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29 mai 2012

Le cercle des existentialistes

-Maîtresse, ça sert à quoi, la vie?
(Quand on passe une semaine entière avec des élèves, les occasions sont nombreuses de nouer d'autres relations, d'être plus proches. Et les questions métaphysiques ne tardent pas à apparaître. C'est dû à la fréquentation assidue des constellations.)
-Maîtresse, ça sert à quoi, la vie? ( "Le petit Prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu'elle était posée." )
Avant de répondre, je retourne la question à mes chères têtes blondes:
-Et vous, qu'est-ce que vous en pensez?
Là, C'est un feu d'artifice de réponses.En voici quelques unes qui m'ont touchée ou amusée. Les enfants sont merveilleux, n'est-ce pas?

-La vie, ça sert à grandir.
-La vie, ça sert à faire pousser les arbres et les plantes.
-La vie ça sert à penser à ceux qui sont morts.
-La vie c'est pour qu'on se marie pour continuer à reproduire les hommes sur la terre. Et aussi les fleurs et les animaux.
-Ça sert à apprendre pour gagner beaucoup d'argent.
-La vie, ça sert à dire qu'on est heureux , et quand on est malheureux on s'en souvient qu'on était heureux et après on est heureux encore.
-La vie ça sert à aimer ma maman et mon papa, et aussi ma soeur Chloé et mon petit frère Romain même s'il m'embête un peu des fois.
-La vie ça sert à rien, c'est comme un tableau, ça sert à rien mais c'est joli.

Et vous maîtresse?
-La vie est un cadeau.On ne sait pas exactement de qui, on ne sait pas vraiment pourquoi. 
Et la question est moins de savoir à quoi sert ce cadeau, mais comment l'on s'en sert.
Comment utiliser  le merveilleux crédit de 84600 secondes que nous octroie la vie chaque matin...
-Ah quand même? Wouaou! c'est beaucoup!
-Oui, et si peu à la fois pour tout ce que l'on aimerait faire...

27 mai 2012

Un rite initiatique

Entre deux séances d'astro, les activités de plein air occupaient intelligemment le temps.
Les petits citadins d'aujourd'hui ont besoin de mettre les bouchées doubles pour apprendre la campagne,  la montagne, l'herbe, les arbres, les oiseaux et les fleurs. Je m'en suis aperçue au cours d'une randonnée avec un intervenant sur le thème "lecture de paysage". 
Au bout de dix minutes de montée, on entendait déjà soupirer, râler, gémir, pester contre la chaleur, la pente, les mouches. Arrivés sur le site d'observation, l'homme leur dit: 
"Je vais vous demander quelque chose de très difficile, je ne sais pas si vous allez y arriver!" (technique connue pour motiver un galopin de dix ans en titillant son amour-propre)
"Vous allez quitter vos chaussures, vos chaussettes, vous allonger dans l'herbe en mettant votre sac à dos sous la tête, et ne rien faire pendant dix minutes."
Je ne sais pas vous, mais moi, ce genre de consigne ne me semble pas si difficile... m'allonger dans l'herbe en écoutant le vrombissement des insectes dans un rayon de soleil, m'emplir des odeurs de résine et d'herbe sèche, le tout aux côtés d'un jeune homme, ma foi, assez bien fait de sa personne, je m'attendais à une épreuve plus terrible.
Eh bien, il n'en alla pas de même pour mon groupe de 14 enfants, plus de la moitié eurent des difficultés (pour ne pas dire de la répulsion) à seulement poser les pieds nus dans l'herbe.  Beaucoup ont eu du mal à se taire, à écouter, à fermer les yeux ou à ne pas bouger,  certains se sont mis à éternuer ou à pleurer, ravagés par une subite crise d'allergie, bizarrement toutes les bestioles qui piquent allaient sur eux,  et au final, seuls trois enfants ont démontré qu'ils avaient l'habitude du contact avec la nature. Des enfants qui font de la rando avec leurs parents, que l'on n'accompagne pas forcément en voiture à l'école, qui ne sont pas enrobés dans du coton, qui savent encore grimper aux arbres...
Pour les autres, privés de leurs repères habituels (pantoufles, console de jeu, canapés,téléphone portable, dessins animés, sortie du dimanche chez Ikéa, ) la tâche est énorme: en juin, je vais essayer de leur raconter la vraie vie d'aventure que j'avais, enfant, quand je courais dans les champs avec mon père à la recherche de petits trésors naturels...
Leur faire étudier, peut-être, des passages héroïques de Pagnol, de Pergaud ou de Mark Twain.  Dans chaque enfant de 2012, sommeille un Tom Sawyer ou une Fifi Brindacier. Bon, là, ils sont bien enfouis, il faut creuser! Utopie? Sans doute, mais j'aime bien rêver, de toutes façons.

