17 août 2011

Miscellanées

L'été fait son intéressant. Le voilà qui a installé son fourneau au-dessus de nos têtes alors que d'habitude, vers la date fatidique du quinze août, il fourbit ses premiers orages pour nous habituer peu à peu à sentir l'air du soir fraîchir. 
"Treize lunes! répète ma mère, je l'avais dit, tout est à l'envers!"
Ma mère, c'est la sagesse.
Mais j'ai pris depuis longtemps la résolution de fuir les conversations météorologiques, sauf quand elles constituent une entrée en matière pour gens timides ou bien élevés. On a sûrement inventé  de parler de la pluie et du beau temps pour rester politiquement correcte alors qu'on aimerait bien  lui sauter dessus et déchirer sauvagement sa chemise...
Mais si c'est pour entendre râler, et pester contre l'inéluctable, je préfère me sauver. J'ai quand même entendu, l'autre jour au marché, cette sublime phrase: "Vous avez vu ce temps? Ils exagèrent!" Je veux bien être changée  en lézard vert sur le champ si je sais qui est ce mystérieux "ils"...

Je n'ai pas pu observer, dans mon paradis vert, toutes les étoiles que j'aurais voulu. A cause de la pleine Lune. Mais leur course inexorable m'a fait l'effet, une fois de plus, d'une salutaire douche. Une douche emportant les miasmes de nos petites inutilités dans le caniveau du temps. Je me sens ressourcée au sens propre en quelque sorte.
Les chemins de randonnée m'ont offert leurs mousses et leurs sous-bois aiguilletés, leurs pierres qui roulent et leurs panoramas époustouflants. 
Des amis, du bon vin, et la très nécessaire réfection du monde le soir, après le barbecue.
La guitare sous les étoiles, les chants à plusieurs voix et dans le gîte voisin, une adorable famille de Belges dont les quatre enfants nous faisaient le spectacle le plus charmant, avec leurs diabolos. Je leur fais ici un petit clin d'oeil, et à travers eux, à tous leurs compatriotes de la blogo qui sont devenus ma deuxième patrie.

Tiens, parlons-en de la blogosphère. Bien sûr que mon petit monde m'a manqué. Je suis venue aux nouvelles dès mon retour, comme on s'inquiète des amis, des voisins.Dans cette pluie d'étoiles, il y a ceux qui sont à l'hôpital * et pour qui l'on a une pensée émue et profonde, ceux qui se battent contre des marchands peu scrupuleux *, ceux qui sont sur leur petit nuage *, ceux qui en sont revenus *, ceux qui s"adonnent à la rêverie *,  ceux qui ont les cheveux dans les yeux * , ceux qui lisent * * ceux qui écrivent  *  * ceux qui sont légers * et ceux qui sont graves *.
C'est la vraie vie. On papote * , on cuisine * on fouille dans de vieilles malles * ,on tricote *, on jardine *,  on prend des photos *,*  on voyage  * * *. Certains fêtent leur anniversaire * .Certaines pauses se prolongent * , d'autres ont été interrompues pendant mon absence, et je suis toute heureuse de lire à nouveau leurs billets *. Et puis certains se demandent s'ils vont continuer * , d'autres enfin tirent leur révérence, nous laissant comme un grand vide au cœur * ...
Et puis il y a tous ceux que j'ai oubliés, mes commentateurs d'un jour ou de toujours.Cette pluie d'étoiles est pour vous aussi.Pour vous dire que j'aime vous retrouver, et écouter battre votre cœur.

Ça bouge, ça palpite tout le temps, les blogs. Comme la vraie vie. Alors, non,  je ne me réfugie pas dans le virtuel. Je ne me suis jamais sentie aussi moi-même et aussi vivante que depuis que je vis chaque minute de mon existence en me disant: "Ca fera un beau billet!"....

Photo internet

12 août 2011

La lettre F...



T'en fais pas, mon p'tit faon
C'est la vie, tu verras
Ne pleur' pas, mon p'tit faon,
Ne pleur' pas.

N'écoute pas les fariboles
De ceux qui se disent savants
On ira voir la farandole
des étoiles et des firmaments
On verra tous les fakirs
Et tous les fauves de Russie
qui ont des yeux à faire pâlir
Un prince des mille et une nuits


T'en fais pas, mon p'tit faon
C'est la vie, tu verras
Ne pleur' pas, mon p'tit faon,
Ne pleur' pas.

A Venise aux dix mille masques
On se perdra aux Carnavals
Parmi les arlequins fantasques
On s'étourdira dans les bals
J'allum'rai des incendies
Au fond d'la Méditerranée
Pour voir le feu de ma folie
Tout doucement te réchauffer

T'en fais pas, mon p'tit faon
C'est la vie, tu verras
Ne pleur' pas, mon p'tit faon,
Tu verras.

