lundi 25 janvier 2021

Armand et Zoé











 
Zoé lit et Armand pêche
En ce doux et frais matin
Chacun trouve son chemin
Et donne un sens à sa vie
Lui se tient droit comme un i
Elle, tassée par ce qu'elle lit
Lui dans l'eau du ruisseau, elle
dans l'eau trouble des nouvelles
Armand pêche et Zoé lit

Armand pêche et Zoé lit
Armand suit des yeux sa ligne
Guette le menu fretin
Jolies truites et beaux goujons
Zoé lit entre les lignes
Magouilles de malandrins
Et forfaits de gros poissons
Armand pêche et Zoé lit

Zoé lit et Armand pêche
Armand choisit la nature
S'enivre de chlorophylle
Zoé préfère la culture
Se déclare cinéphile
Elle connaît Cannes par coeur
Elle condamne les pulsions
d'un cinéaste pédophile
Lui chasse la drosophile
Qu'il accroche à l'âme soeur
Qu'il accroche à l' hameçon


Armand pêche et Zoé lit
L'un présent à la vraie vie
Goûtant la joie de l'instant
Soleil gonflé d'énergie
L'une sombrant dans le néant
De l'information frelatée
L'oeil lointain, les mains glacées
les doigts noircis d'encre et de sang
Ceux d'Armand sentent le brochet
l'herbe folle et les genêts
Zoé lit et Armand pêche

Qui a raison de A à Z ?
D'Armand ou Zoé, qui a tort ?
Zoé lit et Armand pêche
La vie de Zoé se dessèche
à trop lorgner ce canard
infesté de foutues nouvelles
La vie d'Armand est un trésor
L'avide Armand cultive l'art
de se moquer du tiers, du quart
Et aussi de la moitié
L'important est de pêcher
perche ablette saumon plie
parmi ajoncs et canards
Zoé lèche et Armand plie

Zoé lit trop goulument
Se délecte de la chienlit
où l'humanité s'enferre
Armand silencieusement
Fait la carpe au bord de l'eau
Pas barbon, plutôt barbeau
Peut-il la tirer de là
L'attirer au bord du lit
vif argent de la rivière ?
Armand pêche par modestie
Zoé lit par vanité
Qu'est-ce qui peut les rapprocher ?

L'amour, peut-être ? Qui sait ?


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Pour le 65° devoir de Lakévio du Goût.



lundi 18 janvier 2021

L'emprise


Cette image m'a évoqué un épisode de ma vie heureusement enfui à jamais.
Mais tant de gens y sont encore confrontés... ça me révolte que de telles personnes existent.





Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador...
Quoique...A la réflexion, je suis peut-être encore loin de la vérité. Et très injuste envers les coiffeurs et les toréadors.  A ton arrivée dans les lieux, et dans ma vie, mon monde avait comme chaviré de la balustrade vers un sol froid de marbre. Avec un bruit d'éclats de verre.
C'était ta façon d'être qui éclaboussait.
On te trouvait agaçant, imbu de toi. Je te trouvais insolent de charisme. La grande classe dans ton manteau havane. Hâbleur. Fascinant.
J'aurais aimé m'envoler dans un grand élan de défense. Prendre ta défense. Comme si tu en avais eu besoin...
Je restais avachie sans mot, dans mon silence. Tu réussissais à me rabaisser et me culpabiliser sans cesse, et sans raison.
Et la honte m'intimait de me taire, de son long doigt griffu. 
Certaines phrases assassines font tellement plus mal que les coups physiques...indécelables, impossibles à prouver, elles détruisent à petit feu les âmes sensibles et altruistes dans mon genre. 
C'est terrible de se sentir nouille au point de ne proférer aucune parole, et de renier son courage. Et sa nature profonde. De se sentir glisser peu à peu vers le chaos intérieur.
Je te trouvais des excuses constamment. Tu me soufflais le chaud et le froid, de ton haleine fétide de mort. Tu n'avais rien d'admirable.
Ce que l'on prend parfois pour de l'amour, n'est qu'une forme d'idolâtrie paralysante, qui rend bête. Il m'en a fallu, du temps. 
Quand je l'ai enfin admis, que j'ai réussi à m'arracher à ton emprise, pilée comme un miroir en miettes,  tu es parti injecter ton venin dans d'autres peaux. Et, comme tous les salauds de ton espèce, te servir des gens comme de pauvres marionnettes, pris dans les fils gluants de ta toile. Les toxiques tels que toi, ont constamment dans la poche un revolver psychique braqué sur leur proie. Hideux derrière leur masque faussement aimable. 
Pervers. Narcissique. Manipulateur. 
Tu n'avais que l'aspect d'un brave, avec l'entrain d'un commis voyageur.
Quoique...à la réflexion, je suis injuste aussi envers les commis voyageurs.



