dimanche 6 juin 2010

A tous ceux qui me manquent

J'éprouve certains soirs un grand vide intercosmique. Il me manque quelque chose. Je me retourne: mon univers familier est pourtant là, bien en place. Le chat ronronne, la pie jacasse. L'herbe ploie sous la caresse d'un petit vent doucereux. Le doux tintement des verres et des assiettes emplit le silence de cette fin de dimanche qui s'étire. Les êtres chers vont et viennent, vaquant à leurs affaires sans se soucier de l'ouragan de nostalgie qui me bouleverse, au fond de moi. Et cette douleur, c'est celle du manque.
Mes enfants me manquent,  devenus grands, qui s'en vont vers leur vie, doucement, chaque jour davantage.
 La douceur de ma mère me manque, le contact de ses mains usées, juste un petit peu rugueuses, comme si chaque aspérité de sa peau me contait une anecdote de sa longue vie. La voix de mon père me manque, ses jeux de mots, ses facéties de jeune homme de soixante dix-huit ans, la chaleur de sa grosse main étoilée de dizaines de taches brunes, comme  frappée par le sceau indélébile du temps, ce temps impitoyable qui marque  les hommes comme autant de moutons avec l'indifférence cynique d'un maquignon...
Mon frère disparu que j'aurais tant aimé connaître. Lui aussi, il me manque par l'absurdité de son passage éclair ici-bas, petit ange emporté dans les limbes...Qu'aurait-il fait? Qu'aurait-il dit? Que serait-il devenu?
Mes chers disparus, ma bonne grand-mère, mon oncle Max et ses expressions qui n'appartenaient qu'à lui.
Mes frères, ma sœur, mes amis d'un jour et de toujours, tous ces êtres de chair et de cœur qui sont si loin, me manquent affreusement. Nos jeux d'enfants  nous semblaient éternels, nos liens si forts...Pourquoi faut-il toujours se quitter?
Alors, bien sûr, il y a le téléphone, les mails, les sms, les webcams, les tchats, les blogs, et facebook, et msn, et toutes ces techniques de communication ultra-tendance et sophistiquées. Mais rien, non rien vraiment , ne remplacera jamais le contact, la chaleur d'une caresse, l'accolade virile, les baisers sur la bouche, l'étreinte de deux bras forts autour d'un corps frêle, le souffle d'une haleine, l'odeur de la nuque d'un bébé au réveil, la fraîcheur d'une joue d'enfant, des lèvres mouillées, une gorge sèche, des mains moites, un cœur battant, une poitrine qui palpite, des batailles de chatouilles, des odeurs de transpiration, des larmes que l'on essuie du bout de l'index, des cheveux qui graissent, un bobo qui saigne, un parfum entêtant,  tout ce qui fait l'odeur, la couleur, le RELIEF de la Vie.
Il y a des soirs où des milliards d'atomes manquent aux miens.

17 commentaires:

  1. Tu as raison, rien ne remplace d'être assise près de sa soeur et de sentir le rebondi de sa cuisse contre la nôtre; rien ne nous rend les moments passés avec ceux qui ne sont plus, moments qu'on ne savait pas aussi uniques, éphémères mais éternels dans notre mémoire; rien n'est aussi précieux que ce qui est vrai, tout à fait vrai: le toucher, la vue le contact, l'odeur, le son de la voix, la chaleur de la peau.

    Et oui, ces absences sont lourdes. Elles sont la raison pour laquelle autrefois on cherchait à ne pas se quitter, à freiner les voyages et l'aventure. L'absence faisait trop mal, on le savait.

    Mais que veux-tu... "c'est la vie aussi" tout ça. Et au moins, tu as toute ta délicatesse pour en prendre conscience, et rappeler les souvenirs au galop, te repasser le film du bonheur. Il y a des gens qui se rendent pas compte et qui laissent le film se craqueler, se tortiller et devenir illisible...

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  2. Quel merveilleux commentaire, chère Edmée. j'aime beaucoup l'image du film à la fin.Merci de me donner ta compréhension et ta sensibilité d'écrivain.

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  3. Même absents, ceux qui nous manquent ont une présence. Elle est difficile et douloureuse à lire, mais elle existe. Il faut prendre le temps de la sentir, je crois, mais ce n'est pas facile. Le plus dur sont les regrets liés aux gens que l'on a aimés, des phrases non dites, des blessures non refermées, des amitiés évanouies faute d'efforts. Alors là, oui, le souffle de la vie fait cruellement défaut. Mais le manque t'inspire, parce que ton billet est beau.

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  4. Je peux dire autant de ton commentaire cher Damien. Toi comme Edmée, mon sujet vous a inspiré de bien belles phrases. Merci .

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  5. Que veux tu rajouter après d'aussi jolis mots sinon que c'est vrai que le manque de ceux qu'on aime est douloureux et que, même en faisant le maximum quand ils sont là, on a toujours l'impression de ne pas avoir assez profité d'eux une fois qu'ils sont partis

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  6. dans ces moments, je prends ma "boite à images" et que de souvenir j'y trouve.... Belle journée avec bise.

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  7. Il y a de douleurs dans ce manque, et comme il fait mal!
    Bisous Cel
    Math

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  8. Et là j'ai l'estomac qui se sert et les yeux qui piquent ! J'anticipe certains manques.

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  9. C'est curieux, j'ai eu ce même sentiment ce weekend. Toute la famille réunie, mes parents, mes soeurs, mes enfants et une douceur de vivre ensoleillée qui nous a remplis de tendresse les uns envers les autres. Et j'ai eu ce sentiment de manque, alors qu'ils étaient tous là. Une espéce de manque par anticipation. Une angoisse sur le mode "quand revivrons-nous un moment aussi doux ?"