Je t'emmènerai en Sibérie
là où les frimas sont cruels
Puis nous reviendrons à Paris
déguster une fricadelle
On a une foule de choses à voir
avec tant de fascination
Dans la frénésie et l' espoir
Ta fièvre sera mon bastion

T'en fais pas, mon p'tit faon
C'est promis, tu verras
Ne pleur' pas, mon p'tit faon,
Ne pleur' pas.

T'en fais pas, mon p'tit faon
C'est promis, tu verras
Ton cancer tu l'oublieras
Tu guériras





Les mots d'Asphodèle commencent par F cette semaine.
Je suis toujours en montagne, aussi ai-je "programmé" la publication de ce billet.
Je ne pourrai hélas pas répondre à vos commentaires avant mon retour.
Merci à Pierre Perret de m'avoir "prêté" la musique d'une de ses plus belles chansons.
Je lui dédie mon texte.
Vous pouvez chanter...

FANTASQUE – FARIBOLES – FARANDOLE – FEU – FAUVE – FRIMAS – FOND – FOLIE – FIRMAMENT – FOULE – FAON – FASCINATION - FRICADELLE – FIÈVRE – FRÉNÉSIE -FAKIR .


07 août 2011

Chut!

Célestine est là, quelque part au fond de ce paysage.
Vous l'apercevez?
Elle bulle au bord de la rivière.
La nuit, elle fait de l'astronomie...
Elle revient dans quatre jours.
 Ne le lui dites pas, mais moi, ça me repose les circuits et le disque dur!

signé: l'ordi.

06 août 2011

La lettre E...

Chez Asphodèle, continuons le jeu de l'été avec toujours autant de bonheur...

Pour l'occasion, emportée par la fièvre de l'écriture et par l'excellent choix de mots, je me suis laissé aller à  écrire deux textes. J'espère ne pas être disqualifiée!


****
élixir – estival – évanescent(e) – émeraude – évanoui(e) – étincelle -élégie – écrevisse – éléphant – excédé(e) – éventail – étreinte – eucalyptus.

****


Bombay
Comptoir  de la Compagnie des Indes Orientales
6 août 1916

Mon amour,
Vingt mois et douze jours déjà que vous vous êtes évanoui à l'autre bout du monde pour aller faire cette guerre absurde. Ici, l'air estival est d'une moiteur insupportable, et même le fabuleux élixir de Tante Mildred ne parvient plus à me soigner de mon étrange mélancolie.
D'ailleurs, Tante Mildred est insupportable, elle aussi : pas plus tard qu'hier, excédée par un éléphant qui était venu piétiner ses jeunes plants d'eucalyptus, elle l'a tout bonnement chassé, c'est à ne pas y croire, à coup d'éventail, risquant dix fois de se faire piétiner à son tour...
Elle, toujours si diaphane, si...évanescente, vous l'auriez vue devenir écrevisse en poursuivant la pauvre bête ! C'était du plus haut comique.
Pourtant, je n'ai pas ri. Je me suis prise à la détester et à l'envier à la fois d'être ce qu'elle est: une vieille fille stupide et évaporée, mais qui ne connaît pas la souffrance d'aimer.
Non, rien n'est drôle sans vous, William chéri. Mon cœur se frappe de mille maux.
Je pose chaque jour mes lèvres sur la bague que vous m'avez donnée et dont la froide émeraude a si cruellement la couleur et l'éclat de vos yeux...
Je rêve chaque nuit à la chaude étreinte de vos bras.Mes ongles grattent désespérément les murs grisâtres du temps.On m'a dit que vous viviez dans la boue et le sang. Mes heures s'effritent en une langueur affreuse, où la dernière étincelle d'espoir s'amenuise chaque jour un peu plus.
Pourquoi, malgré mes missives innombrables, n'ai-je plus de nouvelles de vous? Pourquoi ce vide depuis votre première et dernière lettre, depuis ces quelques lignes de l' élégie de Rainer Maria Rilke :

  « Rose, eût-il fallu te laisser dehors,
chère exquise ?
Que fait une rose là où le sort
sur nous s'épuise ?» 


