A la
croisée de nos routes pâles, tracées hâtivement par une main inconnue, sous la
clarté fugace des dernières étoiles, grisées d’ombres furtives, il y a ce banc
sur lequel je t’attends.
Je n’y crois pas.
Mais pourquoi pas ?
Exactement
là, dans cette rue irisée de la pluie de la nuit.
L’asphalte me parle de toi.
Le petit bar du coin me parle de toi.
Les feuilles de platane qui
s’assoupissent sur le chandail vert de la pelouse me parlent de toi.
Et la
musique languissante du joueur de saxo en haut des marches du métro.
A la
croisée de nos vies, je n’ai que des larmes de temps à t’offrir.
Des peluches
de laine que l’on extirpe du pull du bout des doigts.
Des gouttes, des perles
qui roulent, des miettes de sons, des bouts d’images.
Une
photo que l’on déchire et que l’on reconstitue d’une main tremblante en
recollant les morceaux.
Viens
vite, il fait humide sur ce banc mouillé d’automne.
Mon ciré pleure des
lambeaux d’éclairs sous le dernier réverbère de l’aube.
Nous
n’aurons qu’une bulle mais ellesera
magique.
Elle dansera au-dessus des lumières de la ville, comme un gros
bubble-gum, nous y serons au chaud, nos corpstendus comme des cordes de guitare.
Le vin rouge sang coulera sur ma
gorge.
Dépêche-toi,
je gèle sur mon banc, je vais partir, nos routes vont se manquer.
Mais le
bar-tabac sort ses tables à carreaux rouge et blanc.
Le soleil point sur les
toits bleus.
Tu ne
viendras pas.
Tu as pris une autre route et le banc m’a griffé une écharde dans
la peau, je crie en silence. Dans le matin blêmi, mes seins frissonnent du
manque de toi.
Un texte
que j’avais griffonné sur un cahier d'adolescence...il y a ...un jour, un siècle, une éternité ?
« On va chez Grand-Tante Berthe aujourd'hui ! » annonçait ma mère sur un ton faussement enjoué. Voilà une nouvelle qui ne me réjouissait pas des masses quand j'étais enfant. Ces visites forcées chez certains membres lointains de la famille me semblaient complètement incongrues. Tout le monde avait l'air de se faire chier gravement, si je puis me permettre cette expression triviale et néanmoins adaptée à l'envie soudaine qui me saisissait à l'annonce de la sentence. Et dans ma logique de petite fille raisonneuse et (im ?)pertinente, je me demandais bien quel intérêt pouvaient trouver mes parents à cette courtoisie artificielle et récurrente. Elle n'avait même pas de l'oseille cachée quelque part, comme dans la chanson de Brel. Tante Berthe n'aimait pas les enfants, elle n'en avait jamais eu, et vraisemblablement elle n'avait jamais été enfant elle-même, selon ses dires. Même les « bien élevés » comme nous, qui partions pourtant bardés de recommandations à propos de ce qu'il fallait dire ou ne pas dire, faire ou ne pas faire, et qui se résumait par l'inénarrable « Il va falloir bien vous tenir ! » Je réfrénais à chaque fois l'envie furieuse de répondre « Pourquoi ? Le plancher est en pente ? » mais cela serait passé pour de l'insolence. Voire, de l'ironie. Impossible à neuf ans. Une petite fille polie regarde ses souliers vernis et se mord la langue. Le pire , dans cette épreuve, surtout pour une hyperesthésique comme moi (mais je ne le savais pas encore) c'était que chez tante Berthe, tout était hideux. La laideur m'agressait par tous mes sens et tous mes pores. Les napperons de dentelle sale sous d'immondes vases en cuivre contenant des bouquets de fleurs séchées attrapant au lasso les toiles d'araignée, les tapisseries en canevas représentant un bouquet d'iris sur une table ronde ou une biche aux abois, tendus dans leurs cadres en faux bois, les rideaux jaunis avec des trous occasionnés par des contacts fortuits avec le bout incandescent d'une cigarette, occultant obstinément le jardin (quel dommage), les sacro-saints patins de feutre pour ne pas salir le parquet, sur lesquels on n'avait pas le droit de patiner, un comble, mais seulement de marcher comme de ridicules robots, et les housses sur les chaises pleines de