vendredi 17 février 2012

Petit matin


J'émerge sans réveil d'un sommeil  étrange et agréable. Des rêves de vacances. Je glisse mes pieds dans mes pantoufles de plume, une lubie de ma tante. Je pense à elle en sentant mes orteils se recroqueviller dans la douceur du duvet. Je descends. 
L'escalier en cerisier grince et craque à chaque pas. J'ai l'impression que je vais réveiller tout le village! Il est très tôt. Tout dort encore. L'air sent l'aube, ce mélange de terre mouillée de rosée, et de vent dévalant des sommets, embarquant avec lui le froid  des névés.
Je suis la première debout, ce matin.
De la fenêtre de la cuisine, le panorama s'offre, grandiose, à couper le souffle. Le Massif du Mercantour, de l'Argentera à la Cime du Diable, érige ses pics et ses hautaines splendeurs . Le spectacle du soleil investissant lentement chaque creux de roche est simplement indicible.  Chaque matin, ici, l'on naît comme au premier matin du monde.
Ça sent le café chaud et le pain grillé, leur odeur me grise doucement. Je laisse les pensées m'effleurer et repartir. Je flotte dans une plénitude encore endormie. Le chat se toilette méthodiquement, il a sa place à l'angle du fourneau, toujours sur la même tomette ébréchée. Il aime cette tomette, qu'il a faite sienne. Une tomette marginale, reconnaissable entre toutes.
Dehors, les premiers perce-neige pointent un museau hasardeux sous les plaques de verglas encore accrochées au sol. Il faudra que je dise à ma mère de faire attention, elle ne sent pas du tout ses quatre-vingts balais et gambade toujours comme une imprudente à la recherche d'un bouquet. La dernière fois, elle s'est pété le poignet pour aller cueillir des violettes...Cette pensée me fait sourire tendrement.
Pas de radio. Surtout, pas de radio. Juste les battements de mon coeur à mon tympan.
Le café coule dans mes veines comme un nectar. Bon sang, qui dira le goût puissant du café, glissant dans le gosier à 7 heures du matin, dans la solitude de la montagne? 
un dessin de mon amie 'Epistyle
Bon sang, ce que j'aime la vie!
Il fait un temps soyeux d'yeux mi-clos aux premiers rayons, un temps de confiture léchée du bout du doigt, un temps paisible et frais de longues inspirations d'oxygène et de mots à voix basse. Il fait un temps de tourterelle...
Le figuier porte ses bourgeons, le jour porte ses promesses.
Mon père vient me rejoindre sans parler. Je le trouve beau. Je pose son bol sur la table et je fais tinter la cuillère dedans, geste qu'il m'a transmis comme un rite secret de reconnaissance. Un des gestes que je garderai de lui. Mon père...
Tout est parfaitement ordonné dans ce petit matin de fin d'hiver .
Tout est beau et lumineux et baudelairien.
Je suis chemin.
Je suis nuit et je suis soleil.
Je suis racine, et je suis ciel.

Pour le défi du samedi, il fallait écrire zen...

29 commentaires:

  1. Je suis venue chiper un peu de zen...
    Bien besoin, ce soir !

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  2. Teb, t'es une fille!? je sais pas pourquoi, je croyais que t'étais un gars. Ça va pas? y'a quelqu'un qui t'a embêtéE? Sois zen!!!

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  3. Ah ben oui... une fille de 60 balais, même ;-))
    Une "ancienne" instit, 25 ans de "classe des Petits"... et encore (un peu) en activité pour faire des (non, une) colos :-)avec des ados...

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  4. Une belle mise en route après une belle nuit de sommeil... Nous avons un beau soleil qui donne du relief à la montagne en face....

    belle journée avec bises

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  5. J'aimais le matin ouvrir le rideau opaque, et découvrir le massif de Belledonne, le rocher blanc... Le bien nommé !
    C'était quand.... Quand je pouvais encore skier, et partir en montagne pour de longues promenades...
    Joli billet que tu as écrit là et qui m'a remué (faudra pas le dire, j'ai une réputation à tenir nom de Dieu )!

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  6. C'est bien doux de commencer la journée par ce texte, doux et lumineux !
    Je t'embrasse

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  7. Que ça fait du bien ces instants là et la manière dont tu les décris !

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  8. Oh! Le bruit de la cuiller qui tourne dans la tasse ou le bol... ça ajoute au plaisir de boire le café à deux!

    Merci pour ce défi réussi!

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  9. ça fait grand bien de te lire , chaque geste compte , et le matin est déjà un bel échantillon d'une journée qui s'annonce
    Dans ma tête , depuis ce matin ,je me dis que trop de gens se mettent la pression , trop de timing , trop de trop
    Comme toi , j'aime le silence du matin , et la dose de café , hum ...
    bon WE à toi

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  10. ah là là.. et si j'élisais domicile au creux de tes racines, on se ferait coucou dans le matin frissonnant devant nos cafés fumants !:) et on se comprendrait sur ce que l'on voit et ressent sans aucun doute.. :) bon week end ! ♥

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  11. "Bon sang, ce que n'aime la vie"! L'exclamation résume à elle seule ce billet pur comme l'air que tu respires, écrit avec ses odeurs, ses images, ses habitudes. je me suis sentie suspendue à tes mots! Je n'ai pas été chez les Impromptus cette semaine, mais j'ailu avec un vrai bonheur ta consigne si "zen".