C'était il y a six mois et je me meurs de vous.
  Votre très amoureuse 
Kate


****



Le Cirque Plume





Sous le firmament estival

Dans le village

Le cirque Plume a installé

Sa piste ronde et ses étoiles

Le spectacle peut commencer



De grosses dames rouge écrevisse

Comme des truies

Font s'agiter leurs éventails

Quand le cornac, fatale étreinte,

Place sa tête dans la gueule

D'un éléphant monumental



Une acrobate évanescente

Au corps de rêve

S'envole dans le chapiteau

Les enfants ont un haut-le-cœur

Les dames, excédées, s'éventent

Les maris sont le bec dans l'eau



Dans un parfum d'eucalyptus

Cape et gibus

De mystère et d'encens mêlés,

On applaudit le grand Magnus

Le magicien incontesté 



Et soudain dans une étincelle

Sous les yeux des enfants surpris

Une ou deux gouttes d'élixir

Sur le turban,  l'émeraude

jette des éclairs menaçants

L'enchanteur s'est évanoui



Tard dans la nuit résonne encore

Comme le refrain lancinant

D'une élégie

La musique du petit cirque

Qui emporte les baladins

Vers le lointain





03 août 2011

Stupeur, torpeur, tremblements

photo Célestine
Edit. du  5 août: Je ne croyais pas si bien dire en parlant de tremblement: la terre a bel et bien tremblé au moment même où j'écrivais ce billet...On a ressenti une secousse ma mère et moi, mais on s'est dit que c'était une grosse pierre qui dévalait de la carrière à côté, comme cela arrive souvent...
***


La blogosphère est engourdie au soleil de l'été, un été enfin un peu présent.
Tout le monde est loin, occupé, parti en vacances, chacun a de bonnes raisons de s'éloigner du cyber-espace. Ce monde virtuel me semble soudain plus artificiel et plus vain que jamais. Peut-être  à cause du "départ" de Coumarine en cure de "désintox" d'écran. Ce départ, point d'orgue d'une longue série de "mises en pause", de "périodes de doute",  de "vacance",  de "défections", d'éloignements" provisoires" qui durent, ou de "clé sous la porte" définitive,  ce départ qui me stupéfie, et me rend triste, selon le vieil adage "un seul être vous manque..." Je ne suis même pas sûre de m'autoriser à dire cela, tant je suis inquiète qu'elle puisse mal interpréter  mes paroles, et penser une seule minute que je ne respecte ou ne comprenne pas sa décision.
Ici, je bénéficie d'une connexion capricieuse et aléatoire. Du coup moi aussi je semble sûrement moins présente à mes lecteurs. Mais "Pause forcée" ne me paraît pas le bon mot, car cette pause-là me fait beaucoup de bien.
Je passe de longues journées sans ordinateur, et si je ne m'en plains pas, je reconnais malgré tout que cela me manque de temps en temps, au beau milieu d'une balade.Je me surprends à mettre de côté une sensation, un tremblement, un émerveillement dans l'optique d'un nouveau billet...je les consigne dans un carnet, avec un stylo, me rassurant ainsi sur la forme de mon addiction: ce n'est pas à l'ordinateur que je suis accro, c'est à l'écriture.
Les mélèzes et les marmottes, eux,  se rient de la technologie. En montagne, les choses semblent immuables: dans les torrents, la même éternelle lutte entre la pierre et l'eau. Le ciel changeant d'une minute à l'autre, la fraîcheur qui vous tombe sur les épaules le soir, les mouches des sous-bois envahissantes et endormies par l'altitude.
Il y a les jeux en famille, les spectacles en nocturne, les palabres sur la terrasse, les gestes sans cesse répétés.
Il y a la petite machine de la tête, toujours en mouvement, qui vous fait vous poser des tas de questions sur la vie, sur la mort, sur  les autres, et sur soi...
Il y a la vie qui s'écoule, fluide ou hachée, selon les moments.
Et mes sentiments qui pixelisent parfois.

29 juillet 2011

La lettre D

 Chez Asphodèle, cette semaine, les mots commencent par D.

DALLE – DIVIN – DÉCLIN – DIAMANT – DÉSIR – DÉLIQUESCENCE - DANSE – DÉMON – DÉSAMOUR – DÉSESPOIR – DAUBE – DÉVORER – DIPLOMATIQUE – DRUIDE et DIATRIBE.

***
Le petit homme observa les tics nerveux de son interlocuteur. Son œil de verre brilla comme du diamant.
Sa méthode imparable, fondée sur le harcèlement psychologique, avait quelque chose de la danse d’un démon autour d’un damné. Peu à peu, par de petites questions anodines et sur un ton toujours très diplomatique, il observait le déclin de son suspect, la lente déliquescence de ses arguments, et comment son prétendu alibi se révélait  en réalité une vraie daube.

Sûr de lui, il acheva son adversaire, avec le calme d’un druide procédant à un rituel :
« J’ vais vous dire ce qui s’est passé, M’sieur Ferguson . Je pense que vous avez tué vot’ femme. Par désespoir. Vous n’avez pas supporté son désamour, son manque de désir pour vous. Et je peux l'prouver! Voyez-vous, ce sont tous ces petits détails mis bout à bout qui m’ont chiffonné depuis le début… »

Pendant que le sergent récitait au prévenu la lente diatribe de ses droits constitutionnels, Columbo poussa un soupir.
Sur cette enquête, une fois de plus, il avait été divin. 