poils de chien. La cage où un pauvre serin serinait sa misère toute la journée, et que je crevais d'envie d'ouvrir (la cage, pas le serin, quoique...). Les poupées régionales, alignées sur la cheminée dans leurs boîtes en plastique transparent, à jamais figées sous leurs coiffes dans un sourire niais...mais surtout, la tête de cerf du salon, aux bois desquels pendouillaient des rubans et des porte-clés. Juste au-dessus des fauteuils en tuft marron. D'ailleurs tout était marron, chez tante Berthe, même son prénom. (Oui, en plus je vois les mots en couleur, je ne vous ai pas dit ?...) C'est comme si nous étions prisonniers d' un gigantesque pot de chambre...Oui je sais, c'est méchant...Le supplice était à son comble quand il me fallait embrasser sa joue, en évitant la verrue ornée d'un poil qui trônait au milieu. Et faire semblant de trouver ça agréable. A côté, l'institutrice de Pagnol était une gravure de mode « Mlle Guimard était très grande, avec une jolie petite moustache brune, et quand elle parlait, son nez remuait : pourtant je la trouvais laide, parce qu'elle était jaune comme un Chinois, et qu'elle avait de gros yeux bombés.» Ah...les souvenirs d'enfance... L'odeur fétide de l'aïeule et les odeurs diverses de la maison se carambolaient sur mes cellules olfactives traumatisées: odeurs de camphre, de moisissure, de poussiéreux, de transpiration aigre, de pipi de chat, de soupe trop cuite qui est restée trois heures sur un coin du fourneau, d'eau de rose passée ou de Cologne, de poires blettes dans le plateau à fruits en métal et de tabac froid. Je résumais la situation par une de ces formules lapidaires propres à l'enfance (quoique...) : Ça sentait tout simplement « le vieux ». Aujourd'hui je dirais plutôt que ça puait la mort, les énergies vitales étant complètement annihilées par les lieux et les objets. Depuis l'enfance, j'ai toujours éprouvé un énorme malaise en pénétrant dans certaines maisons, c'est sans doute parce que j'ai toujours eu un ressenti inné des règles élémentaires du Feng-Shui. Ce qui manquait de toute évidence à Tante Berthe, peu encline à s'embarrasser de chinoiseries lointaines.
Sous-titre: Il vaut mieux prendre ses désirs pour des réalités que prendre son slip pour une tasse à café...Et réciproquement !
“Ne nous fions pas aux choses qui ne peuvent pas arriver, car c'est justement celles-là qui arrivent.”
*
“Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin.”
*
“Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant.”
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“Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir.”
*
“Ce n’est pas en tournant le dos aux choses qu’on leur fait face.”
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“Une erreur peut devenir exacte selon que celui qui l'a commise s'est trompé ou non.”
*
“Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins les idées noires.”
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“Mieux vaut s'enfoncer dans la nuit qu'un clou dans la fesse droite.”
*
“Rien n'est moins sûr que l'incertain.”
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“Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir.”
*
“Avec le mot "si" on peut faire tout ce qu'on ne peut pas faire.”
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“Quand celui qui rit le dernier a fini de rire, personne ne rigole plus.”
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“Le gros-qui-tache est au Mouton-Rothschild ce que la brebis galeuse est à l'agneau pascal.”
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“Le plus bel hiver du monde ne peut donner que le froid qu'il a !”
*
“C’est quand on a raison qu’il est difficile de prouver qu’on n’a pas tort.”
Je les ai regardés aujourd'hui s'élancer comme un vol de grands oiseaux fous, à la conquête de leur rêve d'azur et de tempête. Homme libre, toujours tu chériras la mer...
-Encore Baudelaire ? Tu abuses, Célestine.
