C'est en éprouvant des émotions que l'on ressent le plus couler la vie au fond de soi. Et à l'issue de ces trois jours, fous d'émotions, il ne me vient aux lèvres que des mercis humbles et balbutiants. Merci à toi, maman, d'aller mieux pour la première fois depuis que tu es repartie dans la coquille de verre de ton cerveau fragile. Tu as esquissé un sourire, il paraît, tu es même descendue à la cafétéria de l'hôpital boire un café. Et mon coeur s'est mis ressembler à ces prairies d'après la pluie, n'osant briller de timides rayons pâles et pourtant triomphants... Merci à ma nièce chérie d'avoir mis au monde aujourd'hui le dernier-né de la famille. Un gros poupon de huit livres...Eh oui mon vieux Totor, tu as raison, lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grand cris...Mon frérot, mon cher petit frérot qui courait avec moi sur les galets niçois, et me faisait des niches, te voilà grand-père, je ne peux y croire ! Et moi, canadienne...euh non, grand-tante ! Merci à Marie-Madeleine pour ces délicieux moments que nous avons passés ensemble, ta complicité, ta sagesse calme et tranquille, tout ce que tu m'as appris, tes fou-rires, ton sourire. Ton joli chapeau bleu, tes grâces de jeune fille. Mon coeur serré quand tu as repris ton train. Merci à Noël pour le feu d'artifice et les lumières du théâtre, les rues illuminées, les odeurs de gaufres chaudes et de pain d'épices. Merci à mes élèves d'avoir gagné le concours d'écriture du Salon du livre, pour vos hourras de joie à l'annonce du résultat, pour cette joie profonde, ce sentiment d'être dans le vrai, de pouvoir vous offrir ce sésame : oui, écrire procure un bonheur palpable et gratifiant. Nous irons chercher notre récompense en janvier. Je suis si fière de vous ! Merci à Châtaigne pour ce bon repas, et ce beau moment de partage dominical où nous avons chanté, tes trois enfants et moi, eux que j'ai eus comme élèves, et qui ont gardé chacun leurs yeux émerveillés et leurs cahiers de chants. Et puis, quand j'ai entonné ces vieilles chansons d'avant-guerre, j'ai vu briller silencieusement les yeux de ta maman. Elle n'a rien dit, mais je l'ai sentie heureuse. Merci à Olga Laxie pour la soirée de samedi, le vin pétillant, les mets exquis, et ton rire en cascade qui fait écho au mien... Merci à vous, mes lecteurs chéris, pour vos clins d'oeil, vos jeux de mots, vos private jokes, vos partages... Bon allez, j'arrête, on dirait la cérémonie des Césars, c'est chiant non? je vais vous endormir, pire peut-être : vous faire fuir. Un petit dernier? Merci la Vie, merci l'Amour, de trépider dans mes veines avec tant de générosité.
Merci à Personne de m'avoir offert la très belle photo qui illustre ma litanie...
Vous avez peut-être déjà vu ces étranges amas de pierres que l'on appelle des cairns...
De loin en loin, au coeur de la montagne, ils balisent le chemin, ils rassurent, ils permettent de reprendre espoir quand on croit s'être égaré. On les repère dans le brouillard, ils sont comme des personnages familiers, des anges tutélaires, les dieux lares des randonneurs. Chacun en passant rajoute une pierre à l'édifice. Ils semblent connaître les secrets des lieux. Ils ont quelque chose de zen qui me plaît bien.
selfie ( incognito ^_^)
Dans la vie, on a aussi des cairns. Solides malgré leur fragilité apparente. Réconfortants dans la tempête, apaisants, consolateurs. Ils sont notre lumière quand on s'égare, notre GPS quand on hésite sur le chemin à prendre, nos panneaux indicateurs dans la brume de nos doutes.
Ce sont les Amis, et grâce à eux, malgré les embûches, on avance sur le chemin d'un pas tranquille et le sourire aux lèvres. On sait qu'ils nous éviteront le ravin.
