mardi 26 octobre 2010

Rencontres

J'ai rencontré un ami que je n'avais pas vu depuis mes dix-huit ans. C'est dire si ça fait une paye comme on dit de par chez nous! 
Quelle émotion dans ces retrouvailles...Quelle pudique rougeur enfiévrant nos joues au moment du choc de la rencontre. Comme si, l'espace d'un instant, on avait eu le pouvoir d'abolir le temps. 
Les vieux souvenirs sont remontés à la surface des choses comme des bulles, certaines faisant un plop déçu quand l'un de nous deux ne se souvenait pas.  Mais si! rappelle toi! Non? tu ne vois pas? D'autres éclatant en feu d' artifice de complicité et d'éclats de rire . Ah oui, tu te souviens? Comment s'appelait-il déjà? Rhhoo! qu'il nous faisait rire, tu te souviens? Oh oui qu'on se souvient,au delà des mots, les odeurs,  les sons , les couleurs, les sensations , tout revient. Mais l'essentiel, le plus beau, le plus magique c'est  que nos regards, nos sourires,  nous ont semblé les mêmes, et cette joie de constater que l'on ne s'était pas trompé, jadis, que l'on appréciait chez l'autre des vertus qui sont toujours là! C'est irracontable. Trente deux ans ont passé. Et l'on s'est reconnu, un vrai miracle.

J'ai rencontré Paris, la ville-lumière, et je l'ai aimé, comme chaque fois. Je m'émerveille toujours bêtement devant ces lieux si littéraires, les bâtiments lourds de passé, les frontispices,  les portails, les escaliers, les parcs, les canaux, les noms de rues si familiers. Il n'y a qu'à Paris que les noms résonnent des mille et un écrits de Balzac à Simenon, de Rutebeuf à Dumas, de Molière à Jean Paul Sartre. Et les fantômes du cinéma, les Arletty, les Gabin, les Bourvil!  Paris est une bibliothèque où l'on croise l'ombre de ses héros à chaque carrefour. Et j'adore ça.     
                
J'ai rencontré mon fils, pris le temps de parler avec lui, de partager sa vie, et de découvrir un homme à la place de la silhouette de l'enfant sérieux qu'il était petit. A  huit ans, il voulait sauver les baleines, il a choisi d'être architecte,ça n'a rien à voir peut-être, en apparence. Pourtant, bâtir , de nos jours, ne peut se passer d'une vision écologique à long terme, sans laquelle l'homme sciera sa branche...Je ne peux m'empêcher, en tous cas, d'être fière de lui, mais quelle mère ne l'est pas de son rejeton, fût-il braqueur de banque ou mendiant au Népal...

J'ai rencontré enfin un livre qui m'a plu, une sorte d' essai philosophique présenté comme un roman, très justement, puisqu'il parle du roman de l'univers. "C'est une chose étrange à la fin que le monde" oui,  bien étrange,  que de se réveiller un matin et de se demander "qu'est-ce qu'on fait là?"et "pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien?"
Si on m'avait dit qu'un jour,  j'aimerais un livre écrit par Jean d'Ormesson, cet aristocrate de droite , cet académicien au phrasé ampoulé, qui ne figure pas, évidemment,  au nombre des amis de Brassens, Ferrat, Renaud et autres intellectuels de gauche! Oui, mais doit-on toujours s'abriter derrières les vieux clivages et s'empêcher d'aller fouiller derrière les étiquettes, pour écouter ce qu'un autre, apparemment différent et je dirais même diamétralement, peut avoir à nous dire et à nous apprendre? N'est-ce pas faire preuve d'ouverture d'esprit que de ne pas s'en laisser conter par un patronyme ou une image?
Qui aurait prédit, d'ailleurs, que ce même homme choisirait un vers d'Aragon comme titre à son livre? La vie est pleine de surprises. C'est une chose étrange, à la fin, que le monde...un bel alexandrin.
Bref, j'ai aimé ce livre et je ne saurais trop vous conseiller d'y jeter un œil, si vous aimez le frisson métaphysique des grandes interrogations, et le vertige que donne la quête d'une impossible réponse... Une histoire de l'univers et de l'humanité en accéléré pour les profanes, les candides comme moi, écrit délicieusement et simplement, avec cette petite pointe d'humour  désespéré d'un homme qui a aimé la vie passionnément et qui sent l'hiver approcher à pas de loup...



Post scripthomme
Dans la même veine, j'ai aussi rencontré  " un bel et sombre inconnu"
le dernier film de Woody Allen, avec dans le rôle d'icelui, un Anthony Hopkins émouvant en papy refusant de vieillir... et un Antonio Banderas qui a perdu de sa superbe. Mais  malgré son titre alléchant, pas de quoi en faire tout un fromage,  et je suis restée sur ma faim (fin?) le film n'est pas son meilleur film...