-Sans doute...Mais c'est la phrase qui m'a caressé l'âme en contemplant ce spectacle saisissant....
-Peuh ! un grand guignol publicitaire de plus, oui, une affaire de gros sous, une vitrine pour les marques...
-Peut-être. Je n'ai pas le pied marin, mais j'aurais aimé, dans une autre vie... Les bateaux me font puissamment rêver. Et je ne puis m'empêcher d'admirer ces hommes qui partent affronter seuls les éléments, le Cap Horn, les hurlants et les rugissants...
-Seuls ? Avec liaison radio, ordinateur de bord, GPS, pilote automatique et les hélicos aux aguets...
-Oui, seuls. Avec leurs tripes et leur manque de sommeil, leurs rations de survie, leurs gros doutes, leurs avaries, et cette coque fine comme un doigt où tenir debout relève de l'exploit... Ils forcent le respect.
Leurs visages, étonnamment, se ressemblent tous : comme si se mesurer avec la mer rendait les hommes beaux, avec ce je ne sais quoi dans le regard de fier et de combatif. De déterminé. Terriblement sexy chez certains d'entre eux. La force de vivre côtoyant l'acceptation tranquille de la mort.
Et soudain, c'est l'histoire d'amour tumultueuse de l'homme et de la mer depuis les Phéniciens qui s'écrit en grosses lettres sur ces voiles clinquantes.
Je trouve ça très émouvant. Et légèrement plus écologique que le Paris Dakar, de surcroît.
Seul bémol, aucune femme dans la course...
Florence, la « petite fiancée de l'Atlantique », n'a pas de remplaçante, hélas. Elle manque beaucoup sur la ligne bleue de l'horizon.
Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi?
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise, mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue,
demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront :
« Il est l'heure de s'enivrer!
Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse !
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.»
Charles Baudelaire
Pour les Jeudis-Poésie d'Asphodèle, j'ai choisi ce poème en prose subversif, cette Fleur du Mal qui semblera politiquement incorrecte aux esprits chagrins.
« Le vent se lève, il faut tenter de vivre. » Paul Valéry.
Toi. Oui, toi qui passes une fois de plus me lire, j'aime l'idée que mes mots te fassent du bien. Passe ton chemin si tu ne trouves pas ton plaisir à mes phrases, si tu ressens des choses peu agréables. Si tu me trouves en boucle, bêcheuse, futile, insupportable, égocentrique, ridicule, mièvre...ou tout simplement chiante. Ne reste que si tu te sens touché(e), oui, là, à l'intérieur, à cet endroit secret entre les côtes et le diaphragme, un endroit que l'on dit solaire. Peut-être parce qu'il réchauffe tout le corps quand on le stimule...
As-tu remarqué combien certains mots ( et certaines personnes ), coulent en nous comme un subtil et précieux nectar, un baume, qui nous apaisent et nous donnent de la joie, et combien d'autres nous semblent aussi faciles à avaler qu'un bol de ciguë macérée dans du fiel de bouc ? Bah oui, bien sûr, tu l'as remarqué, et depuis longtemps. Tu en as fait l'expérience plein de fois, tu n'es pas né(e) de la dernière brume. Pour peu que tu sois un peu trop sensible, comme bibi...
Je me relève doucement. Le vent fou de l'automne a flanqué par terre ce matin, toutes les feuilles de mon arbre. Celui que j'admire de la fenêtre de ma cuisine... Il se retrouve tout nu et semble un peu désolé du bazar jaune qu'il a mis sur le gazon vert. C'était drôle, pas triste du tout. Je me suis prise à sourire...
On arrive en novembre, et après divers heurts je passe à l'heur d'hiver.
A la bonne heure, je vais tenter de vivre.
Peindre la lune et le vent. Cueillir le jour. Continuer mon dialogue des dialogues avec vous. J'avoue, j'ai pas trop la pêche en ce moment. Je me ferais assez peur tellement je ne suis pas dans mon assiette. Ni même dans mon verre. C'est qu'il y a des choses tellement secrètes dont on ne peut parler à personne... Mais vous, oui vous, lecteur bienveillant, lectrice attentionnée, vous ne savez pas combien vous m'aidez à rester debout. Mais si, vous le savez, évidemment que vous le savez... Ouh, pinaise ! voilà que je radote comme une vieille bique.
