tailler un mini-short à chaque carrefour.
Une ville idyllique où les pistes cyclables seraient de beaux rubans verts dignes de ce nom, où les autorités compétentes prendraient au sérieux les considérables avantages de cette magnifique invention vélocipédique, en matière d'écologie, de santé publique et d'économie. Où les lobbyistes de l'automobile seraient sommés de se rendre sine-die sur l'île de Mykonos pour y être admirés par les gens du cru, voire plus si affinités...

Vous me le diriez, lecteurs adorés, si cette ville existait, hein ? Vous ne laisseriez pas votre pauvre Céleste dans l'ignorance, quand même... 


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Musique: Jef Neve, Home session





02 septembre 2017

Rêves en stock

A Pierre, dont le titre « Rêveur en panne »  est beau comme une chanson de Bashung, et m'inspire quelques réflexions en vrac. Vous trierez.












Les rêves sont d'étranges oiseaux qui naissent d'un regard, d'un tremblement de cil, d'un bruit de cascade. Ils se nichent en ton coeur tels des souffles d'air frais. Ils frémissent sur les filles électriques, dans les plumes des hirondelles, ils courent dans les rues, sur les pierres brûlées de soleil, sur les feuillages luisant d'orage. Ils éclosent dans les fleurs des champs, ou dans un morceau de guitare. Tout est bon pour faire le nid d'un rêve.
Une parole entendue à la radio, un livre lu sur un banc, une phrase griffonnée à la hâte sur un mur d'usine. Et comme le quartz d'une pendule, quelque chose d'unique se met à vibrer en nous. Irrésistiblement.
Vivre sans rêves est impossible. Ce serait comme t'écraser sur le sol, avion anéanti par la pesanteur d'une tonne de glaise, figé. Vivant et mort à la fois comme le chat de Schrödinger...

Ce monde n'est qu'un songe où tout n'est qu'illusion, j'en suis intimement, définitivement et inexorablement persuadée. Un reflet dans un miroir, une caverne de Platon aux ombres dansantes. Un jeu de scrabble absurde où oxygène et asphyxie rapportent le même nombre de points, sur un plateau géant où les maux comptent triple. Une convulsion permanente.

Alors rêver, c'est survivre à toute cette incohérence. C'est donner du sens, du désir, cette énergie vitale qui te meut et t'émeut au plus profond. Tu ne sais pas pourquoi. Tu te mets à suivre une inconnue dans la rue, tu décides de partir, ou tu fais une chose que tu n'avais jamais faite, parce que tu ne t'en savais pas capable. Rêver, c'est vivre au carré, au cube, c'est vivre des dizaines de vies au lieu d'une seule, c'est mettre du technicolor dans le sépia, du panoramique dans le raplapla. 

Projette-toi par la pensée et ressens les bienfaits immédiats de ce plongeon en toi-même : sens comme cette incroyable force te pousse sans cesse vers ton ailleurs, tes découvertes, ton mieux-être. Voilà ce qui te rend vivant, qui t'accomplit, tel un Aborigène à la recherche de son «  Temps du Rêve » uchronique et mystérieux.
Ne renonce pas. Ne te décourage pas. 
Il n'est rien de plus réel que le rêve. Sans lui, sans ces projets fous, ces échafaudages de la pensée, ces échappatoires précieuses, tu ne serais pas vraiment toi. Juste un pantin désarticulé posé sur des rails rouillés.

Tes rêves ne sont pas en panne. Ils sont simplement en train de naître, avec ce petit bruit délicat de coque qui se fendille dans la chaleur de l'éclosoir. 
Ecoute. Tu as tout ce qu'il te faut en kit. Un coeur, des poumons, de l'énergie qui circule. Sois pour toi-même un soleil qui réchauffe tes aspirations les plus secrètes. Décroche tes étoiles. 
 La vie est une muse qui nous inspire à chaque instant nos plus belles pages. 

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A Chinou, aussi, ma belle rêveuse.
Et à tous les rêveurs qui fréquentent ce blog mal famé... 

Musique: Debussy, rêverie.

28 août 2017

Terre Happy

Sous-titre : indécrottable...










J'ai une image de l'enfance.
Je suis dans la cour de l'école. Je ne me rappelle plus le temps qu' il peut faire. Peut-être une de ces journées d'automne où le ciel coule comme de l'encre délavée sur les feuilles roussies.
Ou bien un matin de printemps avec un soleil en auréole sur les marronniers en fleurs.
Bref, peu importe. C'est la récré, j'ai sept ans, et j'essaie de me faire des amies parce que mes parents viennent juste d'emménager, que je suis encore la petite nouvelle, et que pour l'instant les filles se moquent de mon accent et conspirent entre elles avec des gloussements de pies.

