lundi 16 mars 2009

le souffle créateur de la passion


J'aime mon métier. Que voulez-vous, on ne se refait pas...L'odeur des cahiers et des livres, les visages des enfants tournés vers moi avec ce mélange de candeur et d'impatience, les doigts pleins d'encre, les petites figures chiffonnées, les gros mensonges, les petites bêtises, les langues tirées quand on s'applique, le bon élève que l'on copie, le cancre qui se chauffe sur le radiateur, toutes ces constantes de la condition écolière n'ont pas varié depuis Jules Ferry, et les enfants, quoi qu'on en dise, seront toujours des enfants, avec la même capacité d'émerveillement: il suffit de leur lire un vieux conte de Grimm et adieu les jeux vidéo, la télé, les ipod ou autres objets technologiques... L'imagination alors se remet à fonctionner, on frissonne avec effroi à l'approche de la sorcière, on fond de délice devant la maison de pain d'épice.Non , les enfants ne sont pas plus "exigeants ou blasés qu'avant". Le seul talent de raconter des histoires en y mettant son coeur et sa passion des livres suffit à redéclencher le processus mental de l'imaginaire. Rien ne remplace l'histoire que l'on écoute dans son lit, le soir, dans le silence à peine troublé pas le froissement soyeux des pages d'un album ...Rien ne vaut ces premières lectures que l'on découvre à huit ans et qui vous laissent dans l'âme l'indélébile trace des premiers plaisirs intellectuels, qui conditionneront à jamais la richesse intérieure de votre vie d'adulte Si je n'y croyais pas de toute mon âme, depuis si longtemps, je vendrais des tuyaux d'arrosage ou des boulons.Encore que ce soit un mauvais exemple, car les vendeurs de tuyaux ou de boulons, sont gens fort respectables, et ils me reprocheraient de les cantonner dans une fausse image de gens bornés et inaptes à la lecture. Loin de moi cette pensée sotte et grenue. Les vendeurs de tuyaux et de boulons lisent certainement le soir des histoires à leurs enfants, pour peu qu'ils aient eu dans leur enfance une institutrice dans mon genre, qui leur enseignât de ne jamais perdre leur âme d'enfant et d'accorder à la lecture une place de choix dans la hiérarchie des petits plaisirs.
Non,je pense que si je ne croyais pas de toutes mes forces à l'importance des contes dans la vie d'un enfant, je serais devenue "
trader", symbole pour moi du pire métier qui soit, puisqu'il est basé sur la vénération de l'argent, de la matérialité, et sur la quête du gain et de l'ambition avec comme moteur l'écrasement des autres . Mais il y a sûrement quelques traders qui lisent des histoires à leurs enfants...Enfin je veux l'espérer...

3 commentaires:

  1. Bonjour Célestine,
    Quelle belle photo, et quel beau texte! Heureusement, il reste des personnes comme vous, qui faites redécouvrir la magie de l'enfance aux enfants. Quel est votre conte préféré?
    A propos, merci pour le compliment. On a beau dire, ça fait toujours plaisir. Et j'ai mis ma liste de blogs à jour...

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  2. Célestine Troussecottemardi, 17 mars, 2009

    Difficile pour moi de dire quel est mon conte préféré...comme je suis incapable de dire, depuis toujours, mon animal, ma chanson, ma couleur, mon film, mon livre, mon loisir préférés...
    Impossible pour moi de me fixer sur une chose alors qu'il y en a mille à côté! c'est sûrement pour cela, et à cause de ce formidable appétit de toucher à tout, que j'ai choisi un métier où l'on fait de tout: du français, des maths, de l'histoire, de la géographie, des sciences, de la musique, du sport, du travail manuel, du dessin, des visites, de la gymnastique, de la littérature, de la poésie...
    Merci de m'avoir mise dans votre blog. Je suis émue àl'idée d'avoir d'autres lecteurs!
    Grosses bises
    Célestine

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  3. Célestine Troussecottemardi, 17 mars, 2009

    post scriptum!

    La photo est du célèbre artiste "Robert Doisneau".
    Merci pour le compliment, mon texte est sorti tout seul après une après midi fabuleuse que j'ai passée avec mes élèves.

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.