Bien sûr, il y a le programme, qui fait parfois dire aux gens : "Je me demande où les maîtres d'école trouvent la foi et le courage d'enseigner de telles choses..." Il y a ce ramassis, ce catalogue de choses abstraites qui semblent souvent inutiles, et qui font souvent dire aux élèves "Maîtresse, ça sert à quoi d'apprendre ça? " Vastes questions ! Les choses doivent-elles toujours être "utiles dans la vie" pour être enseignées ? N'est-ce pas un peu réducteur ? Doit-on apprendre d'où vient le vent seulement si on veut devenir météorologue ? Ou la musique uniquement si l'on est sûr de faire carrière dans un orchestre ?
Alors, il y a la solitude du doute, le soir, sous la lampe, quand les yeux brûlent à force de corriger les devoirs imparfaits des têtes blondes. Sans relâche. Parce qu'on y croit mais que c'est difficile. Et qu'on en vient parfois, soi-même, à se poser la question :" A quoi bon leur apprendre à tenir un compas, à faire une division ou à conjuguer au passé simple? A quoi bon savoir par coeur des poésies, des tables de multiplication, ou des règles d'orthographe dont tout le monde se contrefiche ?"
Bien sûr, on peut critiquer le programme. Le faire évoluer, l'améliorer, le simplifier. Le programme est fait par des hommes, donc ni infaillible ni imperfectible. Il résulte toujours d'une volonté politique, alors qu'il devrait être le fruit d'une réflexion philosophique. C'est si important pour une société de réfléchir à ce qu'elle veut apprendre à ses enfants...
On peut ne pas être d'accord, mais il faut quand même, par déontologie de la fonction, donner l'impression qu'on le respecte. Sans se renier, néanmoins. Pas facile. Suivre l'esprit mais pas la lettre... Alors oui, bien sûr, il y a le programme. Mais il y a surtout la méthode. L'art d'enseigner. Quelque chose d'unique, que l'on forge comme un instrument de musique, avec patience et longueur de temps...Quelque chose de très personnel, un mélange de savoir-faire et de passion. Avec une bonne méthode, on peut apprendre aux enfants même les choses les plus austères ou rébarbatives.
Il suffit d'expliquer de façon sensitive, concrète, intuitive. Avec des dessins, des objets, des images, des saynètes, des comptines. Avec humour, avec tendresse. Avec l'amour du savoir en tant que porte de la sagesse. Compter avec des hirondelles sur des fils. Faire du dictionnaire le plus beau des romans d'aventure. Je vous explique pas ma méthode in extenso, sinon on n'est pas couché !
Il y a, enfin, tout ce qui ne se trouve pas dans les programmes. Les leçons d'arbres et de brins d'herbe. Les leçons d'étoiles et de nuages. Les leçons de oh! et de ah! Les leçons de terre, les leçons de Vie. Et les verbes pronominaux: s'intéresser, s'entraider, se respecter, s'écouter, se dépasser, s'émerveiller, s'aimer. L'essentiel, quoi.
A Pierre. Suite à un beau commentaire qui méritait depuis l'autre jour une réponse.
A Mélodie, qui est une de ces extraordinaires maîtresses, et qui n'a pas répondu à Pierre sûrement parce que ce travail est terriblement prenant... END... by NICOLAS ERRERA on Grooveshark
Les traits du plafond descendent doucement vers lui comme un filet à papillon.
Il se sent comme pris au piège.
La voix du maître raconte une histoire d’oiseau qui s’envole de sa cage, une histoire de cage qui s’efface, de peinture et d’arc en ciel.
Le petit garçon mélange les histoires comme les couleurs de ses crayons.
Il dessine un oiseau dans la marge de son cahier de brouillon, à côté des multiplications, et l’oiseau, le bel oiseau bleu porte-plumes quitte les lignes Séyès et s’envole sur le rebord de la fenêtre, il a un petit œil doré de pigeon, et un grand sac de voyage sur le dos.
Et de belles plumes bleues un peu mâchouillées au bout.
Et le petit garçon arrondit sa bouche et le pigeon sourit.
Quelle différence y-a-t-il entre un pigeon ?