26 mai 2012

Atterrissage en douceur

...Laissez-moi un peu de temps pour reprendre pied avec la réalité. Je flotte encore quelque part du côté de l'amas globulaire d'Hercule . Mars était au pied du Lion, rouge, somptueuse, Saturne brillait dans la Vierge, juste à côté de Spica. 
A cette époque de l'année, les constellations du ciel de printemps se détachent sur le ciel d'encre de la montagne comme sur un album en papier velours.  On y reconnaît, bien sûr,  la grande Ourse, la petite Ourse et Cassiopée, les trois circumpolaires, ainsi nommées pour leur danse éternelle autour de l'étoile du Nord, visibles tout l'année.
Mais aussi le Bouvier en forme de cerf-volant et son étoile Arcturus, la Couronne Boréale, Hercule, Le Lion,  Castor et Pollux, les jumeaux du ciel. Le Scorpion commence à montrer le bout de ses pinces et son coeur qui saigne, la géante rouge Antarès.Il porte la blessure  infligée par le géant Orion, que les dieux, pour le punir ont relégué dans le ciel de l'hiver.
Et Vénus qui vient faire de l'oeil au fin croissant de la lune en début de soirée. "On dirait le drapeau de l'Algérie!" s'écrie Nadia émerveillée.
Chaque coin du ciel est un tapis de jeu, un boulevard des belles légendes qui font ouvrir aux enfants des yeux sidérés. Chaque personnage dessiné par les étoiles porte un nom rempli de mystère et d'infini.
(à suivre)
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Le Grand Amas Globulaire d'Hercule
diamètre: 150 années-lumière...

18 mai 2012

Des gestes simples

Dépoter les semis qui ont donné de jolies pousses bien vigoureuses , pour les repiquer dans un petit coin propice du jardin.
Sentir l'odeur fraîche de la terre retournée.
Biner, sarcler, retourner les petites mottes réveillant un lombric affolé.
S'imprégner de la paix que donnent les gestes simples.
Se réjouir en versant l'eau en pluie sur les plants de basilic, de ciboulette, de persil, de cerfeuil, de menthe verte et de verveine citronnelle.
Froisser une feuille dans ses doigts et en respirer le parfum.
Imaginer déjà la saveur incomparable des plats, rehaussée d'herbes que l'on a cultivées soi-même.
Se dire que la nature est éternelle et prodigue.
Sourire.

16 mai 2012

Décrocher les étoiles



Il est grand temps de rallumer les étoiles.  Guillaume Apollinaire






Aujourd'hui, les vingt-huit schtroumpfs frétillaient de plaisir. Dans cinq jours, c'est le grand départ vers les étoiles. Si vous aviez vu comme la classe avait des allures de ruche bourdonnante! Crayons de couleur, compas, feuilles de dessin, cartes du ciel, colle et ciseaux, nous sommes prêts à remplir nos carnets de voyage de nos recherches,  découvertes, cueillettes, balades, souvenirs merveilleux. Je vais en tenir un, moi aussi, car j'ai l'impression d'être aussi excitée que mes élèves!  Mon nouvel appareil photo piaffe d'impatience dans son étui. Chacun a préparé son voyage avec application, la tête pleine de rêves, et, pour certains, d'un peu d'appréhension.

C'est que l'on ne quitte pas facilement le giron familial, quand on a dix  ans. On a beau faire les matamores, il va falloir braver ses peurs et accepter de s'endormir loin de maman. Heureusement, je vais être là pour déjouer les vilains lutins de la nuit, et passer le soir pour toucher le front de chacun avec ma baguette afin qu'il s'endorme comme un ange.

La classe de découverte  s'annonce bien!  Le grand "viaduc" de l'Ascension va donner le temps de peaufiner tranquillement les valises. Comme je suis un peu sorcière à mes heures, j'ai convoqué le beau temps, des nuits sans lune et sans nuages, concocté dans mon chaudron mon philtre magique à base d'émerveillements, d'expériences, de planètes, de galaxies, et de mille et une surprises chaque jour.
Un enchantement, quoi.
L'astronomie est une passion pour moi, est-ce que je vous l'apprends?  Je dirais même que la fréquentation régulière des étoiles a changé à jamais ma vision du monde et de ses petites contrariétés. Bon enfin, en un mot, il va falloir que je me pince pour réaliser que je suis en train de travailler...une fois de plus, c'est bon de mêler passion et métier.
(à suivre)






    Retrouvez mes autres billets astronomiques sous l'onglet "la tête dans les étoiles"...