Il sortit un œuf dur de la poche de son imper crasseux et se mit à le dévorer avec le sentiment gratifiant du devoir accompli. Il n’avait rien mangé depuis le  matin. Il avait la dalle.

Ma fille

Ma fille, mon enfant
Je vois venir le temps
Où tu vas me quitter
Pour changer de saison
Pour changer de maison
Pour changer d'habitudes
J'y pense chaque soir
En guettant du regard
Ton enfance qui joue
A rompre les amarres
Et me laisse le goût
D'un accord de guitare
Serge Reggiani
Mais où que tu sois, l'an prochain,Toulouse, Nice ou Tombouctou-les-Bains, sache que mon cœur est un spi qui se gonfle aux vents de ma fierté et de mon amour.
Ta maman qui t'aime
   
photo Célestine

27 juillet 2011

La rencontre

On doit rechercher longtemps qui l'on est vraiment.
Difficile de croire, au début de son existence, que l'on va partager chaque instant de cette vallée de larmes avec un sombre inconnu: soi-même. Comme une sorte de camarade de chambrée dont on ne sait rien. Même si on nous le disait, on ne le croirait pas.
A vingt ans, pff, bien sûr que l'on sait qui on est, on se connaît! On a la fanfaronnade de sa peau: lisse, éclatante, insolente.
Et puis vient la vie, la vie tornade, la vie griffure, les émois tissant dans leurs lianes les sentiments, les passions, les enchevêtrant tels des cheveux de gorgones. Les aiguillons, les brûlures, les gifles nous scarifient, nous éraflent, nous maltraitent.On se prend des paquets d'eau de mer dans la gueule. Les autres nous broient. Les orages nous lessivent. Les soucis nous laminent.  Les bonheurs fibrillent nos ventricules. Les orgasmes submergent nos entrailles. Nous volons constamment des sommets vertigineux de la joie oublieuse aux abîmes noirs de la détresse immonde, en une sarabande effrontée.
 C'est la Vie.
Et l'autre , là, notre moi profond, se met à nous gratter doucement du bout du doigt, toc, toc, toc; pour nous signifier sa présence. "Eh, je suis là," susurre-t-il...
Et sa petite voix, de présence, se fait soudain exigence.De petits signes discrets, de légères somatisations auxquelles nous ne prêtons pas attention. Gare si l'on s'obstine! Les appels seront plus âpres, de plus en plus insistants.Les maux deviendront violents.
On peut bien  boucher ses oreilles à ce murmure, s'enfoncer la tête dans le ciment frais avec une plume d'autruche dans le fessier, se débattre, nier, et même lui déclarer la guerre: on va s'épuiser et on ne gagnera pas. Dans ces luttes intestines, le vrai Moi doit sortir vainqueur, ou  bien l'on meurt.

Il vaut mieux s'appliquer à déchiffrer ces réactions bizarres , qui nous amènent à prononcer des phrases sibyllines et pourtant si terriblement lumineuses: "Je m'étonne moi-même", "je ne me serais jamais cru capable de..." "je ne me reconnais pas". C'est justement le contraire: on se reconnaît enfin, on fait connaissance avec soi-même! On va apprendre peu à peu à apprivoiser cette...chose étrange au fond de nous. On va même la laisser s'exprimer, lui lâcher la bride, la faire exploser en étincelles.


Wouaou! quel bien fou ça fait! L'expression "vivre en harmonie, ou en paix avec soi-même" prend tout son sens. C'est s'accepter, se prendre par la main, se serrer dans les bras, se cajoler, et ouvrir des horizons infinis: la chambrée exiguë où l'on se cognait la tête contre nos préjugés, nos faux-semblants, nos chaînes, nos œillères,  devient un vaste champ de blé froufroutant et ondulant au vent des possibles.
La voix du cœur devient la voie à suivre.
Et enfin,  l'on est devenu soi-même. Enfin, l'on ne fait plus qu'un. Les larmes jaillissent.
On est bien, on est  carrément bien!

image internet

26 juillet 2011

Lire entre les éclaicies

Je ne sais pas lire.
Enfin, je veux dire , je ne sais pas lire autrement qu'avec passion. 
Je n'ai jamais réussi à aller plus loin que la dixième page quand je ne suis pas littéralement happée par les premières lignes.
Je sais que j'ai dû passer à côté de pas mal de chefs d’œuvre à cause de ce travers. Des livres ardus, rêches, âpres comme la peau tannée d'un vieux paysan italien. Des livres qui demandent un "effort". Des livres qui ne se livrent pas tout de suite, des forteresses à l'assaut desquelles il faut partir à la tête d'une armada de bonnes résolutions. Certes.
Mais je sais que cela m'a évité aussi un grand nombre de navets insipides.

