vendredi 24 janvier 2020

Les souffleurs de rêves


« Il n'y a pas un millimètre au monde qui ne soit savoureux. »
Jean Giono








La Souffleuse de Verre, Arte, 2019




En musardant dans le vieil Antibes, je suis entrée par hasard dans l’atelier d’un souffleur de verre. L’homme a de quoi vous surprendre. Il a l’âge limite des lecteurs de Tintin, et pourtant une énergie extraordinaire. Cet olibrius, tenant davantage de Haddock que de Tournesol, nous explique avec une truculence et une gentillesse faussement bourrue, qu’il aime le verre depuis l’enfance. 
C’est fou, une passion unique, ça m’a toujours interloquée. Toute une vie à donner sa préférence à l’objet de choix, au bel objet travaillé dans le secret d'un savoir-faire millénaire, toute une vie à tourner la pâte dans une chaleur d’enfer, et à souffler dans de longues flûtes pour gonfler des bulles de silicium. Lancer au défi du temps des bulles de rêve coloré. Un métier de poète, en somme, précieux et fragile...
Le geste est admirable, le tour de main fantastique.



Avec sa tête de maroufle des bas-fonds, patibulaire mais presque, notre homme tient son public en haleine, un rien cabotin. Il nous raconte se débuts avec un maître verrier de Venise, mazette ! 
Ce dernier – visionnaire ? Ou seulement attentif aux talents en herbe ?-  sut lui promettre sans se tromper une belle carrière. Et après avoir transmis l'amour du verre à son fils, il continue de former des débutants, infatigable.
Bramant comme un orignal après ses deux apprentis aux visages de jeunes pages, imperturbables et vaguement amusés, il nous explique les secrets du souffleur, ses yeux de braise emplis des étincelles de son four. Ses mains semblent dotée d'autonomie et cheminent seules dans les étapes entre l’idée de base et la réalisation finale. Ses citations bien rodées pour amuser les gens sont empreintes d’une sagesse bougonne, ponctuée de mots en patois nissart. 
« Les jeunes d’aujourd’hui travaillent comme des charafi , ils sont trop occupés avec leur IBM…» 
Je souris. Il est émouvant, ce vieux fou de Maurice...
La pâte incandescente a une couleur de corail brûlant. C'est fascinant. Le souffleur la tient au bout de sa canne, sa « fêle » comme on disait jadis, avec la légèreté du peintre pour son pinceau. Il la souffle vers le haut, puis vers le bas, dans un moule pour lui donner une forme ronde et régulière. Il la découpe, l'étire, la rechauffe, la torture avec dextérité.
« En douceur ! En douceur !  » Répète-t-il aux jeunes qui ont tendance à trop appuyer pour imbiber le verre, en le roulant sans le déformer, dans des cristaux de poudre blanche. Cette poudre, en fondant, décorera l’objet de dessins aléatoires et ravissants.
Aujourd’hui, ce sont des gobelets à sangria qui sortent de l’imagination du souffleur. Demain, des lampes, des poissons, des carafes...
Le maître-mot, pour continuer à attirer la clientèle, c’est innover. Etre original. Créatif. Mais dans la tradition des grands verriers du midi de la France.

En sortant, les joues rougies et le coeur content, j'ai repensé à ce superbe film, la Souffleuse de Verre, dont mon ami Didier m’avait parlé. Saviez-vous qu'à une époque, les femmes n'avaient pas le droit de souffler le verre ? Sans doute parce qu’elles n'étaient pas jugées dignes d'accéder au divin...
En tout cas, c'était un bonheur de regarder cet homme faire jaillir l'amour de ses mains.





La pâte incandescente a une couleur de corail brûlant....

...dans une chaleur d’enfer...

Toute une vie à tourner la pâte...

Un métier de poète, en somme, précieux et fragile...





...et à souffler dans de longues flûtes

...pour gonfler des bulles de silicium...

Il la découpe, l'étire, la chauffe, la torture avec dextérité.



...de jeunes pages.

Deux apprentis aux visages ...


« En douceur ! En douceur !  »

...imbiber le verre, en le roulant sans le déformer, dans des cristaux de poudre blanche.


Allez visiter l’atelier de Didier Saba à Antibes...

***






Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait placer les mots: EXTRAORDINAIRE FANTASTIQUE BIZARRE ORIGNAL   TOURNESOL 

OLIBRIUS UNIQUE VISIONNAIRE SURPRENDRE INNOVER   IDEE  
INTERLOQUER




Pour l'atelier d'Olivia, il fallait placer les mots
créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence




lundi 20 janvier 2020

Little women







« J'accepte la grande aventure d'être moi. »
Simone de Beauvoir, Cahiers de Jeunesse.