Viens avec moi, viens ! dit le pigeon.
Viens loin du sol, parsemer de vent les nuages, vient faire éclater tes poumons de l’air du vent.
Mais le petit garçon doit encore revoir sa conjugaison.
Je vais venir, je voudrais venir, je viendrai, je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.
Vingt culs ? dit le pigeon, peut-être pas, mais tu as la bouche en cul-de-poule, tu vas gober les moucherons !
Et le pigeon s’envole.
Pourquoi faut-il toujours que tout s’envole ? se dit le petit garçon.
-As-tu fini ta rédaction ? dit le maître.
Et le petit garçon se souvient que le sujet de la rédaction était le rêve.
A ma petite maman qui m'a donné depuis toujours le goût des belles histoires, et qui est repartie vaciller à l'hôpital...
En hommage à Robert Doisneau, Jean Rivet, Coluche, Jacques Prévert, Maurice Druon, Selma Lagerlöf, Richard Bach, Jean Richepin, Jean Cocteau et quelques autres grands poètes que j’aime.
Dans mon enfance, il y avait ce
merveilleux feuilleton, l'Âge Heureux, avec ces ballets de petites filles en
tutus égayés sur les toits et les coupoles de l'Opéra. Une féérie en noir et
blanc qui a gravé à tout jamais dans mon cœur des
sensations haletantes et un souvenir merveilleux.
Elles franchissaient, ces polissonnes
désobéissantes, une porte interdite restée malencontreusement (ou fort
heureusement ?) ouverte un soir de première, et découvraient avec des cris de
chouettes la splendeur d'un Paris nocturne et lumineux...je ne sais vous
décrire la poésie de ces images irréelles, de ce vol de danseuses se
dispersant sur les toits comme des lucioles en tulle blanc.
Vous imaginez, de nos jours, dans notre
monde de contrats d'assurances, procédurier et rigide, si des petites filles
couraient sur des faîtières en chaussons de satin, à cinquante mètres au dessus
du sol ? Tout bonnement impensable.
Delphine, l'héroïne, se faisait piéger
par la méchante Julie, qui refermait la porte d'un air mauvais en laissant
tomber la clé dans un seau de peinture blanche...
Il m'en est resté une grande
fascination pour les toits. Et pour tous ceux qui s'y promènent avec
aisance, moi qui ai le vertige en montant sur une échelle. Les couvreurs, les
ramoneurs, les hussards et les chattes (quand ils sont brûlants).
J'aime vraiment beaucoup les scènes de
films qui se passent sur les toits, du petit ramoneur espiègle de Mary Poppins
aux magnifiques toits de Paris d'Une vie de chat. Les délicieux frissons de
capes et d'épées virevoltant au-dessus du vide. Quand on tremble pour le
héros...
Un sentiment de liberté, sans doute. Un
symbole d'altitude, d'ivresse et de prise de risque. Avec en plus, le plaisir
d'embrasser les choses d'un seul regard et de se sentir, l'espace d'un instant,
roi ou reine sans couronne d'un monde prodigieux.
Ça ne vous indispose pas un brin,
cette sarabande événementielle dont on nous rebat les pavillons auditifs à
longueur d’année ? Epoque épuisante que celle-ci, vraiment, où l'on ne prend plus le temps de vivre, où l'on veut toujours ce qui n'est pas encore, et où les choses ont toujours
deux ou trois longueurs d’avance. ( Et encore, je crois que je suis en deçà de la vérité. Ces chers politocards ont entamé leur campagne électorale trois ans avant l'échéance...qui dit mieux ?).
Prenons Noël. Au hasard. Fête magique et étoilée s’il en est. Pauvres de vous, si vous vous avisez de préparer vos cadeaux fin novembre… vous risquez de ne plus trouver dans
la hotte les présents dont vous rêviez. Le
vieux passeur de rêves à barbe blanche, qui illuminait et transfigurait
votre salon pendant le sommeil des enfants ou l’insomnie des adultes,
n’est plus qu’un redoutable marketeur, qui prépare ses (mauvais) coups bien en amont. Eh oui, de nos jours, bon an mal an, Noël commence le
premier octobre. Ça me défrise. Le jour-même où nos grands
parents, jadis, faisaient la rentrée des classes, dans le calme silence d’un
petit matin frileux d’automne. Après un long été joyeux de pêche aux coques, de
confitures et de confidences.
