dimanche 4 décembre 2011

Métaphysique joyeuse

"Quand j'écoute les astronomes me parler de l'immensité de l'Univers, j'hésite à me laver les dents".

Voilà une phrase de Cioran qui résume bien les choses: quand on se met à réfléchir de manière métaphysique, avec cette acuité intellectuelle que nous donne la lecture des penseurs, on est tenté de asseoir sur un banc et de ne plus rien faire du tout.  Car dans cet univers énigmatique où nous nous donnons l'illusion de servir à quelque chose, le moindre de nos gestes devient un inutile soubresaut, une convulsion de l'âme qui nous empêche simplement de nous jeter du haut d'une falaise, en occupant notre esprit. On s'agite, on court, on saute , on s'enlace, on se bat, on chante, on fait, on agit, on projette, on remplit nos agendas pour éviter de penser à l'absolue aberration de cette parenthèse entre deux néants qu'est l'existence. On se crée des obligations, des règles, des objectifs, des listes. On suit des lignes de conduite, des éthiques, des maximes Et en même temps l'on espère, on croit en un monde meilleur, en des lendemains qui chantent, un âge d'or, un Eden, un mieux, un plus. Pour ne pas sombrer dans le désespoir ontologique.

Je ressens souvent ce côté dérisoire de notre présence sur ce ridicule  grain de sable qu'est la Terre, cette absurdité de ne pas comprendre ce que l'on fait là, d'où on vient, où l'on va, mais c'est drôle, je n'en éprouve que davantage de goût et  de passion  pour cette vie que j'ai empruntée à mes ancêtres pour la transmettre à mes descendants.

Je n'ai pas la métaphysique triste. Je me sers juste de ces moments de "pause philosophique", de respiration fondamentale, pour recentrer mes priorités. Bien sûr, rien n'est vraiment utile ou important au regard de l'immensité glacée de l'univers. Mais à l'échelle humaine, et dans l'impérieuse évidence de l'instant , prime la satisfaction subjective et éphémère d'être bien et d'avoir bien fait . Et bien faire, pour moi, c'est faire du bien. Sentir les gens autour de moi être contents, les voir sourire, apporter du beau, du bon, du vrai aux relations humaines. Accomplir de petites choses en éprouvant de la joie à les accomplir. C'est pourquoi, malgré le vide, la futilité , la vanité, l'incongruité existentiels, je vais faire le ménage, prendre une douche, mettre une jolie robe, préparer un bon petit repas, discuter de tout et de rien. Et je n'oublierai pas de me laver les dents.

28 commentaires:

  1. c'est sûr qu'il faut les deux: savoir qu'on est moins que rien sur moins qu'un grain de sable et en même temps faire pour le mieux ce qu'on a à faire sur ce grain de sable :-)
    bon dimanche Célestine!

    RépondreSupprimer
  2. Le dernier de mes petits enfants a cinq ans aujourd'hui, pratiquement l'âge de ma première arrière petite fille !
    Putain ça passe vite... Accroche-toi Jeannot ];-D

    RépondreSupprimer
  3. C'est vrai que nous sommes minuscules devant l'univers. Nous sommes tous des astronomes en culottes courtes d:)

    RépondreSupprimer
  4. En lisant le début de ton texte, je me disais : par rapport à l'immensité de l'univers je ne suis rien et, excuse-moi, toi non plus. Mais,finalement, je m'en fous du cosmos, je suis bien dans mon cocoon terrestre en prenant le meilleur.
    Amicalement. Henri.

    RépondreSupprimer
  5. La phrase de Cioran m'a fait sourire et m'a fait souvenir du deuxième billet de mon premier blog :
    http://instants-01.skynetblogs.be/archive/2006/04/30/nbsp.html

    RépondreSupprimer
  6. Jolie note d'optimisme pour terminer... Du reste a-t-on le choix, puisqu'on ne s'est pas jeté du haut de la falaise ?

    Juste ajouter la dernière phrase de JP Dubois (une vie française):
    " La vie n'est rien d'autre que ce filament illusoire qui nous relie aux autres et nous donne à croire que, le temps d'une existence que nous pensons essentielle, nous sommes simplement quelque chose plutôt que rien".

    RépondreSupprimer
  7. Ce sont les dernières phrases qui sont les plus belles... Belle soirée

    RépondreSupprimer
  8. ANTIBLUES Ca tombe bien, j'adore Jean-Paul Dubois! Bonne fin de dimanche. J'aime terminer mes billets par une note d'optimisme...lavie, c'est du nougat, n'est-ce pas ;)

    WALRUS J'aime beaucoup "le frémissement du néant"...

    HENRI la sagesse parle par tes mots: peu importe le cosmos, tant qu'on se sent vivant, on exulte!

    SAOUL-FIFRE oui, tous petits et pourtant, ce sentiment d'éternité qui nous habite parfois, lorsque quelqu'un nous prend la main et plonge dans nos yeux! Là, il nous arrive de nous sentir grands, et invincibles.

    RépondreSupprimer
  9. ANDIAMO Mais, quand tu écris, on dirait un jeune homme!Je pense que tu auras beau dire et beau faire, pour moi, tu es et resteras le beau commissaire Chauguise.
    J'espère vivre assez longtemps pour voir mon arrière petite fille et écrire encore dans mon blog!

    ADRIENNE le dimanche fut bon, après mon soubresaut existentiel, j'ai trouvé que les criques de pomme de terre étaient vraiment délicieuses!

    RépondreSupprimer
  10. PATRIARCH oui, tu as raison, ce sont celles qui me rendent vivantes, les grands plaisirs de la vie résident dans les choses simples.Et de toutes façons, les falaises sont bien trop belles et romantiques pour que j'ai envie d'y faire autre chose que des promenades vivifiantes...

