mercredi 18 janvier 2017

Sincérité

J'avais sept ans...mais je n'ai toujours pas l'âge de raison !

Etre sincère, cela s’apprend-il ? Ou est-ce un de ces traits lumineux que des fées bienveillantes ont posés sur nos berceaux, un matin de miracle ordinaire ?
Toujours est-il que j'appelle ainsi  la connexion à mes pensées et à mes ressentis profonds. Et surtout ma façon de les exprimer au plus près de ma vérité, sans faux-semblants.
Une écoute continuelle de ce qui sonne juste, comme on écoute le son d’un cristal, ou celui d’un violon. Comme on vérifie l’eau d’un diamant.
Voyez comme les gens faux nous griffent le tympan tels des instruments désaccordés.

L'idée, c'est de ne pas trahir ce qui fait notre essentiel. De ne pas tricher avec soi-même.
La sincérité se promène en nous habillée d'un frêle tissu diaphane. Elle a quelque chose de ses soeurs, la spontanéité, la candeur, la vérité sortant du puits. Mais elle est audacieuse et sait être une force, elle donne une assurance tranquille. Je ne me sens jamais plus sereine que lorsque j'ai dénoué des malentendus pris dans les rets de l'illusion. 

Alors que mentir ne donne qu'une force de façade, un château de cartes sur du magma visqueux. Nos politocards adorés feraient bien d'y réfléchir.
Ainsi que tous ces gens qui obéissent à des diktats de modes ou de pensée et sont incapables d'esprit critique. Rien de plus ridicule que de s'empêcher d'aimer Sardou ou le petit salé aux lentilles par peur de passer pour un ringard. J'aime Jean-Pierre Bacri dans le Goût des Autres.
Je ne crie pas forcément au chef d'oeuvre avec la meute.

J'ai sans doute gardé cela en moi depuis l'enfance,  cette époque fugace où les postures et les calculs n’ont pas encore trop envahi l’espace relationnel. Vous savez, comme l’enfant dans le conte « les habits neufs de l'empereur » qui énonce avec un naturel confondant :
 « Mais le roi est nu ! » 

Dompter ce cheval fou tout en le laissant gambader, pas facile!
La maîtriser et la bichonner en même temps, car à force de la retenir, de la filtrer à l'aune du politiquement correct, de la politesse de bon aloi voire d'une hypocrisie sociale convenue, on risque de l’affaiblir. On devient frileux et moins franc du collier.

Mais parler vrai ne signifie pas forcément parler cru, sans ménagements, ou méchamment.
Et choisir ses mots pour amortir les meurtrissures ne signifie pas obligatoirement dissimuler ou manipuler.
Tout est toujours une question de nuances. Ces merveilleuses palettes d’émotions et de pensées... que seul le langage structuré nous permet d’exprimer sans foncer tête baissée dans des réactions épidermiques...

Enfin, sincérité de l’instant ne signifie pas non plus vérité absolue et sempiternelle gravée dans le marbre. On peut avoir un coup de cœur à un moment précis de notre vie, et ne plus comprendre ensuite, ce qui avait motivé cet élan. S'emballer sincèrement pour quelque chose (ou quelqu'un), et le trouver complètement insipide dix ans après. 
La météo de nos paysages intérieurs  est changeante et parfois surprenante. Elle fluctue avec nos saisons vitales, nos tempêtes et nos grands beaux.


La sincérité, alors, c’est peut-être de garder en soi le thermomètre, (oups, il y en a qui vont adorer cette métaphore !) et de rester simplement fidèle à soi-même.

¸¸.•*¨*• ☆







Omar Sye, sincère ou trop spontané ?

dimanche 15 janvier 2017

Espace temps


Sous-titre : petit délire sans gravité.





                                                 
Pour l'agenda ironique de Janvier, organisé par Carnets paresseux
le thème est « Espèces d'espaces » et le texte devait contenir les mots imposés suivants : 
hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert.





- « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie… » disait Pascal.
- Pascal… le fontainier * ?
- Mais non Marcel, tu n’y es pas, Pascal, c’est le type qui prenait le frais en regardant les étoiles en bonnet de nuit et qui se tourmentait l’hippocampe à échafauder des théories compliquées aux tentacules alambiqués…
- Ah oui !
- Tu ne connais pas sa petite histoire ? Un jour, à force de cogiter son ergosum, suivant les conseils avisés de son ami René, et de prendre des paris sur tout et n’importe quoi, il a eu un éclair de génie des Carpates, et il est entré comme un seul homme dans une faille spatio-temporelle. Enfin disons plutôt qu’il s’est pris les pieds dans sa chemise de nuit, ou dans la queue du chat… bref, il est tombé dans une espèce d’espace-temps spécial et spacieux.
- Diantre ! C’est spécieux !
- Oui, il s’est retrouvé dans un grand champ de possibles. Rempli de fleurs de l’âge, d’arbres à Camantêtes et de mi-mosas. (Oui, ce sont des mosas qui n’ont pas fini leur croissance) Et dans le ciel, quelques nuages de lait qui s’amoncelaient au-dessus du Mont de Vénus.
- Sans blague ! Et ensuite ?
- Ensuite...Il s’est assis un moment à l’ombre d’un doute, histoire de réfléchir.
- Et là tu vas me dire qu’une pomme …
- Mais non, tu confonds avec Nioutonne, l’arboriculteur !
- Autant pour moi.** Et donc ?
- Ne m’interromps pas tout le temps !
Là, donc, il a bien été obligé de demander son chemin de Damas. -Vous voyez ce pont d’or, là-bas ? Lui ont répondu en chœur le passant qui passe et le chaland qui chiale. Eh bien, prenez-le, longez la rivière de diamants jusqu’à la mine de six pieds de long. Vous pourrez peut-être y arriver par un train de vie élevé, ou encore en prenant un ballon d’essai. Mais le plus sûr reste quand même l’autoroute de l’information. Marchez longtemps,  traversez la forêt de saules meunières, escaladez le plateau télé, laissez les moulins à paroles sur votre droite, avec de beaux bouquets thématiques sur votre gauche. Marchez encore, tout droit, sur la crête du succès, et si vous êtes épuisé, trouvez l’œil de la nuit, et fermez-le dans un lit de Procuste, à l’auberge du cul tourné, non sans avoir au préalable mangé une bonne assiette fiscale assaisonnée au citron vert.
- Et alors ? Et alors ?
- Et alors, surgissant de nulle part, Jean-Claude Vandamme est arrivé. Et il a eu cette phrase magnifique : « Si on enlevait l'air du ciel, tous les oiseaux tomberaient par terre » En entendant ça, pas très à l’aise Blaise a renoncé à son périple à Tétitienne, et il est remonté dare-dare dans son XVII° ciel. Il lui fallait trouver une phrase exceptionnelle, qui marquerait l’histoire et ferait oublier cet imposteur du XX° qui risquait de lui voler la vedette des garde-côtes. C’est là qu’il a pondu sa phrase, la phrase qui me permet de faire de ce texte d’eunuque décapité (c’est-à-dire sans queue ni tête, mais vous aviez compris, vous êtes sagaces) une splendide, spéciale et spatiale antépiphore :
« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie… »


¸¸.•*¨*• ☆






* Réplique de Marcel Pagnol dans Jean de Florette.
** On devrait d'ailleurs écrire « au temps pour moi » mais ça fait tarte.


vendredi 13 janvier 2017

Marie






Marie était une amie d'enfance de ma mère. Mieux que cela: Marie était l'Amie, celle qui partage tout, les fous-rires, les galères, les joies et les peines comme disent les ados dans leur journal intime.
On ne sait pas comment l'annoncer à notre fragile maman. Marie s'est éteinte doucement cette semaine. Après une longue vie, dont la moitié donnée à ce service public magnifique qui s'appelait La Poste.
Marie avait gravi un à un tous les échelons, jusqu'à celui de Receveuse. Une receveuse humaine et aux yeux pleins d'étoiles. Une receveuse d'étoiles en somme.
Elle était née en 1926. Imprégnée de cette époque où le Courrier était sacré, où la poste se démenait pour acheminer les lettres, même mal adressées, même mal affranchies. L'époque de l'Aéropostale de Latécoère, de Saint-Exupéry, de Blériot, de Mermoz, où des hommes courageux perdirent leur vie, dans des traversées périlleuses de l'océan. Où il allait de l'honneur des postiers qu'une lettre arrivât à son destinataire.
Elle était de l'époque où Gabin dit à ses complices dans « Le cave se rebiffe »
« Nous allons donc confier notre petit trésor aux seuls gens qui n'égarent jamais rien… Aux employés de cette administration que le monde entier nous envie, j’ai nommé les PTT…» 
 Marie a quitté la Poste au bon moment. Depuis sa retraite, elle ne cessait de regretter que sa « grande maison » à elle soit devenue une banque inhumaine comme les autres, minée par des mots qu'elle ne comprenait pas, concurrence, rentabilité, résultats...

Sur un blog ami, j'ai lu cette phrase : «.: «Elle aurait dû arriver pour Noël mais plutôt que d'être confiée au Père Noël, qui l'aurait certainement livrée dans les délais, elle fut postée et vous savez que la poste... 
Oui, monsieur Jacques, je sais, ils sont terribles, ces petits points de suspension, ces petits points de suspicion...
Oui, je sais que la Poste n'est plus ce qu'elle était. Mais à qui la faute ? 
Je sais que les personnels sont pressés comme des citrons, mal formés, trop peu nombreux, payés à coup de lance-pierres, que les cadres sont débordés, harcelés, poussés parfois au suicide, qu'il faut être toujours plus performant, lucratif, fructueux, juteux et que les mots de service public ne veulent plus rien dire.
 Je sais que l'on ferme de petits bureaux de poste campagnards, comme on ferme des écoles, des maternités, des postes de police de proximité et tout ce qui faisait la grandeur du service aux petites gens...
Marie aurait pu tout aussi bien être infirmière, chef de gare, policière ou institutrice. Son amertume aurait été la même.
Marie et Gabin ont quitté la vie au bon moment : ils ne verront pas le démantèlement final, annoncé par ses fossoyeurs,  de ce modèle social que « le monde entier nous enviait » et qui n'est plus déjà qu'un souvenir tremblant, comme ces pétales de rose sur la tombe de Marie.