mercredi 8 août 2018

Cette fille qui marche







Cette fille qui marche
et qui ruisselle
a des abeilles autour du coeur
qui frissonnent
des voix de papillons mauves au bout de sa rue
le thé à l'amour et le goût du rêve 
glissent dans son cou

Cette fille qui marche sur les pavés bleus
a le coeur enflé d'un air de tango
qui environne
sa peau d'un nuage de sel et de fièvre

Le soleil rasant sur les tuiles chaudes
et l'odeur du café 
qui dresse ses fruits confus sous son chemisier pâle

Cette fille qui danse sur l'aube des jours
cette fille qui tangue sur le fil du temps...

Elle tient dans ses mains un précieux rubis
qui coule en marmelade sur les passants pressés
 et allume des éclairs dans ses yeux éblouis
Alors
les vapeurs d'essence sur le trottoir
les bruits qui claquent et les autos qui bruinent 
Pour ôter la poussière de leurs vitres noires
les marchands de rien et les voleurs de tout
Elle s'en fout

Le coeur brandi en oriflamme
elle sautille sur les pavés
devenus mous
L'air joue du violon à la Contrescarpe
Paris devient une rivière
 de pourpre et d'oiseaux fous
les marchands de rien et les voleurs de tout
Elle s'en fout

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Musique: Chet Baker, almost blue






dimanche 29 juillet 2018

Comme des diamants sous la pluie



Nous étions quatre amis, accablés de soleil, hier après midi. La main collait à la tasse et les bonbons au papier. Un de ces après-midis caniculaires, pas tibulaires mais presque, où l'on prend chaud même à agiter l'éventail qui nous donnerait moins chaud. Vous savez, quand le moindre mouvement devient un Annapurna...mais un Annapurna sans la fraîcheur coupante des glaciers et la bise gelée des névés.
Le petit village écrasé de pierres et de tuiles brûlantes semblait un gros chat assoupi sur la margelle de sa rivière vide. Pas un filet d'eau dans ce coin d'Ardèche. 
Il me semble qu'à un moment, dans la torpeur de mon assoupissement, à l'ombre de la bastide, sur le banc de bois, j'ai rêvé un instant que j'enfilais des bottes et sautais dans des flaques avec ravissement.
 « On va balader  ? »
Qui des quatre a lancé cette proposition, trouant notre silence qui nous faisait ressembler à quatre vieux Corses à l'heure de la sieste ? J'avais le cerveau si ramolli que c'est peut-être moi, mais je ne m'en souviens plus.
Peu importe, on s'est dit que c'était ça, ou on allait finir comme du stoquefiche sur le Vieux Port en plein midi. 
On est descendus par le sentier sous les chênes, jusqu'au poulailler coopératif. C'est là que certains habitants du village, en échange d'un tour de garde et de corvée de nettoyage des fientes, viennent chercher leurs bons gros oeufs à double jaune. Comme ceux que j'allais cueillir, enfant, au cul de la poule.
 Les gallines avaient l'oeil torve. Elle devaient se demander pourquoi on ne restait pas bien tranquilles, comme elles, au fond de nos poulaillers, à bouffer du maïs bio.
J’ai même cru lire, dans le regard d'une grosse blanche, une sorte d'effarement devant le crétinisme des humains...
En remontant vers la bastide, j'ai avisé le lavoir banal. L'eau en était fabuleusement fraîche et transparente. Nous nous y sommes plongés tout habillés, c'était extraordinaire cette sensation de froid, qui plus est, délicieusement transgressive. 
J'ai pensé à ce que diraient nos élèves s'ils nous voyaient, comme des gosses, rire de nos robes et de nos chemises trempées comme des soupes. 
J'ai pensé au concours « miss tee-shirt mouillé » que j'avais gagné il y a quarante ans sur la plage de Villefranche. Quand mes seins picotaient plus fièrement qu'aujourd'hui sous le coton perlé. 
J'ai pensé que notre amitié si vraie, si belle, si dégagée de toute entrave, dans la simplicité de cet instant, nous donnait l'éclat de diamants sous la pluie. 
Et puis j'ai arrêté de penser, j'étais juste divinement bien, rafraîchie à coeur par l'eau des collines et la sensation d'être au bon endroit, au bon moment.



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samedi 21 juillet 2018

Tintamarre









Faire taire les idées qui s'entrechoquent, des réticences, des doutes, des interrogations, des élans, des désirs, des envies, des peurs...Tous ces fantômes qui rendent la vie si compliquée, ces choses qui entravent tellement les existences, alors qu'elles sont si futiles. 
Accepter d'osciller, de n'être sûre de rien, parce que je suis comme ça. Ne pas me précipiter, mais avancer sans trembler. Prendre ma vie dans mes bras. Convoquer mon énergie solaire au creux de moi.
Savoir que d'autres écueils m'attendent, inévitablement. De gros rochers, certains coupants.
Ecouter la petite musique du coeur, celle qui dit que vivre, c'est simple comme cette goutte d'eau qui glisse sur sur cette feuille, ce matin. Me dire que partout où je serai et où j'ouvrirai des yeux pleins de gratitude, elle sera là.
Accepter les cadeaux de la vie quand ils passent. Cerner l'essentiel. 
Me souvenir que, où que je sois, quel que soit mon choix, les bonheurs de ma vie, les êtres que j'aime et qui m'aiment, ne me quitteront pas. Ne me jugeront pas. Et se réjouiront pour moi. Voilà une pensée apaisante dans ce tintamarre.





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