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  12. J'aime bien les commentaires que tu laisses chez Coumarine...alors je suis venue faire un petit tour chez toi...
    Aujourd'hui ça sent le café, le pain grillé (...et je ne suis pas déçue!)
    Tes billets "moins zen" me plaisent aussi ;-)
    Merci et à bientôt

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  13. Dieu que c'est beau....

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  14. Et moi, tu crois que je ne te vois pas? dit la montagne. Et moi, tu crois que je ne te regardes pas ? Tu crois que ce plaisir n'appartient qu'à toi ? Si tu savais pourtant le plaisir de savoir qu'ainsi on me regarde, on me contemple,on me raconte, on veille sur moi. J'aime les traces de tes pas qui viennent à ma rencontre. J'aime aussi la tomette où le chat se repose. J'aime la douceur de ton pas de plume dans l'escalier de cerisier...et si j'aime trop ce corps qui se réveille encore chaud de la nuit, j'aime aussi ce que toi-même tu ne vois pas, ce qu'il y a de plus profond au monde en toi, ton âme.
    La montagne

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  15. Par cette nouvelle fenêtre ouverte,
    nouvel aperçu, nouveau don intime,
    illustration baudelairienne oui,
    Ici, tout est luxe, calme et volupté
    Bonne cérémonie du ressourcement ;-)

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  16. Ecrire zen? C'est gagné !
    Je sens d'ici l'odeur du pain grillé et celle, délicate, des meubles en pin cembro ...

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  17. ANTIBLUES Oui, les parfums de la vie les plus enivrants sont ceux des choses simples...

    CEDRIC mon poète préféré, j'aime me noyer dans sa sulfureuse nébuleuse, et bizarrement, cela m'apaise.

    TANIA tout le bonheur du monde dans ce simple mot. Merci.

    CHERE MONTAGNE on te dit dure, froide et implacable, et pourtant tu me rends au centuple l'admiration que j'ai pour toi. Tes a-pics me donnent le vertige, mais tes mots d'aujourd'hui beaucoup plus.Tes petits matins froids me font frissonner, mais pas autant que ta dernière phrase.

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  18. MYOSOTIS oui, si Dieu était quelque part, ce serait là. Ces visions de montagne ont quelque chose de mystique.

    ZENONDELLE oh, je vais aller voir ça!

    VERONIQUE bienvenue parmi les amis de ce blog multiforme. Merci pour tes compliments, qui me touchent. Je te rajoute à mon totem.

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  19. LORRAINE Les Impromptus...tu veux dire les Défiants du samedi...ils pourraient se vexer! ;) Je n'aime pas forcément toutes les consignes, mais celle-là à coulé de moi comme l'eau d'une source.

    CEDRIC tant d'amour...♥

    ELLA je partagerais bien les tiennes, moi la gaélique lointaine, 6 mois dans mes montagnes et 6 mois dans ton île: ce serait-y pas un bon plan?♥

    JEANNE soixante quinze pour cent de la pression, on se la met soi-même. Quand on a compris ça, on est zen.
    (parole d'une directrice d'école de onze classes e deux cent quatre vingt cinq élèves)

    EDMEE partager des moments comme celui-là avec mon père, sachant la fragilité de l'existence, c'est un bonheur incommensurable.

    MS Tant mieux si , en plus de me faire du bien, ça en fait aux autres. Le bonheur se multiplie quand on le partage, c'est un mystère que les mathématiciens ne parviendront jamais à résoudre.

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  20. ANDIAMO est-ce que tu as vu ce centenaire qui a battu le record horaire à bicyclette? Et il paraît qu'il a commencé le vélo à soixante dix-huit ans! Alors, hop, chausse tes pataugas, et en route pour la randonnée!

    PATRIARCH tu sais de quoi je parle! les montagnes vues de chez toi ont quelque chose de magique.

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  21. Les premiers mots de ton texte m'ont intrigué :"j'émerge sans réveil d'un sommeil...". Evidemment, j'interprétais "réveil" dans le sens de se réveiller. Après coup je me suis traité de vieux snock. Il est vrai que, toujours, je me "réveille sans réveil". Ton texte est très joli et fluide.. On sent presque l'odeur du café. Amicalement. dinosaure80.

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  22. Merci Henri, mais non tu n'es pas un vieux schnock, juste quelqu'un qui n'a pas encore l'habitude de mes circonvolutions oratoires...Et il est si rare que je me réveille sans réveil, cela valait la peine d'être souligné.

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  23. J'ai été taguée par Carine-Laure et, curieuse je suis venue voir les réponses :-)
    Puisque j'étais là, je me suis baladée sur ce blog charmant et je suis tombée sous le charme de ce billet particulièrement serein, empreint d'un bonheur simple et tendre...
    Un petit bonheur qui m'est familier
    sans tambours ni trompettes :-)

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  24. PÂQUES merci de ta charmante visite.Il me semble que tu étais déjà passée par ici il y a longtemps, car tu figures déjà dans mon totem (voir l'onglet en faut de blog)
    Bonne journée et au plaisir de te (re) compter parmi mes lecteurs.

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  25. Tu as raison :--
    Je suis déjà passée, je vais, je viens au gré de mes humeurs, style chat sauvage en quête d'éblouissements, d' émotion passagère, parfois je ne laisse pas de mots car les autres ont déjà écrits l'essentiel...
    Amicalement :-)

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  26. Je lis ta prose au petit matin avec un bol de café (mais pas à la montagne !). Très sereine, très calme, ton texte y aide, merci.
    Merci aussi d'avoir utilisé mon illustration, ça fait tout drôle de la voir sur un autre blog :)

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.