12 commentaires:

  1. Merci de nous faire part de tes beaux moments de ces derniers jours. Je suis comme toi toujours séduit par Paris où je suis déjà allé plusieurs fois (dont l'an passé pour découvrir le Musée d'Orsay). Par contre, Londres m'a beaucoup moins plu, mais je suis plus influencé par la culture belge et francophone, que la culture anglo-saxonne. Jean d'Ormesson, je n'ai jamais lu aucun de ses livres mais il me séduit toujours par son charisme lorsqu'il passe à la télévision. Je pourrais l'écouter parler des heures, et j'espère aussi bien veillir que lui. Passe une bonne semaine Célestine.

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  2. c'est beau des retrouvailles tant d'années apres..se reconnaitre, se souvenir..trop bien!j'ai eu cette joie en 2006 de retrouver mon entraineur de stage de gym de 20 ans plutot...je me suis sentie ado, les larmes sur mes joues rouges et mon mari carerement ebeter de la situation, mes gosses ne reconnaissant pas leur mere..tres fort! surtout que l'on ne s'etait jamais revu..d'une ado il a trouve une femme, une mere de 3 enfants et les rondeurs qui vont avec..mais les souvenirs comme d'une fontaine, jaissent! merci de nous faire partager ces moments forts, cela chauffe les coeurs et remonte le moral mis a mal en ce moment!

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  3. Beau thème que celui de la rencontre, Paris, la littérature, un fils... Architecte (quel beau métier! Pas facile, toujours)

    J'aurais peut-être eu tendance à penser la même chose, a priori, de Jean d'Ormesson, mais j'ai eu la chance, en 1981, de le voir en duo à une émission "Apostrophes" avec Marguerite Yourcenar. C'était une émission d'une tenue parfaite. J'ai lu aussi ses petites histoires de la littérature française, écrites avec beaucoup d'humour et de goût (ex. Chateaubriand version "pipole"), les romans ne me tentent pas trop, mais je suis moins "roman" que poésie ou essai...

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  4. Le titre du livre de d'Ormesson m'a donné envie de le lire mais quelque chose me retient. Peur, sans doute, de lire chez un autre, mes doutes et mes angoisses.

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  5. merci pour ce billet Célestine! il y a dedans tout ce que j'aime, l'ami retrouvé, un bon livre, une visite à Paris... :-)

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  6. De telles journées font un bien fou.

    Revoir à ami avec qui on a partagé nos 20 premières années de vie est toujours émouvant.

    Belle journée aujourd'hui aussi. Bises !

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  7. moi aussi j'aime découvrir Paris..pas encore lassée.;encore étonnée...
    j'aime la façon dont tu parles de ton fils.;c'est vrai que peut importe.on en est fière..
    tu me donnes envie pour le livre.;un jour..;

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  8. CORINNE le livre se lit en trois heures. C'est un régal.
    Tu as de quoi toi aussi être fière de ta nombreuse nichée!

    Oh oui ça fait du bien cher Walter, et j'en avais bien besoin après tous mes soucis de la semaine dernière!

    Adrienne, ce n'est pas la première fois que nous nous trouvons des points communs.Merci de ta fidélité.

    MYO, lis-le tu ne seras pas déçue. Tes doutes et tes angoisses ne seront pas dissipés, mais tu verras que tu les partages ave l'ensemble de l'humanité! LOL

    Pivoine, tu me fais rougir! (oui, je sais elle est facile celle là) Non mais c'est vrai je suis toujours confuse de déclencher des commentaires élogieux...

    Oui Véronique, la vie réserve des surprises agréables à qui veut bien ouvrir les yeux.
    Des rondeurs, peut-être,mais une maman géniale et épanouie,ça c'est sûr!

    Je retiens de ton commentaire cette phrase sur Jean d'Ormesson, qui mériterait que j'y consacre prochainement un billet:"j'espère aussi bien vieillir que lui" Mais que signifie donc "bien vieillir"?...

    Bises à tous et merci pour tous vos mots.
    J'adore!

    ****Célestine*****

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  9. oh la! tu sais que j'ai jamais lu cet auteur? Jamais eu envie de le lire d'ailleurs...
    Mais ton billet ouvre une autre perspective...
    Merci pour ces mots pleins de chaleur humaine...

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  10. j'imagine bien toutes les émotions que l'on peut ressentir à retrouver quelqu'un de sa jeunesse...

    Quand à Jean d'Ormesson : il faut croire que l'on peut bonifier en vieillissant...
    Je suis actuellement plongé dans ce livre.
    C'est effectivement intéressant.

    (qu'il ait choisi un vers d'Aragon en titre...c'est quand même un peu fort de café!!!...)

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  11. Un pied de nez, sûrement, l'humour étant la politesse du désespoir...

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  12. Je me retrouve un peu chaque fois que je te lis...ces retrouvailles, ces lectures hors du cercle habituel, ces questions et ces recherches...ça ne cesse jamais et c'est la vie comme j'aime

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.