mercredi 11 septembre 2019

Lettre de Toscane





Je t'écris de Toscane. Tu n'imagines pas la douceur de ce lieu. Le ciel pleure une lumière liquide, transparente, laissant l'oeil voguer à l'infini, et les fontaines nous murmurent des secrets à l'oreille. Tout est beau. Tout chante, jusqu'à ce nom si plein du riche velours de l'histoire des hommes et des rois. Renaissance. Toscane.
Une succession de dociles collines, aux dos ronds tapissés de pins et d'oliviers. Une chapelle sur l'une d'elle, blottie contre son matelas de verdure, et semblant éternelle.
Les vignes épousant les courbes voluptueuses de la terre, comme une chevelure doucement peignée.
Et partout, ponctuant le temps de leurs exclamations silencieuses, ces flammes drues, ces pinceaux aigus, ces arbres fins comme des doigts tendus vers le soleil : les cyprès. Les mythiques cyprès de Florence, seigneurs des lieux,  paissant tels des troupeaux sauvages dans leur milieu naturel. Alignés ou en arabesques aux abords des villas, ou encore esseulés dans leur splendeur tranquille au détour d'un muret de pierre.
La cloche tinte dans l'air semé d'aurore. Les maisons-tours de San Giminiano de dressent en sentinelles  comme pour veiller sur notre Dolce Vita. Tout est mieux que dans mes rêves. Tout me susurre de rester. Je n'aurais plus envie de partir, saisie par l'instant somptueux que je vis à chaque seconde. Tu avais raison, je suis en train de tomber amoureuse du plus bel endroit de la terre...






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jeudi 5 septembre 2019

En catimini


Il y a quatre ans, jour pour jour, je rêvais d’Italie. Je me voyais déjà explorer de beaux jardins de marbres et de fontaines, partir à l’aventure pour une virée à deux comme dans la chanson de Lilicub. Ah…boire allegretto, ma non troppo, du Campari quand Paris est à l’eau…
C’était ma première rentrée sans école. J’avais en ligne de mire, derrière mes paupières romantiques, un fantasme de Toscane qui ne m’a jamais quittée. Croiser le regard couleur de noisette torréfiée d’un bel Italien qui nous aurait fait aimer, ma sœur et moi, les ruelles secrètes et les blanches avenues de son beau pays ourlé de mer et de cyprès. Tourner des montagnes de spaghetti dans des cuillères d’argent. Ecouter corner les sirènes de Gênes. Et redresser la Tour de Pise.
Il y a quatre ans, le voyage a été annulé, pour cause d’enchaînement ininterrompu de déconvenues, de contretemps et de résignations qui m’ont arrachée à mes songes de voisins transalpins. On peut dire que j’ai barboté dans un marigot plus que poisseux durant ces dernières années, dont je suis heureusement sortie…
Dans le cahier de ma vie, ces pages-là, même tournées, garderont à jamais un goût amer. Avec, en marge, des annotations confuses, peu lisibles, au stylo rouge-sang, rouge-colère.  En même temps, elles m'ont grandie.
Et aujourd’hui, presque sans y croire, je touche enfin à mon rêve, comme on touche au but après une traversée océane. Comme si la vie m’était redevable et honorait enfin son contrat.
Un vent léger a séché mes chagrins, mes coupures, mes griffures, il va m’emporter sur son aile tel un écuyer vers les Cinque Terre…Je pars dimanche.
Et promis, je vais essayer de ne pas vous faire un syndrome de Stendhal en découvrant Florence.

* * *


Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait placer les mots :
CAHIER JARDIN ARRACHER BLANCHE SORTIE ECUYER TOURNER STYLO MARGE COUPURE CORNER CONTRAT LIGNE LEGER LISIBLE.

Chez Olivia, il fallait placer les mots :
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dimanche 25 août 2019

Et j'ai choisi de vivre








« Les vivants ferment les yeux des morts, 
les morts ouvrent les yeux des vivants... »

Proverbe très vrai























J'ai donné à ce billet le titre d'un film de Nans Thomassey, sorti il y a deux mois, par un hasard absolument incroyable, et qui parle de la perte d'un enfant. Et surtout de la reconstruction possible après cette perte. Une somme d'émotions, de pistes de réflexions, de rencontres comme autant de petites étincelles pour ceux qui traversent, de près ou de loin, cette cataracte, ce séisme,  cette onde de choc sans nom, et qui veulent continuer à vivre.