L'une d'elle me fascine, avec ses cheveux coupés comme un garçon et son air conquérant. Elle s'appelle Gabrielle. Je la vois encore. C'est fou comme un souvenir peut rester net, après tant d'années...Elle me dit viens, on va jouer. Elle se place derrière moi et me donne la règle du jeu: il s'agit de me laisser tomber en arrière, les yeux fermés, et que je ne m'inquiète pas: elle me rattrapera...je dois avoir à peu près la tête de la petite fille de la photo, les fleurs en papier en moins...

Gabrielle ne m'a pas rattrapée. Je me suis étalée comme une grosse merde molle sur le macadam de la cour, sous les rires idiots de ses copines. Lâchée par une fille au prénom d'ange en qui j'avais mis toute ma confiance. Je n'ai jamais oublié la douleur qui a transpercé tout mon être à cet instant-là. Mon amour-propre, ma naïveté, ma candeur laminés en en une seconde. Des étincelles dans le coeur. Comment pouvait-on être si méchante ? 
J'en ai gardé une fragilité, bien sûr, qui a sans doute influencé en partie mes relations aux autres. Mais aussi, paradoxalement,  une force inoxydable. 
Bien sûr la trahison m'est toujours difficile à vivre et l'ombre de cette peste revient me picoter à chaque fois que je me sens blousée. Ah ! Gabrielle, tu brûles mon esprit...
Son geste, qui relevait de l'inconscience d'une enfant, aurait pu avoir de fâcheuses conséquences en me laissant à jamais paraplégique. Ou faire de moi une misanthrope aigrie et méfiante. 
Mais en me préservant du pire ce jour-là, je me dis que le destin m'a comme indiqué la voie, et donné le goût absolu de ce miracle permanent, ce havre, cette consolation magnifiques.
Elle est là, ma force: je fais encore confiance à l'existence. Vous vous rendez compte...Indécrottable...A mon âge et à l'heure qu'il est. Je me relève, et je repars la fleur au fusil. Oui, malgré tout, la Vie, c'est ma terre happy... 



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Musique : Solas.

25 août 2017

Du beau langage

Où l'on retrouve Laure Tograff et son amie Sainte Axe...











Dans cette époque épique où tout part à vau-l'eau, certaines expressions malmenées quotidiennement vont-elles vraiment finir par s'imposer, ou est-il encore utile de rappeler ce qu'il serait bon de dire en lieu et place d'icelles ? 
Je me pose la question, mais je vous la pose aussi, lecteurs chéris, vous qui faites preuve d'un goût si sûr en venant traîner vos augustes guêtres par ici...
Êtes-vous de ceux qui « croivent » que cela n'a pas d'importance ? 
Que la langue évolue « croûte que croûte » ?
J'en ai sélectionné une dizaine parmi celles que j'entends le plus souvent dans les médias et partout ailleurs, et qui écorchent mes chastes oreilles de « bescherellosaure » mais vous en trouverez sûrement beaucoup d'autres...
Chronique d'un combat perdu.

*


Dites « La gent féminine » plutôt que « la gente féminine » (Bien que nous soyons souvent de gentes dames envers vous, messieurs, je vous le concède...)


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Dites « je ne suis pas prête à capituler » ou encore « je ne suis pas près de capituler » mais pas  « je ne suis pas prête de capituler ». 


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 Dites « pallier ses lacunes » et non « pallier à ses lacunes ».  Pallier se construit sans préposition.
*

 Si vous êtes une fille, dites quand même « je me suis permis de vous le dire » et non « je me suis permise de vous le dire » 
De la même façon, dites « je me suis fait avoir » et non « je me suis faite avoir »
(Quoique je ne vous le souhaite pas...)


*

 Dites « je ne m'en souviens plus » ou « je ne me le rappelle plus » au lieu de  « je ne m'en rappelle plus ». Se rappeler aussi est transitif.


*

Dites « apporter un objet » et « amener quelqu'un » et non l'inverse.


*

 Dites « aujourd'hui » et pas « au jour d'aujourd'hui » Ah...ce fameux double pléonasme dégoulinant d'emphase...


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Dites « aller chez le docteur à vélo » plutôt que « au docteur en vélo ». ( En même temps, celui qui se déplace à vélo a-t-il besoin d'aller chez le médecin ?)

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Dites « nous avons une alternative » , et non  « nous avons deux alternatives » . (Une suffira.)

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Dites « résoudre un problème »,  c'est quand même plus simple que « solutionner un problème » non ?


*

Mais comme dit Con Fucius,  « tou sa, cé des détailles, l'essanciel cé kanmême de se komprandre. »
Mouif, cépafo.


