dimanche 21 mars 2010

Fauve mort

J'ai retrouvé dans mes cahiers d'étudiante les poèmes de mon premier chagrin d'amour.
J'avais dix-neuf ans.




Relire tous les mots d'amour
Et se persuader qu'il existe
Drôle de gageure en effet
Comme si les sentiments
Se laissaient emprisonner
De lignes superficielles
De phrases imaginaires
Le grand, le vrai se trouvent ailleurs
Dans les fibres de l'existence
Dans les élans à jamais tus
Il ne m'aimera jamais plus
Qu'en sais-je? et pourquoi ces tourments
Ces paroles incohérentes
Dans l'inutilité des mots
Je trouve mon indépendance
La sens comme une déchirure
La refuse de tous mes sens
Progrès, Futur, marcher toujours
Oublier soi dans son passé
Dans le vécu s'insinuer
Se démunir
Se dessaisir
Se dénombrer
Se décanter
Se défaire de l'existence
Comme d'un carcan ourlé
Briser ce lien sempiternel
Cette chose igniférante
qu'on appelle le Grand Amour
Mon coeur s'armure et puis se givre
D'acier de glace et de mépris
Je ne me sens le droit de vivre
Que détachée vidée sans prix
Dans la jungle sentimentale
Ma passion est un fauve mort.

Juillet 78

11 commentaires:

  1. Aaaah, le chagrin du premier amour!
    Chacun de nous s'en souvient forcément.
    Tout était si beau, notre esprit était comme le printemps, le monde était perçu comme nouveau, fleuri tout en couleur et ensoleillé - un miracle, une découverte inimaginable!
    Quelle merveille ce premier amour et quelle expérience.

    Quand je fais référence à ce premier amour, je pense à l'amour du coeur sans penser à celui du corps.
    Cet amour reste souvent caché un moment avant d'être déclaré à la personne qui en est la ou le principal intéressé.
    Cette personne qui souvent s'en est déjà rendu compte mais qui n'ose pas, par pudeur ou par timidité ou par pure stupidité, s'ouvrir pour recevoir ce simple bonheur.
    Elle veut souvent être certaine de ne pas s'humilier.
    Magnifique instant.

    Et puis un premier amour ne tient presque jamais car il est toujours enflammé et pubert.
    On n’était encore que trop juvénile et il était, à ce moment, difficile d’accepter la moindre différence à ce quoi on s’attendait : l’être parfait.

    Quand il casse ce premier amour, le mot est juste, il fait mal car une cassure fait toujours mal.

    Et puis la vie reprend son court, on y repense parfois mais le temps et la pluie estompent dans la plupart des cas cette première douleur affective.

    Vivons vers l'avant mais le passé fait aussi partie de notre vie car sans celui-ci on ne serait pas ce que l'on est.

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  2. Quel talent! Un peu trite mais très beau!
    Et bien moi je l'ai épousé mon premier amour et 33 ans après il est toujours mon mari:-)!

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  3. Quel déchirement dans ces mots où l'amour perce dans toutes les pores de l'acceptation du détachement de la révolte du refus déni mépris réalité terrassée! Heureusement le fauve s'est relevé et partage avec nous ses rugissements, ses victoires et ses peines...

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  4. Tu avais déjà beaucoup de talent à cette époque!

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  5. ah le 1er amour....
    il était si beau..il ressemblait à Sébastien,de "belle et Sébastien"...
    et pour lui aussi j'ai écrit des poèmes..
    puis est venu l'Homme...

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  6. J'aime beaucoup passé d'un billet à l'autre :)) Très joli poème !

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  7. Elle s'appelait Margaret. Un jour, elle m'a largué pour un autre. J'aurais pu et dû pouvoir écrire un beau poème comme le tien.

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  8. J'y ai lu la terrible froideur d'une blessure...

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  9. Oui, une terrible blessure,avec une cicatrice refermée mais parfois sensible, les jours de pluie...On peut avoir envie de mourir à dix-neuf ans, et cela détermine pour toujours sa relation à l'existence.



    ********merci pour vos commentaires.

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  10. C'est beau, c'est dense, c'est intense. Et du haut de mes 4* z'ans, je me dit que 19 ans c'est jeune pour souffrir d'amour aussi fort...

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  11. Il y a des premiers amours qui continuent toujours dans l'esprit ou dans nos âmes... pour moi le mien s'est raccordé à mon histoire 20 ans plus tard... Parfois la vie nous jouent de drôles de tours...
    B comme Blonde

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.