vendredi 23 juin 2017

Descendons ensemble au jardin







« Le jardinier Moustache était un vieil homme solitaire, peu bavard et pas toujours aimable. Une extraordinaire forêt, couleur de neige, lui poussait sous les narines...
 Tistou découvrit ce jour-là pourquoi le vieux jardinier parlait si peu aux gens ; c’est qu’il parlait aux fleurs...»

Maurice Druon
(Tistou les Pouces verts, 1957)















































La lecture de Tistou, ce livre merveilleux dont je ne me lasse pas,  confirma mon amour des jardins, et des jardiniers. N'ai-je pas choisi un métier de jardinière, en m'occupant de semer tant de graines dans les têtes de mes élèves ?
Le jardinier Moustache est un vrai jardinier, comme on en fait toujours, heureusement. Tant qu'il y aura des jardins, le monde ne sera pas complètement fichu. Des oasis, des vallées qui verdoient, des fleurs fragiles qui repoussent après les bombes, sur les charniers et les ruines.
Un vrai jardinier, quand on a la chance d'en rencontrer un, sème dans nos yeux des graines de passion. Il connaît des mots extraordinaires, des noms de plantes inouïes qui sonnent en moi comme des grelots. Ancolie, bégonia, capucine...ton alphabet est en couleurs, en parfums et en merveilles, ça coule et ça déroule comme un ruisseau.
  Le goût sensuel et profond de la terre. Le goût de l'eau. De l'air et du soleil. Quel plus beau métier ? Ecole de patience, écouter pousser les fleurs et les légumes, école de sérénité, caresser le temps des saisons dans leur ronde paisible, trouver du bonheur même dans l'hiver qui met en couveuse les promesses du printemps.
Les mains calleuses, le dos en compote, tu t'en moques. Tu es droit dans tes sabots. Tu aimes la vie. Tu la cultives, en pots, en terrasses, en espalier. Partout tu promènes tes pouces verts.

Jardinier, mon frère, j'aime les soleils verts, les dentelles et les théières de ton jardin d'hiver. Je déplore avec toi qu'il perde un jardin par semaine, ce p'tit coin là bas, près de la Seine qui fleure bon le métropolitain. Messieurs les promoteurs de la Chaussée d'Antin, de grâce, donnez-nous des jardins pour y faire des bêtises, d'où l'on revient des p'tites fleurs à la main, quand on a déchiré sa chemise...
Des jardins extraordinaires pleins de canards qui parlent anglais et de hérissons tristes.
Des jardins du ciel à Babylone, aux jardins de curé, jardins d'Eden, jardins secrets...

C'est dans la cabane, tout au fond,  que va se cacher le gredin qui t'a volé ton nain d'jardin. Pour le faire voyager. Tout autour de ce jardin qu'on appelle la Terre, et qui brille au soleil comme un fruit défendu. Tu verras, de tes yeux de rosée, les croisées d'hortensias, les palmiers plein les cieux ...On cultivera les fleurs du bien, tu verras.


Allez, viens, je t'emmène au vent, viens effeuiller la marguerite de l'été de la saint Martin...
Petit, n'écoute pas les grands pleurer, va-t'en courir dans le jardin, il y fait meilleur ce matin. 

¸¸.•*¨*• ☆





Musique: Vivaldi, Il gardellino, adagio.
Un certain nombre de chansons que vous aurez reconnues... non ?
Je dédie ma funambulle à Pastelle, qui rêvait de voir des fleurs sur ma bannière.
Et pour ceux qui veulent (re)découvrir Tistou, c'est ici.




mardi 20 juin 2017

Nuit gourmande



Cadeau.












On ira marcher les pieds nus dans la luzerne, au frôlement velouteux des lapins qui, comme au vieux moulin de Daudet, s’enfuiront à notre approche dans la nuit tremblante de clarté. Mais l’un d’eux, peut-être, restera là, son regard étonné en bandoulière. La lune décidera qu’il fasse un peu jour au-dessus de la prairie. Juste un peu. Pour rire. A la barrière de bois peint flotteront des cheveux d’anges,  en oriflammes au-dessus de nos têtes. Tu souriras quand je murmurerai dans ton cou des mots doux, des mots fous, des mots bijoux. Tes dents adamantines seront dans ton visage comme de petits cristaux de lumière furtifs. Chut ! Ecoute ! Il y aura les parfums de la nuit, en avalanche, le foin, le jasmin... et l’achillée qui nous chatouillera les narines comme un poivre. Les sons des oiseaux et le murmure des herbes. Je serai poupée de porcelaine et de satin, tu seras magicien aux ailes douces. Je serai cerise de mes lèvres, pommes et framboises de mes seins, tu seras pain chaud et doré de ton buste, de tes bras. Tu auras un goût de brioche. Nos fruits gorgés et pressés s’emmêleront, en salade, en marmelade, en macédoine de caresses, en salmigondis de baisers. Mon corps de lait nuage. Ton corps de café brûlant. Et tout en haut, au zénith, Vega Deneb et Altaïr piqueront de leur grâce scintillante le plafond céleste de la plus belle des chambres d’amour.
Ce sera un festin.




