J'aurais aimé naître à Bora-Bora, dans l'air précieux chargé d'ylang-ylang et au son des tam-tams. Seulement, mes parents, qui n'étaient ni bobos, ni prout-prout, m'ont fait mes premiers guilis-guilis dans un boui-boui du quatorzième. Ce n'était pas Sing-Sing, quand même, bien qu'un peu cracra,
mais mon enfance s'est passée sans chichis, à manger du couscous et à jouer au
yoyo. Tonton Riri et Tata Zaza, pas fute-fute, m'ont élevé à coups de panpan-cucul :
pas question d'être gnangnan !
Heureusement, j'étais le chouchou de manman, et papa m'a appris
bien vite à faire le kéké avec des nanas un peu olé-olé.
Et puis un jour, je suis parti à Pago-Pago. Là, j'ai rencontré
une petite pépée toute mimi sous son bibi, j'ai aimé ses lolos, ses
frous-frous, elle a aimé ma gueule de titi, on a fait crac-crac.
Elle était pom-pom girl, je fabriquais des pousse-pousse, je lui
ai proposé une association fifty-fifty. Elle a dit tchin-tchin ! Mais un
matin, elle me dit, tout-à-trac : « Bye-bye, je vais danser le chacha à
Ngoro-Ngoro! »
Plus tard, à Baden Baden, je suis devenu toc-toc d'une baba russe nommée Zizi qui avait fui Zorzor après la révolte des Cocos. Elle promenait son
chow-chow et ses manteaux de fourrures dans une vroum-vroum dont
les initiales étaient « R. R. »
Je suis maintenant le roi du bling-bling, je vais mollo-mollo et
je thésaurise à qui mieux-mieux.
Les mots doubles m'ont toujours porté bonheur, j'en suis
gaga !
Quand ma bougie
vacillera comme dans les contes symboliques.
Quand mon corps presque raidi, sera devenu
camisole, avachi par la décrépitude et par un quotidien trop lourd.
Quand mes yeux
qui ont tant pleuré et tant contemplé, lutteront sans force pour rester ouverts.
Quand mes membres craquants comme des brindilles ne
me porteront plus. Quand de ma peau chiffonnée le sang se retirera.
Alors seulement je te dirai. Alors seulement
tu sauras.
Dans mon cerveau s’ouvrira une petite fenêtre de
projection.
Sur l'écran du souvenir défilera le plus beau
film qui fût. Un film en cinémascope. Un
truc à rendre zinzin Hollywood et Cinecitta. Un condensé d’extravagances et de
douces joies.
Le biopic d’une bergère naïve qui se croyait princesse, amoureuse
de rêveurs qui l’emmèneraient en escapade, comme on se prend le coeur dans
un tapis volant, sur le bleu velours sombre d’une nuit de Chine…
Je te dirai mes abandons sensuels, telle une tige un bambou ondulant au fil du vent qui passe, au fil des mains
qui pansent. Je te dirai en riant mes erreurs idiotes d’apprentie artiste, mon univers un peu lunaire. Ma fuite de ce monde aliéniste, outrageux, incompréhensible, dont la violence scarifia mon cœur par endroits comme des épingles rouillées. Mes espoirs de jardinière cultivant sans relâche des graines d'enfants.
Et ma maîtrise bien maladroite des déferlements
d’émotions, de désir, de révoltes qui agitèrent mon âme et mon corps de tremblements. Jusqu’à parfois
se demander si la psychose, ou un grain de folie, ne me grignotaient pas sournoisement la cervelle de
leurs dents de sabre. Comme des tigres furieux.
Tu sauras alors ma
recherche obsédante du bonheur. Dans chaque note de jazz, chaque étoile, chaque regard ami. Comme tout le monde ici-bas. Pour oublier le
malheur d’être simplement un homme ou une femme ordinaires, sur sur cette planète échouée sans conséquence...Un être humain aux poings serrés, impuissant. Absurde point de
suspension précipité dans un bain d' acide.
Pourtant, au dernier souffle exhalé de ma bouche, que tu abreuvas de tant
de baisers et de mots fous... je te dirai, la Vie, combien je t’ai aimée.
Les vacances se sont terminées en
apothéose avec un formidable week-end dans la ville de Guignol...
Quelle
merveille que cette ville, sous le ciel pur de cette saison hors norme !
Quel
bonheur que ces escapades, comme un grand coup de vent ravigotant dans les cheveux
...Peut-être un des secrets de mon éternelle joie de vivre, qui sait ?