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21 août 2017

Villégiature

Mel nous propose une consigne amusante.
Il s'agit d'écrire une lettre commençant par « Je vous écris » suivi d'un lieu de vacances, et incluant vingt-six verbes imposés, que vous choisissez de mettre dans l'ordre de l'abécédaire, ou pas.


Allonger, balancer, couler, dévaler, étirer, fêter, gazouiller, habiller, inviter, jaillir, klaxonner, longer, mener, nager, orienter, pousser, quitter, ronronner, sourire, tituber, ululer, valser, whitelister, xylophoner, yoler, zigzaguer.














Mes amis, 

Je vous écris de ce petit bord de mer secret qui s’Allonge en une baie d'eaux turquoises, où Balancent doucement les palmes des cocotiers comme dans un poème de Verlaine ou sur le parking du super U de Juan les Pins.
Je suis venue y Couler quelque jours tranquilles loin des événements qui ont récemment Dévalé en avalanche les pentes de ma vie, me transformant en stoquefiche bouilli. Les heures s’Etirent mollement entre deux mojitos. Fêter le simple fait d'être vivante,  en toute solitude et sérénité,  reste mon seul projet raisonnable du jour. 
L’oiseau bleu de twitter ne Gazouille plus sur mon écran de smartphone Habillé de noir, devenu un sombre miroir aux alouettes Invité à se taire.
C’est bien assez qu’en moi Jaillissent ces images cacophoniques, qui Klaxonnent à mes pauvres esgourdes comme un concert d’avertisseurs le samedi entre la mairie de Bouzigues et l'église saint-Jacques-le-Majeur (ou l'auriculaire) , Longeant mes axones et Menant une sarabande folle dans mes neurones anémiés. 
Je Nage en pleine confusion, pour dire le vrai.  Je dois m’Orienter dans ce dédale, Pousser le cri qui tue du bonobo en grève générale et Quitter les sables mouvants de la fange bourbeuse dans laquelle je Ronronne depuis trop longtemps. 
Sourire à nouveau sans Tituber, laisser Ululer les vieilles buses de malheur au glaive séculier et au bras vengeur et envoyer Valser les préjugés…Bref Whitelister quelques amis sûrs et les reconnaître d'oreille quand ma sonnerie Xylophonera à nouveau son petit air fripon.

A part ça, ma chère Mel, comment placer Yoler sans Zigzaguer dangereusement entre le ni-queue et le ni-tête, hein,  je te le demande ?

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18 août 2017

Forêt de symboles

Photo du net






Au cours préparatoire,  on apprend à déchiffrer. Décortiquer ces signes cabalistiques que sont les lettres et les mots. On comprend la combinatoire, cette science qui agence entre eux les sons consonnes et voyelles. Les sons qu'on sonne avec la langue, avec les dents...
B, A, BA...Balbutiement de ce qui sera la quête de toute vie... Pour vous rappeler combien c'est difficile, pour un enfant de six ans, essayez donc de lire rapidement et aisément ce texte à l'envers.




La fluidité ne s'acquiert pas en un jour.
Ensuite, aux cours élémentaires et moyens on apprend théoriquement à lire de façon aisée et coulante. On apprend que la lecture, c'est comprendre ce qui est écrit. Donner du sens.
La dernière étape, la plus longue aussi,  étant de comprendre aussi ce qui n'est pas écrit. Lire entre les lignes. Accéder à l'implicite, rude tâche pour l'apprenti lecteur. L'apprenti citoyen, l'apprenti électeur, l'apprentie femme, l'apprenti homme. 
Apprentissage qui dure toute l'existence. Décoder le non-dit, le non-écrit. Accéder au subtil message des signes en déjouant les pièges de la précipitation, de l'approximation ou de l'inconscience aveugle.
Mobiliser ses connaissances, son expérience et tous ses sens pour appréhender celui de la vie. Voir le vent même quand il ne souffle pas. 

J'ai tellement aimé apprendre à lire, délicieuse et ambivalente expression évoquant à la fois l'élève et le maître...
Observer les signaux. Interpréter les augures, émietter le marc de café du destin entre ses doigts. Compter les hirondelles.
Et penser que personne n'a l'explication formelle de ce qui nous arrive, à part nous-mêmes.

Décoder la vie, cette fascinante forêt de symboles. Avancer à pas de louve. Sans machette, avec juste son coeur en bandoulière. Connaître son langage, le murmure des sources, les énigmes de la nature et les leçons que nous dispensent à chaque minute les battements sourds d'un coeur invisible mais si présent. 
Quel que soit le nom qu'on lui donne.


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Musique: Charlotte Gainsbourg. L'un part et l'autre reste.