Pour les Impromptus Littéraires
Musique: Un air de liberté (version guitare) Mouzanar






samedi 17 juin 2017

Micelles, mi-poivre.

Non vous ne saurez pas la marque, je ne vais pas en plus lui faire de la pub, non mais des fois...


Oui alors, je sais. Je vous vois venir. Vous allez penser que ce billet s'adresse exclusivement à un public frivole et superficiel, de préférence féminin, dont le seul souci narcissique est de se mirer et de s'auto-pâmer devant la glace et tant de beauté parfaite, tout en s'enduisant d'onguents et de pommades bourrés de produits chimiques très mauvais pour la planète, et surtout pour ses habitants. 
Que nenni, vous objecterai-je incontinent.
Il se trouve qu'en laissant errer mon regard à la recherche d'un produit doux respectant (soit-peu) ma peau de fée, mais aussi l'environnement, celui-ci (mon regard, pas l'environnement) est soudain arrêté par un mot étrange venu d'une autre planète. 
Micellaire. 
Chouette alors. Savent pu quoi inventer pour vendre...
Un mot nouveau. Mékèssedon ?
Aussitôt, mon esprit constamment en éveil se met en quête d'une définition immédiate, sous forme d'un clic internétique sur mon smartphone (oui je sais, ça pollue aussi) et je découvre, toute ébaubie, l'existence des micelles
Comment ai-je pu vivre si longtemps dans l'ignorance d'icelles ?
Bon, au premier rabord, c'est le genre de mot dont la définition vous laisse démuni, au bord de la route, avec la désagréable impression d'être un crétin des Alpes.
Micelle. Pouf, pouf. 
« Une micelle (nom féminin dérivé du nom latin mica, signifiant « parcelle ») est un agrégat sphéroïdal de molécules possédant une tête polaire hydrophile dirigée vers le solvant et une chaîne hydrophobe dirigée vers l'intérieur. Une micelle mesure de 0,001 à 0,300 micromètre. »

Ah, ben...je suis contente de l'apprendre, vraiment. Je ne suis pas plus avancée, mais, je suis bien contente, en tous cas, parce que c'est joli comme tout à regarder, non ?












En poursuivant cette passionnante lecture, je finis par entrevoir comme une lueur que cet agrégat serait un peu comme une sorte d'aimant moléculaire, qui attire à lui d'autres molécules, et que Coluche immortalisa dans son sketch sur la lessive anti-redéposition. Qui soulève la crasse avec ses petits bras musclés et l'empêche de se redéposer sur les fibres...
Voilà, c'était ça, l'explication. Persil anti-redéposition était bourrée de micelles et nous ne le savions pas...D'ailleurs, le wiki-pédiatre nous le confirme:
« Les lessives lavent le linge grâce, notamment, à l'action des tensioactifs qui permettent de former des micelles avec les salissures, qui restent ainsi en suspension dans l'eau. » 
Ben tiens...Le démaquillant doit donc agir de même : en retenant la crasse de la tronche avec ses biceps micellaires...On n'arrête pas le progrès.
L'article expose ensuite une collection jouissive de mots formidablement suréminents.
Il est question par exemple, de solvatation, de solutions colloïdales, de polarité, d'extrémités lipophiles ou hydrophobes, de tensio-actifs organisés en phases lamellaires, anioniques ou cationiques, et de molécules amphiphiles... 
Que du bonheur poétique ! 
Et que pensez-vous de ces  « sphères de taille définie par la nature du tensioactif avec les queues lipophiles regroupées à l’intérieur. » 
...et qui ne sortiront que par la force des baïonnettes ?...
Ou encore de ce monument : « Les protobiontes sont des polymères entourés d'une micelle de lipides.» 
Viens, Amphiphile, mon gros protobionte, que je t'entoure de ma micelle !
Et vous aurez tout ça dans un simple flacon pour la modique somme de six euros quarante-cinq (modique, modique...faut le dire vite ! )
Ah ! Il se passe décidément des choses merveilleuses dans le monde de l'infiniment petit. Infiniment petit comme un cerveau de consommateur, par exemple.