J'aime
changer d'air. J'aime changer tout court. Tiens, vous ne l'avez peut-être
pas remarqué, mais j'ai passé un coup de peinture par ici...et j'ai refait la
déco. Ne sentez-vous pas cette délicieuse odeur de plâtre frais et de colle à
tapisserie ?
J'adore
depuis toujours déplacer les meubles, faire bouger les lignes, me renouveler
quoi... Et en ce début novembre, que peu à peu d'année en année je me
décide à ne plus détester autant, cela fait partie de ma stratégie. Ma stratégie anti-morosité. Lutter
contre le cafard pédalant du manque de lumière, avec l'énergie d'un soleil
intérieur qui ne me lâche pas...
Figurez-vous,
lecteurs chéris, qu'Olga Laxie me demande hier à brûle-pourpoint un ou deux
titres de films d'horreur, pour la soirée halloween de son ado de fille.
J'avoue que
malgré une descente rapide mais organisée dans mes souvenirs (avec piolet
et corde de rappel car il m'a fallu aller profond !) rien ne remonte
spontanément à la surface granuleuse de mon cortex embrumé...
Enfin, rien de
récent et de décemment épouvantable à proposer à une fille de quinze ans, mais
quinze ans de maintenant, de cette époque mirifique de ce début de siècle où
plus rien ne fait peur à ces garnements, habitués qu'ils sont aux effets
spéciaux gore en trois dimensions, et aux jaillissements d'hémoglobine à tous
les coins de jeux vidéo.
Il faut
dire que je n'ai jamais trop aimé ce genre de réjouissance. Je m'arrangeais
toujours, ado, pour avoir autre chose à faire quand on me proposait d'aller
voir ce bon vieuxFreddieet sa sympathique tronche d'écorché
vif en putréfaction. Ou encore La Nuit des Vers Géants...Quelle horreur
! (ah ben oui, c'est le cas de le dire, je suis bête...)
Alors moi
qu'un chat perdu fait pleurer, comme dit le poète... au prix d'un gros effort, j'extirpe
de ma mémoire refoulée quelques uns des plus effrayants souvenirs de mon
existence.
Mes
premières vraies chocottes remontent à Belphégorque je regardais furtivement et sans
permission, quand j'avais cinq ans...
Ma trouille
bleue devant lesEnvahisseurset leur auriculaire
hypertrophié.
AvecHitchcock, ses corbacks et sa
scène de la douche, j'étais au taquet, et le Silence des Agneaux,
que je n'ai pas vu, m'a donné des cauchemars rien qu'en écoutant un collègue de
boulot le raconter à la cantine entre la passecrassane et le reblochon.
Impressionnable, Célestine, hein...une vraie petite nature.
Il faut
dire que j'arrivais à me foutre les jetons toute seule sur mon lit avec des
nouvelles comme le Horlade
Maupassant, oula Peau de
Chagrinde Balzac, alors vous
imaginez...
Je ne vous
parle pas du clip de Mickael Jackson,Thriller,
et de son effroyable ballet de zombies...Tout ça n'avait à mon avis pour
but que de terrorriser les filles pour qu'elles se jettent dans les bras des
garçons. Enfin, moi, c'est comme ça que je le comprenais...
Bref, pas
de quoi impressioner la nymphette 2014 en recherche de sensations fortes.
Et puis, en
grattant bien, je me suis quand même rappelé avoir vu deux trois beaux
monuments dont je suppose que j'ai dû les enfouir au fin fond de mon
inconscient tellement ils m'ont glacée d'épouvante en leur temps.
Certains
devenus un peu anecdotiques par leur côté vraiment trop paranormal, commeAmityvillela maison du diable, oul'Exorciste,d'autres trop fantastiques par leurs effets
spéciaux absolument vomitifs, je pense àla
Mouche, sorte d'avatar
effroyable de laMétamorphose de
Kafka, ouAlien,bestiole mi-homme mi-machine qui
m'a empêchée de dormir pendant quelques nuits...
Mais à côté
du grand-guignol sanguinolent, dont les célèbresMassacre à la Tronçonneuse,Shiningoules Dents de la Mer, d'autres
films moins spectaculaires m'ont impressionnée bien plus fortement, en
triturant à l'acide les méandres honteux de mon cerveau reptilien, laissant
apparaître en moi, à mon grand dam évidemment, une fascination morbide
universellement partagée pour les choses indicibles en marge de notre
raison.