Le temps cyclothymique de ce mois de juillet intercale des tonnerres gris et des embellies brûlantes. Alors, moi, je lis entre les éclaircies. Je me glisse dans mes coups de cœur comme dans des mules de satin. Et comme je n'ai pas envie de vous assommer avec des notes de lecture, je vous offre ces deux débuts dans lesquels j'ai trempé mes doigts comme dans un pot de confiture.

Dans ce que l'on appelle les Hommes, il y a les hommes et les femmes. Enlevons les hommes: il reste les femmes.
 *
Il y a des femmes partout. On en rencontre dans les rues, dans les usines, dans les maternités, dans les aéroports. Parfois chez elles.
*
Les femmes ont des cheveux. Ils tombent en grappes lourdes sur leurs épaules: c'est beau. Parfois ils sont courts. Parfois, ils poussent le sens de la contradiction jusqu'à être mi-longs: c'est beau aussi.
*
Les femmes ont des idées. Souvent, vous ne les comprenez pas: elles ont des formes étranges, des formes de brume tranchante, comme celles des rêves.






Le ciel, admirablement bleu, commença de pâlir au dessus de Rome, vers cinq heures, ce jour-là, heure déjà tardive en mars, tandis qu'un soupçon de brume légère, s'élevant des ruelles, en ternissait la transparence bleue. La lumière dorée accrochait encore les dômes des églises anciennes, épanouis comme des seins de géantes étendues, au-dessus des toits triangulaires, et l'extrême sommet du torrent d'escaliers qui relie l'église Trinita di Monte à la Piazza di Spagna.
A l'inlassable jet de cette fontaine de pierre, s'était suspendue tout le jour une foule de gens qui, n'ayant rien de précis ou d'imposé à faire, étaient venus frileusement se blottir au soleil, et, comme le soleil s'enfonçait peu à peu, ces gens inoccupés montaient de quelques marches, régulièrement, comme les réfugiés des inondations grimpent sur les collines à mesure que le flot s'élève.[...]
Mais les derniers fidèles l'un après l'autre disparus, une silhouette attira l'attention par son immobilité : un jeune homme qui semblait à l'affût de quelque signal et guettait les hautes fenêtres et la terrasse d'un petit palazzo...Ce jeune homme était d'une beauté surprenante.

25 juillet 2011

Le club des 27

Jim Morrison


Je n'étais pas particulièrement fan d'Amy Winehouse. Mais il faut lui reconnaître une aura, un talent, un charisme, enfin bref, quelque chose de plus que le commun des mortels qui fait les grands artistes, ce je ne sais quoi que les autres n'ont pas, comme disait Michel Berger. Et ce n'est jamais avec indifférence que l'on apprend la mort d'une jeune femme de 27 ans. 
Le parallèle avec Janis Joplin s'impose évidemment à l'esprit. Asphodèle en parle mieux que moi ici .
Mais ce qui me frappe, c'est son entrée dans le club des 27. Là, on pénètre dans le mystère des chiffres, et les cartésiens vont pouvoir aiguiser leur petit sourire en coin d'esprits forts: peuh! coïncidence, rien de plus! Peut-être...Mais quand même, je n'ai pu réfréner un frisson à la lecture de la "liste" :
Janis Joplin, Amy Winehouse, mais aussi Brian Jones, Jimmy Hendrix, Jim Morrison, Kurt Kobain, le chanteur-phare du groupe Nirvana , et une bonne douzaine d'autres que je vous laisse découvrir ici. 
Tous chanteurs de rock ou guitaristes...
Tous morts à 27 ans.
De mort violente.

22 juillet 2011

La lettre C


Les plumes de l'été continuent chez Asphodèle...J'aime bien ces petits exercices d'écriture.
 carotte – cercle -Chili ou chili* – castor -cage – camomille – caravane – casserole -chronique – carnaval -charivari – caravelle – chavirer – chocolat.

***

Sans me vanter, je suis un surdoué chronique, que voulez-vous, c’est ainsi, j’ai un quotient intellectuel des plus remarquables. Je connais par cœur des choses belles et inutiles comme le PIB du Chili, la formule de calcul de la quadrature du cercle, combien de carottes un castor en cage peut avaler en une semaine, le poids d’une caravelle, ou le nombre moyen de chameaux composant une caravane.
Romain Duris, amoureux transi d'une dactylographePour autant, je n'ai pas osé aborder cette fille sublime que j’ai frôlée parmi les fleurs au carnaval de Nice, ni lui confier combien son odeur de chocolat chaud et sa blondeur de camomille m’ont fait chavirer, ni lui dire qu'elle a mis dans mon âme un indicible charivari, à l'instant où je l’ai vue...

