dimanche 19 février 2017

Tako-tsubo









Au fond du jardin, sous les micocouliers, avec Eva, nous avons parlé de nos vies. On se ressemble Eva et moi. Nos vies sont en miroir. Nos coeurs sont à l'unisson. Au soleil couchant la fontaine était toute enluminée de songes. C'était beau comme un livre d'images de collection. 
On s'est assises sur la margelle, on a fait le point, tiré des plans sur l'angle de la comète, avec nos sextants de marins d'eau douce.
Eva me tend les bras sans hésiter quand je chavire. Elle me cajole, elle me fait rire.
Elle est chouette, une vraie amie comme on en a deux ou trois pas plus...
Aujourd'hui je n'en menais pas large. Je chialais mes peines en clapotant de l'eau de mes yeux en choeur avec la fontaine. Pourtant ça y allait dru dans les bosquets, les sifflotements, les pépiements des zozios... Et le soleil avait fourbi ses petits rayons d'essai d'avant-printemps, ceux qui font éclater en petites taches pourpres les violettes dans l'herbe encore jaunie de l'hiver.
Mais j'étais en pleine crise d'angoisse. Je ne sais pas vous, mais moi, ça m'arrive de temps en temps. Quand ça me prend, ça me serre, ça m'oppresse, ça m'écrase, ça m'escagasse. 
J'ai fini par avouer à Eva que les événements des derniers mois m'avaient secoué la pimprenelle bien plus que je ne le pensais. Mon homme aux mains d'or adoré avait pourtant fait des miracles pour me remettre le dos d'aplomb. Mais le stress a bouleversé mes constantes métaboliques, trop de ceci, pas assez de cela... Alors le moindre souci, la plus petite contrariété ordinaire, deviennent soudain de gros chagrins fourchus et disproportionnés. 
Depuis hier, moi qui suis notoirement iatrophobe, et pour couronner le tout, voilà que ma mère est à l'hôpital ; elle aurait peut-être fait, d'après un de ses médecins,  un syndrome de Tako-Tsubo. Vous connaissiez, vous, ce truc japonais ? Le nom français est « maladie du coeur brisé »  occasionnée par un choc émotionnel ou un chagrin immense. Sans blague !  Ma pauvre maman...Bref, on a eu peur, mais elle va mieux, ils lui ont mis une pile. Comme à un vulgaire lapin en peluche. 
A cette idée, nous avons ri comme deux gamines, avec Eva. Mais ce n'était pas méchant, hein... Juste les nerfs qui lâchent un peu.




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Musique : Etude de Sor n° 5 (ma préférée)

jeudi 16 février 2017

Demandez l'journal !



Mon Oncle Joe, sur une proposition d'Emma, nous propose de placer dans un texte cette liste de verbes inventés :




scrafouiller, vernifler, courouler, hurlir, cagnasser, berçoir, violoner, vichtailler, crascatuer, pirpurer, trochoir, loloyer, hurspender, sisselir, épurler, écriper, scrafougner, groudir, flagir.



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Nous groudissons dans un drôle de marigot. D’un côté, les défenseurs de la liberté violonent que chacun est libre de berçoir  avec qui il veut, et de l’autre, les journaleux scrafouillent dans la vie privée des gens, surtout de ceux qui couroulent en ce moment après la charge suprême de l’Etat.
Je ne parle pas de ces exactions qui nous font hurlir, quand certains vichtaillent avec l’argent public sans loloyer.
Non je parle vraiment de la vie privée, stricto sangsue, qui ne regarde que les intéressés, bien que les tabloïds se crascatuent à nous démontrer le contraire.
L’autre jour, mon œil est flagi par un gros titre : « Mac Rond, l’odieuse rumeur... »
Derrière ces points de suspension, j'ai verniflé encore quelque malversation, emploi fictif ou autre mauvais coup que ces fifrelins sont coutumiers de pirpurer…Pour cela, que les éditorialistes soient remerciés de nous en cagnasser régulièrement, au grand dam de ceux qu'ils trochoient...
Mais que nenni ! J’appris que l’on reprochait au sieur sus-cité  de sisselir une relation avec une personne de même sexe que lui.
Je me demande bien, bande d'ectoplasmes, en quoi être homosexuel mérite-t-il de se faire hurspender du terme d’« odieux » ?
Ce serait donc la pire des insultes ? Moi, je serais homosexuelle, je scrafougnerais de me faire écriper de la sorte par des baveux indélicats.
Il y aurait bien des choses à épurler, dans ce monde un peu fou…





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Musique: Bande originale du film « le Petit Prince »
(Titre de l'extrait: Suis-moi, Camille !)

mardi 14 février 2017

Essaimer, est-ce aimer ?



Jeanne Chéral pour sourire...


Essaimer des vers  inédits dans le cours des pâles rivières
Et dans l'or bleu des ciels d'avril
Voler au printemps sa lisière
Et aux fleurs semées leur parfum 

Est-ce aimer que de boire encore
dans les calices du matin
Essaimer gouttes de rosée 
Le doux espoir d'un chant nouveau
Le nectar sucré de la joie qui coule aux veines sans effort

Est-ce aimer que sentir son corps
Brûler de vive jeunesse
Quand les étoiles l'or le métal
Saignent leur lave au creux des mains

Essaimer  bien sûr c'est aimer 
C'est aimer même le mot rêve
Le rouge qu'il  met au front 
Le goût de ses mots sur nos lèvres 
Et l'avenir qui s'écartèle pour laisser passer comme une ombre

Le train de nos secrets désirs



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