13 mai 2012

Aller plus loin que la surface...

Je dédie ce billet à ma chère Coumarine.


L'autre jour, nous parlions des stéréogrammes. 
De drôles d'images qu'il faut "savoir" regarder. Il paraîtrait même qu'un abus serait dangereux pour les yeux ou le cerveau...
Chacun y allait de sa petite technique. Fermer les yeux à moitié, loucher, regarder dans le vague... Difficile à expliquer. 
Mais il n'y a pas à tortiller, il n'existe que deux sortes de gens: ceux qui parviennent à découvrir l'image cachée, en lançant des ah! et des oh! émerveillés, et ceux qui, malgré tous leurs efforts, continuent à ne voir qu'une succession de dessins géométriques sans aucun sens, et fulminent en disant que tout ça, c'est de la perte de temps ou une invention du diable. Mais on voit bien qu'ils aimeraient bien y arriver!
Je n'oublie pas, bien sûr, ceux ou celles qui y parvenaient avant, avant qu'un méchant coup du sort ne les prive de la vision stéréoscopique. Puissent-ils me pardonner ce billet et ne pas se sentir exclus.

Moi, j'avais découvert cette faculté de mes yeux bien avant l'invention de l'informatique.Je me souviens, petite, il y avait sur la table de la cuisine une nappe cirée en tissu provençal traditionnel. Quand je me laissais aller à la rêverie , en suçotant mon crayon pour chercher l'inspiration de quelque rédaction, soudain, les dessins de la nappe me faisaient entrer dans la quatrième dimension, la table devenait une sorte d'aquarium profond dont les motifs réguliers du tissu recouvraient le fond. C'était troublant et étourdissant. 

Et si les choses et les êtres  étaient comme des stéréogrammes, qu'il fallait apprendre à regarder d'une certaine façon pour en découvrir les trésors cachés?  Heureusement, pour cela, nul besoin d'avoir ses deux yeux. Un coeur suffit. Un coeur gros comme ça.


Et vous, pénétrez-vous dans la profondeur? Voyez-vous l'image cachée? (cliquez dessus pour  voir en plus grand)


cliquez!


Avec le tissu provençal, je n'ai pas perdu la main (si je puis dire) j'y arrive toujours, quarante ans après!




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11 mai 2012

Oublier


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Des pétales de roses jonchant le sol: le défi du samedi m'inspire un texte érotico-triste. 
Pour autant, ne vous y trompez pas:tout ceci n'est qu'une fiction. 
Dans la vraie vie, mon coeur chante l'été naissant...











Il lui fallait oublier sa bouche, surtout sa bouche. Une bouche grenade qui lui explosait la langue en étincelles. Un salmigondis de papilles fruitées et agaçantes comme une limette cueillie sur l’arbre un matin d’été, un torrent de framboise et de menthe et d’anis.
Il lui fallait oublier sa peau, ses courbures de velours, un velours mat et fluide, et étourdissant et enivrant de la douceur salée dorée d’un coquillage. Oublier la suave langueur de ses bras blancs, naturellement refermés sur lui en berceau, ses mains virevoltantes qui se jouent de sa nuque, petit animal fou accroché à son cou.
Il lui fallait oublier ses cuisses ombrées de lune effarées de plaisir, son petit cul potelé,  la palpitation sauvage de ses seins de crème et de satin, sa fleur de lys immaculée aux feulements de tigresse engloutie. Sa voix passion de cascade fraîche, sa voix désir de colombe frémissante, sa voix tourment de fontaine et de soleil. Et puis ses yeux de jade intemporelle, tour à tour glace et feu, citron et miel.
Et tous les délicieux supplices de son cœur.
Elle avait ri, d’un sourire de perle vénéneux , l’éclair vert de sa prunelle laissant venir la tempête. Il lui faudrait oublier aussi son parfum flou de myrte et de cardamome, lui crevant les narines quand  l’image même de sa folie disparaissait dans un éclat de rire cruel.
 Elle lui avait balancé son bouquet à la tête en criant « c’est fini ».
Il regarda les pauvres pétales dispersés au vent gris de novembre, et y vit clairement les morceaux de son cœur égosillé de désespoir.

