jeudi 5 novembre 2009

Novembre

Je n'aime pas novembre. C'est plus fort que moi, rien que la combinaison brumeuse de ces huit lettres me provoque un frisson nauséeux qui me parcourt l'échine de haut en bas.Octobre garde en lui une chaleur liée aux teintes chaudes, un fumet d'omelette aux cèpes, la râpeuse goulée d'un vin juste pressé, le pas craquant sur un  lit de feuilles roussies. Que du bonheur.
Mais que l'on prononce novembre et aussitôt se dessine devant mes yeux, je n'y peux rien, un champ morne et gris, au petit matin, des vols de corbeaux grinçants et cacochymes, et deux silhouettes fantomatiques, bottes noires et chemise blanche aux manches retroussées, mains gantées prolongées par une excroissance métallique crachant la balle fatale, le projectile ultime: une antique pétoire, un combat en duel, le mort qui s'écroule, un trou rouge au côté droit, comme dirait l'autre, fauché dans l'absurde et impérieuse intransigeance de sa jeunesse. Mort pour l'honneur, la gloire, l'amour. Huit heures au champ des corbeaux. Avec un bruit mat, le perdant est tombé dans l'herbe constellée de cristaux de givre, de longues écharpes de brouillard se traînent d'arbre mort en arbre mort comme des filaments de haillons déchirés.Et toujours ces croassements lugubres et transperçant les os jusqu'à la moelle.
Novembre est un tunnel dans lequel on s'enfonce comme dans une nuit trop noire, loin de tout. Une tribune accordée pour un banc d'essai aux éléments déchaînés venus se faire les griffes sur les dernières ramures accrochées aux frondaisons. Pluie, vent , grêle, neige, grésil, brume, verglas, on dirait que tout l'alphabet météorologique se décline en un seul mois. Entre deux nuits glacées, le soleil passe comme un voleur, furtivement, plombé par l'heure d'hiver et l'inclinaison de la terre.
Ne me parlez pas de novembre. Même les aiguilles des pendules semblent ralentir pour le rendre encore plus long et plus visqueux. Novembre a un goût de terre, de cendre, de charbon. Novembre est écrit en gris anthracite quand décembre se pare d'un chatoiement de   blanc, rouge, vert et or.
Mais bon, on ne va pas se laisser abattre par un petit mois de trente jours.D'autant qu'il y en a déjà cinq auxquels j'ai tordu le cou. Et pour ma traversée du tunnel, j'ai prévu l'artillerie lourde: dans mon sac à dos, un truc sympa par jour, des petits bonheurs, une bonne dose d'optimisme, quelques bons bouquins, du feu de bois, des téléfilms à l'eau de rose, beaucoup de  bloguitude, des thés avec les copines, de grosses écharpes vertes ou turquoise et derrière les paupières, les images de l'été comme dans un vieux daguérréotype en relief en en technicolor.

14 commentaires:

  1. tu as oublié d'écrire qu'il nous le font partir après des vacances, ce sale mois
    je m'en vais mettre un bonnet pour dormir
    et... atchoum............ mince, trop tard!!!!

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  2. Je suis d'accord, novembre est lourd d'une lassitude inextricable.
    Bonne journée Cel

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  3. Novembre, ça va encore, c'est décembre le pire, les jours sont si courts. Vivement janvier avec les jours qui commencent à rallonger.

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  4. En novembre, comme les plantes,on a la sève qui nous descend dans les pattes et la tête qu'est plus bonne à rien... Moi, ce qui em fait rager au mois de Novembre, c'est qu'on nous abreuve déjà de Noël... Par ici, Novembre ce sont les premières neiges qui réjouissent les franges de mes montagnes, qui font dire aux garçons "on va skier quand ?". On emt de la paille aux lapins, on coupe la verveine pour le mettre dans un mélange d'alcool, de vin blanc et de sucre et on regarde les arbres pleuvoir des bouts d'or et de cuivre dans le jardin. Sans les ramasser. On pense à ne pas zaper l'anniversaire de sa mère, cette fois...
    Finalement, Novembre ça n'est pas si mal.Même s'il fait nuit à 17h30...
    Bisous de novembre en montagne !

