18 décembre 2016

Les Fourmis









Les « il faut » sont de drôles d’oiseaux qui se perchent sur notre épaule dès le matin.
Leur chant est désagréable. Et insistant. Parfois même insidieux.
Nous avons tous nos « il faut ».  Et ils ne nous laissent pas en paix tant que nous n’avons pas fait ce qu’ils demandent.
Une espèce plus pénible encore, ce sont les « il faudrait ». Ils nous engluent dans une sorte de torpeur molle appelée procrastination. 
Mais les pires sont les « il aurait fallu » qui laissent planer au-dessus de nos têtes l’amer et 
entêtant parfum des choses devenues impossibles.
Ces derniers mois, j'ai eu trop de ces vautours chaque jour sur moi.

Mue par le besoin de me reconnecter à mes désirs, j'essaie de remplacer ces injonctions contraignantes par des  
« j'ai envie de » ou  « cela me ferait du bien de ». 
Aujourd'hui, par exemple, où la caresse d'un pâle soleil doux m'a incitée à partir à l'aventure. 
Nez au vent, j’ai eu envie de laisser mes pas guider mon itinéraire. Je me suis dit que cela me ferait du bien.
L'air sentait la gaufre chaude et la voix de Dean Martin enrobait les rues de la sirupeuse mélodie de mon jeune temps. Let it snow, let it snow ...
Comme vous y allez, il fait au moins douze degrés, comment voulez-vous qu'il snow ?...
Les yeux des enfants brillaient de leurs vacances toutes neuves.
 J'avais envie de sourire. J'ai rencontré Naïma qui était dans ma classe il y a deux ans. On s'est subjuguées mutuellement, moi par mes cheveux roux et elle par ses quinze centimètres supplémentaires. Elle m'a embrassée comme une brioche moelleuse.
J'ai bu un chocolat au Commerce. Mais trop de bruit, décidément. 
Je me suis posée un moment à la bibliothèque pour fuir l'agitation. La salle de lecture domine la rue par de larges baies vitrées ensoleillées. On y voit tout sans rien entendre, c'est délicieux.
Moment exceptionnel, baigné de lumière chaude, lovée comme un chat, lisant quelques extraits de  « Enfance » de Nathalie Sarraute.
Le bibliothécaire qui a l'oeil qui frise m'a encore fait ses compliments badins, de ceux qui réchauffent le coeur par leur sincérité timide.
J’ai opté finalement pour Les Fourmis de Boris Vian, un livre de nouvelles que je ne connaissais pas. La première est macabre au possible, mais drôle. Je riais sous cape, comme dit Superman.

Coïncidence, peut-être mue par un besoin cathartique, j’ai écrit un conte macabre et drôle, hier, le genre de truc qui te casse ton image, comme dit Souchon quand il veut du cuir. 
Ça vous dirait de le lire ?
¸¸.•*¨*• ☆


15 décembre 2016

Saint Martin Vésubie


Sous-titre: ballade des gens qui sont nés quelque part...









C'est un petit village adorable. Même en période de sècheresse,  là bas, les nuages font trempette dans la méditerranée, et puis ils prennent le funiculaire céleste et vont se rafraîchir sur les montagnes environnantes, ce qui provoque automatiquement chez eux un épanchement aquatique d'importance. 
Bref, il y pleut beaucoup. Il y neige aussi l'hiver.
Et comme le village est entouré de deux rivières...en conséquence, c'est toujours vert. 
On appelle cela les Alpes Maritimes. 
Délicieux oxymore géographique.




Photo Marie-France Mellone 




Ma mère la Niçoise a passé le plus clair de sa vie dans  cet endroit à la lumière exceptionnelle, dans cette maison dont je vous ai parlé ici ...






...à part dans la parenthèse où elle a suivi mon père pour son travail. Ils y sont revenus pleins d'usage et raison quand il a pris sa retraite. Pendant des années, Saint Martin a donc été pour moi synonyme de vacances, d'amours d'été, de montagne un jour et de mer le lendemain, d'insouciance et de bonheur.






Gabin y a tourné « le cas du docteur Laurent » et mon grand père était très fier de tutoyer Gabin, à l'époque. C'était l'histoire de ce médecin qui a lancé envers et contre tous, la méthode de l'accouchement sans douleur ...







La rue principale est ornée d'une magnifique rigole, que l'on appelle « le ruisseau ». 








