
Ah! voilà enfin un peu de calme après une semaine à me faire crépiter les neurones. J'ai bien cru que je passais plusieurs fois à la limite de l'apoplexie! Organiser la même semaine le loto de l'école et le cross, quelle erreur de débutante!
Enfin, ces deux activités hautement relationnelles m'ont permis de constater la vaste palette des "techniques" éducatives des jeunes parents actuels.
Le loto, tout d'abord. En fonction de la place des mouflets à la table de jeu, je pouvais, de mon perchoir, observer ce microcosme et déterminer les valeurs (ou les non valeurs) de chaque famille, les
Duquesnoy et les Groseille en pleine action, ou leurs avatars modernes:
les Boulay et les Lepic.
De la rigueur catho bon enfant pleine de grands principes guindés et un peu obsolètes, à la démission complète de la famille Bidochon, en passant par les bobos ex soixante-huitards permissifs mais bon chic bon genre, les enfants restaient soit sagement assis, tresses nouées, culs serrés et sourire aux lèvres, soit se levaient pour se dégourdir les jambes entre deux parties, sans quitter le regard admiratif et attendri de leurs géniteurs, soit (et c'est le pire) échappèrent complètement à la surveillance de leurs parents pour aller se masser en grappes sur le parking extérieur, où les attendaient les joies ineffables de pénétrer dans un chantier interdit au public et hérissé d'énormes dangers, genre trou béant, pelle mécanique ou câbles électriques sous tension.
Cette dernière catégorie de parents était paradoxalement la plus attentive au tirage des numéros, il s'agissait de la gagner, cette sacrée télé écran plat haute définition! Mais ils devaient penser que le loto étant organisé par l'école, c'était forcément l'école qui se chargeait de surveiller leurs lardons. Euh...à neuf heures du soir, ce n'est plus de la conscience professionnelle, c'est de l'apostolat là, du catéchisme laïque! "Faut arrêter!" comme dit l'expression populaire en vogue qui me donne des gerçures.
Cette dernière catégorie de parents étant (il faut le noter) également la plus hargneuse à nous rappeler notre devoir de surveillance dans la cour, une façon pratique de nous faire croire qu'ils ne lésinent pas sur la sécurité de leur progéniture. Soyons zen! Je m'entendis pourtant faire un beau discours d'ouverture sur les valeurs de l' École et le partenariat avec les familles...mais il faut croire que les esprits étaient davantage troublés par les odeurs de hot-dogs et la vision des alléchants gros lots que par ma prose vibrante de conviction .
Le cross d'hier me donna une fois de plus matière à observer les mœurs étranges de certains parents. (En gros, un peu toujours les mêmes).
Nous dressâmes préalablement une liste des parents dévoués qui avaient répondu présent dans les jours précédents, pour donner un coup de main: installer et baliser le parcours, assurer le guidage des courses, et veiller à ce que tout se déroule bien. Nous attribuâmes donc un rôle à tous ces bénévoles précieux. C'est là que je vis sortir de derrière les fagots des "volontaires" de la dernière heure qui ne venaient là en fait que pour regarder courir leur petits rois et princesses, des papas bardés d'appareils photo, des mamans certes très gentilles mais bardées, elles, d'une poussette, ce qui prouvent qu'elles n'avaient pas tout à fait intégré le rôle de commissaire de course...L'une d'elle me demanda même une chaise pour pouvoir allaiter bébé, qui s'est bien pris le vent, le bruit et la poussière tout l'après midi mais bon, c'était pour aider l'école, quand même!
Le matin, j'avais assisté abasourdie à un festival téléphonique d'excuses bidons pour ne pas faire le cross (petite coursinette de 950 mètres il faut le préciser au cas où vous penseriez qu'on les entraîne pour le marathon) Je ne vous raconte pas le nombre de fatigues soudaines, de chevilles foulées, de fièvres inexpliquées et subites, d'intempestifs maux de ventre , de dents, de cou, de dos et autres migraines ravageuses, et même une éruption géante de boutons obligeant cette pauvre enfant à ne porter que des tongs. Humiliant! on ne peut quand même pas courir en tongs, vous pensez bien! Je me demande si on nous prend pas un peu pour des quiches, de temps en temps...
Puis quand à l'issue de l'après midi, je leur demandai ce qu'elles en avaient pensé, l'une d'elles me dit qu'elle avait vu beaucoup d'enfants pleurer et que ça l'avait choquée. Les pauvres choux! je dus faire là encore un petit speech sur les valeurs du sport, l'école de la volonté et du dépassement de soi, et le souvenir formidable qu'ils garderaient tous d'avoir "surmonté" l'épreuve et d'être"comme les autres".
Moi, il y a des jours, j'ai l'impression d'être une extra-terrestre.
Photos internet