J'ai revu le film de Miyazaki, que j'avais découvert avec mes élèves à sa sortie. Eblouissant. Tiens parlez moi d'un film, d'un livre ou de n'importe quel truc qui vous ait emballés, et touchés juste là : au plexus. Voulez-vous ?
A bien l'observer, avec un oeil d'entomologiste, c’est un
monde vraiment glauque de vers peu reluisants. Ramper pour obtenir la faveur de ceux qui sont utiles, et piquer ses ennemis de son dard acéré, tout en lâchant du venin, semblent y être les seules façons d'avancer.
Ainsi, c’est à l’un d'entre vous, bestioles inintéressantes et primaires de droite comme de gauche, qui vous agitez comme des larves dans un bocal, que nous allons devoir une fois de plus confier les rênes du pays ? Voilà une perspective pas piquée des
hannetons !
Je ne
voudrais pas vous chercher des poux, ni jouer la mouche du coche, mais votre
soi-disant élytre politico-intellectuelle me flanque le bourdon. Un énorme cafard.
Quel
journaliste sera assez couillu pour vous secouer les puces, et poser enfin une
vraie question, celle qui clôt la porte aux cloportes, le bon coup de pied dans
la fourmilière qui mettra à jour vos indigentes ambitions qui se résument à pavaner vos biscottos comme des doryphores des halles devant les caméras, avec vos
programmes bouffés aux mites auxquels plus personne ne croit ?
Vous me
direz que je cherche la petite bête, et que je n’acarien écouter de vos
discours qui me filent les abeilles. Que je n’ai qu’à me faire reluire la
coccinelle en buvant du Chante-Cigale, sans regarder le bousier dans lequel vous nous mettez.
Mais
voilà, pas folle la guêpe,je crois
peut-être à la mouche qui pète, mais j’ai des fourmis dans la plume. Vous n’avez
jamais entendu parler del’effet
papillon ? Que vaudront vos courbes statistiques de popularité quand les pôles auront fini de fondre ? Quand les mers seront bouchées au plastique comme un vieux lavabo ?
Nous, le
petit peuple d’en-bas, les moucherons excréments de la terre, les termites que
vous méprisez, ne vous laisserons pas éternellement vous comporter comme des
araignées qui nous paralysent dans leurs cocons de belles promesses tout en vous bouffant entre vous comme des mantes.
Ça
gronde sur la Toile…Il se pourrait bien qu’on prenne la mouche un jour.
Et, comme
dit le sage africain, « le lion craint la piqûre du moustique ».
A fortiori le chacal.
Je dédie mon billet à mes amis les Caphys, les gentilles bestioles du web.