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  10. Cel toutes ces paroles plus belles les unes que les autres n'apaisent-elles pas tout doucement ta mélancolie? Les tiens te manquent, mais ils sont bien plus près que tu ne le racontes, toi-même en as parlé à plusieurs reprises, de cette proximité, de cette entente, de cette symbiose. Les mains crevassées de ta mère continuent à caresser le visage de petite fille que tu lui tends chaque jour pour un baiser, le rire de ton père retentit dans un coin de ton bureau, et tes enfants, tes enfants s'éloignent pour mieux revenir. Bientôt, tu essaieras de lire les lignes de leur visage dans de petites frimousses toutes fripées, et ton coeur de mère revivra. Bientôt, la sève de ta sève coulera dans de nouvelles veines, bientôt tu seras à nouveau indispensable, bien que tu n'aies jamais cessé de l'être.

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  11. ça fait plusieurs jours que je viens puis repars de ton blog, sans être capable de rien dire sur ton billet...
    Tu ne cherches pas j'en suis ^sure de "consolation" facile ni de conseils pour gérer l'absence
    Les commentaires précédents t'ont rejointe je pense dans ce que as exprimé
    Oui, à partir du moment où l'on aime, on se prépare à souffrir, à être séparés...
    Certains ne le supportent pas (plus) et s'empêchent d'aimer
    c'est dommage, ils s'amputent
    Merci Célestine pour tes mots de vie

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  12. COUM non c'est vrai, je ne cherchais pas spécialement à être consolée, je n'étais pas triste, je flottais simplement dans un état de mélancolie étrange.Je suis heureuse que tu aies réussi finalement à t'arrêter sur mon message.

    DELPHINE Oh merci pour ces paroles réconfortantes! me projeter l'image de mes futurs petits enfants m'a fait un bien fou. Comme si tout devenait possible à nouveau.

    MYO tu exprimes si bien ce que j'ai vécu, par empathie sûrement: tu vois, ça me reprend: je pourrais dire ce soir que tous, vous me manquez, en ce sens que j'aimerais tellement vous rencontrer de visu, pour de vrai comme disent les petits...

    MS pardon d'avoir déclenché en toi ce sentiment de tristesse, ce n'était pas volontaire

    MATH de la douleur, certes, mais paradoxalement pleurer m'a fait du bien, écrire et surtout recevoir en retour votre sympathie...Merci mes amis.

    PATRIARCH toi tu es la sagesse! oui , j'essaierai la boite à images quand je me sentirai flotter

    CATHERINE oui, profiter au maximum de ceux qu'on aime, au mépris de toutes les choses sans importance! Peu importe le ménage, les corvées, les factures, les obligations au regard d'une longue discussion avec sa fille, au soleil d'un début d'été.Tout le reste est littérature...


    ce blog est un cocon qui m'enveloppe de sa chaleur. Merci à tous du fond du cœur
    ****célestine*******

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  13. la douleur du manque...
    Comme je te comprends.
    Tout ce qui est passé et ne reviendra jamais. Il y a comme cela des grandes vagues de nostalgie qui nous envahissent.il faut les laisser déferler.
    Et puis, c'est un peu comme quand la mer se retire à marée basse.
    elle a lavé le sable, elle amène de nouveaux coquillages, on peut de nouveau y marcher. Aller à la découverte.
    Parce qu'au final, tout nous est toujours redonné...autrement sans doute.

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  14. ALAINX, oui, je l'ai laissé déferler, cette vague qui m'a emportée. J'aime bien ta métaphore de la plage. Je sais que demain sera source de joie. Le tsunami est reparti.Ce billet a révélé dans tous les commentaires combien la sensation de manque est universelle...

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  15. Qu'ajouter à ton très beau texte et à tous ces commentaires? Juste une petite note personnelle : de mon côté, j'aimerais arrêter le temps à mes 30 ans qui me plaisent bien. Ni trop jeune, pas encore vieux. Lancé dans ma vie privée et professionnelle, tout en pouvant faire encore plein de projets. Savourant le bonheur d'avoir dans un rayon de 10km encore mes parents et les deux grands-parents qui m'ont élevé et que j'adore. Ayant eu la chance d'avoir déjà réalisé mon plus grand rêve, au-delà de mes espérances. Ravi de toutes ces belles rencontres inattendues que m'apporte la blogosphère, une formidable aventure humaine.

    Profite bien de tes vacances scolaires pour passer du temps avec tes proches sans penser à l'avenir. Et avec Coumarine et Delphine, on t'attend quand tu le souhaites dans notre chère petite Belgique (peut-être en 2011 quand Edmée sera revenue y habiter?). A bientôt Célestine.

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  16. Oh ouiiii, Célestine, une rencontre serait magnifique!

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  17. Je remarque l'absence d'un mot dans ton billet et c'est justement le mot absence. Je ne pense pas que ce soit un hasard. Je me souviens d'une connaissance qui me disait un jour : "Tu ne va jamais au cimetière? Comment tu fais pour parler à tes morts?" Je ne lui ai pas dit que je n'avais pas de morts. Je ne lui ai pas dit que mon grand-père vivait en moi tous les jours. Que mon parrain ne m'avait jamais quitté. Que mon oncle était toujours présent, son regard noir et froid cachant un Himalaya d'attention pour autrui. Je ne lui ai pas dit qu'une tombe ne signifiait rien pour moi. Car ils sont là. Tout le temps. Comme les piliers de mon propre temple. Et de ce fait, même si ça peut paraître monstrueux à dire, j'ose dire qu'ils ne me manquent pas. Peu de gens comprennent ça, et je m'en moque. Eux le savent.

    Bernard

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.