« La maison du coiffeur » est la plus ancienne du village. Elle date du Moyen-Age.














La montagne y est somptueuse été comme hiver.










La mairie est un pur joyau de style italien...




Mon quart de sang rital vibre toujours quand j'arrive dans la région. Certains villages des alentours ne renient pas cette influence italienne ancestrale...






Vous avez peut-être entendu parler des loups du Mercantour, de la Madone de Fenestre ou de la Vallée des Merveilles... ce sont des sites très prisés par les touristes, les montagnards, les skieurs.
C'est une région vraiment magnifique, pleine de surprises et d'enchantement.
Chaque maison y murmure une histoire. Chaque arbre, chaque rocher me parlent.

J'éprouve une grande joie à vous faire partager un peu de ce joli coin de terre et de ciel, où mon cher père repose désormais. Je sais qu'il y est bien, bercé par les torrents et les abeilles. 

*



Allez visiter la galerie de Marie-France Mellone, talentueuse photographe du coin.
Pour en savoir plus: Saint Martin Vesubie le site de l'office du tourisme.
Et sur Wikipédia.
Musique : Yiruma, River flows in you


13 décembre 2016

Première classe






- Quel âge avez-vous, mademoiselle Célestine ?
- Dix-neuf ans, monsieur le directeur.
J'en avais dix-neuf, certes, mais avec mes tresses, ma jupe plissée et mon chemisier sage, j'en faisais seize. J'ai toujours fait plus jeune que mon âge. 
Je n'oublierai jamais son regard mi-amusé, mi-suspicieux, se demandant s'il pouvait vraiment confier une classe de trente élèves à une enfant. 
Je n'ai rien oublié, d'ailleurs,  de cette première année, l'odeur de la craie, l'accueil des collègues, mes déboires sentimentaux qui me faisaient parfois arriver en retard,  rougissante et essoufflée, l'indulgence un peu paternelle de ce sacré directeur, le prénom de chacun de mes premiers élèves... Leur regard clair. Leurs difficultés. Leur éclat de vivre. L' amour infini que je lisais dans leurs yeux, et qui me troublait, moi qui n'avais que huit ans de plus qu'eux. Comme une grande soeur... 
Aujourd'hui, j'ai rencontré Nancy, l'une de mes premiers petits schtroumpfs. A vrai dire, c'est elle qui m'a reconnue, elle servait les clients dans une boutique de confiserie où je ne m' attendais pas à un tel choc.
En un instant j'ai vu en superposition une petite fille vive et charmante, dont j'ai gardé une image très nette, et une femme épanouie qui m'a semblé avoir mon âge. 
Par quel sortilège le temps a aboli les écarts, comme faisant de nous deux amies heureuses de se retrouver ?
Elle était vraiment émue de se répandre en souvenirs et en compliments, les yeux mouillés.  Moi aussi, je l'avoue. Ça m'a touchée. Beaucoup. Comme à chaque fois que l'on a le coeur saisi par son passé. 

¸¸.•*¨*• ☆


10 décembre 2016

Coquin de Sor

Sous-titre : J'aurais pas dû écouter Sor, c'est malin.









Dis-moi, est-ce que tu pleures ? 

Dis-moi si tu laisses parfois les larmes,  ces perles d’eau douces ou amères,  dévaler tes joues en cascade, creuser comme qui rigole des rigoles de tes yeux à ta bouche qui s’entrouvre, accueillant du bout de la langue le sel de ton chagrin, ta joie ou ton émerveillement. Je ne pleure pas que de tristesse.
Mais quand la boue recouvre l’herbe, et puis l’injustice, et la folie, et toutes ces déraisons humaines où s’engouffre le mal comme un vent froid de tombe dans un tunnel... Ah, oui, faire péter la bonde, lâcher le barrage des conventions et des murs de pierres sèches dont on se barricade le cœur, les dénis, les forfanteries stupides, blindés dans le blockhaus de notre orgueil...comme si on était des super-héros...

T'es pas retourné, labouré jusqu’au tréfonds parfois, par les embûches de la vie qui t'ébahissent ? Quand tu entends une musique qui te déchire de l'intérieur, comme moi, ce soir. Ce putain de Sor me transperce. Mon père aimait Devos. Devos aimait Sor. Et moi j'aimais mon père.