Je pense à
des chefs d'oeuvre du genre, Possessionde Zulawski, le célèbreRosemary's baby,Le Locatairede Polanski ou encoreles Diaboliquesde Clouzot. La palme du mal absolu revient pour moi sans conteste à l'ignoble, l'innommable Orange Mécanique, qui m'a laissée longtemps éperdue de terreur. J'étais trop jeune, et pas du tout préparée.
Le train
fantôme a encore de l'avenir. On aime se faire peur, c'est humain...
Ah, je vous
laisse, on sonne à ma porte... un Dracula de moins d'un mètre de haut et une
Momie sur le retour me réclament des bonbecs à grands hululements sinon je vais
périr dans d'atroces souffrances...
Asphodèle revient enfin avec un thème très fécond, puisqu'il s'agit de complicité. .. Regard,secret, main, larrons, tiroir, drap, couverture,partager, (se) tramer, connivence, confident, bêtise, proche, rival, neige,empathie, ensemble, amants,nacrer,nomade, noir.
***
Ah, mes fidèles confidents, laissez-moi donc vous narrer la désagréable mésaventure qui m’est
arrivée dernièrement.
Imaginez-vous,
donc, que je me suis retrouvée soudain
dans le box des accusés, au fond d’un lugubre tribunal de province chichement
éclairé.
-Mais enfin, que me reproche-t-on ? M’entends-je
bafouiller d’une voix mal assurée.
Le président me lance un regardnoir. Il s’adresse au procureur qui entame alors une
impressionnante diatribe.
« L’on vous accuse…Euh…l’on vous accuse
de troubler l’ordre public. Parfaitement. Par vos écrits subversifs et
sulfureux. Votre… blog... (à ce mot, le président esquisse une moue
nauséeuse comme s’il s’agissait d’une crotte de nez collée sur son calepin)... ce
blog dont vous êtes si fière, n’est qu’un ramassis de bêtises, voire d’inepties
sans nom. D’incitations à la rêverie, au farniente, à la gourmandise et toutes sortes de péchés capiteux.
-Mais, monsieur le Procureur…
En outre, vous faites preuve d’un insupportable
narcissisme, un égotisme échevelé qui frise l’indécence, allant jusqu’à étaler pleine page vos
yeux de poisson mort et vos cheveux teints. Affirmez donc, après cela, que vous ne cherchez pas à tirer à vous la couverture ! Je
vous demande un peu, mesdames et messieurs les jurés, si vous trouvez cela
correct, cet aguichage permanent, et cette
connivence que l’accusée établit avec
ses lecteurs…poussant l’empathie, qui sait, jusqu’à partager leurs secrets de draps et d’alcôve…Cela, bien sûr, si l’on doit en
croire les commentaires de certains de ses aficionados les plus proches, qui s’entendent comme de sacrés larrons, à
moins que ce ne soit qu’une façade pour mieux évincer chaque rival…
-Mais…monsieur le Président…
-Vous tramez, dans votre officine de bas étage, des textes
parfaitement malséants que vous ne sortez de vos tiroirs que pour inciter le peuple à réfléchir, sur les problèmes d'éducation ou d'écologie, et, pour exciter les folliculaires, vous
osez émettre des « opinions » sur des sujets aussi divers qu’épineux, alors
que vous savez bien que c’est parfaitement interdit ! Vous écrivez des billevesées
sur la magie des flocons de neige, les galaxies lointaines, les fils d’araignée que « nacre le soleil
frémissant de l’aube », et autres calembredaines qui se veulent poétiques
ou spirituelles, évanescentes en un mot…mais, tombant dans une pathétique
dichotomie bipolaire, vous vous mettez soudain à
parler avec virulence dans une langue fleurie de mots grossiers à la Frédéric Dard,pour fustiger à corps et à cri une vénérable institution nommée Eduknatt...à moins que, comble du ridicule, vous ne grattiez votre guitare pour faire semblant de chanter et arracher les oreilles des passants…
Qui croyez-vous duper, mademoiselle Troussecotte? Nous savons bien, nous,
que tout cela, ce ne sont que codes et noms d’emprunt, dissimulant une
redoutable organisation anarchiste sur laquelle, heureusement, nous avons mis
la main…
-Mais…mais…
-Cessez donc de bêler comme une bique ! Je
n’ai pas terminé !