J'aime la beauté tranquille des petites chapelles. Je les aime pour ce qu'elles sont : des lieux de paix intérieure. Celle-ci est perchée sur un fantastique promontoire bercé de vent d'où l'on aperçoit -dit la légende- quatorze départements. Je n'ai pas compté, mais samedi dernier, le temps était si clair que j'ai vu le Mont Blanc. C'était féerique. J'ai laissé mon esprit vagabonder sur ces symboles d'humilité qu'elles représentent. D'intimité profonde comme devraient l'être toutes les religions. Ce serait simple. On arriverait sur terre comme toujours, dans nos langes d'incertitude, le front innocent et le regard clair. Pleins d'interrogations. La seule mission des adultes serait de dire aux enfants: « Tu trouveras toi même, dans ton coeur, les réponses à tes questions, en cherchant au fond de toi. Tu sauras ce qui est bien, car cela te fera sourire, et ce qui est mal car cela fera naître des larmes. » A demi-mots; sans tambours ni trompettes de Jericho. Où qu'il soit, d'où qu'il vienne, chacun se ferait son idée, la choierait, la cultiverait, bien protégée au fond de son âme d'être respectueux. On pourrait dialoguer dans le silence feutré de la conscience, avec dieu, ou allah ou brahma ou un ami imaginaire qu'on appellerait comme on veut, à condition que le voisin n'en sache rien. On n'aurait pas besoin d'églises, ni de mosquées, ni d'aucun temple tonitruant et invasif. Le monde entier serait un temple. Le sable, la mer, les cailloux. La forêt ou la Voie Lactée. On n'essaierait pas de convaincre, ou de convertir autrui. On ne se croirait pas investi d'une mission guerrière contre tout ceux qui croient autrement. On n'aurait pas besoin de dogmes, ni de rites, ni de gourous. Chacun croirait à ce qu'il voudrait du moment que cela lui rendrait l'Après moins inquiétant, moins effrayant, et apaiserait son angoisse existentielle d'égaré du cosmos. Et surtout, on aurait le droit de ne croire en rien. En rien d'autre qu'au souffle du vent, aux fontaines, aux volcans et à la précession des équinoxes. Et tout le monde vivrait en paix, dans le bel équilibre fragile de la différence acceptée. Oui ce serait tellement simple...
Chez la petite marchande de légumes, j'ai laissé en juillet une ardoise, un jour où je n'avais qu'un gros billet. Oh, pas de quoi fouetter une courgette...Trois euros quatre-vingt-treize exactement. Elle l'avait notée dans son carnet vert accroché à la balance, avec un vieux crayon tout mâchouillé au bout d'une ficelle. Elle est chouette, ma petite marchande de légumes. Je me rappelle donc tout d'un coup en octobre que je lui dois des sous. Oui bon, ça peut arriver à tout le monde d'oublier... -Pas de souci, qu'elle me dit. Et voilà qu'elle retrouve mon nom dans le carnet vert, la date, la somme que je lui dois. Elle est organisée, ma petite marchande de légumes. Alors elle entreprend d'additionner ce que je lui dois aujourd'hui (vingt-neuf euros trente-deux) avec ce que je lui devais de l'autre fois (trois euros quatre-vingt-treize, si vous suivez bien) . Avec le crayon mâchouillé, sur un coin de papier et sans calculette. -Vingt-trois euros vingt-cinq centimes ! m'annonce-t-elle fièrement. Je paie, j'empoche ma monnaie, j'embarque mon panier de légumes, et je sors, avec un vague pressentiment qui me picote... Il me suffit des douze pas qui me séparent de mon vélo pour que la connexion neuronale se fasse : elle s'est gourée. Elle a oublié la retenue. Elle n'est pas trop douée en maths, ma petite marchande de légumes. -Ya un problème ? qu'elle me demande en me voyant revenir. -Oui, je vous dois dix euros, je crois. Enfin, j'en suis sûre. Elle prend une calculette cette fois. -Ah ben ça alors...ah ben ça alors ! ah ben oui... Ah ben ça alors ! Je la rassure, ça arrive à tout le monde de faire une erreur. -Non, mais c'est pas ça ! Je suis juste étonnée que vous soyez revenue ! C'est incroyable. Je me suis demandé si elle allait s'en remettre... Quelle époque épique, quand même. C'est grave, non, d'en arriver là ? Parfois, j'ai l'impression que je suis née au XVII° siècle... Et que mon sens de l'honneur a quelque chose de racinien.
« C’est la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante. » Paulo Coelho, l'Alchimiste.
photo du net
Vous savez quoi ? Il paraît que le rêve est un moteur puissant. Rien n'existe qui n'a pas d'abord été rêvé. D'après Idriss Aberkane, le très médiatique chercheur, tout rêve ( c'est à dire toute idée qui sort de la norme ) est d'abord jugé ridicule, puis dangereux, pour finalement devenir évident. Ce n'est pas Galilée qui dirait le contraire.