Faut faire sortir le jus noir des rancunes, des peines, des désespoirs, des émotions. Sinon, jamais exprimées, ça te pourrit le corps de l’intérieur et ça ressort un jour en verrue, en furoncle, en abcès qu’on doit crever ou pire encore. 
Les larmes, c'est la douche de ton âme quand tout te sort par les yeux. C'est frais, c'est sauvage comme une averse de printemps. Tu sors de l'oeuf. En acceptant de montrer tes failles, ton humanité nue, sans fausse pudeur, tu te colmates. Pizzicato sur le violon du coeur.
Mais peut-être es-tu de ceux qui pensent que c’est faiblesse, enfantillage, aveu d’abandon misérable, lâcheté, dégradation de l’esprit... ou mode d'expression des crocodiles.
Si j'ai le choix des larmes, j'hésite pas.
Dis-moi que tu pleures aussi, quand t'as un trou béant devant toi.
Quand je suis triste, j'ai envie de consoler quelqu'un. 


Musique: études de Sor, Narciso Yepes.

08 décembre 2016

Toujours en vertu des grands principes

Sous-titre : Aimez-vous les uns les autres, à Clochemerle comme ailleurs. Et sans poil à gratter. En vertu des grands sentiments.





Cliquez sur l'image pour écouter la chanson


A la chorale, le chef de choeur a décidé de mettre au programme du concert de Noël la (vieille) chanson des Hermanos Rigual interprétée par Los Machucambos :
« Cuando Calienta el sol »
Seulement voilà : cette chanson du diable a reçu un veto de don Padre, elle ne pourra pas entrer à l'église, parce qu'elle parle d'un homme et d'une femme qui s'embrassent sur une plage... C'est pourtant un texte bien anodin, le style slow de l'été pour adolescentes romanesques pré-pubères.
Ouh! la la ! Pensez donc, mâme Michu !... et patati et patata, voilà les bigotes chères au grand Jacques les parangons de vertu, les duègnes qui s'avancent à petits pas et confondent l'amour et l'eau bénite !

Cuando calienta el sol aqui en la playa
Siento tu cuerpo vibrar cerca de mi
Es tu palpitar, es tu cara, es tu pelo
Son tus besos, me estremezco, oh oh oh

Je traduis pour ceux qui ne sont pas en ibère nation (de rien, le Goût, de rien)

« Quand le soleil chauffe la plage
Je sens ton corps vibrer autour de moi
C'est ta respiration, c'est ton visage, et tes cheveux
Ce sont tes baisers, qui me font frémir, oh oh oh ! »

A mon avis, ce doit être les « oh oh oh » qui posent problème...les anges qui soupirent, quel son affreux ! Vive le son du canon, c'est plus clair.
Et pourtant, quelle différence avec le cantique des Cantiques ? 

« Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche !
Tes caresses sont plus douces que le vin (livre I du Cantique des Cantiques )
Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de
Myrrhe, il va reposer entre mes seins. » (livre 5 du Cantique des Cantiques)

Tout ce pataquès pour une chanson de trois minutes en espagnol, à laquelle personne ne va rien capter, en fait, et qui parle juste d'amour...
« Je ne comprends rien à ce monde où l'on se cache pour faire l'amour alors que la violence éclate au grand jour » comme disait le grand philosophe du XX° siècle, John Les Nonnes.

Dans le même temps, Don Padre a protesté quand Peppone a voulu enlever la crèche de la mairie...Je trouve ça beaucoup plus grave. 
Que de querelles, bisbilles, noises, chamailleries, dissensions, litiges, différends...
C'est petit, tout ça. Tout petit. 
Moi non plus, je ne comprends rien à ce monde. 



¸¸.•*¨*• ☆



07 décembre 2016

Délit de face, yes ?

Ma cage de farfadet, suite et fin. 
Histoire vraie, malgré les apparences.







...  J'étais en voiture et la fatigue commençait à me jeter des fourmis rouges dans les yeux. Avant qu'un micro-sommeil d'une demi-seconde de trop ne me balance dans la glissière de sécurité, puis sous un trente-tonnes, mettant ainsi un terme à ma brillante carrière de blogueuse invertébrée, je décidai de m'octroyer une pause.

Je m'installe donc sur une aire d'autoroute, dans ma cage de farfadet, réglant mon réveil sur vingt minutes et verrouillant les portières de l'intérieur, quand je vois venir vers moi une grande femme qui se met à parler en gesticulant dans ma direction. Je baisse la vitre.