J'aime cet endroit. J'y venais souvent avec ma mère, à Saint Martin, prendre un chocolat à l'heure où les ombres s'allongent et deviennent bleutées. Nous choisissions la table ronde, au fond. Elle posait toujours son manteau sur le dossier de la troisième chaise, et s'installait près du poêle à bois. 
Aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, je m'y suis assise seule. 
Là-bas, dans ton île sous le vent tropical, tu ne peux imaginer le froid piquant qui fourmille en étoiles sur les vitres, ni les monts poudrés de neige qui voltige sur les mélèzes. 
Toi en maillot et en bateau. 
Moi en manteau et en chapeau.

J'ai  goûté pleinement ce bonheur précieux d'être une femme libre dans un pays libre. De pouvoir m'asseoir tranquillement dans un café sans rien demander à personne. Sans rendre de compte. Le chocolat fumant brouillait un peu mes yeux d'une buée étrange mêlée d'émotion. Je me sentais à ma place, sereine après la tempête. Pas triste, non. Juste rassurée. Joyeuse et mélancolique à la fois. 
J'ai pensé à toutes ces femmes merveilleuses et libres qui m'entourent. Où que je regarde, dans ma famille, je vois des femmes volontaires, intrépides, indépendantes et libérées des carcans qui ont étouffé tant de générations. Aucune carrière n'est trop bien pour elles, ou inaccessible. Rien ne les effraie. Elles voyagent, elles gèrent, elles échafaudent des projets fous, une flamme volontaire au fond du regard. Elles sont notaire, pharmacienne, architecte, coach en gestion du stress, ingénieures ou chef cuisinière, elles partent en Irlande ou au Japon, elles bougent, inventent, vibrent...

Elles m'emplissent de fierté et d'admiration. Corinne, Mathilde, Véronique, Hélène, Anaïs, Marlène, Margot, Vanessa, Océane, Marion, et, bien sûr, Sibylle, ma petite graine de bout de femme, vous êtes mes étoiles, mes soeurs d'âme, et je vous aime. 
Vous êtes, tout comme moi,  les dignes héritières de Jo March, la fougueuse, l'impétueuse et insoumise écrivaine du roman éponyme « Little Women » plus connu en France sous le titre « Les quatre filles du Docteur March. » 

Le Goût va encore dire que j'ai quinze ans, et me trouver trop romanesque. 
J'assume. 😊


***


Pour le devoir de Lakévio du Goût.


jeudi 16 janvier 2020

Amour velours


Photo Pastelle




L'amour doux. Le vrai. Celui qui, plein de confiance, laisse le champ libre à l'oiseau. Celui qui n'enferme pas, qui éblouit par son innocence, comme s'il était inventé à l'instant, au carrefour de deux routes de soie vers l'éternité. 
L'amour qui prend soin, qui s'inquiète sans s'angoisser, sans déstabiliser, qui éclaircit, qui nettoie, qui comble. L'amour qui réchauffe quand on a le coeur de givre, et qui rafraîchit la peau brûlante.
L'amour qui transcende, qui sublime, qui respecte. L'amour tendresse. Rembourrage de satin contre les piquants de sel.
L'amour fort, évident. Qui grandit.
Celui qui arrive, irrésistible, après un long chemin mutuel.
Celui qui est là, tapi en nous, comme un écho dans la montagne qui trouve un écho en miroir.
Celui qui donne envie. Qui fait comprendre. Qui désire et qui apaise. Qui propose sans imposer.
Celui qui rime avec velours, avec humour, avec Cabourg...
Celui qui veut le bien de l'autre, parce que ce bien fait du bien.
L'amour qui n'est pas urticant, qui ne blesse ni en actes ni en paroles. L'amour lac. L'amour plage. L'amour prairie. L'amour foyer, sans chaînes ni sans cage.

L'amour doux. L'amour très doux.


***



Merci à vous tous pour vos mots de réconfort, d'amitié, d'amour sur mes derniers billets.
Merci à Pastelle dont j'admire tellement le talent, allez visiter son univers...
Pardon à Emilie d'avoir loupé les premières Plumes de l'année.




Merci à Olivia qui reprend, à ma grande joie, son atelier.

Avec les mots imposés : proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité