mardi 25 juillet 2017

Elémentaire

La mer à Dieppe









A cet endroit, la plage est comme l'ourlet du monde. Un feston où se brodent les éléments entre eux. Tout n'est que vent, nuages, eau et galets. Sous le feu pâle d'un couchant voilé de nuages, j'ai écouté battre mes rêves. C'était beau comme un chant indien.
La mer y possède des couleurs surprenantes, des turquoises flirtant avec l'outremer, des gris sombres et des bleus laiteux. Elle change de minute en instant. La lumière sur les falaises de craie caresse l'oeil et l'éblouit. 
On comprend ce qu'il y a à comprendre de ce monde des hommes, hagard, futile, absurde. C'est à dire rien. Les dérisoires luttes de pouvoir, d'influence, les querelles de cour, les intrigues d'alcôves, l'illusoire puissance de ces businessmen, de ces géographes bouffis, tout cela ne vaut pas devant la puissance des éléments...
On se fait peintre impressionniste, on boit le ciel. L'air est plus grand, il me semble. 
Les phares se dressent vers l'infini comme des gardiens de nos âmes. Ils nous montrent le chemin de l'intime de leurs longs phallus dressés. 
On évacue comme des glaires les habitudes, les hésitations du quotidien, les petites lâchetés, les arrangements un peu sordides et les conflits internes qui collent et s'agglutinent dans nos poumons telle de la silicose. On se remet à respirer . Ou oublie sa peur. Et si l'on tremble, ce n'est que du frisson que donne le vent du large. On se remplit d'audace en chevauchant les goélands qui troublent de leurs longs cris plaintifs cette absolue beauté sereine. On oserait même l'insouciance, ce gros mot qu'il ne faudrait plus dire, ce grand mot libérateur que les grincheux refusent parce qu'ils ne se nourrissent que de malheur et de poix.
On s'envole à l'intérieur, en vérité. Essayez, c'est bien mieux, et bien moins cher, qu'une croisière Costa. Les petits rois parisiens n'en ont même pas idée...
Calez-vous sur une falaise, dans la brise bercée de sel et d'algues marines, et respirez la vie qui s'épanche en vous. 

***

Edit. de 12h41
Pour vous, quelques photos de mon périple.











Musique: Ludovico Einaudi

lundi 17 juillet 2017

Le temps, le temps, le temps et rien d'autre...

Chez Gilou, mon « petit » frère ...





Hey, lecteurs chéris...Je reviens de trois jours sous les étoiles. Dans un grand champ fauché de frais, luisant sous la demi-lune, emplie de tant et tant de sensations et d'émotions. Et de tant de fous-rires !
Le temps y était omniprésent. Celui qui passe, celui qu'il fait, celui que l'on prend, ou que l'on ne prend pas. Celui que l'on attend, que l'on espère, celui que l'on regrette ou que l'on redoute.
Le temps-chat qui étire ses pattes ou qui se roule en boule.
Je remercie mon ami Candide d'avoir pris le temps et l'énergie douce et bienveillante de vous répondre. 
Je remercie mon frère Gilou qui a organisé cette si belle fête avec passion. Ciel ! la logistique impressionnante !
Mon temps à moi était là-bas, dans cette campagne belle chantée par Ferrat. Dans cette distorsion particulière qui te renvoie le passé dans la tronche à chaque éclat de sourire d'enfant,  et chaque lieu te ramenant une odeur familière, cannelle, saucisson,  confitures et jeux de marmots.  Pendant que je faisais tourner au bout de mes doigts les cartes de mon petit jeu de sept familles portatif et personnel, dans la famille Musique je demande la fille, moi, Celle qui ai décroché des paillettes aux sombres et fraîches forêts d'Ardèche, et des touffes de thym sauvage et de chansons  pour m'en jeter plein les yeux et les oreilles. Et toujours, le temps...celui de vivre, d'aimer et de mourir...
Petites philosophies du matin, poésie, petit déjeuner au soleil et grandes tablées joyeuses version ami ricoré. Vous connaissez...
J'ai pris le temps de réfléchir sérieusement à ne plus confondre opiniâtreté et obstination, comme le dit très justement l'un d'entre vous, et à appuyer sur la pédale de frein, justement, question billets. Le rythme quotidien de publication ne me va décidément pas. Il est temps que je laisse du temps au temps. Que je vous offre à nouveau celui de venir et de revenir à votre guise, sans le couperet trop aiguisé de ce temps qui nous transforme en presse-semoule si l'on n'y prête pas soin. Fin de mon petit défi-perso, tsoin-tsoin, et vogue la galère. 
Je reprends ma respiration, j'ai besoin de hors-temps. Mais si vous écoutez attentivement le murmure de mes mots, vous saisirez sans doute la ritournelle qui rit sous la tonnelle : c'est celle de mon coeur qui sautille pour vous. Tranquillement. Mais très fort.



¸¸.•*¨*•

samedi 15 juillet 2017

Minous


La pluie nous souriait derrière les vitres en écailles translucides de la marquise au-dessus du perron. Sur le gazon luisant, quatre chatons erraient par petits bonds. Boules de poils à l’abordage des plates-bandes, curieux et maladroits sur leurs pattes, ils gambadaient sous l’averse. Héritage sans doute d’une nuit d’amour de notre chatte sur un toit brûlant, où l’haleine tiède du ciel invite les matous à l’aubade même au crépuscule. La féerie de ces quatre adorables points-virgules blancs et duveteux, égaillant le soir trempé de leur désinvolture désarmante, nous prit tous à la gorge. Théotime battait des menottes, devant ces peluches vivantes. Je les regardais, attendrie. Dans un gémissement implorant, Lisa la plus délurée d’entre nous, voulut descendre les cueillir dans son tablier, pour les mettre à l’abri dans ses draps fleuris d’églantines. Père refusa, prétextant que leur mère les chercherait partout. Nos protestations ne le firent pas changer d’avis.
En réalité, il craignait que nous nous attachions à ces bestioles. Il savait d’expérience que le déchirement de leur perte serait trop terrible, si jamais nous devions nous en séparer.
Ce soir-là, dans la chambre bleue sous la pluie d’été, nous apprîmes le renoncement, les poumons serrés de sanglots. La leçon fut d’importance, puisque je ne l’ai jamais oubliée. 

Mais vous dire que je l'ai toujours suivie serait exagéré...vous savez bien, si vous avez suivi l'épisode précédent, que je ne renonce pas facilement...

¸¸.•*¨*•

Pour les impromptus littéraires