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  5. ah oui alors!!!
    ce novembre-là je le connais!
    et je le déteste autant que toi...
    Tout y est, dans ta description: rien à rajouter...
    Bon allez, on se serre les coudes pour arriver jusqu'en décembre... dac?

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  6. T'es pas très sympa avec le mois qui m'a vu naître:-)!
    Trève de plaisanterie je partage assez ton sentiment!
    Ton texte est très beau!

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  7. Je peux t'emprunter ton sac à dos? Je l'aime beaucoup. Très belle évocation de cette saison qui décidément ne semble pas avoir beaucoup de succès ces jours-ci.. Sans doute la mélancolie véhiculée par cette pluie qui n'en finit pas de tomber encore et encore...
    Bonne soirée bien au chaud, bisous chère Célestine.
    PS: je n'ai jamais goûté de nougat plus tendre et savoureux. Sans blague, une merveille! Encore mille mercis pour cette belle surprise!

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  8. Très beau texte ; je ne mentais pas quand je disais, la semaine passée sur mon blog, que tu avais un réel talent pour l'écriture. Je ne sais pas écrire ce genre de textes. As-tu déjà été lire le blog de notre compatriote Edmée De Xhavée? Je l'ai fait découvrir à Delphine et je pense que tu devrais l'apprécier également.

    Personnellement, excepté une petite préférence pour juillet et août (où les congés me permettent de faire plein de choses), je n'ai pas vraiment de mois préféré ou détesté. Chaque saison a ses charmes. Je trouve juste que le temps passe trop vite...

    Bon week-end!

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  9. Mathéo, une petite question...Comment fais tu pour intercaler tes réponses avec les commentaires sur ton blog?
    J'aimerais pouvoir faire une petite réponse personnalisée à chacun, mai je crains que ce ne soit pas possible avec mon hébergeur de blog...En tous cas je vous remercie du fond du coeur pour tous vos commentaires.Et je rougis aux compliments de petit Belge.Je souhaite pouvoir bientôt lui prouver qu'il ne se trompe pas!

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  10. Bonne idée ce sac à dos ! Moi, j'y mettrai aussi un bon gros vieux pull qu'on traîne depuis des années, qui n'a plus de forme mais qui tient si chaud qu'on ne peut se résoudre à le jeter.

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  11. Le plus fort, c'est que je l'ai ce vieux pull informe. Merci de m'avoir permis de rattraper cet oubli!

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  12. Que c'est beau, ton mois de novembre sous ta plume! Sa morne et froide longueur est un délice.

    Courage, il passe, lentement mais il passe, et nous rapproche de la lumière. La Sainte Luce n'est plus si loin, avec ses jours qui feront leur saut de puce vers le soleil.

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  13. Ah! Edmée, depuis le temps que petit Belge me parle de toi, je n'ai pas encore osé aller mettre des commentaires sur ton blog, et voilà que tu fais le premier pas.J'en suis toute retournée. Et de plus, tu me fais un compliment, qui, venant de toi, n'en a que plus de valeur. J'aime beaucoup ce que tu écris, et je suis en passe de réaliser mon rêve d'écriture. J'attends juste d'avoir quelques fonds supplémentaires...Le père Noël va sûrement passer par là.
    En tous cas, merci , ton commentaire est très encourageant pour moi, car lorsqu'on écrit , on se trouve toujours mauvais ou en tous cas pas terrible.

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  14. et oui novembre, mois de l'automne, tout est en gris, je n'aime pas non plus.
    Mais reviendra le printemps !
    Merci Célestine de ta visite en région côtière chez moi.

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.