    RépondreSupprimer
  11. J'aime bcp, BCP ton dernier paragraphe...
    C'est ça finalement vivre..
    Les penseurs réfléchissent la vie, c'est important aussi
    A chacun son rôle...

    RépondreSupprimer
  12. Un joli texte plein de ta respiration ... Mais la philosohpie n'est pas toujours désespérée comme celle de Cioran ... Il y a aussi de bons vivants, comme Aristote, Epicure, Alain, qui n'ont pas oublié de vivre leurs idées, pour les mettre à la portée des autres ...
    Bises

    RépondreSupprimer
  13. Oui je sais Zenondelle, citer cette phrase de Cioran ne signifiais pas que j'adhère à ce qu'il dit. C'est juste une phrase qui résume bien ce que je ressens "à certains moments". mais en règle générale, tu t'es aperçue, je pense que je ne suis pas une aquoibonniste...j'aime trop la vie pour passer mon temps à me lamenter sur son inutilité.

    COUMARINE quel plaisir de trouver un commentaire de toi ma douce. Ça ne m'étonne pas du tout que tu aimes mon dernier paragraphe...

    RépondreSupprimer
  14. Se laver les dents, sans hésiter !
    Pour avoir un beau sourire !! :-D

    Et puis on peut très bien regarder les étoiles en se lavant les dents !
    Ou se laver les dents en regardant les étoiles !

    Faire le meilleur ! Donner le meilleur de Soi ! Le 'moins bon' d'autres s'en sont déjà suffisamment occupé ! ;-)

    RépondreSupprimer
  15. Et la musique d'out of Africa pile poile appropriée à cette lecture. Un bel instant.

    RépondreSupprimer
  16. Hier la menthe ne présentait plus que des branches vides de toutes feuilles...et pourtant elle sentait bon la menthe ! C'était sans entrain qu'il nettoyait son jardin en hiver, un dimanche soir, presque dans la nuit, à l'heure où la mélancolie vous agrippe de ses doigts collants. Et le sourire des siens, et cette menthe, et un trio de blogs amis remplis d'espérances et d'envie. Et l'homme se remit en route, s'accrocha à la lèvre un sourire tout neuf et arrêta de se demander pourquoi pour se demander comment.

    RépondreSupprimer
  17. Voilà , tu as tout bien résumé , restons tout de même convaincus que notre passage ici , aussi futile qu'il soit ( je ne dirais pas inutile ) est ponctué de choses simples , de grands et bons moments aussi , de passions , et que les gestes répétitifs ne peuvent être contournés
    Avec cette certitude , la vie devient sereine , et douce , malgré les grands drames qui continuent de se dérouler autour de nous

    bon lundi à toi Célestine

    RépondreSupprimer
  18. Ce sont ces petits rien qui font tout...

    RépondreSupprimer
  19. Je me retrouve bien dans ce que tu dis:-)!

    RépondreSupprimer
  20. MAMMILOU Moi aussi je me retrouve bien dans ce que je dis... (oui je sais c'est une blague vieille comme le monde, c'est une blague de directrice d'école un 5 décembre en fin de journée...)

    ANONYME j'irai jeter un œil à ton blog dès que j'aurai un moment...

    JEANNE je vois que toi aussi tu as la métaphysique sereine...Le contraire m'eut étonnée!

    JACQUES un commentaire au parfum de menthe un peu poivrée au début, et puis finalement très douce...Je vous ai imaginé dans votre jardin, accrochant un sourire à votre cœur...

    CATHERINE en écoutant cette musique je me sens toujours apaisée et embarquée dans les grands espaces. C'est pour cela que je l'aime.

    Cédric Ah oui, le sourire...mon arme fatale 2 (après mes yeux) LOL!

    RépondreSupprimer
  21. Bien faire, c'est faire du bien! A afficher dans chacune de tes classes!! bises et un grand sourire (quand même, vous ne dites pas se "brosser" les dents?)

    RépondreSupprimer
  22. Ben non on se lave les dents chez moi... Vive la diversité hein ma Delphine?

    RépondreSupprimer
  23. "prime la satisfaction subjective et éphémère d'être bien et d'avoir bien fait" : je vais en faire ma devise !

    RépondreSupprimer
  24. Trop d'honneur que tu me fais MISS ZEN! mais il est vrai que j'ai mis beaucoup de moi-même dans cette simple phrase. :)))

    RépondreSupprimer
  25. Ce que tu décris, j'ai l'impression que cela a dû être moi dans une autre vie…
    Toutes ces années d'agitation…

    Aujourd'hui, je me demande si je suis entré très vaguement dans un commencement de semblant de sagesse…
    Aussi je suis devenu un vieux C...

    RépondreSupprimer
  26. Tu dis ça pour que je te dise "oh mais non! Tu n'es pas un vieux c..."
    Être sage sans être sage, voilà toute la difficulté (ou en d'autres termes, être vieux sans être adulte)se détacher mais rester bien vivant, souffler le chaud et le froid...

    RépondreSupprimer
  27. Pourtant, il n'y aurait pas de dune sans grain de sable, pas d'océan sans goutte d'eau... quand je lis cette phrase de Cioran,comme ça,hors contexte, je ressens exactement l'inverse, je suis tentée de ne pas bouger, de respirer à peine et de me contenter d'ÊTRE, me sentant partie intégrante de l'univers

    RépondreSupprimer
  28. Tu ressens l'inverse, mais de quoi? Je pense que je comprends cette phrase exactement comme toi: ne plus bouger, ne plus rien faire, aême pas se laver les dents, puisque rien ne sert à rien...

    RépondreSupprimer

Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.