Non, voyez-vous, en amour, je suis tout le contraire d’un surdoué.

En amour, je suis une vraie casserole.

21 juillet 2011

Un si beau voyage...





Je voulais réussir un défi: partir toute seule, comme une grande fille, à la découverte d'un pays nouveau, dans lequel je ne connaîtrais personne.(Enfin, autrement que virtuellement, je veux dire) Bon , je n'ai pas choisi le Kamtchatka ou la Birmanie, n'exagérons rien!  Mais seulement la Belgique, ce tout petit pays si proche de nous et qui gagne tant à être connu.

Je rentre ébouriffée. Heureuse, épanouie. (euh.. pour ce qui est de ravie et ruisselante, je l'ai été là-bas, pour sûr! Imaginez une semaine en mode "novembre" en plein mois de juillet...) 


Côté nourritures terrestres, j'ai dégusté des bagels remplis de savoureuses surprises, brunché sur la Grand-Place à midi, léché mes doigts du sel iodé des moules-frites, salivé sur de fins chocolats et des pralines multicolores, et culpabilisé en me gavant de démoniaques gaufres bien dorées et ensevelies sous la chantilly ( les fraises n'étant là que pour se donner bonne conscience). Des monceaux de calories englouties et brûlées jusqu'à la dernière par des kilomètres de marche à pied! Bilan : pas un gramme de pris, un exploit!




Les pupilles dilatées par tant de beauté, je me suis laissé conter Bruxelles par les amoureux de cette ville. Pas d'omnibus ni de crinolines sur la place de Brouckère, mais l'ombre de Brel  plane toujours. Bruxelles, ma belle ... Un capharnaüm de styles architecturaux, un mélange étonnant de palais splendides, de façades empreintes d'Histoire, de buildings européens, de pièces d'eau paisibles entourées d'arbres centenaires, de rues commerçantes, de boulevards féconds. Des boutiques de dentelles, de gants, de sucreries et surtout, des librairies, ah! des librairies...Bruxelles est un coeur qui bat, palpable, au détour de chaque rue.

Et mon cœur à moi, ému jusqu'aux larmes,  embarqué dans l'univers de Folon, le poète, le clown, le dessinateur magicien. Mon âme en équilibre sur le rebord d'un fil tendu par Magritte, le surréaliste funambule. Le théâtre Toone, estaminet suspendu entre Moyen-Age et modernité, où rôdent les esprits de centaines de mythiques marionnettes.Et l'inconcevable, l'improbable atomium, d'énormes bulles de savon métalliques qui semblent accrochées à l'air  au-dessus du vide...
Au hasard des murs de la ville, l'humour et l'esprit frondeur des grands enfants que sont les dessinateurs de BD vous cueillent en trompe-l'oeil. Tintin, Milou, Spirou, le Marsupilami,  tant d'autres...
La pluie fine battant des cils sous un ciel incertain de fin d'automne, le parapluie est de rigueur: 17 juillet, je n'y crois pas! il fait 15 degrés, et un petit vent mouillé,  acide comme un vinaigre bat mes tempes. Juste le temps idéal pour nous réfugier dans un ciné où le dernier Woody Allen prolonge un peu plus encore la magie.

Mais le plus fort de ce voyage  reste ma rencontre avec deux Amies merveilleuses dont les écrits m'ont dès le début laissé pressentir des affinités qui se sont révélées de manière éblouissante. Ma tendre et sensible Coumarine, ma douce et fougueuse Delphine, comme je vous aime de m'avoir fait aimer votre pays, d'en parler si bien, et si tard dans la nuit bruxelloise! Parler de son histoire, de ses contrariétés, de sa générosité, et de ses déchirures, avec un son de voix qui se fêle parfois, ou se voile de résignation devant l'issue que l'on pense inéluctable...
Comme j'ai aimé, grâce à vous, transformer le virtuel en réel, donner chair à vos icônes de papier numériques...Le soir, du haut de ma chambre d'hôtel dominant les lumières de la ville, je pensais à nos rencontres, nos mots échangés, nos rires et ce courant d'air chaud, brûlant, entre nous: le doux frottement des atomes crochus, sans doute...
Voilà. Les voyages forment la tendresse. Immense tendresse pour l'humain, pour la vie belle et impromptue, et pour tous ces souvenirs qui s'amoncellent sur le rebord de mon cœur pour plus tard. Quand je serai bien vieille, à la chandelle, au soir.