- Oui ?

Elle est sans âge,  habillée d'un manteau gris clair et d'un informe pantalon gris foncé, et tout en elle est gris, ses cheveux, ses ongles, ses dents et même sa peau qui a une teinte terreuse. Elle sort comme d'un film en noir et blanc. Son regard est inquiétant, comme traqué. Elle semble très remontée. Mais elle se radoucit soudain et me dit d'une voix presque mielleuse :
- Mademoiselle, je fais du covoiturage, pouvez vous m'emmener jusqu'à Orange ?
(Orange, c'est bien la seule couleur dans ce morne portrait) 
- Du covoiturage ? réponds-je. Vous voulez dire du stop ?
- Non, non, du covoiturage « spontané ».
Je trouve ça bizarre. Le « mademoiselle » c'est sûrement pour m'amadouer.
- D'accord, mais je suis désolée, madame, il faut d'abord que je dorme vingt minutes.
- Ça ne fait rien, je vais vous attendre. Je vais aller chercher ma valise que j'ai laissée là-bas, vous voyez ? Vous êtes gentille. Tout le monde est méchant avec moi. Je n'ai pas de travail. Si seulement le patron du restaurant m'avait prise ! Allez, dormez bien, à tout à l'heure. 
Elle s'éloigne en fulminant. Je vous passe les mots fleuris à l'encontre dudit patron et de la société en général. Et pourquoi a-t-elle laissé sa valise, à cent mètres de là, à la portée de n'importe quel voleur ?
Je reste mi-figue mi-raisin, emplie de compassion, prête à écouter mon bon coeur mais en même temps terriblement mal à l'aise,  il y a trop de choses étranges dans cette femme et son comportement. Je m'endors avec un frisson horripilateur.
Et là, me voilà en proie à un affreux cauchemar :  cette femme s'assoit dans ma voiture, sort une espèce d'énorme revolver, presqu'un tromblon et m'intime de sortir. Puis elle démarre en trombe et me laisse plantée là, en emportant mes papiers, ma carte bancaire, mon téléphone, mon ordinateur...tous les trucs qu'on n'aime pas perdre, même si on n'est pas matérialiste, quoi, vous voyez...
Je me réveille tremblante de sueur.  
Alors je n'ai pas hésité : j'ai taillé la route comme une voleuse avec l'impression de sauver ma peau comme dans un thriller. Un peu honteuse d'avoir fait une fausse promesse à une pauvre femme sans doute victime de son apparence peu accorte. 
Mais tellement soulagée de cette angoisse irrationnelle qui m'avait fait fuir. Comme mue par un pressentiment négatif irrépressible.
Minable délit de faciès ou sage décision dictée par mon sixième sens ? 
Je ne saurai jamais si j'ai eu raison. J'ai juste eu un réflexe de fuite, ancestral et reptilien. Je n'en suis ni fière ni honteuse. Juste un peu interloquée.

¸¸.•*¨*• ☆



05 décembre 2016

Ma cage de farfadet































Pour ceux qui ne comprennent pas mon titre parce qu'ils ont oublié leurs cours de physique: clic





J'ai régulièrement, depuis le départ de mon père vers ce monde que l'on dit meilleur, de longs trajets à faire en voiture. C'est ainsi : il arrive dans la vie que l'on doive assumer des choix qui ne sont pas les siens. Mon père avait voulu se retirer dans un village perdu. Il en aimait la sauvagerie authentique.  Le côté « pas pratique pour deux sous et surtout pour ma mère »  il n'y avait pas vraiment songé...
Un jour, promis, je vous parlerai de ce joli coin du bout du monde. 
Vous me connaissez, lecteurs chéris : je repeins de couleurs chaudes tous les désagréments de l'existence en les imbibant de bonnes couches d'ions positifs.
Quitte à dévorer du kilomètre, autant que ce soit agréable. Déjà que ce n'est pas très écologique...En ce moment, tant pis, pas de blabla car j'ai besoin de solitude...
Ma petite auto, c'est mon petit cocon de méditation, ma salle de concert, mon cours de répétition de chant: je n'ai jamais aussi bien chanté qu'en voiture, mieux encore que sous la douche. Je peux y dormir, en chien de fusil sur la banquette arrière, j'y ai quelques provisions de survie, une bouteille d'eau fraîche. J'ai l'impression un peu idiote et complètement irrationnelle d'être protégée et que rien ne peut m'arriver. Même sous de gros orages tout noirs comme il en tombe souvent en montagne. Je me sens à l'abri dans ma cage de farfadet. J'y souris en écoutant les chroniques de Guillaume Meurice, et j'y ai le blues en écoutant la guitare langoureuse et chaude de Mark Knopfler.
L'autre jour, j'y pense, il m'est quand même arrivé une drôle d'aventure. J'étais donc en voiture et...
¸¸.•*¨*• ☆

