mardi 13 octobre 2009

Le calme après la tempête

Tempête sous un crâne, bien entendu...Il me fallait bien quelques jours pour démêler l'inextricable écheveau de mes émotions et de mes pensées. Car je suis à une croisée des chemins depuis quelques temps, ça se sent peut-être, et moi qui aime cheminer , et prendre des décisions rapides, j'ai toujours eu du mal à hésiter.

Moi qui balance entre deux âges, comme dirait l'ami Georges, moi qui contient dans ma boîte intérieure tous mes rêves de jeune fille , et tous mes projets de future grand-mère, à la fois, comme une boîte de Pandore ne demandant qu'à s'épancher, je prends conscience de la fragilité de l'existence, de sa fugacité, et c'est justement ce moment de la vie un peu délicat que le corps choisit pour commencer à nous jouer ses premières facéties. Les taux d'hormones suivent lentement mais sûrement une courbe descendante, une croissance négative comme diraient les champions de la langue de bois, et des flots de larmes incontrôlés viennent parfois au bord de mes yeux, sans vraie raison objective. (A part l'ambroisie bien sûr, mais cette vieille canaille n'explique pas tout.Et d'ailleurs, c'est fini pour cette année)

Les oisillons quittent le nid, il en reste un bien sûr, mais sa courbe à lui est ascendante (il a la dalle tout le temps, c'est un ado) et ces temps-ci, les inflexions de sa voix subissent de curieux dérapages qui laissent annoncer une mue imminente. Je m'attends tous les jours à trouver sa peau de petit garçon abandonnée dans un coin du jardin, comme un manteau de serpent diaphane, et à me retrouver un matin nez à nez avec un géant à la barbe naissante.
Ajoutons à cela un profond malaise dans la profession, dû à la montée d'un autoritarisme sauvage, à un manque de confiance récurrent des supérieurs hiérarchiques, et à l'installation progressive d'un système que je réprouve avec toute l'énergie de ma foi militante, les tiraillements entre collègues, la division qui s'installe, le moral des troupes en berne, tu vas voir qu'on ne va pas tarder à voir apparaître les premiers suicides dans l'éducation nationale, comme à France Télécom. On fait un métier trop sensible, trop crucial, trop difficile, il ne peut pas être pris à la légère. Rien de bien réjouissant.Je préfère me consacrer corps et âme à mes élèves, et enjoliver leurs journées, en leur apprenant les belles choses de la vie, ce sera toujours ça de gagné, car qui sait ce que l'avenir leur réserve à ces petits bouchons?

C'est toujours dans ces moments-là que l'on se pose aussi tout un tas de questions sur les grands sujets de l'existence, l'amour, l'amitié, la mort, la dérisoire ronde des questions métaphysiques, les "pourquoi?" et les "à quoi bon?".

Pile à ce moment-là aussi que le temps tourne tout d'un coup , avec une petite bise aigrelette qui vient refroidir une atmosphère qui sentait l'été il y a trois jours encore... Tout fout le camp, ma brave dame, tout fout le camp!

Alors, j'en ai eu marre d'hésiter et de me tâter.Ce week-end j'ai décidé de rester dans l'action. J'avoue que l'idée m'a effleurée un temps de changer de cap, de me consacrer à l'écriture, de planter là ce boulot de fou, pour aller planter mes choux. J'en parle toujours avec passion, mais bosser à plein temps avec 28 collaborateurs de 9 ans et demi, c'est usant comme c'est pas permis. Mais finalement non, c'est trop tôt. Je prendrai ma retraite plus tard.Quand je serai grande.

Et puis c'est décidé, cette année, j'essaie la luminothérapie. Il paraît que c'est bon pour le moral de se balader chez soi avec une frontale.Je vais me recentrer sur mes fondamentaux, en clair: retrouver mes priorités.Cultiver mon jardin, et garder le sourire. Ahhhhhhhhça va mieux!

15 commentaires:

  1. Ah la vie est difficile Celestine, je ne sais pas parler aussi bien que toi alors mes mots eraient dérisoires, j'ai souvent eu envie de tout laisser tomber, parfois vriament tout, mais il ne faut pas, c'est toujours quand on l'attend le moins que vient la matinée ensoleillée que l'on esperait plus....

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  2. sirocco oui, mais penses-tu au bien que tu fais à tous ces élèves et les profs que tu regonfles à bloc (ne me dis pas que ce n'est pas vrai!)... Ton dernier grandit et devient homme, heureuse mère de le mener jusque là... Moi je ne sais pas ce que l'avenir réserve aux miens... Les hormones, ah, ma chère, quelle crasse! là je n'ai pas de recette, encore moins pour ce que tu évoques... Mais je sais que tu traverseras haut la tête et le menton cette période parce que tu es ouvertes aux autres...
    Courage et de tout coeur
    ... et je commence à penser que la poste n'est peut-être pas seule en cause ??? Rien toujours rien que puis-je faire???

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  3. oui, tu as raison, le meilleur est toujours à venir.
    Bises

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  4. C'est une très belle croisée des chemins, si riche! Accroche-toi, ça en vaut tellement la peine, pour les enfants, les tiens et ceux à qui tu apportes tellement tous les jours, et leur sourire te réchauffera mieux que la luminothérapie (quoi que, l'idée est excellente...)
    Allez Célestine, nous sommes tous cette petite goutte d'eau!
    Gros bisou

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  5. Ca devient de plus en plus difficile pour les enseignants, et quand j'entends "petit napoléon" annoncer sa réforme par des banalités qu'il n'est même pas capable de s'appliquer à lui_même, ça me fait gerber.