Pour
finir, donc, votre blog n’est en réalité qu’un sombre repaire d’amants de Vérone, de fleurs du mal, d’oiseaux nomades ou de visiteurs du soir. Vous y usurpez des
identités variées, capitaine de bateau, maîtresse ou violoniste. N'importe quoi, vraiment! Vous y fomentez sans cesse la révolution. Vous y distillez des idées de paix et d'amour parfaitement incompatibles avec la logique implacable du monde actuel. Le simple fait que vous vous réclamiez de dangereux
complices comme Pierre Dacque, Boris Viyand, Léof et Ré, Georges Brassince, Ray Monqueno ou Zazie Danlemétro, et Jean Passe... prouve définitivement
votre culpabilité. Je requiers la peine maximale, et vous condamne à être enduite de sel et léchée par une chèvre jusqu'à ce que mort s'ensuive.
La parole est à la défense ! »
C’est à ce moment-là que je me suis réveillée,
évidemment. Je ne doute pas qu’ensemble ou
séparément, vous auriez quand même trouvé deux ou
trois arguments pour m’éviter la corde. Enfin, le supplice de la bique, je veux dire. ^ ^ Photo du net
Les films que j'apprécie le plus au cinéma sont ceux que, petite, j'appelais "les films de vie". Je les préfère depuis toujours aux péplums, westerns et autres épopées fantastiques... Les portes y claquent, les gens y rient, pleurent, souffrent , aiment, détestent à un rythme effréné. C'est la vie des gens, quoi.
Les dix jours que je viens de passer ressemblent de près ou de loin à une de ces ébouriffantes sagas.
J'aurais aimé vous faire rire, pour mon retour sur la planète blog, après une aussi longue absence...mais dans ma dimension professionnelle, (qui a pris un air de quatrième dimension d'ailleurs, tellement on marchait sur la tête ) j'ai eu à subir, outre la frénésie habituelle de fin de période, l'ire de mères en colère qui m'ont malmenée de façon très incivile, allant jusqu'à m'enregistrer avec leur portable, alors que je n'étais absolument pas responsable de ce qu'elles me reprochaient. Je ne suis pas du genre à fuir mes missions, vous me connaissez, mais là, j'ai éprouvé un immense sentiment d'injustice et d'abandon de la part de la hiérarchie qui m'a envoyée seule "au charbon"pour régler ce qui n'était au final qu'un manquement grave de la susdite hiérarchie. Les aléas du métier sont de plus en plus imprévisibles et parfois très anxiogènes, et j'en ai été choquée plus profondément que je ne le pensais...
Je cherche d'ailleurs un cours de vaudou accéléré pour apprendre à planter des épingles dans des poupées. Ça pourrait me servir un de ces quatre, si Jargonos* ne se calme pas.
Pour le deuxième épisode ubuesque, mon amie Berthoise a parfaitement résumé la situation dans son billet"prise de chou et plantage". Là franchement, je préfère en rire, tellement c'étaitpathétique. Les errances du mammouth finisent par devenir franchement pitoyables.
Bref, les vacances sont arrivées à point nommé pour remédier à l'état de vieille pantoufle bouffée aux mites dans lequel je me trouvais vendredi soir. Il me faut donc me rendre à l'évidence: je ne parviens pas à me faire aux nouveaux rythmes scolaires...et le bur-naoute m'a une fois de plus frôlée, malgré ma vigilance et des doses massives de yoga et de méthode Coué. Résultat: un déglinguement général de la machine, et une furieuse envie de me déconnecter. Des médias, des écrans, des mails, des textos, et même des blogs...De tout. Un besoin de silence.
C'est là qu'une lettre de ma fifille chérie m'a mis les larmes aux yeux. Pfiouuu, ce que ça peut-être bête une mère...(Au point où ils en étaient, mes pauv' zyeux, de toute façon, j'étais en mode éponge) Pourquoi, quand on est épuisé, pleure-t-on même pour quelque chose de gai ? Elle me demandait simplement si je pouvais lui rapporter tout un tas de petits bazars qui lui appartiennent, et qui traînent depuis un brave moment dans sa chambre et ailleurs. Et alors j'ai réalisé qu'après tous ses faux départs elle quittait enfin vraiment définitivement la maison. Les vingt-quatre dernières années me sont revenues dans la poire d'un seul coup.
Bon elle ne part pas dans les mines de sel, non plus, hein, faut rien exagérérer...son premier nid de jeune femme libre et indépendante ressemble à un petit paradis, et je m'en réjouis.