Pour nous, pauvres victimes
consentantes (ou pas) du consumérisme de haut vol, les trousses et les cartables
débarquent début juillet dans les rayons, sitôt l’année scolaire terminée. Pas
le temps de se ressourcer, c'est déjà reparti !
Mais enfin, vous n'allez pas tout d'même pas avoir des envies de plage et de
soleil au mois de juillet ? Non parce qu'autant vous le dire tout de suite: il sera trop tard pour débarquer
chez « Des cats longs », le sein voluptueux et la fesse alerte, avec l'idée saugrenue de vous
choisir un nouveau maillot. Il fallait venir en mars, au moment où, derrière
les vitrines, de pauvres mannequins dénudés se pelaient les miches sous les
giboulées pour présenter la collection d’été. Les mêmes, d’ailleurs, se chopent des suées, sous des manteaux
de vison blanc pur synthétique, en plein cagnard. C'est que ma brave dame, un voyage au ski, ça se prépare dès l' août, foi d'animal, tout le monde sait cela!
Ô ! tempora ! ô mores !
ô ivresse et solitude du consommateur dans ces ténébreux égarements du calendrier...
Chaque année, c’est la même
chanson, l'éternel recommencement.
Mais je ne perds pas espoir. A force de prendre de l'avance, l’épilogue finira par arriver fatalement avant le
prologue, et le chat se mordra la queue. Peut-être, alors, tout rentrera dans
l’ordre, les reines tireront les rois le six janvier, et pis Fanny sera très contente.
Les vapeurs qui s'exhalent du fond des boulevards me noient dans leur fiel.
J'étouffe! Ça fétide, ça dioxyde, ça monoxyde, ça peroxyde. Je ne sais plus. J'ai oublié. Mes souvenirs s'entassent à l'entrée de mon cortex, dans un désordre indescriptible, cherchant à qui ils peuvent bien appartenir, comme des réfugiés massés dans une gare. Je ne parviens plus à les trier. Et mon cerveau, salle des pas perdus, des pas trouvés, résonne du frottement incessant de ces effilochements de mémoire qui s'accrochent, comme des lambeaux de peau morte, aux branches tordues de mon esprit qui divague. Je ne sais plus où je vais, dans ce Paris sournois où m'égarent mes pas. Sans bruit. Tout est en noir et blanc comme les cris urbains. Comme les trottoirs vides. Comme le coeur des hommes. Et je marche au passé.Et je marche au présent. Au hasard. Sans futur. Le nez sur mes DockMart's, grise comme le ciel, grise comme ma vie. Bleue comme ma douleur. Mais ni triste ni gaie. Paris est un cendrier et je suis consumée. Egarée. Ereintée.
Texte inspiré par la très belle photo d'Antiblues. Toute ressemblance etc etc...ne ferait que confirmer que tout est littérature...
J'observe ma maîtresse. Elle reste, de longues heures, assoupie sur sa méridienne de Greenwich. Je sais qu'elle s'est battue pendant trois jours contre une espèce de virus saugrenu, et qu'entre le sirop "qui fait dormir" et les pilules "à ne prendre que le matin sous peine de faire des bonds" son horloge biologique s'est un peu affolée. Mais ce n'est pas ça. Ce n'est pas non plus seulement la moite torpeur post-prandiale que vous nommez sieste.
Je crois qu'elle nous fait une crise d' introspection. Dans ces moments-là, en plus de comater sur le sofa, elle s'enferme souvent dans sa voiture, sa cage de farfadet, comme elle dit, bien à l'abri, seule, et elle médite longuement. Les embouteillages n'ont pas l'air de la déranger...