*
Alors, j'ai envie de vous dire, rêvons ! rêvez ! Rêvez tout éveillé ! Libérez votre cerveau. Ça maintient à flot, ça protège des maladies, des vilaines bestioles qui nous cafardisent le ciboulot et blattisent notre corps, tétanisent nos muscles, botulisent et figent nos traits. Ça propulse vers l'avant plus vite et mieux qu'un lanceur de toupie.
Malgré les rabat-joie, les réalistes, les pragmatiques, les frileux, les businessmen, les éteignoirs de réverbères, de rêves Herbert, les bonnets de nuit, les camisoles de frousse, rêvez ! Ne vous laissez pas définir par des règles qui vous enserrent les guibolles dans des élastiques pour une course en sac où l'oeuf dans la cuillère se casse avec un petit floc, ou un grand flop. Mauvaise omelette que celle-là, confectionnée avec des coquilles de rêves brisés qui se fichent entre les dents...Les genoux du désespoir et de l'amertume saignent longtemps écorchés par la chute. Sortez de vos boîtes préfabriquées. Osez faire des trucs de ouf. Quittez les autoroutes, empruntez les petits sentiers, vous les rendrez plus tard.
Rêvez en grand. Rêvez en couleurs. Que dis-je ? en Technicolor, en Cinemascope, en panoramique, en dolby stéréo, en trois D, en quatre D, en mille D, ne mettez pas de barrière au champ de vos rêves.
Ne vous croyez pas trop petits, ou trop vieux ou trop bêtes. Ou trop trop.
Marre de ça. Marre de toujours passer pour ce que l'on n'est pas, par où on ne veut pas. Marre de subir la sinistrose, la morbidose, la nécrose. Même, et surtout, si vous êtes au fond du trou. Raison de plus pour en sortir le plus vite possible, en commençant par l'évasion mentale, salutaire, du rêve, de la projection positive de vous-même. Faites péter les noeuds de cravate, les corsets, les carcans, les menottes.
Passez donc là où vous voulez. Prenez des chemins inédits, soyez des Diego libres dans vos têtes. Des Max qu'il y en a même qui disent qu'ils l'ont vu voler.
Sautez à la corde, dans les flaques, ou de l'âne au coq, ou sur l'occasion, attachez des rubans aux balcons de soie des petits matins. Signez-vous des procurations, des certificats d'aptitude au bonheur. Offrez-vous des sésames, des blancs-seings...des seins blancs, des seins doux, des peaux tendres, des yeux brillants, des mains baladeuses, des pieds beaux.
Nourrissez vos rêves au ferment étourdissant de votre volonté, trop souvent captive dans la prison des habitudes poisseuses et des résignations mortelles. Changez de place à table, soyez fous. Sortez des mots que vous n'avez jamais dit, ataraxie népotisme, thuriféraire. Regardez-les briller ! Dépoussiérez vos âmes au plumeau. Laissez passer les petits papiers, ceux du poète et faites des cocottes ou des bateaux, avec la paperasse indigeste des ronds-de-cuir. Préférez leur les ronds dans l'eau, les ricochets.
Mettez de la magie dans cette chienne de vie ! C'est pas taxé. C'est pas imposable. C'est pas défendu. Enfin, pas encore.
Et si vos jambes ne vous portent pas, ne butez pas contre l'impossible, ne rêvez pas de courir, mais rêvez que vous courez, sentez la nuance, diaphane, subtile, servez-vous de vos autres sens, ceux qui marchent, sentez le vent sur vos joues, sentez vibrer vos doigts, trembler votre gorge et envolez-vous au-dessus des possibles. Changez de main, d'endroit, de regard. Créez votre vie, peignez-là, trempez-la dans l'huile, trempez-la dans l'eau.
Ça vous fera de beaux souvenirs tout chauds.
Euh...voilà... je m'emballe ! C'était la minute nécessaire de Céleste. La fille qui croit à la poupée qui tousse. Excusez-moi, mon tapis volant m'attend devant la fenêtre. Vous venez ?
¸¸.•*¨*• ☆
Musique: Yiruma, love me Article connexe Pourquoi il est si important de rêver, en sept points-clés.
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