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23 décembre 2020

Quelque chose respire...



« Combien d'êtres humains passent l'essentiel de leur vie à se soucier de choses matérielles ou futiles et oublient de prendre le temps de vivre les expériences les plus essentielles, l'amour, l'amitié, l'activité créatrice, la contemplation de la beauté du monde? Le superflu est onéreux mais l'essentiel est offert.  »

Frédéric Lenoir




Photo Robert Marleau
Avec son aimable autorisation






Quelque chose respire. Sous les flèches acérées d'une folie tapageuse, d'un avenir noirci, quelque chose bat encore, comme un souffle de cerf, blessé mais vivant. C'est le vent de l'espérance qui caresse les plaines dorées, les champs enduits de lune, les vallées inondées de neige. 
Cela s'appelle Noël.
On le tient pour fantasque et insensé, dérisoire sans doute quand on croit tout savoir. Dépassé, cuit et recuit. Embarqué dans le sordide ou le mercantile.
Les poussières de givre et de traîneaux, les étoiles accrochées aux arbres des songes humains ? Des rêves fous, bien sûr, face aux businessmen si sérieux qu'ils en oublient le lait et le miel. 
Qu'ils en oublient l'enfance.
Et pourtant...
Pourtant à la sainte Luce, déjà, un éclair a jailli. Dans un cycle éternel, la vie porte son lot de mystère. Etre humain, être vivant, et s'en étonner. Et s'en émerveiller.
Chaque cri de nouveau-né, au creux des jambes ouvertes, dans la douleur joyeuse et la joie douloureuse, explose comme un soleil inattendu dans la nuit. Un soleil d'espoir universel. Toujours le même, fragile et miraculeux.
Quelque chose respire dans ce monde, comme une flamme. 
Le désir et l'amour sont plus forts que la peur. 

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Joyeux Noël à tous les enfants, qui portent le futur mieux que le masque.
Joyeux Noël à vous tous, mes amis. 

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13 décembre 2020

L'or du passé





« L'amour est un trésor de souvenirs. »
Honoré de Balzac









Il y a quelques semaines j'ai ramené de Saint-Martin une boîte pleine de photos que ma mère avait gardées soigneusement au cours de sa vie. Je suis tombée en arrêt devant celle-ci,  prise par mon paternel, moment délicieux, goutte de temps suspendu à un fil de satin. Une émotion profonde m'a saisie, celle que l'on éprouve toujours devant ce grand mystère du temps. 
Tempus fugit. Plus que jamais...
La maison vivait alors des mille éclats de rire de frimousses bien vivantes, ça sentait le caramel et les chamailleries, la menthe et le lait chaud. Une vraie ambiance de comtesse de Ségur. C'était l'heure des cahiers de vacances, des jeux calmes, cette heure de moiteur douce des après-midi, l'été, là-bas. Juste avant l'orage quotidien. 
Trois blondinettes en couleurs primaires. La jonquille-Margot c'est ma fille. Celle qui s'est mariée en septembre. Elle est avec deux de ses cousines.
Le coquelicot-Mathilde s'applique à l'écriture d'une main gauche pleine de promesses. Et l'adorable petit bleuet-Anaïs, a sûrement voulu s'asseoir là pour faire comme les grandes. Je l'entends d'ici : « Moi aussi, moi aussi, ze veux cravailler  ! »  
Ma mère, toute en blanc, ressemble à une maman cygne couvant ses poussins avec tendresse. Une maman cygne expliquant sans doute l'accord du participe passé, car elle avait été prix d'excellence en grammaire en 1941.
J'adore l'atmosphère de cette photo. Les cosmos de mon père ont un feuillage vaporeux et tendre. La grille de la rambarde n'est pas encore rouillée. Les peaux ont cette si splendide perfection de l'enfance. La lumière est celle d'un peintre. 
C'est dans l'émoi de cette découverte que j'ai décidé de faire un album-souvenir de mes parents, et de l'offrir pour Noël à chacun de mes enfants. Je viens de le terminer, un marathon, au terme de longues journées de travail, de tri parmi des centaines de clichés, de battements de coeur et de larmes nostalgiques. Cela n'a pas été facile, et m'a dévoré mes journées à l'exclusion de tout autre chose. Et puis, remuer tant de souvenirs, ça m'a bradassée, estirgouillée et pour tout dire, estransinée.
On a beau aller de l'avant, parfois, le passé ça vous change en plomb. 
J'ai voulu en extraire l'or. Et j'ai ressenti, cela pourra paraître étrange, une profonde joie dans le deuil. C'est comme si j'avais reconstitué les fragments d'une amphore précieuse. 
Je suis fière du résultat. Dans quelques années, quand je ferai travailler Sibylle, Alba et leurs futurs cousins, j'aimerais bien qu'un clic-clac immortalise l'instant. Avec le même oeil d'artiste que mon père.
J'aime l'idée du cycle éternel, de ce tourbillon qui nous souffle. 
Ça tourne la tête mieux qu'une valse dans les bras de mon oncle Max.