(à suivre)




Musique:The Notting Hillbillies/ Mark Knopfler - Your own sweet way 

02 décembre 2016

Le point bleu pâle

Sous-titre : et si les hommes arrêtaient de se pourrir la vie?


Cliquez sur la photo pour accéder à la video




C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus,toutes les « superstars », tous les « guides suprêmes », tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil. 

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d'une fraction d'un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d'un recoin de ce pixel sur d'indistincts habitants d'un autre recoin. Comme ils peinent à s'entendre, comme ils sont prompts à s'entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l'illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l'univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité - dans toute cette immensité - il n'y a aucun signe qu'une aide viendra d'ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu'à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n'y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S'installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c'est sur Terre que nous prenons position. 

On a dit que l'astronomie incite à l'humilité et fortifie le caractère. Il n'y a peut être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue.  

Carl Sagan, Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space.

29 novembre 2016

L'os thé aux pattes




L'autre nuit, j'ai rêvé que deux mignons z'animaux, à vous donner envie de devenir définitivement végétariens,  me regardaient avec leur petite tronche de cake. Et le plus drôle, c'est que je leur ai répondu ...


 *


- On peut t'aider, Célestine ? On peut faire quelque chose pour toi ?
- C'est adorable ! Figurez-vous, mes petits pelucheux, que je me demande comment répondre à cette question quand mes amis me la posent... Et en ce moment, c'est souvent. 
On les sent comme vous, impuissants, désolés. Ils ont un peu votre frimousse fondante et craquante. Ils aimeraient m'aider, mais ils ne savent pas comment. Et moi non plus d'ailleurs, je ne sais que leur dire...Souvent c'est ça dans la vie... Il y a des choses devant lesquelles on est seul. Tel Chateaubriand dans la brume ou Napoleon devant Waterloo...
- Enfin, nous on dit ça, mais on sait bien que tu as eu du chagrin, et plein de soucis et qu'il faut que tout ça s'évacue...
- Oh mais ça s'évacue, croyez-moi : le corps est comme un gros essuie-tout absorbant , ou plutôt une éponge naturelle, et quand elle est pleine,  il lui faut s'essorer, exprimer les liquides pleins de miasmes, se refaire une santé...
- C'est joli comme périphrase...
- C'est pas une périphrase, c'est une métaphore !
- Ne vous disputez pas, mes boules de poils adorées ! Vous n'allez pas jouer les porte-flingues d'Audiard ! Bon enfin, pour votre gouverne  ( j'adore l'expression !) j'ai décidé d'aller voir un ostéopathe...
- Un os thé aux pattes ? Mince alors, étonnant ! Superbe idée ! Euh ...Qu'est-ce que c'est  ?
- Un gentil monsieur qui va me remettre en circulation comme une vieille bagnole après un contrôle technique ! Je l'ai choisi parce qu'il pratique la méthode Poyet. Une méthode douce pour retrouver de l'énergie, et ne plus avoir le corps comme un champ de mines ou de poireaux ravagés par les sangliers.
Rien que de l'imaginer, cet énergéticien aux mains douces, déjà, je vais mieux. Je visualise positivement.
- Oui c'est comme moi, je pense à une belle carotte bien fraîche !
- Pardon, parle pour toi, moi je visualise plutôt une souris bien croquante pour me mettre en appétit...
- Vous avez pigé l'idée, mes petits coton-tiges ! Quand la vie fait du sur-place, il est bon de visualiser l'instant où elle va redémarrer en trombe. Je sens que c'est pour bientôt.

¸¸.•*¨*• ☆



PS: si vous vous êtes surpris à esquisser un sourire en lisant ce billet, vous êtes prêts pour la visualisation positive. Si c'est pas une bonne nouvelle, ça... !
Et pour ceux qui voudraient re-re-revoir les porte-flingues d'Audiard...