Comme je me suis réjouie de ce temps merveilleux, estival, et des multiples occasions de sourire que m'a offertes ce premier week-end à la mer. Attends, on est en octobre, là ? De petits bonheurs alternatifs après les larmes. Un plaid en velours tout doux pour mon froid au coeur. Et après une semaine de plomb, la joie de reprendre enfin ma plume.
*Jargonos, pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, c'est ma chef...
C'est tout petit. Juste quatre murs blancs et un toit de chaume.
Ah... et
puis une terrasse pour respirer la mer. Avec de grandes fenêtres larges pour
accueillir le soleil. Oui c'est vraiment comme cela. Tout à fait.
Une maison
qui fait l'amour avec le vent. Avec le bleu. Avec le bruit des vagues.
Je m'y
réfugie, comme dans un rêve, dans les moments où ma vie me serre comme un
gilet trop petit.
Il y a des
amis, des mouettes rieuses et du vin qui tourne la tête.
Je prends
ma guitare et je chante Souchon.
Enfin je
massacre un peu Souchon, devrais-je dire...Mais souvent mes amis me pardonnent.
Désolée pour les lecteurs qui ne voient pas le fichier mp3... Apparemment cela ne fonctionne pas avec certaines tablettes.
Entérobactérie productrice de beta-lactamase à spectre étendu...
Vous connaissez les barrières
municipales en métal, n'est-ce pas?
Mais si,
celles que l'on voit partout, chaque fois qu'une manifestation de grande
ampleur nécessite que l'on contienne la foule (en délire) ...C'est traître, une
barrière municipale. C'est fourbe. Avec ses pieds qui dépassent largement
de chaque côté, elle attend que l'on soit captivé par les coureurs cyclistes,
ou l'harmonie de Fleurville les Ponts, ou le président qui passe et paf!
on se prend les nôtres dedans (les nôtres de pieds, je veux dire).
Pourquoi je
vous raconte ça, moi ?
Ah! oui.
C'est qu' au printemps, subséquemment, mon paternel s'est pris les pieds dans
une barrière susdite. Non content de s'être cassé la margoulette, enfin le
fémur, mais alors bien comme il faut, hein, le dabe, ne faisant jamais les
choses à moitié, s'est chopé une nosocomialerie pas piquée des
doryphores. Une operie. Une sale operie, de celles qui se planquent derrière les
scalpels en ricanant.
C'est là
que j'ai appris qu'on était tous foutus. Si, si. Ne riez pas. Le toubib, qui
avait l'humeur primesautière, m'a fait un tableau résolument optimiste de la
situation.
"-Vous
comprenez, qu'il me dit, on ne peut pas soigner votre père tant que la bactérie
ne déclenche pas de signes cliniques.
-Ah bon.
-Oui, en
fait, sur la vingtaine d'antibiotiques connus, les BLSE (comprenez
Beta-Lactamase à Spectre Etendu) ne sont plus sensibles qu'à quatre d'entre
eux. Il nous faut le feu vert des bactériologues pour pouvoir traiter."
Quand je
pense qu'il y a des types dont le métier est bactériologue...c'est beau mais ça
doit être déprimant de regarder toute la journée dans les yeux ces sympathiques
bébêtes...
De là, il
me sort une carte du monde pour illustrer son propos, avec une légende du vert
au rouge en passant par le jaune et l'orangé, sur laquelle le vert est
censé représenter les zones encore protégées, et le rouge la cata
absolue.
J'ai beau
regarder et nettoyer mes lunettes, je ne vois qu'une mappemonde aussi rouge
qu'un gratte-cul. Il doit rester un peu de vert dans les pays scandinaves, et
au pôle nord...
Je me
déconfis.
"-La situation
est dramatique, m'explique le sémillant docteur, résultat de quarante ans
d'antibiothérapie anarchique et incontrôlée, voilà où nous en sommes... nous
avons créé des souches résistantes à (presque) tout...Les médias ne disent
rien pour ne pasaffoler les
populations, mais on va tous crever... " Fin psychologue, le gars. Il a dû louper son UV psycho à la fac.
Oui bien
sûr, les souches résistantes c'est plutôt bien quand c'est un village de
moustachus qui bouffent du sanglier en buvant de la cervoise. Mais les BLSE ça
fait pas rigoler...
