Sous-titre :
chroniques ferroviaires (1)
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| photo du net |
Une délicieuse vieille dame s'assied à côté de moi. Je reconnais dans son parfum léger le "Calèche de Hermès". Elle possède une grâce un peu enfantine. Nous commençons à discuter de tout et de rien, et je vois une aura extraordinaire nimber son visage. Un visage de porcelaine, poudré et doux, éclairé de deux yeux vifs qui témoignent que son cerveau l'est tout autant. Tout en elle est raffiné, discret et pourtant triomphant. Le triomphe d'une femme libre qui a dû lutter toute sa vie pour le rester. Elle me dit qu'elle vient de fêter son quatre-vingt-cinquième printemps. Je m'étonne de sa vitalité. Elle se met alors à me raconter sa vie, et l'incroyable camée qui orne sa bague lance des éclairs blancs quand sa main virevolte.
Elle me parle
comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Elle
m'apprend qu'elle n'a pas eu la chance de connaitre les joies de la maternité,
mais qu'elle a quand même élevé les cinq enfants de son compagnon. Elle a
toujours éprouvé pour cela une immense gratitude, elle se dit gâtée par la
vie.
Elle parle avec du feu dans le regard, de son travail d'accompagnement d'un vieux monsieur aveugle pour qui elle était les yeux, les mains, l'ange tutélaire. Il vient de mourir et elle se retrouve "au chômage". Je souris. Elle va de l'avant, et ce qu'elle dit bouscule les idées reçues, et m'agite les neurones.
Elle parle avec du feu dans le regard, de son travail d'accompagnement d'un vieux monsieur aveugle pour qui elle était les yeux, les mains, l'ange tutélaire. Il vient de mourir et elle se retrouve "au chômage". Je souris. Elle va de l'avant, et ce qu'elle dit bouscule les idées reçues, et m'agite les neurones.
Elle parle de
ses projets, de ses envies, me fait penser à une héroïne anglaise
d'Hitchcock. Ses paroles coulent en moi comme un ruisseau bienfaisant. Mes
hésitations, mes doutes s'envolent sous le formidable courant énergique qui
émane de cette femme.
Je lui
raconte alors la mienne de vie, mes fièvres, mes passions, mes interrogations.
Les tournants et les tourments de mon chemin.
Sur la
banquette en face de nous, une petite fille nous écoute. Sa maman s'est absentée
un moment et nous a demandé poliment de veiller sur elle.
Ses grands
yeux presque mauves se plissent joliment quand elle sourit. Sa petite robe de
coton blanc laisse dépasser deux jambes dorées si petites qu'elles ne peuvent
se plier et restent tendues horizontalement sur la banquette. La conversation
s'engage entre nous. La vieille dame félicite l'enfant pour sa courtoisie
naturelle et sa vivacité sans affectation.
Celle-ci
s'exprime bien pour ses cinq ans, elle place les négations (ô miracle) connaît
les "mots magiques", bonjour, merci, s'il vous plaît...de nos jours,
dans ce monde de malotrus et de sans-gêne, cela semble extraordinaire et
pourtant ce sont des graines de sésames à cultiver précieusement. Et qui donnent toujours des fruits précieux et doux.
Mais en même
temps, on sent qu'elle a du caractère et qu'elle ne s'en laissera point conter
dans l'existence. Et je sens poindre avec jubilation un peu de Zazie sous la
grâce enfantine. Elle sait ce qu'elle veut.
Tout le défi
de l'éducation est là. Apprendre à respecter les autres, à respecter les codes,
tout en se respectant soi-même, et ne pas enterrer ses désirs profonds sous les
gravats du renoncement et de l'hypocrisie. Etre poli sans être obséquieux, être bienséant, affable, tout en restant vrai
Mon regard va
de Shirley Temple à Miss Marple. Mon enfance, et mon devenir. Huit décennies
entre les deux. Et moi au milieu. Telle une Scarlett O'Hara en fin d'été
flamboyant. Rassurée de voir qu'il me reste encore tant de temps devant moi.
Confiante dans mes valeurs. Apaisée comme un bateau qui aperçoit le phare dans la brume.
Dans l'atmosphère feutrée de ce wagon de
train, je comprends soudain ce qui nous relie, toutes les trois. Ce bonheur qui
abolit l'espace et le temps. C'est que nous nous ressemblons comme des sœurs. Comme
trois femmes puissantes sous leur apparente fragilité.




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