15 juillet 2011

La lettre B

Chez Asphodèle  une consigne sympa attend tous les amateurs d'ateliers d'écriture.
Il s'agit d'écrire un texte incluant les mots suivants:







bouquin – bien – bout – beauté – bastingage – bambochade – bravache – barbare – banc – bambou – balivernes – byzantin – borderline – bébé – blanc(s) ou blanches (s) – bain.


                                         * * *
Il fait nuit. Négligemment appuyée au bastingage de ce paquebot de luxe où elle gaspille sa vie en s’étourdissant dans de vaines et onéreuses bambochades, elle regarde l’écume blanche friser le haut des vagues. Elle l’a bel et bien ratée, cette vie. 
Elle prendrait bien un bain d’eau glacée pour se remettre les idées en place et tiens...peut-être même se laisser couler au bout de la nuit définitive. En finir ne lui semble pas si barbare...pour oublier...
Oublier qu’elle a quarante ans, qu’elle n’a plus l’âge de ses excès un peu borderline, que sa beauté lentement va se faner sans qu’elle ait réussi à trouver un homme un peu bravache qui fût capable de lui accrocher un bébé au bout des seins, un beau bébé rond et rose comme dans un bouquin de midinettes, un baigneur couché dans un berceau en bambou, qu’elle aurait balancé du bout du pied tout en vernissant ses ongles du rose byzantin de chez Chanel, affalée sur un banc dans une pose impudique...


 -Pff, balivernes! se murmure-t-elle en secouant ses boucles humides d’embruns. 
Et elle retourne vers ses noceurs, retrouver sa futile existence de débauche .

13 juillet 2011

Bruxelles





Cruel duel, celui qui oppose
Paris névrose et Bruxelles



Bruxelles attends-moi, j'arrive...
Demain je prends la dérive.

10 juillet 2011

Eloge de la paresse

Douces vacances...Ca y est, j'ai pris le rythme.  Des petits moments sympathiques : soirées entre amis, concert de musique russe, ballades avec ma chère soeur, entrecoupés de longues périodes de bulle intégrale. Je m'adonne à un sport particulièrement agréable: ne rien faire. mais ce qui s'appelle RIEN. Nada. Et n'en éprouver aucune honte. Rhôôôô! Comme c'est bien! J'ai progressé. Il fut un temps où j'aurais culpabilisé à mort. Là, je regarde les moutons transhumer doucement sous les meubles, le linge s'empiler sur la table à repasser, et des tonnes de choses à faire...et mon regard préfère s'attarder sur les fleurs, le ciel et les reflets dansants de l'eau sur la voûte des arbres.
Bon demain, promis, je m'active: j'ai ma valise à boucler.
Je pars sous d'autres cieux voir si la terre est ronde
Si la nuit est profonde et le soleil précieux.

photo internet

06 juillet 2011

Au port

Respirer l'odeur de la nuit.
Ecouter les grillons entonner leur mélopée et se dire que l'on est vivant, de la racine des cheveux aux ongles des petits orteils. Sentir le flux traverser son ventre, le courant vital, l'énergie volée aux étoiles. N'être plus qu'un corps, endolori, flapi, mais vivant.
Oublier le blues de cette soirée de samedi, le trop-plein de larmes versées pour quelqu'un ou plutôt quelqu'une qui n'en a cure...
Se dire que le monde est plein d'amis chers et précieux qui m'attendent.
Oublier ces deux jours de clôture, seule à tout remettre en ordre dans une école désertée des rires, des cris, des chants, et du bourdonnement incessant de la ruche auquel on était habitué. Assourdissant silence!
Goûter son premier vrai jour de vacances, les premiers instants où l'on se dit:  "mission accomplie, le bateau est à quai,  la traversée est  terminée".
L'escale m' apporte déjà les effluves des vanilliers, des flamboyants échevelés aux vents des alizés, les sons des paréos claquant au vent sur les cuisses brunies.
Mais bizarre et angoissant d'être seule au moment de laisser l'accastillage sur le port. Les miens, mes chers miens se sont égaillés dans la nature. Je suis comme une moule égarée retrouvant un rocher de fortune.
Je me parle et ma voix résonne dans une maison trop vide. Revenez vite, mes stolons, sans vous je vacille et je  perds pied.
Le bonheur ne sera total que  partagé.

Edit du 7 juillet
Ce sont mes enfants et mon mari dont je regrette l'absence (momentanée) dans ce billet, pas mes élèves! Les "chères têtes blondes", j'aime bien les oublier pendant les vacances. Comme dit mon amie Châtaigneraie, les vacances des parents s'arrêtent quand commencent celles des instits, et franchement, ça fait du bien. Désolée si vous avez pu prendre ça pour de l'insatisfaction chronique. Ce n'était qu'un petit coup de blues très passager!

