lundi 13 septembre 2021

Nous nous sommes tant aimés





Tu le savais, que je ne résisterais pas à cette photo... Tu savais que l'odeur de la craie, c'est ma madeleine dans le thé. Nous nous sommes tant aimés, mon métier et moi.

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Ce soir-là, j’ai traversé la cour. Le soleil de septembre éclairait d’une lumière poudrée les cheveux en broussaille des derniers élèves de la journée. Ceux que l’on vient chercher tard et qui ont toujours peur qu’on les oublie. Leurs culottes courtes flottaient sur leurs genoux cagneux, et leurs incisives avançaient en ordre un peu dispersé…
J’ai regardé ces petits poulbots courir après leur balle en mousse un peu élimée. Ils portaient au front toute l’innocence et l’espoir du monde.
J’ai fermé les yeux. Ma maman s’est approchée de moi avec un gros morceau de clafoutis aux cerises. Elle a arrangé mes cheveux en les nouant de rubans turquoise et mauves. J’ai sauté à la corde. J'ai ouvert le portail qui a grincé comme une porte spatio-temporelle. Mes amours...
Mon petit dernier n'avait plus sa barbe. Il me racontait sa journée de classe en croquant dans son goûter. Sa soeur ne conduisait pas sa grosse moto sur la corniche de Monaco. Elle portait deux tresses blondes et donnait la main à son frère aîné, qui soufflait une bulle de malabar géante. Sans se douter qu'il deviendrait architecte un jour, et le papa de deux petites filles adorables.
J’ai rouvert les yeux. J’ai franchi le portail de l’école en faisant un petit signe aux élèves. « Au revoir, maîtresse ! » ils m’ont crié en agitant leurs mains pleines de poussière.
De loin, l’école brillait, comme une orange au soleil couchant. 
Aujourd’hui, Sibylle trottine sur le chemin de l'école. Son petit cartable tout neuf me serre la gorge d'émotion. Son ombre semble me dire : regarde, je vais grandir, vite, vite, si vite...
Tellement d'enfants ont ensoleillé ma vie...et ce n'est pas fini.

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Photo céleste


Pour l'atelier du Goût

jeudi 9 septembre 2021

La chance

 





On est en 2021, une date qui faisait rêver les adolescents des années 70, une date pleine de voitures qui volent, de téléportations, de petits hommes verts et de monstres monoculaires et macrocéphales, mi humains-mi machines. Barjavel, Wells, Huxley, Boris Vian surfaient sur la vague du roman d'anticipation. Les bébés naissaient dans des tubes et les pianos composaient des cocktails. Ça donnait des frissons.
On est en 2021 et c'est encore le Moyen-Âge dans certains coins de notre pauvre petite planète.
Et le concept de « chance » est toujours aussi malaisé à définir. Mou. Flou. Fluctuant. Relatif.
Différent de l'un à l'autre.

Hier soir, le cadre était idyllique, écrin de verdure, lumières habilement dissimulées pour créer une ambiance chaleureuse. Piscine d'émeraude. Un vrai jardin d'instagram.
La conversation a roulé vers la chance. Ceux qui la tentent. Ceux qui en manquent. Ceux qui en ont trop. Ceux qui pensent qu'elle se provoque, qu'elle se gagne en bourse, ceux qui la jouent aux dés ou aux cartes, ceux qui la laissent passer, ceux qui l'attendent assis sur un banc, ceux qui croient qu'elle les a oubliés. Ceux qui envient celle des autres et ceux qui se réjouissent de la leur. Ceux qui se laissent couler et ceux qui ont la chance de savoir rebondir.

Et puis les autres. Là-bas, loin, dans ces pays étranges aux noms compliqués...mais qui pourraient être nous. Ceux, celles... qui se débattent dans de telles horreurs qu'elles, ils... ne peuvent même plus réfléchir à aucun concept. Ni s'asseoir à aucune table. Ni même voir briller Jupiter dans le ciel de septembre.

Comment me plaindre, après ça, de mes petites misères passagères ? Je ne juge personne. Chacun fait comme il peut avec sa vie. Moi, j'aime pratiquer la gratitude. Ce sentiment de reconnaissance qui fait tant de bien, au réveil, quand on dresse en secret, à l'encre de soi, la liste de tout ce qui va bien. De tout ce qui est bien.

Je me suis dit que la chance suprême, c'était de pouvoir débattre de nos définitions de la chance, le cul bien confortable sur nos belles pyramides de Maslow dont presqu'aucun étage ne manque.



vendredi 3 septembre 2021

Le souffle

 

Gypsophile paniculée ou « souffle de bébé »


La langue française possède une musique unique au monde. Est-ce sa façon singulière de marier et d'entrelacer consonnes et voyelles qui la rend si particulière ?
J'ai toujours aimé goûter certains mots comme on déguste une préparation culinaire, lentement, en fermant les yeux, pour en apprécier le piquant, le moelleux, le croquant.
Ainsi en va-t-il du mot « souffle ». Entends-tu l'air légèrement humide passer délicatement dans ces sifflantes et ces fricatives labio-dentales ? sssssfffffffllllll... Quel mot formidablement bien choisi !
Il faut que tu respires, et ça c'est rien de le dire...Ce siècle avait trois ans. Mickey 3D ce grand poète occidental nous racontait l'histoire de l'être humain dans sa fosse à purin.
Dans notre occident à bout de souffle, certains apprennent à méditer, à soulever leur ventre au rythme de l'air qui entre et qui sort. Découvrent des techniques que les orientaux maîtrisent depuis toujours. Se connecter au vivant, à la source. Libérer ses émotions. Se nourrir de bonnes choses. Remercier.

Le souffle, c'est la vie. L'énergie. La pêche. L'envie. Le désir. La foi qui soulève l'Everest. L'inspiration créatrice.
La danse de la poussière dans un rai de lumière. Et l'amour qui coupe le souffle pour mieux inonder le coeur l'instant d'après.

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