Elle pense à sa vie. Elle pense à son nombril. Elle a des milliers d'idées et de pensées qui traversent son esprit. Elle pense aux êtres qui l'entourent, à ses rencontres, aux relations qu'elle tissent avec chacun. Elle a l'air heureuse, et puis son regard s'assombrit. Et à nouveau, il s'illumine. Son visage semble une plaine de fin d'été où le soleil et les nuages se disputeraient la lumière. Elle trace mentalement la carte de ses espoirs et de ses doutes. Elle s'afflige et se réjouit.
C'est que dans les méandres de nos intériorités, le chemin n'est jamais tranquille. Certains événements extérieurs la contrarient ou la soucient, mais elle refuse désormais de s'en sentir responsable. Ce n'est pas sa faute si sa mère se retrouve à l'hôpital une nouvelle fois. Ce n'est pas sa faute si elle ne voit pas assez souvent sa soeur, ou ses frères. Si certains de ses amis ne donnent plus de nouvelles. Ce n'est pas sa faute si l'évolution de son métier s'éloigne de jour en jour de ses convictions profondes. Ce n'est pas sa faute si les gens en face d'elle réagissent par des émotions incontrôlables ou démesurées. Elle n'est responsable ni de la tristesse de l'un, ni de la joie de l'autre. Personne ne détient le pouvoir de faire naître des émotions chez les autres.
Elle n'est pas parfaite. Elle n'est pas toute puissante. Elle n'est donc pas coupable. Elle a le droit de se tromper. Elle s'accepte, elle s'accueille, elle se cajole, ça lui fait un bien fou.
Alors ce doux rendez-vous avec elle-même, je le sens, l'apaise et la fait progresser. Les orages professionnels s'éloignent. Elle se sent de plus en plus prête pour son changement de cap. Elle accepte mieux l'idée de vieillir. Elle ne se ronge plus de culpabilité pour des choses indépendantes de sa volonté. Le lâcher-prise détend ses os, ses ligaments, ses muscles. Elle n'a plus mal au dos ou à l'épaule. Elle est sûre que tout cela est lié. Ses boyaux ne se font plus des sacs de noeuds. Ses traits se lissent. La vie allume le feu en elle. Elle peut se tourner vers les gens qu'elle aime, vers ceux qui l'aiment. Certaines voix qui la font chavirer, certains êtres qui lui donnent de la lumière. Et cette lumière qui coule en son coeur, elle a envie de la partager avec ceux qui ne se sont pas ennuyés, à lire ce billet un peu "chiant" d'intime investigation, jusqu'au bout.
Allez, je vous laisse. Je crois qu'elle est contente que je vous aie un peu parlé d'elle. Je crois voir qu'elle vous sourit. Du coup, je vais peut être avoir double ration ce midi...
La prochaine fois, je vous raconterai ma tendre et douloureuse inclination pour la voisine d'en face, une belle minette des Chartreux hélas mariée à un Bobtail du Japon...mais là, j'ai vraiment plus le temps.
J'aurais aimé naître à Bora-Bora, dans l'air précieux chargé d'ylang-ylang et au son des tam-tams. Seulement, mes parents, qui n'étaient ni bobos, ni prout-prout, m'ont fait mes premiers guilis-guilis dans un boui-boui du quatorzième. Ce n'était pas Sing-Sing, quand même, bien qu'un peu cracra,
mais mon enfance s'est passée sans chichis, à manger du couscous et à jouer au
yoyo. Tonton Riri et Tata Zaza, pas fute-fute, m'ont élevé à coups de panpan-cucul :
pas question d'être gnangnan !
Heureusement, j'étais le chouchou de manman, et papa m'a appris
bien vite à faire le kéké avec des nanas un peu olé-olé.
Et puis un jour, je suis parti à Pago-Pago. Là, j'ai rencontré
une petite pépée toute mimi sous son bibi, j'ai aimé ses lolos, ses
frous-frous, elle a aimé ma gueule de titi, on a fait crac-crac.