Merci à ma chère  Li pour James Taylor: sublimissime.

02 juillet 2011

Sept de mes secrets

Berthoise  et Marie-Madeleine  m'ont toutes les deux honorée de leur confiance en me demandant de continuer la chaîne des  "sept petits secrets".
J'ouvre donc mon tiroir magique, celui de mes jardins intimes, pour vous offrir
sept choses que je n'ai jamais dites à personne.
Si je vous disais qu'à seize ans j'étais amoureuse de mon professeur de français. Rien de bien extraordinaire me direz-vous, mais si je précisais que son prénom était Françoise... Ah, vous voyez, tout de suite plus sulfureux, n'est-ce pas? Je rêvais qu'elle me prenait dans ses bras sur une balancelle, et qu'elle m'embrassait fiévreusement. Je me réveillais de ces rêves incandescents le rouge aux joues, et je partais retrouver ses cours passionnants  en sifflotant comme si de rien n'était.  

Et  ce crayon de maquillage que j'avais chipé dans un grand magasin, mue par je ne sais quelle pulsion mystérieuse et incompréhensible, passant la caisse le cœur battant de mon ignoble forfait, comme je l'ai porté longtemps ce lourd secret coupable! J'en ai récité des "pater" et des "ave" dans le silence accusateur de ma conscience, pour essayer de me débarrasser de ma faute. Quelquefois, je rêve encore que je retourne quarante ans après rendre le crayon!

C'était l'été, j'avais emmené mon frère de dix ans à la plage. La mer d'huile nous attirait mais je savais que mon frère ne savait pas nager.Il batifolait à côté de moi quand soudain, le voilà qui perd pied et se raccroche à moi avec une énergie désespérée qui nous entraîne vers le fond l'un et l'autre. J'ai cru ma dernière heure arrivée. J'avais quinze ans. J'ai eu le temps de me dire "C'est bête de mourir sans avoir eu mon bac" avant que des bras puissants nous tirent tous les deux de l'eau et nous ramènent sur la terre ferme, pour laquelle j'ai depuis lors  une adoration sans borne...

Rarement j'ai eu peur comme ce jour de foire où mes parents m'avaient emmenée pour la première fois faire du manège. Partagée entre la joie de monter sur une des rutilantes petites autos pour essayer d'attraper le mythique pompon, et la crainte inexplicable que mes parents en profitent pour m'abandonner. Les premiers tours se passèrent bien. J'apercevais ma mère qui agitait sa main avec un sourire à chaque passage. Oui, tout ce passait bien, je me laissais bercer par la folle ronde étourdissante et la musique de France Gall "poupée de cire, poupée de son", quand mes parents ont subitement disparu. Les derniers tours ont été cauchemardesques. Je pleurais toutes les larmes de mon petit corps. J'avais quatre ans, je n'avais plus mes parents et je ne peux plus entendre cette chanson sans que mon cœur se serre.

En 2015 j'irai à New-York. Je rêve d'arpenter Central Park en mangeant des ice-creams, de fouler le sol des légendaires Cinquième Avenue ou 42°Rue, de me tordre le coup à apercevoir le sommet de l'Empire State Building, de respirer le même air que Woody Allen ou De Niro. Je prendrai un taxi jaune et je le ferai rouler des heures entières dans le décor de mes plus grands émois cinématographiques.

Tard dans la nuit, un jour, à la maternité, je me suis réveillée avec une angoisse terrible: mon bébé et son berceau avaient disparu. J'ai arpenté les couloirs de long en large, à trois heures du matin, persuadée qu'on m'avait volé mon petit ange, alors qu'une infirmière l'avait tout simplement emmené à la nursery, puis qu'il pleurait,  pour me permettre de me reposer. Je n'ai réussi à rire intérieurement de l'événement que des années plus tard. J'ai eu beau me dire que ma dépression hormonale m'avait fait exagérer les choses, j'avais touché du doigt l'une des pires choses qu'un être humain puisse vivre.

 Singulièrement, je me rends compte que beaucoup de mes petits secrets sont des choses que j'ai enfouies dans mon tréfonds car je n'en suis pas très fière.Des frayeurs enfantines, des hontes bues, des angoisses, des mauvais souvenirs. Car mon plus grand secret (mais c'est un secret de Polichinelle) c'est ma propension au bonheur et à la lumière. Du coup, les zones d'ombre sont reléguées au fin fond du jardin, je les nie, je les oublie, et il m'a fallu un gros effort pour en ressortir quelques unes. Mais Marie-Madeleine avait dit:"Célestine, quand elle sera en vacances".
Eh bien ça y est, j'y suis.Et ça ce n'est un secret pour personne dans mon entourage!