    Vois-tu, moi aussi j'ai des petits enfants, et pour me mettre à leur hauteur physique, alors qu'ils n'ont que 12 et 14 ans, je suis obligé, en plus de mes 1 m 74, de même nos deux bottins sous les pieds.
    L'éducation nationale va t-elle être capable, avec toutes ces réformes, d'élever leurs connaissances à la hauteur de leur "taille" ??
    Sourires !!!

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  6. La vie privée et professionnelle est loin d'être un fleuve tranquille, il y a des hauts et des bas. Et m'occupant également de 24 élèves de 9-10 ans, je sais que ce n'est pas toujours évident et qu'on rentre parfois lessivé. Mais il y a aussi des moments très agréables et des satisfactions que je n'aurais pas assis à un bureau face à une pile de dossiers. Les collègues, il y en a toujours des plus sympas que d'autres, mais vois aussi le côté positif de ce blog qui te permet de faire de belles découvertes virtuelles (et parfois le virtuel peut un jour devenir la réalité). L'écriture, il est clair que tu as un don quand je vois ton dernier article (as-tu déjà été lire ceux de notre compatriote Edmée De Xhavée?), et j'espère que tu pourras un jour connaître le bonheur d'être publiée et d'être lue.

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  7. Patriarch
    Merci de me comprendre si bien. Petit Nicoléon a dit un jour que les enseignants étaient haïssables. Quel prof a bien pu lui en faire baver à ce point? A moins que ce soit lui qui en ait fait baver aux profs...
    Pour tes petits enfants tu peux en effet te faire un peu de souci, mais gardons l'espoir que cette situation soit réversible.


    Delphine
    Je rougis de tes compliments. Tes enfants auront pour eux ton sourire et ta foi en un monde meilleur qui les armeront pour la vie: pas de souci pour eux, donc, ils s'en sortiront, ils sont nourris à la meilleure des sources: l'amour.
    Merci d'être une petite goutte d'eau qui me remonte le moral chaque fois que je flanche.
    Célestine
    Pour notre petite affaire, tu as bien compris que le paquet porte l'adresse du cabinet d'architecte, la seule que j'aie. Je pense que j'ai mal orthographié le nom de l'avenue, j'ai dû mettre "Sletters" au lieu de "Sleggers" tu crois que c'est grave? sinon, j'ai bien mis 114, et le nom d'Amaury. On attend encore un peu, et puis je recommencerai.
    Bises
    célestine

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  8. on a beau savoir qu' "après la pluie le beau temps", il y a des moments de découragement bien naturels. Bon courage! (je suis moi-même en plein questionnement)

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  9. C'est l'effet de l'automne associé à celui des hormones ? Continue d'amasser tous les petits bonheurs du quotidien (même ceux des 9-10 ans), le bonheur de voir tes enfants "bien grandis", de façon à oublier la casse de notre métier (pour les suicides, heu, ça n'est peut être pas descendu jusque chez vous au soleil mais chez nous il y en a déjà ... ainsi que des démissions pures...)Les "pourquoi" et "à quoi bon" ? Pour lutter, pour RESISTER.
    Carpe Diem, madame, Carpe Diem... retrouve tes priorités (mais je suis sûre que tu en les as jamais perdu de vue, au fond) et souris au vent froid qui arrive :-) (même pas mal !)
    Bises !

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  10. Petit Belge

    je suis désolée de ne pas avoir répondu plus tôt à ton commentaire. Je suis encore toute rougissante, car venant de toi, me dire que j'ai un don pour l'écriture, cela m'a transportée de joie. Merci encore pour tes mots très réconfortants. Tu as raison, on fait de belles rencontres à travers les blogs. Vu que tu as des élèves de l'âge es miens, Et si on faisait une petite correspondance entre nos deux classes, histoire de faire découvrir à nos élèves nos beaux pays?
    respectifs?
    Bises
    célestine

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  11. FD
    J'essaie de garder le cap, mais c'est pas toujours facile. Là, ça va beaucoup mieux depuis que j'y vois plus clair dans ma vie.
    Carpe Diem, y a que ça de vrai, c'est sûr, et aujourd'hui, avec mes élèves, nous avons vécu un moment de pur bonheur. Un petit soleil s'était invité dans notre classe, j'avais apporté tous mes chats (de collection) et nous avons appris à les dessiner. J'avais mis de la musique, il régnait un silence extraordinaire, fait de concentration et de respect ému de l'autre.C'est tout bête mais ça m'a fait un bien fou. Si c'est pas du carpe diem , ça , madame...lol
    bon courage à toi , dans une semaine on fera une pause...
    célestine

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  12. Oui, pas de problème pour faire une petite correspondance écrite entre nos deux classes respectives. Passe un bon week-end!

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  13. Je t'envoie mon adresse mail (ne pas publier) sur ton blog
    Bises
    Célestine

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  14. Après essai, je ne sais pas comment t'envoyer mon adresse mail vu que tu ne modères pas les commentaires. Je te propose de m'envoyer la tienne, je ne publierai pas ton message, et je te répondrai par mail directement!
    Bises
    Célestine

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  15. Oh la la, collègue, comme je te comprends...
    Merci pour ton commentaire sur mon blog. C'était chouette.

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Je lis tous vos petits grains de sel. Je n'ai pas toujours le temps de répondre tout de suite. Mais je finis toujours par le faire. Vous êtes mon eau vive, mon rayon de soleil, ma force tranquille.
Merci par avance pour tout ce que vous écrirez.
Merci de faire vivre mes mots par votre écoute.