Les « il faut » sont de drôles d’oiseaux qui se
perchent sur notre épaule dès le matin.
Leur chant est désagréable. Et insistant. Parfois même
insidieux.
Nous avons tous nos « il faut ». Et ils
ne nous laissent pas en paix tant que nous n’avons pas fait ce qu’ils
demandent.
Une espèce plus pénible encore, ce sont les « il
faudrait ». Ils nous engluent dans une sorte
de torpeur molle appelée procrastination.
Mais les pires sont les « il aurait fallu » qui
laissent planer au-dessus de nos têtes l’amer et
entêtant parfum des choses devenues impossibles.
Ces derniers mois, j'ai eu trop de ces vautours chaque jour sur moi.
Mue par le besoin de me reconnecter à mes désirs, j'essaie de remplacer ces injonctions contraignantes par des
« j'ai envie de » ou « cela me ferait du bien de ».
« j'ai envie de » ou « cela me ferait du bien de ».
Aujourd'hui, par exemple, où la caresse d'un pâle soleil
doux m'a incitée à partir à l'aventure.
Nez
au vent, j’ai eu envie de laisser mes pas guider mon itinéraire. Je me suis dit que cela me ferait du bien.
L'air
sentait la gaufre chaude et la voix de Dean Martin enrobait les rues de la
sirupeuse mélodie de mon jeune temps. Let it snow, let it snow ...
Comme vous y allez, il fait au moins douze degrés, comment voulez-vous qu'il snow ?...
Les yeux des enfants brillaient de leurs vacances toutes neuves.
J'avais envie de sourire. J'ai rencontré Naïma qui était
dans ma classe il y a deux ans. On s'est subjuguées mutuellement, moi par mes cheveux roux
et elle par ses quinze centimètres supplémentaires. Elle m'a embrassée comme une brioche moelleuse.
J'ai bu un chocolat au Commerce. Mais trop de bruit, décidément.
Je me
suis posée un moment à la bibliothèque pour fuir l'agitation. La salle de lecture domine la rue par
de larges baies vitrées ensoleillées. On y voit tout sans rien entendre, c'est délicieux.
Moment exceptionnel, baigné de lumière
chaude, lovée comme un chat, lisant quelques extraits de « Enfance » de Nathalie Sarraute.
Le bibliothécaire qui a l'oeil qui frise m'a encore fait ses compliments badins, de ceux qui réchauffent le coeur par leur sincérité timide.
J’ai
opté finalement pour Les Fourmis de Boris Vian, un livre de nouvelles que je ne connaissais
pas. La première est macabre au possible, mais drôle. Je riais sous cape, comme dit Superman.
Coïncidence, peut-être mue par un besoin cathartique, j’ai écrit un conte macabre et drôle, hier, le genre de truc qui te casse ton image, comme dit Souchon quand il veut du cuir.
Ça vous dirait de le lire ?
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