J'ai hésité
à vous faire cette révélation de la plus haute importance. Craignant de
déclencher une véritable psychose. Vous vous rendez compte, si j'affolais les populations...
Dans mes
cauchemars, le spectre étendu des beta-lactamases vient me chatouiller les
doigts de pieds Je me fais arrêter par le KGB et la CIA tombés
d'accord (pour une fois)...
Bref, on
est peu de choses, comme disait ma grand-mère.
Mon paternel, lui, pendant que je
flippais ma race avec les prédictions du Nostradamus des salles d'Op, a réussi
à se débarrasser de son microbe tout seul comme un grand.
C'est lui
la souche résistante de la famille, faut croire.
Elle danse sur son fil, elle danse
jusqu'à s'étourdir, se jouant des remous de la vase, des cloportes visqueux qui
grouillent en contrebas. Elle n'ignore rien de la fange qui englue le monde
quand il est sans amour. Faut pas la prendre pour un canard sauvage. Mais elle
préfère regarder vers le haut.
Elle danse
en riant, sur ce fil dérisoire qui peut se rompre à chaque instant...
Elle est souvent trop sensible,
alors,
elle a
appris, peu à peu, à garder les faiblesses de son cœur pour les êtres qu'elle aime,
et à se
protéger des jaloux, des envieux, des baveux, des serpents qui sifflent sur sa
tête, en dissipant leur haleine fétide d'un coup d'éventail.
L'écran de
fumée de leur noirceur d'âme ressemble à une brume de marécage qui s'évanouit aux
premiers rayons du soleil, comme les vampires devant les gousses d'ail. Elle a appris, et ça n'a pas été tout seul, à retirer ses orteils avant de se les faire écraser. Mais ça y est, maintenant, elle sait faire.
Gainsbourg
chantait "dis-leur merde aux dealers".
Dites merde aux
dits-leurres, plutôt. A tous ces mots que vous supportez chaque jour et qui vous
enferment dans des rôles ou dans les cases noires des mots croisés des autres. Et qui vous empêchent de respirer. Tous ces
mots qui vous définissent malgré vous.
Elle a lu, quelque part, de "ne pas se laisser définir"...
Alors elle
danse.
La photo est extraite du site d'une artiste extraordinaire qui réalise des sculptures de papier et de métal de toute beauté. Vous pourrez découvrir ses oeuvres ICI
Mon
ami Antiblues épingle de temps à autre les Bescherelosaures.
Ciel,
mais qu'est-ce? (et non pas mes caisses) m'objecterez-vous, étreints par l'angoisse subite de
ne plus vous sentir à la page, concernant les néologismes fleurissant dans
la blogosphère et dans le monde réel en même temps...
Eh bien, laissez-moi vous apprendre qu'il s'agit d'une espèce de gens très étranges qui s'attachent à des
règles surannées et tordues, elles-mêmes regroupées sous le beau vocable général et synthétique d'orthographe d'usage. Ils doivent leur nom au Bescherelle, sorte de
bible exhaustive et indigeste où se concentrent toutes ces règles en une inextricable jungle d'exemples et d'exceptions, dans laquelle Tarzan ne retrouverait ni Jane ni Cheetah.
Il me faut préciser que ces faquins, non contents de passer
leurs journées à traquer les fautes en tous lieux et par tous les
temps, nourrissent pour le langage fleuri du XVII° siècle une inclination tout à fait exagérée qui les porte à mépriser
les expressions pourtant belles et très compréhensibles que nos
contemporains ont érigées en mode de communication.
Ainsi en va-t-il de ces deux jouvencelles, qui nous bâillent ici, dans un langage poussiéreux et obsolète des plus déplorables, une de leurs tribulations abasourdies au royaume d'Ile de France.
La scène, insoutenable, se passe dans une taverne.
Ô vous, adeptes prosélytes des sms, textos et autres
réseaux sociaux, où le bon goût le dispute souvent au raffinement, peut-être éprouverez-vous l'envie de passer votre chemin sans demander votre reste, même si les sous-titres viennent heureusement adoucir un tantinet votre épreuve, en rendant ce dialogue accessible à un boloss du XXI° siècle.
Mais je gage que les mots de ces deux ridicules Précieuses, prononcés comme cela, tout de go et avec une outrecuidance dépassant les limites du supportable, risquent de blesser beaucoup d' oreilles peu
accoutumées à de tels excès de langage.
Je
vous aurai prévenus: les Bescherelosaures, quand ça s'y met, c'est carrément trash !