Elle était pom-pom girl, je fabriquais des pousse-pousse, je lui
ai proposé une association fifty-fifty. Elle a dit tchin-tchin ! Mais un
matin, elle me dit, tout-à-trac : « Bye-bye, je vais danser le chacha à
Ngoro-Ngoro! »
Plus tard, à Baden Baden, je suis devenu toc-toc d'une baba russe nommée Zizi qui avait fui Zorzor après la révolte des Cocos. Elle promenait son
chow-chow et ses manteaux de fourrures dans une vroum-vroum dont
les initiales étaient « R. R. »
Je suis maintenant le roi du bling-bling, je vais mollo-mollo et
je thésaurise à qui mieux-mieux.
Les mots doubles m'ont toujours porté bonheur, j'en suis
gaga !
Quand ma bougie
vacillera comme dans les contes symboliques.
Quand mon corps presque raidi, sera devenu
camisole, avachi par la décrépitude et par un quotidien trop lourd.
Quand mes yeux
qui ont tant pleuré et tant contemplé, lutteront sans force pour rester ouverts.
Quand mes membres craquants comme des brindilles ne
me porteront plus. Quand de ma peau chiffonnée le sang se retirera.
Alors seulement je te dirai. Alors seulement
tu sauras.
Dans mon cerveau s’ouvrira une petite fenêtre de
projection.
Sur l'écran du souvenir défilera le plus beau
film qui fût. Un film en cinémascope. Un
truc à rendre zinzin Hollywood et Cinecitta. Un condensé d’extravagances et de
douces joies.
Le biopic d’une bergère naïve qui se croyait princesse, amoureuse
de rêveurs qui l’emmèneraient en escapade, comme on se prend le coeur dans
un tapis volant, sur le bleu velours sombre d’une nuit de Chine…
Je te dirai mes abandons sensuels, telle une tige un bambou ondulant au fil du vent qui passe, au fil des mains
qui pansent. Je te dirai en riant mes erreurs idiotes d’apprentie artiste, mon univers un peu lunaire. Ma fuite de ce monde aliéniste, outrageux, incompréhensible, dont la violence scarifia mon cœur par endroits comme des épingles rouillées. Mes espoirs de jardinière cultivant sans relâche des graines d'enfants.
Et ma maîtrise bien maladroite des déferlements
d’émotions, de désir, de révoltes qui agitèrent mon âme et mon corps de tremblements. Jusqu’à parfois
se demander si la psychose, ou un grain de folie, ne me grignotaient pas sournoisement la cervelle de
leurs dents de sabre. Comme des tigres furieux.
Tu sauras alors ma
recherche obsédante du bonheur. Dans chaque note de jazz, chaque étoile, chaque regard ami. Comme tout le monde ici-bas. Pour oublier le
malheur d’être simplement un homme ou une femme ordinaires, sur sur cette planète échouée sans conséquence...Un être humain aux poings serrés, impuissant. Absurde point de
suspension précipité dans un bain d' acide.
Pourtant, au dernier souffle exhalé de ma bouche, que tu abreuvas de tant
de baisers et de mots fous... je te dirai, la Vie, combien je t’ai aimée.
Les vacances se sont terminées en
apothéose avec un formidable week-end dans la ville de Guignol...
Quelle
merveille que cette ville, sous le ciel pur de cette saison hors norme !
Quel
bonheur que ces escapades, comme un grand coup de vent ravigotant dans les cheveux
...Peut-être un des secrets de mon éternelle joie de vivre, qui sait ?
J'aime
changer d'air. J'aime changer tout court. Tiens, vous ne l'avez peut-être
pas remarqué, mais j'ai passé un coup de peinture par ici...et j'ai refait la
déco. Ne sentez-vous pas cette délicieuse odeur de plâtre frais et de colle à
tapisserie ?
J'adore
depuis toujours déplacer les meubles, faire bouger les lignes, me renouveler
quoi... Et en ce début novembre, que peu à peu d'année en année je me
décide à ne plus détester autant, cela fait partie de ma stratégie. Ma stratégie anti-morosité. Lutter
contre le cafard pédalant du manque de lumière, avec l'énergie d'un soleil
intérieur qui ne me lâche pas...