***




Choisir de vivre. Cela peut sembler évident. Pourtant, au coeur d'une terrible tempête, la tentation est grande pour celui ou celle qui la vivent de plein fouet, de lâcher et de se laisser sombrer pour ne plus souffrir. 
Les autres alors, l'équipage, les moussaillons, sont là pour garder un oeil sur la bouée, contrôler l'accès au bastingage. Et redonner des forces à leur proche en perdition. Le serrer dans ses bras pour qu'il ne se jette pas à l'eau.
C'est ce que nous nous efforçons de faire depuis un mois avec la maman du petit prince. Doucement. Sans brûler les nécessaires étapes.
Aujourd'hui, j'ai envie de dire ici ce que je ne puis exprimer ailleurs. La singularité de ma situation vient sans doute de la collision subite entre l'amour et la mort, les deux ingrédients de base de la vie. 
Comment expliquer qu'il y a peu encore,  je n'étais rien pour cette famille percutée par le drame à la vitesse d'un astéroïde, puisque que je n'existais pas pour elle, pas plus qu'elle n'existait pour moi, et que, par la magie de la rencontre et de l'amour, elle soit devenue soudain si importante pour moi, sans qu'aucun géographe, ni aucun businessman ne soit venu parapher aucun papier officiel... Juste par la subtile équation qui rend les êtres perméables l'un à l'autre, jusqu'aux atomes...et qui fait endosser à l'un l'habit de l'autre même s'il est rugueux et pique aux entournures.
Cela entraîne au fond de moi un conflit difficile à gérer, fait d'émotions contradictoires. La peine, le chagrin que je ressens comme bien réels, et dans le même temps, une formidable volonté d'aller de l'avant, de dispenser de la joie, oh, non pas des éclats de rire, non. Plutôt des éclats de lumière. Des gouttes d'espoir. Des fragments d'étoiles. 
L'envie d'agir, de ne pas rester collée sur un banc à la glu du désespoir. L'envie de comprendre ce que chaque départ d'un proche nous enseigne sur nous-mêmes. Parce que les morts nous ouvrent les yeux, et veillent sur nous de façon mystérieuse.
Comme le fait mon père.
Je cultive ma joie, ma chance, ma gratitude, parce que je sors de mes propres épreuves, et que je n'ai pas envie de me laisser grignoter à nouveau par les larmes, et l'abattement. J'ai mis tant de temps, depuis  la mort de mon père, à reconquérir cette joie, ce goût profond de la vie et du bonheur que je sens sourdre doucement dans mes veines. Ce n'est pas une posture. Ni une marque d'insensibilité. C'est au contraire une aptitude à la résilience dont je suis fière, qui contrebalance les plaies et égratignures perpétuelles de la peau d'une écorchée vive qui a appris à se connaître.
Ce film fait beaucoup de bien. Il apporte, tout en pudeur et en subtilité, des réponses aux questions qui taraudent tous les êtres humains, (et toutes mes nuits depuis un mois) à propos de la mort et du rapport que l'on entretient avec Elle. Il a apaisé cette route sinueuse qui me donne parfois un peu le vertige: celle de concilier mes peurs et mes certitudes, mes doutes et mes envies, sans paraître pour cela égoïste ou méchante. 
Ce qui est certain, c'est que cheminer en étant épaulée me permet de puiser la force de m'affirmer comme je suis et d'épauler mon Autre en retour : je suis celle qui aime aimer, apporter du réconfort, du soutien, semer des fleurs sur le bitume ardu, et de la chaleur dans les couloirs sombres. Celle qui préfère boire au verre à-demi plein. Celle qui écoute sans juger, et qui secoue la poussière des habitudes et des conditionnements.

Je suis sûre que ce doit être un peu mon karma, d'éclairer les lampes et d'allumer le feu.
J'ai choisi de vivre, et la mort ne me fait plus peur. J'ai la sagesse des fous et des enfants, ceux qui savent que la graine l'arbre et le fruit pourrissant ne sont que les belles étapes d'un cycle éternel. 







Allez le voir.
Vous comprendrez pourquoi personne au monde ne pourra jamais donner les graines de moutarde que Bouddha a réclamées...


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lundi 12 août 2019

Il faut savoir







Il faut parfois s'éloigner de l'arbre 
pour en voir la beauté immense
 Et sa ramure agitant au vent, 
ses bois, comme mains de géant. 
Il faut parfois plisser les yeux 
Pour mieux voir les gouttes de pluie
 Bourdonner sur le chaud velours 
Des prés bleus noyés de soleil

Il faut parfois savoir se taire 
pour mieux s'emplir et s'enivrer 
De la musique des saisons
Il faut parfois un peu attendre 
sur le bord poudreux du chemin
avant de reprendre la route 
qui déroulait son long brouillard 
pour égarer nos pas fourbus.

Quitter la rosée du matin
Pour mieux y revenir demain
Et puis laisser le creux du lit, vide de soi,
Encore chaud du corps de la veille
Pour retrouver les mains aimées 
et la suave brûlure du temps

Il me faut savoir te quitter 
Pour mieux te revenir ensuite
Dormir dans le lit du hasard
Quelques nuits volées à la lune
Avant de retrouver tes bras, 
Avec au coeur l'intacte joie
D'un premier tour de carousel. 

❤️