***


Pour le 64° devoir de Lakévio du Goût.

Pour en savoir plus :

samedi 9 janvier 2021

Dans la peau

 « Que 2021 vous jette dans les bras des uns et des autres, que cette année encore neuve, qui vieillira trop vite, vous donne maintes occasions de frotter vos épidermes, d'arracher à la mort et au désespoir les instants d'un plaisir tout à la fois exquis et chimérique. »
Patrick Mandon



Photos du net


Frotter vos épidermes... L'expression a quelque chose d'impertinent, cher Patrick, et de presque incongru par les temps qui courent. 
Et pourtant vous ne dévoilez pas un secret d'état : nous sommes des êtres de lien, des êtres de sang, de vibrations. Des êtres épidermiques. Pas des robots de métal froid. Depuis la candeur de son blanc berceau, un enfant a besoin de fusionner, de sentir la présence de sa mère comme de son père. J'entends encore mon fils me dire combien il adorait le peau-à-peau avec ses bébés, préconisé désormais dans toutes les maternités.  Le contact de la peau nue réchauffe, rassure, donne confiance, renforce l'immunité naturelle et stimule l'hormone du bonheur. Tisse des relations fortes entre les êtres. 


Je suis une tactile. 
Il me faut la peau, ce velours inimitable de la peau du dos, ce grain légèrement voilé des bras, les petites veines qui parcourent le corps, les pulsations que l'on sent dans le cou, les odeurs, les parfums, l'haleine tiède au café, le tremblement de la paupière, les sourcils mobiles qui expriment tant de petites émotions imperceptibles, les pupilles qui se dilatent, la douceur d'une nuque légèrement moite et le friselis des cheveux, la chaleur des mains et ce léger cal du bout des doigts qui accroche parfois la soie ou le nylon mais provoque des frissons quand il se promène sur la peau, la fermeté des jambes, le relief des muscles, le petit pli aux commissures, le fondant du sourire à croquer et l'infinie délicatesse dont un homme est capable dans la retenue chuchotée de l'amour. Pour moi, le toucher est une loi impérieuse de la nature.


J'ose espérer de toutes mes forces que cette loi naturelle n'est pas rompue par les récentes tribulations sanitaires et leurs corollaires inquiétants. Que nos enfants connaîtront l'ineffable bonheur de se serrer les uns contre les autres, de perdre la tête pour un regard, pour un sourire, de voler, de convoler, de fonder des foyers, d'avoir quelqu'un dans la peau, de vivre le grand amour, et puis le grand vide de l'absence et la morsure du manque. De replonger encore, pour des baisers à bouche que veux-tu, des baisers de cinéma, des scènes torrides, d'envoyer valser petites culottes et trousses-chemises, et d'accepter leur condition d'animaux sociaux, interdépendants et solidaires. Même si l'amour, comme la vie, c'est plein de microbes.

***


Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait utiliser les mots suivants.
DECOUVERTE BLANC VIDE CONFIANCE CROQUER NATUREL GRAND METAL DEVOILER
CULOTTE TETE FROID FOYER FUSIONNER