08 mai 2012

Le roi est nu


Le dernier billet de Zénondelle m'a inspiré encore quelques réflexions à l'aube de ce nouveau quinquennat, croisant les doigts pour qu'il soit moins désastreux que le précédent.
Oui je sais, encore un billet politique, mais après , promis, je me calme.



Les cartes politiques sont brouillées depuis des années. Quelques exemples? 
Les valeurs républicaines sont galvaudées et chahutées de tous côtés, tout le monde s'arrache maintenant le drapeau tricolore, la laïcité, l'hymne et la devise.
La gauche est amollie, édulcorée par les médias qui la présentent comme une alternative à peine différente de la droite, le front de gauche est ridiculisé, le centre s'est dégonflé comme une baudruche, les écologistes passent pour de doux dingues et le parti bleu foncé banalise ses propos xénophobes sans vergogne en se faisant  passer pour un honnête parti démocratique.
Les marionnettes des Guignols deviennent les doubles de leurs modèles, contribuant à jeter le trouble dans les consciences mal aiguisées à l'utilisation du second degré.
Notre hypocrite omni-président jure ses grands dieux qu'il n'est pas le président des riches, mais il est élu à 82 pour cent sur l'île de "Saint Barth".  Et pas un journaliste pour relever cette étrange coïncidence. Pour secouer le cocotier des paradis fiscaux. 
Il fait hier l'appel du pied à un parti aux fondements et aux théories néo-nazis, et aujourd'hui il s'incline mielleusement sur la tombe du soldat qui a combattu les mêmes pendant la guerre au péril de sa vie. 
Le jour du débat, il traite son adversaire de menteur et de calomniateur, et aujourd'hui ils déposent ensemble la gerbe, en se faisant des courbettes. Le jeu politique est constamment faussé par les intérêts, les compromissions, les alliances triangulaires ou octogonales. 
Que comprendre? N'y a-t-il plus un seul enfant pour crier que le roi est nu? Et que tout cela n'est qu'une immense mascarade? 
 Chacun se réclame de Jaurès qui, le pauvre, doit faire la toupie dans sa tombe à force de se retourner. 
Devant ce paysage flou, les citoyens lambda, qui n'ont pas suffisamment reçu de leçons d'éducation civique, à cause d'une errance pédagogiste vieille de quarante ans, selon laquelle il ne fallait plus apprendre la Marseillaise aux enfants de peur de les traumatiser, ces citoyens donc, ont pour la plupart, hélas, la conscience politique d'une huître. Les riches ont celle de leur porte-feuille, ce qui revient au même.Beaucoup ne savent plus où donner du bulletin, dégoûtés pour longtemps des politicards qu'ils mettent tous dans le même sac fangeux. Pour ceux-ci, aucun ne vaut la corde pour le pendre.  
 Quant à la dernière catégorie, ceux qui réfléchissent, encore en majorité, il faut l'espérer,  et parmi eux quelques anciens, bobos, intellos de gauche, penseurs,  profs de philo (catégories bien méprisées aussi par le pouvoir en place, et définitivement classés dans la catégorie dangereux gauchistes) il est sans doute temps de se lever pour dire que l' en a légèrement marre d'être pris pour des cons. 
Car oui, on peut le dire, on nous prend vraiment trop pour des cons: ce phénomène  a commencé à s'amplifier en mai 2005, lorsque le non du peuple à la constitution ultra-libérale européenne a été gentiment mis à la poubelle, suivi de celui des Irlandais, sans autre forme de procès. 
Oui, il est temps d'exiger que l'on remette un peu d'ordre à cette chienlit du vingt-et-unième siècle, de rassembler les indignés et les citoyens du monde mais patience!  cela s'appelle une révolution, et les Lumières ne l'ont pas faite en un jour...

06 mai 2012

Un vent de légèreté

Demain, les Français "d'en-bas" se réveilleront comme tous les matins, à la sonnerie aigrelette du réveil-matin, qui leur rappellera que la vie continue. Ceux qui ont la chance d'avoir un travail se donneront du courage en se brossant les dents, ceux qui n'en ont pas vont poser un pied devant l'autre pour se rendre au pôle emploi, l'âme un peu grise. Certains se réveilleront sur leur carton plié, dans la rue.
 En apparence, rien n'aura changé pour les petits, les obscurs, les humbles. Pourtant le peuple est souverain, et il a choisi. Pourtant un espoir, un tintement cristallin, résonne ce soir dans les consciences, que le nouveau président devra entretenir comme une fleur fragile. Et ce n'est pas gagné! Il lui en faudra de la constance, pour tenir le cap qu'il s'est fixé, pour ne pas se laisser intimider par les requins de la finance, et les extrémistes tapis dans l'ombre... 

Je n'ai pas aimé vivre en Sarkoland. Je peux le dire maintenant. J'ai choisi de ne pas me laisser abattre, pendant cinq ans, j'ai choisi d'être résolument optimiste, mais au quotidien, c'était lourd. C'était très lourd. Je réalise que j'ai senti, comme un couvercle sur mes épaules, le poids quotidien de l'austérité, de l'injustice, du mépris, du racisme ordinaire, enrubannés de tout ce détestable bling-bling. J'ai vu se déliter les valeurs éternelles de la France Terre d'Asile, la France des Lumières, le pays de Voltaire et d'Hugo. J'ai vu des politiciens décomplexés se gausser des lois républicaines, distiller un venin xénophobe jusqu'à ce qu'il devienne banal, j'ai vu des familles démantelées, des enfants arrachés de l'Ecole par des policiers en armes. 
J'ai vu fracasser, pilonner, l'Ecole que j'aime au nom des "économies", au nom de la rentabilité, et s'installer la politique du "chiffre". J'ai vu les élèves transformés en saucissons découpés en tranches fines par des évaluations à tout crin.
J'ai lutté à ma manière en restant fidèle à mes principes, en fermant la porte de ma classe à la sinistrose et la facilité, et en continuant à faire de mon métier ce merveilleux engagement que vous me connaissez.

Cette légèreté que je sens soudain flotter dans l'air, c'est du soulagement.  La crise est là. 
Bien sûr, il faudra être vigilants,  plus que jamais, ne pas céder sur les exigences de davantage de justice, de davantage de morale, et sur la sauvegarde de la laïcité, des services publics, de l'école comme maillons essentiels de notre République. Liberté, Egalité, Fraternité, des mots qui, je l'espère, reprennent tout leur sens.  
Mais ce soir, je retrouve un peu d'espoir. Ce soir, plus que jamais, je veux être une institutrice, et pas une institutriste.

03 mai 2012

Apéritif






J'étais assise à l'ombre d'un doute, sirotant un jus de coton perlé et dégustant les petites haridelles fourrées au vétiver que j'avais préparées dans l'après-midi.

Un vol de loupiotes traversa le ciel du crépuscule. Il faisait bon. Ma robe de guimauve fruitée  froufroutait dans le vent léger. Les enfants jouaient à l'escarmouche.
C'était un de ces moments opalescents où chaque son fait une musique au coeur, comme une houppelande, où chaque tige de cretonne ondule avec le bourdonnement d' ailes des zygotes en quête de nectar.
Une grande paix entra en moi. Les voisins arrivèrent dans leur Carrare coupé sport, aux sièges recouverts de baldaquin qui faisaient leur fierté. Notre vieille Varappe semblait bien terne à côté de ce bolide.
Notre modeste maison n'avait pas de ces ailerons prétentieux, et aucune triple rangée d'épeautre n'en soulignait le toit de tuiles.
Pourtant je me disais que le bonheur transpirait par toutes ses estampilles.
Et en regardant nos enfants agiter leurs esperluettes en sautillant, heureux comme des olifants, je me dis que rien ne serait jamais plus important à mes yeux.

02 mai 2012

Trafic d'influences

Son Altesse Cookie, chassé par Vanille, le Maître des lieux, a trouvé refuge dans les gynériums. Leurs feuilles  coupantes  et desséchées ne semblent pas l'avoir rebuté...
-File! chat d'emprunt, vil manant, ! lui a  intimé sa Majesté. Ici c'est moi qui honore de mes augustes pipis de chat les terres que je reçus de droit divin par un adoubement en bonne et due forme. 
Cookie a filé en ayant l'air d'avoir choisi son exil, pour se donner bonne contenance. Un chat, c'est fier!
Chez nous, le débat au sommet a déjà eu lieu entre les deux matous, obligés de cohabiter quelque temps sur le même territoire. Cela dit, aucun sondage n'a donné Cookie gagnant.

Première photo prise avec mon nouveau petit bijou (de technologie)